‹ Des poèmes latins attribués à saint BernardChapitre 8 sur 21 · VIII. — De fide scmctx Trinitatis — Oratio ad très · texte numérisé non relu

VIII. — De fide scmctx Trinitatis — Oratio ad très

personas Trinitatis

Il s'agit d'abord de cinquante-six vers sur la Trinité, qui se terminent tous par le mot esse. Voici les premiers :

Esse quod est ex se Deus est per quod datur esse ;

Quod non est ex se deitatis non habet esse;

Esse quod est Deus est^ cui verum competit esse...

Ces trois vers sujBOisent pour faire soupçonner l'agrément du poème entier. Nous avons déjà donné quelques renseignements sur cette facétie littéraire (1). Publiée d'abord à Spire, en 1501, so«s le nom de saint Bernard, elle fut admise par Mabillon dans sa première édition des Œuvres de Tilluslre abbé; t. V, p. 331. Mais on ne la retrouve plus ni dans la seconde ni dans les suivantes ; ce qui prouve clairement que Mabillon avait reconnu^ dès Tannée 1690, l'erreur ou la fraude commise par l'imprimeur de Spire. Le même poème a plusieurs fois été publié sous le nom d'Hildebert, d'abord en l'année i 548, puis en Tannée 1708; cependant Téditeur de Tannée 1708, Antoine Beaugendre, a cru devoir nous avertir lui-même que cette attribution lui semblait suspecte. Elle est^ en effet, injurieuse pour Hildebert, et n'est d'ailleurs aucunement fondée, n'étant recommandée par aucun manuscrit (2). Ce n'est pas toutefois à dire que les

(1) Notic, etextr. des mss., t. XXVIII, part. II, p. 344.

(2) Les Méh poét, d:mid., p. 78.

manuscrits s^accordent ici beaucoup mieux que les imprimés. Si le n® 84 de Giessen nomme l'auteur Alain de Lille, le n^ 339 de la Mazarine le nomme Pierre Abélard, et l'on ne doit pas plus se fier à l'un qu'à l'autre. Les seuls manuscrits qui nous fournissent, dans le cas présent, une information véridique sont les n^' 8865 et 16699 delà Bibliothèque nationale, où l'auteur est ainsi désigné : « Pierre, fils de Jean» « chanoine de Saint-Omer. » On l'appelle aussi Pierre le Peintre. C'était un assez méchant poète, qui se proposait presque toujours quelque difflculté, pour prendre- plaisir à la vaincre.

VOratio^ qui commence par

Alpha et Oméga, magne Deus, Hdi, Heli, Deus meus,

n'a pas été revendiquée pour un moindre nombre de pieux rimeurs : Hildebert, Abélard, Conrad le Chartreux, enfin saint Bernard. Saint Bernard n'est indiqué que par un seul manuscrit, le n® 950 de l'Arsenal, et ce manuscrit est du xv* siècle. L'auteur certain est Hildebert. Nous pensons l'avoir assez clairement prouvé (1) pour avoir le droit de ne pas recommencer le débat à Toccasion d'un manuscrit sans autorité. Si d'ailleurs nous avons cru devoir maintenir cette Oraison dans les Œuvres d'Hildebert, nous ne l'avons pas fait par affection pour ce poète estimable, car la pièce est médiocre et peu digne de lui.

(1) Les MéU poét cCHildebert, p. 72.

48 DES POiacBS latins

IX. — In ingressu clav^tri — Dictamenad religiosos — Ad novitios — Exhortatio ad contritionem

Voici maiûtenaQt une série de pièces sur les devoirs des moiaes et la vie du cloître. La première est intitulée, dans le n« 902 (fol. 195 v«) de la bibliothèque Mazarine : Beatus Bemardus in ingressu sui olaustri^ et, comme elle est inédite et courte, nous la publions :

Ad quid venisti, f rater, meditare fréquenter. Obsequio Christi subjectus, vive décente r; Ësto tardiloquus, servi, lege, disce libenter ; Sis humilis, verba confratrum fer patienter; Patribus antiquis caput inclina reveranter ; Sit confessori quod habes in mente patenter ; Non distendatur epulis ut tympana venter ; Sis sobrius vino, quia fallunt vina potantes(l) ; Si sic, ut moneo, semper vivas sapienter, Te locus iste bonus salvabit sufIBcienter.

Où le copiste de ces rimes les a-t-il prises ? Il ne le dit pas. On nous les signale dans le n"" 23 d'Âuxerre (2), mais sans aucun nom. S41 est probable qu'ils sont d'un moine, nous sommes très loin d'admettre que ce moine soit saint Bernard. Ce sont là des badinages mal plaisants et tout à fait indignes de lui. Pour attribuer de tels vers à saint Bernard sur la foi d'un seul manuscrit, il faudrait au moins que ce ma*

(1) Avec potantes levers est faux et ne rime pas. Peut-ôtre fautil lire polenter.

(2) CataL général des mss. Départ., t. VI, p. 15.

nuscrit fût ancien, et le n^ 902 de la Mazarine est du XVI* siècle. Son témoignage est donc heureusement sans aucune valeur.

Le Dictamen ad religiosos est une pièce rythmique commençant par :

Sis vis esse cœnobita, Hujus vitœ viam vita,

qui eut longtemps un succès presque mérité ; ce qui l'a fait tardivement attribuer à saint Bernard. Elle est sous son nom dans un manuscrit de la bibliothèque privée du roi d'Espagne qui nous est signalé par M. P. Ewald (1), ainsi que dans lesn<>» 15163 (fol. 220) de la Bibliothèque nationale, 2051 de Troyes, 902 (fol. 192), 1166 (fol. 125) de laMazarine, 23 d'Auxerre et 207 du Mont-Gassin. Mais les plus anciens de ces manuscrits sont du xiv* siècle; les autres du XV' et du XVI*. On ne peut donc s'y fier. Avec plus de prudence le copiste du n® 413 de l'Arsenal Ta transcrite sous ce titre : Doctrina peroptima quss dicitur esse Bernardi. L'auteur est désigné plus vaguement encore dans un manuscrit de Vienne ; ce n'est plus que « certain moine de Glairvaux (2). » Enfin d'autres copies sont complètement anonymes, notamment celles que contiennent les n**» 14970 (fol. 67) de la Bibliothèque nationale et 641 (fol. 20) de Munich. Telles sont aussi les éditions : celle de Francowitz (3),

(1) Neues Archiv, t. VI, p. 349.

(â) Denis, Cod, theol Vindob., t. I, col. 2319. (3) Varia doctor» vivorum de corrupto Ecclesiss statu poem,, cum prœf. Matth, Flacii Illyrici, p. 461.

celle de Fabricius (1), et une autre, beaucoup plus récente, de M. Friedlaender (2).

Non seulement cette pièce n^est pas de saint Bernard, mais elle n^est pas même de son temps. Il suffit, pour le faire soupçonner, d'en citer quelques vers ; ceux-ci par exemple :

Non est tuum honorari Velle, homo, vel laudari,

Cum sis vitse miserœ.

Quidquid hic honoris captas Si non Deo totum aptas,

Perdis tuum vivere.

Non tam facile honores, Si seutirent et labores,

Affectarent derici.

Qui prœesse, non prodesse, Quœrit perdit suum esse,

Pœna digaus duplici.

Ad honores sunt parati.

Ad labores sunt ingrati

Juvenes cum senibus.

Totum datur dignitati, Parum aut nil sanctitati,

His nostris temporibus.

Sic et vita laicorum Parum differt a porcorum

Consuetudinibus ; Supra modum epulantur, Intus, foris, raaculantur,

Pieni maiis moribus...

{\)BibL med, etinf. êBtat.^U III, p. 310.

(2) Anzeigerfur Kunde der deutschen Vorzeit, 1783, col. 96.

Le n^ 14978 de la Bibliothèque nationale est .du XIV** siècle, et l'auteur do la copie contenue dans ce volume a donné pour titre à la pièce : Compltmctus lamentabilis statiis eimorum clerioorum modemorum. 11 y a donc vu la censure des mœurs de ses contemporains. S'est-il trompé ? Nous ne le croyons pas, la langue peu châtiée de cette pièce étant, en effet, celle du xiv^ siècle. En tout cas, son témoignage a plus de valeur que celui des copistes venus après lui.

Saint Bernard aurait aussi, dit-on, gourmande les novices de Clairvaux. Dans le n^ 338 de Douai se lit une autre pièce rythmique, intitulée Exhoriaiio B. Bernardi, .abbatis, ad novitios^ qui commence par :

Novitii, dulces mei, ' Piantati in domo Dei, Rogo studeatis ai. . .

La suite offre peut-être quelque intérêt ; mais nous ne la connaissons pas. Brièvement indiquée dans le récent catalogue des manuscrits de Douai (1), la pièce n'existe pas ailleurs ; ou, du moins, nous n'en avons rencontré jusqu'à ce jour aucune autre copie. Or quel crédit peut-on accorder au n° 338 de Douai? Il est daté, et la date qu'il porte est l'année 1471. Or, le XV* siècle a mérité d'être particulièrement signalé comme le temps des fausses attributions. A toute pièce anonyme on imposait alors un nom quelconque, sans critique comme sans scrupule. L'auteur du catalogue que nous venons de citer, M. l'abbé Dehaisnes, aurait été certainement très satisfait d'avoir décou-

(1) CataL des man. des biblioth. des dép., t. ,VI, p. 177.

52 DE» POèMKS LATINS

vert dans ses manuscrits un poème ignoré de saint Bernard ; mais, après avoir cité le titre de la pièce, il nous a conseillé lui-même de ne pas nous y fier. C'est un conseil que nous n'hésiterons pas à suivre. làExhoriatio ad contrittonem^ commençant par :

Tu qui juste vel injuste,

est sous le nom de saint Bernard dans le n^' 933 de Saint-Gall, fol. 445. Mais ce manuscrit, qui est de Tannée 1401, ne peut faire foi (1), et Ton n'en connaît pas un plus ancien.

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