DAMON
brusque, dramatique : le malade ressent un point de côté intense, qui ne tarde pas à s'accompagner des signes d'intoxication ; tantôt, et le plus souvent, il est insidieux. Depuis quelques jours des malaises vagues, de l’inappétence, un point de côté fugace, mal défini, un peu d'oppression, de courbature ont apparu ; cependant le malade continue ses occupations. Mais au bout de quelque temps, après une semaine, quinze jours, brusquement les signes se présentent avec toute leur intensité,
Le point de côté est variable d'intensité, il est vague, fugace, mal défini dans la période de début, le plus souvent très violent au moment de la période d'état. Il était intense et à début très brusque chez le malade de Widal et Nobécourt (Obs. III). Il peut rester localisé à un côté de la poitrine, mais il présente parfois des irradiations à l'épaule (Obs. II), aux lombes. La douleur thoracique peut persister pendant toute la durée de l'affection, cependant il semble que, le plus souvent, elle va en diminuant.
La dyspnée causée par le point de côté, par le développement du pyo-pneumothorax et par l’intoxication, Va en progressant et arrive au maximum. Le malade est alors en orthopnée refusant de rester couché : 1l étouffe. En même temps, et parallèlement, la cyanose s'établit, l'hématose se faisant mal, et imprime encore au facies du malade son cachet spécial : les Ièvres sont bleues, le nez froid, couleur de cire, la sclérotique est bleuâtre. Les extrémités se refroidissent et se couvrent d’une sueur froide, souvent visqueuse, parfois fétide; les ongles sont
L ET PIRE Pa Tr 2
2700 4 bleus. Les pupilles réagissent paresseusement à la lumière.
La toux peut être fréquente, quinteuse, pleurale ; d'autres fois elle est nulle. L'expectoration aussi est variable, dépendant de l'état antérieur des poumons. L'haleine, enfin, ne présente pas de fétidité.
Malgré l’état général très grave, la température n'est pas élevée. II ne semble pas, en effet, qu’elle puisse atteindre 3090. Elle était de 380 5 dans les cas de M. Collet et Péhu, Widal et Nobécourt. Cette absence de fièvre doit être attribuée au rôle des microbes anaérobies qui causent la fermentation putride. L'étude expérimentale entre les mains de Rist (r), de P. Courmont (2), de Welcke est venue confirmer cet opinion.
Les signes physiques sont ceux de la pleurésie et du pneumothorax ordinaire.
La déformation thoracique est peu accentuée; on remarque seulement l'immobilité plus grande des côtes du côté malade, immobilité due à l'intensité du point de côté. On n'a jamais trouvé d’œdème de la paroi.
L'épanchement siège toujours à la base de Îla cavité pleurale, car la pleurésie putride n'est jamars enkystée complètement (Dieulafoy) (3). La zone de matité est, par conséquent, aisée à limiter ; cependant
CRIS T EE TOC Cr:
2) P.Courmonr.— Loc. cit.
(3) Dreucaroy. — 5 novembre 1900. Semaine médicale.
TN le déplacement de cette zon2 est moins net que dans les épanchements non fibrineux, à cause des fausses membranes qui retiennent relativement le liquide en place. Les matités cardiaques et hépatiques sont déplacées selon les règles ordinaires- Au-dessus de la zone de matité on a une zone de sonorité exagérée, de tympanisme plus accentué au sommet, sous la clavicule. La sensation de flot est, en général, bien perçue.
A l’auscultation. l'obscurité respiratoire prédomine; parfois on a du souffle pleurétique, de l’égophonie, de la pectoriloquie aphone dans la zone d'épanchement liquide, dans la zone gazeuse même obscurité du murmure vésiculaire, tintement métallique. La succussion hippocratique donne le bruit de clapottage.
Dans l'autre poumon, on a une respiration puérile supplémentaire.
En suite dela recherche de ces signes physiques et de la gravité de l'état général ou est rapidement amené à faire une ponction, tout au moins exploratrice, et c'est alors que le signe propre de l'affectton apparaît. Il s'écoule un liquide puant, dont une très petite quantité suflit à infecter une salle entière; cette odeur rappelle celle des tissus gangréneux. Le liquide est séro-purulent et contient quelques bulles de gaz que l’on voit monter à la surface du récipient lorsqu'on l’agite.
En suite de la ponction, on voit parfois apparaître un abcès gazeux de la paroi (Widal et Nobécourt).
Les signes du pneumothorax ne sont pas toujours
ne aussi nets; parfois ils existent à peine et peuvent passer inaperçus.
L'évolution de l'affection est rapide. Si le début est insidieux et peut durer plusieurs jours, il n’en est pas de même de la période d'état. A partir du moment où s'établissent les fermentations putrides, les signes d'oppression et d'intoxication s’accentuent avec une promptitude surprenante. L’agitation devient extrême, le délire s'accentue'et le malade meurt le plus souvent dans le coma. |
Le pronostic de l'affection est sombre: le malade meurt fatalement si l’on n'intervient pas hâtivement. Nous ne croyons pas que le pus puisse s’évacuer par vomique : elle n'a jamais été signalée; de plus l'évolution rapide ne permet pas à l'organisme delutter efficacement contre cette intoxication profonde.