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Dejerine,
En résumé l'examen électrique fait en octobre 1884 nous donne les résultats suivants :
Abolition complète de la contractibilité faradique des muscles radiaux. Extenseuses communs des doigts el propres du petit doigt et de tindex, cubital postérieur, éminence thènar, premier et deuzième interosseux dorsaux droits, des muscles extenseurs commun des doigts et propres du petit doigt et du pouce, long et court abducteurs du pouce, opposant du pouce et premier interosseux gauche.
Diminution considérable de la contractilité faradique des muscles long et court extenseurs du pouce, troisième et quatrième interosseux, éminence hypothe'nar droits des muscles radiaux cubital postérieur, extenseur propre de V index, éminence hypothe'nar, court fléchisseur du pouce et deuxième, troisième, quatrième inter osseux dorsaux g oMches. Diminution ou abolition de la contractilité galvanique avec réaction de dégénération et contraction lente, paresseuse dans la plupart des muscles parésiés et paralysés Réaction de dégénération (An SZ > Ka SZ) dans le long supinateur, le biceps, dont la contractilité faradique et volontaire était diminuée et tendance à la réaction de dégénération KaSZ=An SZ dans le deltoïde dont la contractilité faradique et volontaire semblait normale.
Enfin diminution et ablation de l'excitabilité faradique et galvanique des nerfs radial, cubital, médian, dont l'excitation ne produisait la contraction que des muscles directement excitables.
Le malade est soumis aux bains sulfureux, à l'iodure de potassium et à un traitement électrique méthodique et régulier pendant des mois. La paralysie reste longtemps stationnaire, elle ne s'aggrava pas, il est vrai, mais une amélioration un peu sensible ne fut constatée que deux mois après l'entrée du malade à l'hôpital, vers le mois de décembre 1884. A partir de cette épor[ue l'amélioration fut lente, mais progressive, et le malade récupéra peu à peu presque tous ses mouvements et une grande partie de sa force musculaire. L'amélioration débuta par les muscles les moins pris : le biceps, le brachial antérieur, le long supinateur : eu décembre 1884 leur force est normale, la corde du long supinateur se prononce nettement dès qu'on exerce une traction sur l'avant bras fléchi.
Puis on observa le retour dans les muscles radiaux, le malade commence à exécuter quelques légers mouvements d'élévation du poignet. Le 10 janvier 1885 la main peut être élevée jusqu'à l'horizontale et peut exécuter quelques légers mouvements d'extension de la phalange basale des doigts ; mais tous ces mouvements se font faiblement, lentement, le malade ne pouvant opposer aucune résis-
tance. Il est à remarquer que daus ce retour des mouvemcuts et dans ramélioration progressive observée à partir du mois de décembre 1884, leretour de lamotilité volontaire précéda toujours de 15 jours à 3 semaines le retour de la contractilité électrique, de telle sorte que l'on assistait pendant un temps plus ou moins long à ce phénomène curieux et intéressant, signalé depuis longtemps par Duchenne (de Boulogne) et notre maître M. le professeur Vulpian d'un muscle se contractant sous l'influence de la volonté et cependant complètement inexcitable pour les agents électriques.
Bientôt on vit apparaître quelques légers mouvements dans les muscles de Téminence thénar el hypothénar, et les mouvements des interosseux s'améliorer, mais ces progrès sont bien minimes.
L'examen électrique fait le 10 février 1885 (voy. le tableau p.95)indique très nettement l'amélioration. Aucun muscle, en effet, n'est inexcitable, tous répondent, avec un courant plus ou moins fort, il est vrai, à l'excitation électrique. Avec cette amélioration graduelle, lente, mais progressive de la paralysie, l'état général du malade s'est également modifié.
Toutefois le 2 avril 1884 on constate de l'albumine dans les urines, le malade se plaint de vertiges, de céphalalgies, d'éblouissements, 5 jours plus tard, après un vertige, il perd connaissance et tombe. La perte de connaissance dure quelques minutes, puis le malade revient à lui sans présenter de paralysie, de contracture, ou de phénomènes spasmodiques. Cs sont là de légers accidents d'encéphalopathie saturnine qui se sont dissipés bientôt. Le malade sort de l'Hôtel- Dieu le 15 avril 1885.
Il rentre quelques jours plus tard, présentant des ecchymoses nombreuses sur la face et sur le corps, consécutives à une chute qu'il fit le long- d'un trottoir, chute précédée de vertiges, d'éblouissements. Le malade est soumis au régime lacté ; on constate toujours de l'albuminurie très variable du reste d'un jour à l'autre. Ces accidents se dissipent de nouveau et le malade quitte l'hôpital vers la fin d'avril présentant une amélioration très sensible de la paralysie, des membres supérieurs.
Malgré l'amélioration incontestable de la paralysie le malade contracte actuellement des muscles qui lors de son entrée ne présentaient pas trace de contraction — la nutrition des muscles ne s'est pour ainsi dire point modifiée. L'atrophie est toujours la même. Le membre supérieur présente toujours cet amaigrissement considérable avec atrophie de certains groupes musculaires,
A la main l'atrophie des éminences thénar, hypothénar, des iuterosseux, l'aspect simien et la main en griffe ne se sont nulle-
ment modifiés. L'atrophie da la région postérieure de l'avant-bras est toujours la même, ou sent, comme au premier jour, la gouttière formée par l'atrophie des radiaux et des extenseurs, la peau semble immédiatement appliquée sur l'espace interosseux. La mensuration de l'avant-bras et du bras donnent exactement les mêmes chiffres qu'eu octobre 1884. Si donc la paralysie s'est notablement améliorée, l'atrophie n'a présenté aucune modification apprécia ble.
Un an plus tard, vers la fin de mars 18S6 le malade vient nous trouver et se plaint de douleurs dans les jambes, de faiblesse dans la marche et d'impossibiiité de marcher sans canne. Il entre le 2 avril à l'hôpital delà Pitié, salle Rosiau, lit n" 15 bis, service de M. le professeur Cornil, suppléé jjar M. le D"" Dejerine, où nous avons pu l'examiner.
Depuis sa sortie de l'Hôtel-Dieu, et quoiqu'il ait repris son tra-' vail de peintre en bâtiment, le malade n'a présenté aucune colique, aucun symptôme d'encéphalopathie saturnine, aucune aggravation de la paralysie des membres supérieurs. 11 s'est abstenu de tout travail d'enduit à la céruse, et a pris quelques précautions hygiéniques.
Depuis un mois il se plaint de douleurs dans les articulations des membres inférieurs, en particulier dans celle du cou de pied et du genou, et de faiblesse musculaire.
Après une course un peu longue, les jambes fléchissent sous lui et ilmarche sur le bord externe du pied, surtout à droite ; il éprouve de plus une grande difficulté pour monter et surtout pour descendre les escaliers. La faiblesse de la marche devient tsUe que le malade ne marche peu qu'avec l'aide d'une canne, dès qu'il s'agit de faire une course, même plus longue.
Etat actuel, avril 1885.
Membres supérieurs. Il existe une amélioration considérable de l'atrophie et surtout delà paralysie muscidaire. La main présente nonobstant l'aspect simien et la griffe des interosseux si caractéristique du type Aran Duchenne de l'atrophie musculaire progressive.
L'aspect extérieur des mains ne s'est en effet que peu modifié. Ainsi les éminences thénar sont toujours très atrophiées, un peu moins à gauche peut-être ; il en est de même des espaces interosseux atrophiés surtout vers leurs extrémités phalangiennes. L'éminence hypothénar ébauche une légère saillie : somme toute, la paume de la main est moins plane, moins simienne peut-être, quoique l'atrophie soit toujours très prononcée. La gouttière des
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radiaux présente toujours un degré prononcé d'atrophie au tiers inférieur de l'avant-bras. Malgré cetfe atrophie les masses musculaires du bras et des avant-bras ont considérablement augmenté de volume. Les saillies musculaires de la région postérieure et externe de l'avant-bras, se dessinent sous la peau ainsi que celle du biceps.