‹ Des points d'ébullition chez les isomèresChapitre 8 sur 24 · GO. OH GH*GO. OH · texte numérisé non relu

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Nous avons vu de nos yeux, à l’École de médecine, l’acide citrique échappé aux innombrables aleæ d’un si long voyage. Il répondait parfaitement à toutes les réactions que notre vénéré maître, M. Personne, nous indiquait aux travaux pratiques. Nous

avouons n’avoir pu nous défendre d’une admiration profonde dont nous ne sommes'point encore guéri.

Non moins surprenante peut-être est la formation du mésitylène par déshydratation de cette même acé- Itone au moyen de l’acide sulfurique. Il reste GH^GGH. Ge fragment moléculaire, ne pouvant subsister à l’état isolé, se soude trois fois à lui-même pour produire le composé aromatique, réalisant ainsi, comme l’a fait par une autre voie (Quercite) notre excellent ami M. Prunier, le passage de la série grasse à la série phénylique.

Quoi qu’on puisse penser de tout cela, il est incontestable qu’une méthode aussi clairvoyante dans ses inductions, aussi sûre de ses procédés, aussi féconde dans ses résultats, s’impose sinon à l’admiration, au moins à l’attention publique, et que, sous peine de demeurer complètement étranger au mouvement intellectuel de notre temps, nous ne pouvons nous empêcher de tenit^, dans une certaine mesure au moins, compte de ses conceptions.

De toute manière, c’est bien à elle que nous devons nous adresser si nous voulons avoir quelque idée du « schématisme de la matière », comme disait Bacon, son véritable prophète, puisque ç’a été la préoccupation et l’idée commune autour de laquelle ont rayonné les myriades de travaux des myriades d’adeptes de cette école.

Ses prétentions sont, d’ailleurs, des plus'modestes. Loin de se proclamer en possession absolue et exclusive de la vérité, elle se borne à dire, comme Newton : « Les choses se passent comme si..... » Et il faut bien avouer que, la plupart du temps, elles lui

font la galanterie de se passer selon ses vues. Nous ' ne parlerons, du reste, ici, que des composés pour lesquels l’expérience a répondu aux vues théoriques, et dans lesquels les éléments figurés ont été réellement et sciemment juxtaposés par synthèse suivant les données de la formule.

A la base de l’échelle aniînale sont des êtres fort singuliers. Les célenterés ^sont, comme leur nom l’indique, monosplanchniques, c’est-à-dire que toutes leurs fonctions organiques, nutrition, digestion, reproduction, s’accomplissent dans une seule et même cavité. Nés d’un spermatozoïde et d’un œuf, qui bientôt se transforme en larve ciliée et. mène, sous cette dernière forme, une existence errante jusqu’à ce qu’elle ait trouvé pour s’y fixer un substratum à son gré, les uns bornent ensuite, comme les trochosmilia, les lithophylla, les fungia, etc., leur développement à la sécrétion d’un polypier plus ou moins compliqué (avec palis, columelle, muraille, synapticules, etc.,' etc.) ; d’autres, tels que les coraux et les antipathes, s’étendent en une tige simple ou rameuse, tantôt calcaire, tantôt siliceuse, tantôt cornée, le long de laquelle leur sarcode développe des polypiérites entièrement semblables à celui qui s’est originairement produit par voie sexuée. D’innombrables canaux, pourvus de cils vibratils, relient entre eux ces divers

« blastozoïtes », comme les appelle M. Lacaze Duthiers, de manière à faire profiter à l’assimilation commune les produits de la nutrition, individuelle. Les premiers, ou« oozoïtes », sont des animaux unitaires ; les seconds, ou « zoanthodèmes », sont des êtres fédérés.

La chimie organique, que l’éminent maître de con- .^férences de la Sorbonne, M. G. Salet, appelle si bien « l’histoire naturelle du carbone », a, elle aussi, ses composés unitaires et ses composés fédérés : les premiers, dans lesquels les divers radicaux carbonés qui ont pu, à un moment donné, se coaliser pour la formation de la molécule totale, se sont rivés l’un à l’autre d’une manière assez étroite pour être devenus désormais inséparables, au moins par des forces moyennes, et pour demeurer unis dans toutes les réactions du composé collectif. Ajoutons qu’à l’exemple d’une mariée abdiquant sa personnalité au seuil de sa nouvelle famille, les composés primitifs résorbent généralement, dans leur conjonction mutuelle, leurs propriétés spécifiques pour constituer, eux aussi, non seulement un composé autonome, mais une famille nouvelle douée d’habitudes, de mœurs, d’idiosyncrasies caractéristiques, et, parfois, toutes différentes de celles des éléments combinés.

Tel est, par exemple, le cas de l’acétylène transformé enbenzine par polymérisation de trois molécules

avec une perte d’énergie que M. Berthelot* n’évalue pas à moins de 180 Calories : non seulement, en effet, le nouveau carbure ne retient à peu près rien

des propriétés familiales des composés acétyléniques (précipitation par les solutions ammoniacales de chlorure de cuivre et d’azotate d’argeni^, mais, doué d’une stabilité égale à celle des corps saturés, il se comportera, en toute circonstance , à moins d’être ' sollicité par des forcés excessives, comme un corps homogène, mais il constituera le noyau pour ainsi dire indestructible autour duquel va graviter l’innombrable légion des combinaisons aromatiques, mais,

,quels que soient les éléments que ces combinaisons lui annexent, ce sera lui qui, dans ses diverses réactions, leur imposera ses réactions propres sans subir les leurs. C’est ainsi que les radicaux alcooliques ajoutés au. noyau violanilique, mauvanilique, rosanilique, etc., pourront bien modifier la couleur primitive, mais non créer la faculté chromogène qui n’appartient qu’au noyau benzinique. L’accumulatiop de l’élément phénylique lui-même autour du noyau produira, d’ailleurs, les mêmes modifications.

Le bleu de Pari^ est, en effet, de la rosaniline triphénylée, comme le violet d’Hofmann, de la rosaniline triéthylée, et le violet de méthyle, de la rosaniline triméthylée (1). L’annexion au noyau benzique

(1) C’est en 1861 queM.Lauth, dontle nom vaillant est inséparable de l’histoire des matières colorantes dans notre pays, a préparé ce produit, par oxydatioh de la méthylaniline, libérant ainsi l’industrie du tribut qu’elle avait jusque-là payé aux fabricants de rosaniline. La rosaniline contient, on le sait, deux éléments crésyle, C’ H’, unis à un élément phényle, C® H®.

cm’ ]

C’H’ ■ Az« = C'om’Az».

Il parait démontré, par un ensemble d’expériences comparatives,

communique donc aux radicaux des autres séries des propriétés qui ne leur sont point idoines, et qu’ils perdraient en s’en séparant.

Les composés fédérés sont des espèces chimiques dans lesquelles les éléments qui se sont associés pour constituer l’agrégat moléculaire, qui joue, ou non, dans les réactions modérées, le rôle de corps simple, ont conservé un reste de vie individuelle prêt à se manifester par la dislocation de la molécule collective, dès qu’une affinité un peu énergique vient solliciter leurs préférences.

Ces composés sont de deux ordres :

1® Les isomères salins, soit que l’acide soit saturé par un alcool ou par un alcaloïde, formiate d’éthyle et acétate de méthyle, propionate d’éthyle et acétate de propyle, formiate d’éthylaminc et acétate de méthylamine, etc.

2° Les isomères à fonction chimique simple et identique, mais doués néanmoins de propriétés différentes, alcools et isoalcools, aldéhydes et acétones, acides et isoacides, etc., etc.

Les composés fédérés sont non seulement iso-

que le violet de M. Lauth est absolument identique à celui do trimétliylrosaniline. Dans la réaction à haute température et sous pression, deux éléments méthyle de là môthylanilino se sont donc fondus dans le noyau benziquo pour constituer des toliiylène, abdiquant ainsi leur caractère d’individualité, comme l’acétylène dans la benzine.

M. Wiirtz (Rapport sur l’exposition de Vienne) explique ainsi cette migi’ation :

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