‹ Des poèmes latins attribués à saint BernardChapitre 17 sur 21 · XXV. — Deliciœ Marias Virginis — OraHo ad Mariant · texte numérisé non relu

XXV. — Deliciœ Marias Virginis — OraHo ad Mariant

Ces deux pièces, empruntées à deux manuscrits différents, offrent plus d'un trait commun. La première , publiée par M. Mone d'après le n® 36 de Reichenau (4), y est intitulée : Jubiliùs S. Bemardi abbatis ad Mariam Virginem^ de omnibus deliciis ejusdem^ et commence par :

Salve, sancta mater Dei, Radix vitœ, robur spei Mortis in angustiis;

(1) Daniel. Thés, hymnoh, t. I, p. 204.

(2) Hymni latini, t. II, p. 216, 218, 220,221.

(3) Hymni inediti, p. 49, 50.

(4) Mone, Hymni lat.y t. Il, p. 210.

Per te quœso consolari .

Da siacere meditari Detuis deliciis...

Le n^ 36 de Reichenau est ce manuscrit du xv* siècle où nous avons déjà vu tant de fausses attributions, et la fausseté de celle-ci vient d'être particulièrement signalée. Un manuscrit du siècle précédent, que conserve aujourd'hui la bibliothèque de Saint-Marc, contient la même pièce, mais sans aucun nom d'auteur. Les autres vers du même recueil sont-ils pareillement anonymes ? Presque tous, au contraire, sont rapportés à quelqu'un et le sont très librement. L'absence du nom de saint Bernard en tête de cette pièce semble donc prouver qu'on ne savait pas, au xiv* siècle, à qui la donner. C'est pourquoi l'auteur du catalogue de Saint-Marc, M. Yalentinelli, déclare sans hésiter qu'il faut imputer à la fantaisie d'un copiste le titre lu par M. Mone dans son manuscrit de Reichenau (1).

VOratio nous, est fournie par le n® 3639 (fol. 118) de la Bibliothèque nationale, et en voici la première strophe :

Mole pressus hujusmiseriee, la qua sede, privatus gloriœ, Pœnas luo primœ superbîœ, Ad te clamo, fous indulgentiœ, In qua sola spem ponunt venlœ Desolati.

Cette oraison porte* dans ce n^ 3639, le nom de

(1) Valentineili, Btdl. mss, S. Marciy t. II, p. 91.

saint Bernard; mais c'est encore un manuscrit du XV® siècle, et dans le n^ 49 de Douai, qui est du XIII", elle ne porte aucun nom. Ainsi, pour attribuer Tune et l'autre pièce à saint Bernard, on n'a que des témoignages modernes.

Nous allons maintenant prouver que, même plus anciens, Us seraient sans valeur. Dans la première des deux pièces se lisent ces vers :

Salve, Deo consacrata. . .

Intra matris uterum ; Dono fixa spécial!

Ut nec lapsu veniali Peccares in posterum...

et dans la seconde ceux'*ci :

Sclo, mater, quod ab infantia, Omni carens carnis spurcitia, Sic es sacra respersagratia...

Les auteurs de ces deux pièces tenaient donc pour l'immaculée conception de la Vierge. Or la légende nous apprend que, pour avoir douté de ce mystère, saint Bernard apparut, après sa mort, avec une tache noire, humiliant stigmate qu'il avait, dit-il, bien mérité (i). C'est là sans doute une légende franciscaine, et nous admettons bien volontiers qu'on a le droit de la tenir pour suspecte. Mais voici le grave témoignage des bénédictins sur les sentiments de saint Bernard touchant le dogme dont il s'agit : « Son

(1) Dormi secure, part. II, aerm. 5, fol. 13 de l'édit. de 1538 et p. 42 de redit, de 1612. Voir notre Mémoire sur les récits d'apparitionSj dans tome XXVIII, 2« partie, des Mémoires de VAcad, des inscript.

K orthodoxie scrupuleuse repoussaitlesnouveautes.il (( a même combattu certaines croyances qui pouvaient « sembler pieuses, et qui depuis ont acquis des parce tisans, mais qui, récentes au xii"" siècle, ne se « conciliaient point assez avec les traditions antice ques. Ainsi, malgré sa dévotion si éloquente et si « tendre pour la sainte Vierge , il soutenait que le « privilège d'avoir été conçu sans tache n'avait jamais <( pu appartenir qu'à Jésus-Christ (1). »

Ces deux pièces, où les intentions littéraires ne manquent pas, quoique la langue en soit peu châtiée, sont postérieures d'un siècle environ à saint Bernard. La seconde est certainement d'un clair lettré, qui, connaissant Adam de Saint-Victor, et, le tenant sans doute pour un maître, s'efforçait de l'imiter. Adam avait dit :

Mundus, caro, dœmonia Di versa movent prœlia (2) .

Il dit à son tour :

Hostis, mundus et carnis vitia In me movent diversa prœlia.

C'est plus qu'une imitation ; c'est un vrai plagiat. Mais no le blâmons pas, puisqu'il nous fait connaître que l'auteur vivait après Adam, c'est-à-dire après le xiie siècle.

(1) Hist littér. de la France, t. XIII, p. 232.

(2) L, Gautier, Œuvres poél, d'Adam de S^-Victor, 2* édit., p. 202.

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