EXAMEN ELECTRIQUE
I. Eiat de la çonlractilité faradique (Appareil à chariot Dubois- Rajmond).
Contraçlilité 7nusculaire. — Minimum d'excitation Méthode polaire.
22 a&ût 1884 20 septembre
Droit Gauche Druit Gauche
Deltoïde....^. 6 1,2 9 G 8 1|2
Grand pectoral . . . 10 1,2 10 1[2 10 li2 10
Triceps 10 li2 10 10 10
Biceps 11 12 10 li2 11 Iji
Long supinateur 9 li2 10 9 li2 10
Radiaux 8 5 1[2 7 1(2 4 n2
Extenseur commun des doigts, 1 1|2 0 0 0
Extenseur jiropre du petit doigt 6 ]{2 0 0 0
Cubital postérieur 9 9 8 8
Long abducteur du pouce.... 10 8 8 1[2 9 \]î
Court extenseur du pouce 0 0 5 0
Long extenseur du pouce 0 0 0 0
Extenseur propre de l'index... 0 0 0 0
Rond pronateur 9 9 9 9
Grand palmaire 9 1|2 9 1[2 9 li2 9
Fléchisseurs communs 10 10 lj2 9 1 j.S 10
Fléchisseur propre du pouce.. 8 1[2 7 1[2 8 1[2 7 li2
Cubital antérieur 9 8
Eminence Ihenar
Court abducteur du pouce.... 0 8 0 9
Court fléchisseur du jjouce 7 1|2 8 1|2 7 1(2 8 1|2
Adducteur du pouce 5 7 li2 5 1|2 7 1|2
Eminence hypothénar 8 8 8 8
Premier interosseux dorsal... G 9 6 1[2 9 1(2
Deuxième iaterosseux dorsal.. 8 li2 9 7 1(2 8 1|2
Troisième interosseux dorsal.. 9 1(2 8 9 1[2 9 1[2
Quatrième interosseux dorsal,. 8 9 8 9
Excitahilité des nerfs. Méthode polaire. Le radial droit au ph" du coude ne donne à 9 1/2 cent, d'écartement des bobines, qu'une contraction du long supinateur et du long abducteur du pouce. Il faut arriver à la superposition des deux bobines, pour voir apparaître des contractions dans l'extenseur commun des doigts et l'extenseur propre du petit doigt. Même avec de très forts courants, on n'obtient aucune contraction des extenseurs propres du pouce et de l'index.
Dans Vaisselle^ contraction du triceps, long supinateur, long
abducfeur du^^ouce à 9 cent, d'écarteraent. Contraction do l'extenseur commun, des doigts à 1/2 cent, d'écartement.
Le MÉDIAN ati dessus du poignet, au pli du coude ou dans Faisselle, ne donne aucune contraction du coi'.rt abducteur dupouoc. Il fait un courant de 6 cent, d'écartement pour voir la contraction du court fléchisseur du pouce, s'associer à celle des muscles de de Tavant-bras animés par le médian.
On obtient par l'électrisation du cubital au-dessus du poignet une contraction des interosseux et de l'adducteur du pouce à 4 cent, d'écartement. A 5 cent, les interosseux se contractent, moins l'adducteur du pouce et le premier interosseux dorsal.
Il faut, à l'électrisation du point d" Frb dans le creux sus-claviculaire, un courant de 1 1/2 cent, d'écartement, pour lacontraction du deltoïde. Avec des courants plus faibles, le biceps brachial antérieur, le long supinateur se contractent seuls.
A gauche on n'obtient avec les plus forts courants, aucune con- Iraction des extenseurs commun et propres des doigts, par l'électi'isation du radial au pli du coude et dans l'aisselle. Le long supinateur, le triceps et le long abducteur du pouce, sont les seuls muscles qui se contractent.
Le !\iÉDiAN au-dessus du poignet donne à 7 cent, la contraction de l'éminence thénar. Le cubital à 9 cent, donne celle des interosseux, à 6 cent, il se joint celle de l'adducteur du pouce.
Les muscles du point d'Erb se contractent à 8 cent.
2. Etat de conlraclilitè galvanique . — Appareil à 40 éléments au sulfate de cuivre avec collecteur Trouvé. — Méthode polaire .
Droit Gauche
KaSZ NFC
Delt-ïde 25 Kl
Grand pectoral 20*
Triceps 20
Biceps 12
Long supinateur 20
Radiaux 20
Extenseur commun des doigts... O
Extenseur propre du petit doigt . O
Cubital postérieur îîO
Long abducteur du pouce 20
Court extenseur du pouca 20
Long extenseur du pouce 20
Extenseur propre de l'index 17
AnSZ
KaSZ
AiiSZ
PFG
NFC
PFC
lO
Rond proiiateur. , 20 25 25* 25
Grand palmaire 20 25 25* 22
Cubital antérieur 20 25 25* 25
Fléchisseurs commun 20 25 25* 25
Eminence thénar
Court abducteur du pouce O 40 25 30
Court fléchisseur du pouce O 40 25 3a
Adducteur du pouce O 30 25 30
Eminence hypothénar 30 40 35* 35
Premier interosseux dorsal O 2S 25' 25
Deuxième interosseux dorsal 30 30 20 35
Troisième interosseuK dorsal .. .. 20 22 35 40
Quatrième interosseux dorsal. .. . 25 30 35 40 (*) Contraction plus forte.
Il existe donc ici en résumé une abolilion de la coniroctillté faraclique des muscles extenseur s communs et propres des doigts gauches, des extenseurs proj^res du pouce et de V index et du court abducteur des pouces droits. Une diminiUion dans les deltoïdes, radiaux, extenseur propre du petit doigt, court fléchisseur et adducteur du pouce et premier interosseux dorsal droits et des radiaux gauchis. Enfin une diminution considérable de l'extenseur commun des doigts droits.
Nous trouvons avec les courants galvaniques, la réaction de dégénérescence dans les deltoïde, biceps, long supinaleur droit, groupe des muscles Buchenn-Erb, dont le deltoïde présentait seul de r atrophie, de la diminution de la force et de la diminution à t excitation faradique.
La réaction de dégénérescence se retrouve dans les radiaux extenseurs communs et propres des doigts des deux côtés. Enfin à droite dans les muscles de l'émindnce thénar et dans les deux premiers interosseux dorsaux.
Observation XI (personnelle)
Paralysie et atrophie saturnine gauche chez un peintre en bâtiment faisant des enduits à la céruse, intéressant l'extenseur commun des doigts et propre du petit doigt, le cubital postérieur, le premier interosseux dorsal, l'adductt-ur et le court abducteur du pouce. — Diminution et abolition de la contractilité faradique. — Réaction de dégénérescence.
Le nommé, Mont.... Victor, âgé de 28 ans, peintre en bâtiments se présente le 2 octobre 1884, à la policlinique du jeudi de M. le professeur Vulpiau, suppléé par M. le D' Dejerine.
Antécédents héréditaires. — Mère, 52 ans. Rhumatisante, mi-
graineuse, crampes d'estomac. Père, 57 ans, travaille dans le plomb depuis sa jeunesse. Pas de manifestations saturnines, ni paralysies, ni coliques, ni encéphalopathie. Il a eu 14 enfants dont 5 vivants. Les autres sont morts en bas-âge de convulsions, méningite, etc. Trois fils travaillent dans le plomb, le malade est le s^al qui ait présenté des accidents plombiques. Deux filles, blanchisseuses.
Antécédents personnels . — Scrofule dans l'enfance. Cicatrices de ganglions suppures sous l'angle de la mâchoire à gauche, Rougeole, scarlatine, croup à 2 ans. Travaille dans le plomb depuis l'âge de 12 ans. Alcoolique, fait des excès alcooliques depuis Tâgc de 13 ans, boit surtout de l'alcool et de l'absinthe (17 à 18 par jour). Rêves professionnels, tremblement, pituites. Jusqu'à il y a deux ans il peignait; il grattait les vieilles peintures. Depuis deux ans il enduit les plâtres avec de l'enduit blanc formé de cérusc, il étale avec les mains et le couteau, la main gauche tient l'enduit. Sa première colique qui a duré quinze jours remonte à cette époque, à deux ans.
I) y a quatre mois nouvelle colique, l'obligeant de se coucher pendant quinze jours.
Le début de sa paralysie gauche remonte à sa troisième colique qui survint le 14 juillet après un excès de boisson et qui dura quatre semaines. La paralysie débuta par les extenseurs communs et propres, sa main droite n'a jamais été atteinte. Pas de symptômes d'encéphalopathie saturnine.
Etat actuel. — Homme maigre, cachectique et anémique, de constitution faible, petit, à systèmes osseux et musculaire peu développés. Liseré saturnin très marqué.
Paralysie saturnine gauche, intéressant l'extenseur commun des doigts et propre du petit doigt, le cubital postérieur, le premier interosseux dorsal, l'adducteur et le court abducteur du pouce, avec intégrité des muscles de l'épaule et du bras, du long supinateur, des radiaux, des muscles longs du pouce, des interosseux sauf le premier dorsal, conservation presque complète de l'extenseur de l'index. Atrophie de la partie inférieure de la face postérieure de l'avant-bras. Atrophie du premier espace interosseux, et de la partie supérieure et inférieure de l'éminence thénar, qui n'est plus représenté que par le court fléchisseur du pouce.
Gaiiche Droit
Mensurations
Avant-bras ù 6 c. au-dessous de IVpicondyle... .
— à IS c. — —
Le malade ne peut étendre les phalanges basales du médius, de l'annulaire et de l'auriculaire. L'extension de la phalange basale de l'index se fait complètement, mais avec moins de force qu'à droite. Les mouvements d'adduction du poignet sont impossibles, tous les mouvements d'abduction ainsi que l'élévation du poignet se font normalement et avec force. Conservation des mouvements de supination, de pronation et de flexion des doigts et de la main.
Conservation de tous les interosseux sauf, le premier dorsal. L'extension des deux dernières phalanges de l'index ne peut être obtenue. Aucun mouvement d'adduction ou d'opposition da pouce, qui n'exécute que des mouvements d'abduction et d'extension par les muscles longs abducteurs, court et long extenseur du pouce et des mouvements de flexion par le long et le court fléchisseur. Intégrité de la sensibilité. Intégrité absolue du membre supérieur droit.
Examen électrique. — Courants faradiques. Méthode polaire Minimum d'excitation.
Gauche Droit
Deltoïde
Grand pectoral.
Biceps
Triceps
Long supinateur
Radiaux
Extenseur commun des doigts...
Extenseur propre du petit doigt.
Cubital postérieur
Long abducteur du pouce .
Court extenseur du [ouce
Long extenseur du pouce
Extenseur propre de l'index....
Grand j alraaire
Rond pronateur
Cubital antérieur
Fléchisseurs communs
Fléchisseur propre du pouce
Court abducteur du pouce ,
Court fléchisseur du pouce
Adducteur du pouce
10 li2
8 li2
8 li2
8 li2
10 ir2
Eminence hypothénar..
Premier interosseux
Deuxième 'nterosseiix
Troisième et quatrième iiiterosseux
Il existe doue une abolition complèfo de la contractilité faradique, dans l'extenseur commun des doigis et propre du petit doiort et dans le premier interosseux dorsal, avec diminution dans les radiaux, extenseur propre de l'index, deuxième interosseux, dont la contractilité volontaire n'est pour ainsi dire pas touchée — et diminution considérable dans les muscles de l'éminence th-hiar sauf le court fléchisseur du pouce Ces mêmes muscles sont inexcitables ou excitables seulement avec de très forts courants, lorsqu'on électrise le nerf radial dans la gouttière, ou le médian et le cubital au poignet. — Réaction de dégénérescence dans tous les muscles dont la contractilité faradique est touchée.
4. Type inférieur, péronier. — Les paralys^ies des membres inférieurs sont relativcuicnt rares. D'après Tanquerel des Planches, on les rencontre^ fois contre^ paralysies des membres supérieurs, c'est-à-dire dans la proportion de 13 pour 100 envi- ■ ron. — Sur ces 15 fois. Tanquerel a observé 5 fois la paralysie des membres inférieurs à l'état isolé. Cette proportion nous semble aujourd'hui bien forte, et nous ne croyons pas qu'il ait été publié un seul cas de paralysie saturnine, uniquement localisée aux méniBres inférieurs. Généralement, en effet, la paralysie des membres inférieurs complique, soit une paralysie saturnine généralisée, soit une paralysie à type antibra- Chial, ou encore une paralysie de tous les muscles des membres supérieurs.
Dans le premier cas, la paralysie est légère et passagère, surtout lorsqu'elle occupe le psoas iliaque, le crural; mais souvent on observe comme dans la célèbre observation publiée par M. Lancereaux (1), une prédilection de la paralysie pour certains groupes musculaires, en particulier pour les muscles péroniers et extenseurs des orteils; le jambier antérieur étant respecté. C'est cette dernière localisation que l'on rencontre, en effet, généralement, dans les paralysies des membres inférieurs, survenant chez des saturnins atteints de paralysie des extenseurs de l'avant-bras ou du type Aran-Duchenne. C'est cette localisa-
(1) Lancereaux. Loc. cit.
Dejerine 9
tion qui se trouve signalée dans les observations de Reraak (1), de Zunker(2) et que nous avons pu constater chez notre malade de l'obs. VIII.
Le type inférieur csL généralement précédé et accompagné d'un certain nombre de prodromes, tels que engourdissement, fourmillements, douleurs au niveau de la région antéro-externe de la jambe, quelquefois il existe à ce niveau une véritable hyperesthésie cutanée ou musculaire, plus rarement de l'anesthésie. Il est fréquent d'observer de l'arthralgie saturnine des articulations du cou de pied et des genoux.
Le malade accuse de la faiblesse des jambes, il marche sur le bord externe des pieds, éprouve une certaine difficulté à monter ou à descendre les escaliers. Il élargit sa base de sustentation, se tient à peine sur chacune de ses jambes, et ne peut se lever sur la pointe des pieds. Lorsque la paralysie est légère et que l'on fait faire quelques pas au malade, les premiers pas ne semblent présenter rien de particulier, mais après trois à quatre pas, le malade écarte sa base de sustentation, bientôt la marche devient inégale, le malade marche sur le bord externe du pied, la pointe traîne sur le sol; à chaque pas le malade imprime un mouvement de circumcduction au pied, et son bord interne se relève fortement (prédominance d'action du jambier antérieur) ; de là des faux pas, un renversement de la face dorsale du pied en dehors et quelquefois des chutes. Si la marche se poursuit, le malade traîne de plus en plus la pointe des pieds, il fléchit alors plus qu'au début la cuisse sur le bassin et « steppe», suivant l'expression de M. Gharcot. Lorsqu'on examine le malade de plus près, on voit qu'il ne peut fléchir directement le pied sur la jambe, la flexion s'accompagne toujours d'un certain degré d'adduction et de rotation en dedans, les mouvements d'abduction sont impossibles, il en est de même de l'extension de la phalange basale des orteils. Les muscles pèroniers latéraux^ eostenseur commun des orteils, extenseur propre des gros orteils sont paralysés, le jambier antérieur conservant au contraire sa force normale.
C'est à la paralysie de ces muscles, qu'est due la difficulté qu'éprouve le malade à marcher et surtout à descendre un esca-
(1) Remak. Loo. cit. Arch. f. Psychiatrie, 1876, VI, obs. V, p. 31, et VJ, p. 37.
(2) ZuNKER. Zur Pathologie der Bleilâlimuug. Zeitsch. f. Kliu. MeJ. Bd I, 1879-1880, p. 496.
lier, le jambicr antérieur étant en effet seul à supporter le poids du corps pendant la descente; aussi, soit pour monter un escalier, soit surtout pour le descendre, le malade pose-t-il successivement les deux pieds sur chaque marche.
La paralysie des péroniers et des extenseurs des orteils avec integî-ilé cïu jamÎ3ier antéiieur, constitue le type le^plus fréquent H des paî'alysies des membres inférieurs. Il correspond au type antibrachial, le jambier antérieur jouant le rôle du long supinateur. Gomme dans toute paralysie saturnine, nous trouvons ici encore les altérations électriques et l'atrophie. L'atrophie est généralement peu accusée, la paralysie n'étant en effet pas de longue durée et s'améliorant assez rapidement. Les altérations électriques sont les mêmes que celles de toute paralysie saturnine ; diminution de la contractililé faradique et galvanique des muscles, réaction de dégénération. Diminution de la contractililé faradique du nerf sciatique poplité externe. Par l'excitation de ce nerf, on n'obtient comme par l'excitation du nerf radial que la contraction des muscles non paralysés. Dans les paralysies inférieures complètes, le jambier antérieur répond seul, à Texcilalion du nerf sciatique poplité externe à la tête du péroné. Les péroniers, les extenseurs ne se contractent pas plus qu'ils ne se contractent, lorsqu'on applique directement Télectrode sur le muscle.
Mais le jambier antérieur n'est pas toujours indemne dans la paralysie saturnine, la paralysie peut s'observer tout comme la paralysie du long supinaleur, elle est alors associée à la paralysie d'un autre groupe musculaire, à la paralysie du triceps sural, des muscles du tendon d'Acliiile, ainsi que le montre le cas suivant publié par Hemak et autopsié par Oppenheim,et que nous croyons encore unique dans la science, comme exemple de localisation saturnine. Dans ce cas, il y avait intégrité complète des péroniers et des extenseurs des orteils. C'est là une localisation exceptionnelle dans la paralysie saturnine, mais fréquente au contraire dans certaines poliomyélites antérieures, la paralysie spinale infantile par exemple.
Observation XII.
(Observation de Remak (l), résumée.) Parésie du deltoïde. — Paralysie classique des extenseurs des doigts. — Paralysie du jambier antérieur et parésie du triceps sural. — Intégrité des extenseurs des orteils et des péroniers, — Troubles électriques.
St... Fondeur en caractères, âgé de 33 ans, entré à l'hôpital le 30 mars 1880. — Travaille dans le plomb depuis 1860. Coliques saturnines en 1867 et 1868. En novembre 1878 encéphalopathie saturnine et paralysie des extenseurs des doigts et des poignets.
Etat actuel. — Cachexie saturnine. Liseré saturnin. Paralysie légère du deltoïde, paralysie intense des extenseurs des doigts et du poignet. Tumeur dorsale du métacarpe.
Membre inférieur. — Le malade est atteint d'une atrophie de la cuisse consécutive à une luxation de la hanche non réduite remontant à la deuxième année après la naissance.
A la jambe on constate une paralysie du muscle jambier antérieur et une parésie du triceps sural. La flexion dorsale du pied s'obtient par la contraction des muscles extenseurs des orteils et péroniers. Les fléchisseurs des orteils se contractant vigoureusement. Par l'excitation du nerf sciatique poplité externe, on n'obtient la contraction que des abducteurs du pied et des extenseurs des orteils. Le jambier antérieur est inexcitable. Diminution de la contractilité faradique du triceps sural. Par l'excitation du sciatique proplité interne au creux poplité, on n'obtient que la contraction du jambier postérieur et des fléchisseurs des orteils, la contraction du triceps sural est très faible. Pas de réaction de dégénérescence.
Amélioration lente de la paralysie des membres supérieurs et des membres inférieurs. En septembre 1880 le jambier antérieur ébau che une contraction.
Acôtéderobscrvalionde Remak, il convient de placer l'observation déjà ancienne rapportée par Duchenne de Boulogne fils, dans laquelle une paralysie saturnine d'abord généralisée, s'est localisée chez un enfant de 3 ans, aux muscles triceps crural, jambier antérieur et extenseur commun des orteils. Par sa localisation cette observation forme le trait d'union entre lesdeux variétés précédentes.
(1) Remak. Zur Localisation saturniner Lahmuugen der Unterextremitateu. Neurol. Ceutralbl., 1882, p. 149.
Observation XIII.
(Observation résumée de Duchenne de Boulogne fils.) (i)
Intoxication saturnine par les eaux de cuisine chez un enfant de trois mois ; paralysie d'abor 1 géuéniiisée, localisée anjoiu-d'hui au membre inférieuigauche. — Paralysie du triceps crural, jambier antérieur et extenseur commun des orteils gauches. — Abolitioa de iVxcitabilité électrique. — Refroidissement du membre. — Atrophie musculaire. — Retour de la motdiié volontaire av^-c persistance des troubles électriques.
Georges H,.., de la Nouvelle-Orléans, âgé de 5 ans, bien constitué et de bonne santé avant sa maladie actuelle, a été empoisonné au mois d'août 1802, par du plomb contenu dans de l'eau servant aux usages de la cuisina et conservée dans des réservoirs de ce métal. En même temps que lui, sa mère, deux domestiques, son plus jeune frère, âgé de 2 ans. présentèrent les mêmes symptômes de l'intoxication saturnine ; coliques et constipation pendant plus de six semaines. Les deux enfants eurent en outre des convulsions, et le plus jeune succomba au bout de deux mois, avec une hémiplégie complète du côté droit. Celui qui nous est présenté eut de la lièvre, les yeux convulsés et des douleurs dans les membres pendant un mois; il survint en outre une hémiplégie du côté gauche, partielle au bras, complète au membre inférieur, et une paralysie de la vessie qui persista quinze jours. Au bout de deux mois, le mouvement revint complètement dans le membre supérieur, mais le membre inférieur resta en partie paralysé et se développa moins que celui du côté opposé.
Quand l'enfant nous est amené, au mois d'octobre 18G3, le membre inférieur gauche est plus grêle et plus froid que le droit. Les mouvements de la cuisse sur le bassin s'exécutent, mais l'extension de la jambe sur la cuisse et la flexion du pied sur la jambe sont abolies, et le pied, dans l'attitude d'un équin au premier degré, peut cependant être mécaniquement fléchi sur la jambe au-delà de l'angle droit. On constate l'absence complète de l'excitabilité électrique dans le muscle triceps crural, jamhier antérieur et extenseur commun des orteils. Il n'y a pas de difl'érence dans la longueur des membres inférieurs.
L'équiu est combattu par un appareil approprié, et on faradise les muscles paralysés une trentaine de fois durant trois mois, après lesquels l'enfant est obligé de partir pour Londres.
(1) Duchenne (ie Boulogne) fils. De la paralysie atrophique graisseuse de l'enfance. Arch. génér, de méd., 1864, t. IV, 6« série, p. 193. (Obs. XVIII).
Ce traitement eut pour résultat le retour des mouvements d'extension de la jambe et de flexion du pied, qui restent cependant afiaihlis. Mais la contractilité électrique n'a pas reparu dans la même proportion que le mouvement et elle est à peine plus sen- 6<ible qu'au début du traitement.
5. Paralysies laryngées. — Tanquerel des Planches avait déjà appelé l'attention sur l'aphonie et les troubles respiratoires que l'on peut observer chez un certain nombre d'ouvriers travaillant dans le plomb. Il rapproche de ces faits la paralysie laryngée assez fréquemment observée chez les^chevaux employés H") dans les usines de blanc de céi'use, et nécessitant souvent la trachéotomie. L'aphonie, la faiblesse de la voix, la dyspnée signalées dans un grand nombre d'observations de paralysie saturnine généralisée, dans les observations XVII, XVIII, XXI. que nous rapportons plus loin, tient-elle à la paralysie généralisée, aux muscles du thorax et de l'abdomen? l'aphonie n'est-elle que la résultante de la paralysie des muscles expirateurs en général, ou relève-t-elle d'une paralysie des muscles intrinsèques du larynx, d'une paralysie du récurrent?
En l'absence d'autopsies, l'examen laryngoscopique, peut seul résoudre la question. Ces données laryngoscopiques manquent malheureusement dans la plupart des observations de saturnins aphones. Cependant Sajous (1) cite des cas de paralysie des adducteurs de la glotte survenant chez un peintre ayant présenté deux attaques de coliques. La guérison survint après un traitement à l'iodure de potassium et à la noix vomique. Schech (2) cite un cas de paralysie de la corde vocale droite avec diminution de la motilité de la corde gauche et aphonie dans l'étiologie de laquelle peut être incriminée, soit une intoxication par le cuivre ou le plomb, soit l'infection paludéenne. L'affection guérit dans l'espace de quatre semaines et sans traitement aucun. Mackenzie signale le plomb et l'arsenic parmi les causes de paralysie des adducteurs de la glotte, et Mackenzie (3) rapporte un cas de paralysie unilatérale des adducteurs chez un peintre âgé de 35 ans, présentant depuis 5 ans une paralysie complète du crico-aryténoïdien latéral droit probablement d'origine saturnine. La guérison fut obte-
(1) Sajous. Arch.ofLaryngology, 1, 111,1883, cité d'après Seifert.
(2) Schech. Monatsschrift f. Ohrenheilk. Keklkojif-Nasea u Rachenkrankh., n» 8, 1883. cité d'après Seifert.
(3) Mackenzie. Diseuses of the throat andnose, vol. 1, 1880, p 471,
nue après deiiK mois de faradisalion endo-laryngée et l'emploi d'iodiire de potassium.
D'après Mackenzie, dans les paralysies laryngées d'origine saturnine et arsenicale, les adducteurs de (a flotte seraient seuls paralysés; ces muscles présentant vis-à-vis des abducteurs de la glo'.te la même susceptibilité pour l'intoxication saturnine que les extenseurs de l'avant- bras considérés par rapport aux fléchisseurs.
Seifert (1) enfin, auquel nous empruntons tous ces documents bibliographiques, rapporte trois cas de paralysies laryngées, '^7 d'origine saturnine. Voici le résuuié très succinct de ces observations :
Observation XIV.
(Observation I résumée de Seifert.)
Parésie des muscles arytènoïdiens transverses et obliques, avec aphonie survenant au déclin d'une colique saturnine chez un menuisier peintre de 19 ans qui broie lui-même ses couleurs, et emploie surtout du blanc de céruse. Liseré gingival.
h' aphonie est peu prononcée. Examen larynscopique : muqueuse normale, en particulier au niveau des cordes vocales. Pendant la phonation la corde vocale ne se contracte que dans les trois quarts antérieurs, laissant dans son quart postérieur une fente triangulaire. Aspect de la glotte normale pendant la respiration.
Ohservation XV.
(Observation II résumée de Seifert).
Paralysie des muscles crico-aryténoïdiens postérieurs,
.Jean L..., 45 ans. Peintre sur laque. Broie lui-même ses couleurs et emploie surtout du blanc de céruse. Coliques saturnines répétées. Liseré saturnin très accusé. Le malade est atteint de néphrite interstitielle /rhypertrophie cardiaque, de péricardite de pleurésie droite, u'anasarque. Albuminurie légère. Dj'spnée dès que le malade fait un effort, monte un est \\\ev ,eic . Aphonie intermittente.
23 avril. Examen laryngoscopique. CEdème de la muqueuse des aryténoïdes, scarifié quotidiennement s'étendant le 3 mai aux replis ary-épiglottiques. Paralysie du muscle crico-arylénoïdien
(1) Otto Seifert. Kehlko}ifmuskellâhmung in Folye von Bleivergiftung . Berl. klin. Wochenschrift, 1884, p. 555-558.
postérieur gauche et parésie du même muscle du côté droit. Intégrité des adducteurs . Le 6 juin attaque d'encépiialopathie saturnine. Mort le 11 juin.
Autopsie. — OEdème cérébral, hypertrophie cardiaque, pleurésie, péricardite, néphrite interstitielle, etc.
Larynx. — Hémorrhagies anciennes dans la muqueuse des aryténoïdes et des replis ary-épiglottiques. Œdème léger de la muqueuse des cordes vocales et des muscles thyro-aryténoïdiens. Le muscle cric û-arylénoïdien postérieur gauche est pâle et fortement atrophié, le droit est moins atrophié.
« L'affection des abducteurs des cordes vocales, ajoute Seifert, a dû exister dans ce cas, longtemps avant mon premier examen de ce malade, car la paralysie était complète et l'atrophie très prononcée. Ce fait explique les difficultés respiratoires de ce malade, dès qu'il faisait un effort, dès qu'il montait un escalier. »
Cette observation est, à notre avis, beaucoup moins démonstrative que l'observation I ou III de Seifert, à cause de l^edème de la muqueuse des cartilages aryténoïdes; on pourrait invoquer ici la loi de Slokes : la paralysie du muscle sous-jacent à une ' muqueuse enflammée ou œdématiée. L'atrophie très prononcée du crico-aryténoïdien, semble bien indiquer qu'il s'agit d'une paralysie laryngée indépendante de l'œdème de la glotte, mais l'opinion contraire peut à la rigueur être défendue. 11 est regrettable, que Seifert n'ait pas pratiqué l'examen microscopique des muscles du larynx et en particulier des nerfs récurrents. Cet examen aurait eu dans l'espèce une grande valeur.
Observation XVI.
(Observation III résumée de Seifert.)
Nicolas M... âgé de 30 ans, peintre sur laque, exerce son métier depuis 1867. En 1872, première aphonie durant trois semaines et disparaissant sans traitement. Depuis il a eu plusieurs fois de l'apAowig. En septembre 1883, Pi^emière attaque de coliques de plomb.
Etat actuel. — 15 novembre. Liseré gingival, teinte pâle. Hypertrophie du ventricule gauche. Pas d'albuminurie. Voix voilée, sourde, fausse.
Examen laryngoscopique. — Muqueuse laryngée normale en particulier au niveau des cordes vocales. Paralysie complète des
muscler intenses du larynx du côté droit. Intégrité du crico- Ihyroîdien.
Les cas de Seifert sont particulièrement intéressants, car ces cas d'aphonie, se sont produits chez des saturnins ne présentant pas de phénomènes paralytiques. Ils prouvent en tout cas « que contrairement à l'opinion de Mackenzie, tous les muscles du ^^'^/'J larynx, soit isolément, soit par groupes, peuvent être paralysés sous Tinfluence d'agents toxiques » et que les paralysies des adducteurs ne constituent pas la seule modalité clinique des paralysies laryngées toxiques.