Gilles de la Tourbtte et Gasne
mieux se gâter que supporter la douleur occasionnée par la mise en place d'un bassin.
La psychose poljnévritique peut parfois revêtir le masque delà Paralysie générale progressive (1). Nous reviendrons au chapitre du diagnostic sur les différences qui les séparent.
Des exemples de psychose polynévritique se trouvent dans mes observations VI, XIV, XV, XXXI ainsi que dans celle-ci où l'affection était à sa phase ultime.
Observation VII
([Qétlite. Clinique de M. le professeur SpiUmann). Polynévrite alcoolique. Psychose. Mort.
Mme D..., 49 ans, laveuse puis matelassière entre à l'Hôpital le 17 juin 1901. Son père, goutteux, est mort subitement à 52 ans ; sa mère (70 ans) est bien portante ; un frère et une sœur bien portante ; une autre sœur dyspeptique.
Pas de maladie antérieure ; règles régulières depuis l'âge de 16 ans ; mariée à 24 ans ; mari en général bien portant (atteintes de rhumatisme articulaire aigu). Sur dix enfants, 2 vivent bien porlants , huit SOnt morts : 1 tétanos, 1 méningitei^ dins), convulsions de la première enfance dans tous les autres cas. En outre un mort-né et une fausse couche. Pas de stigmates de syphilis.
La malade, bien constituée, avait une bonne santé jusqu'à
1. Klippel, Des pseudo paralysies générales névriiiques. Gaz. hebdom., février 1893 ; Raymond ir série, p. 173 ; Szânto cité par Raymond, p. 197.
il y a quatre ans, époque où la mort d'un enfant lui causa un tel chagrin que pour se consoler elle se mit à boire du rlium à haute close. Alors elle est devenue irritable et depuis ce moment, elle a de loin en loin des douleurs dans les jambes durant quelques semaines : ces douleurs, spontanées, étaient exagérées par les mouvements.
Depuis 8 mois, les douleurs n'ont pas cessé ; à la même époque la malade s'est mise à tousser, à cracher et à s'essouffler facilement. Insomnie et agitation nocturne. Survient alors une impotence progressive des membres inférieurs, qui l'oblige à s'aliter ; voulant se lever de son lit, elle tombe à terre. Petit à petit l'agitation fait place à de la dépression, la malade a des oublis fréquents , elle devient très craintive paraît avoir des hallucinations visuelles.
Depuis 2 à 3 mois elle ne peut plus mouvoir les membres inférieurs, les mouvements des bras sont moins faciles. C'est versla même époque que survint une incontinence des urines et des matières, accompagnée au début pendant quelques jours d'exagération de l'appétit sexuel.
Vers la même époque on a remarqué que ses membres « maigrissaient».
Les hallucinations sont plus fréquentes depuis quelques jours, la malade voit des gens qui veulent la voler, dévaliser son ménage ; elle manifeste de la terreur ; les nuits sont agitées ; elle ne reconnaît pas toujours sa famille et ne se rappelle pas ce qu'elle vient de dire ou d'entendre.
Actuellement &\\q Qsi très délibitée ; elle crie quand on l'approche ; elle paraît comprendre la question mais répond d'une façon incompréhensible et incohérente et marmotte des paroles inintelligibles: à l'amnésie s'est ajoutée un certain degré de confusion mentale. Insomnie, cauchemars hallucinatoires.
Troubles sensitifs cutanés peu nets. Douleurs vives à la pression des membres inférieurs. Djuleurs lancinantes spontanés. Réflexes abolis. Paralysie complète des membres inférieurs avec atrophie diffuse. Aux membres supérieurs, uo
peu deparésie avec amyotrophie légère, mains un peu tombantes ; elle ne peut serrer la main ni étendre les doig-ts qui exécutent continuellement l'ébauche des mouvements professionnels (tirer le crin).
Ne prend plus que des liquides qu'on lui verse dans la bouche. La macération dans l'urine et les matières a amené une excoriation superficielle du sacrum.
Quelques râles fins aux bases. Rien de net aux autres appareils.
Le lendemain de son entrée coma progressif. Mort le 23 juin.
Autopsie. Cœur un peu pâle et flasque avec surchagc graisseuse ; quelques plaques athéromateuses de l'aor'e Poumons un peu Q.ni\\vd.cosi(\u.es, congestion intense des lobes inférieurs, au sommet droit petite cicatrice scléreuse ave c adhérence pleurale. Foie jaunâtre assez ferme avec quelques ilôts scléreux. Estomac parsemé de petites taches ecchymotiques. Reins légèrement contractés, diminution de la substance corticale, capsule un peu adhérente. Muscles jaunâtres, pâles et mous.
Le crâne n'a pu être ouvert. La moelle ne présente aucune altération macroscopique. Microscopiquement, on constate un peu de prolifération périvasculaire, un peu de sclérose névroglique disséminée autour des cornes antérieures dans la moelle cervicale. Au Nissl, un certain nombre de cellules de cornes antérieures présentent de la chromatolyse centrale, avec déplacement du noyau vers la périphérie surtout à la région lombaire où plusieurs cellules ne paraissent plus contenir d'éléments chromatophyles.
Dans les racines, rares tubes dégénérés, sur des coupes, le tronc du sciatique gauche paraît diminué de calibre, çà et là un peu de prolifération conjonctive-. De nombreux tubes plus petits, grêles, inégalement répartis. Les mêmes altérations sont plus accentués sur de fins rameaux du nerf crural où la moitié environ des tubes paraissent dégénérés. La dissociation (acide osmique) de divers filets périphériques
montre clans un très grand nombre de tubes la fragmentation de la myéline en boules, dans quelques-uns la disparition du cylindre axe, quelques gaines vides.
Ordinairement l'état général qui accompagne les troubles psychiques est mauv'ais, et parfois, à leur apparition, la polynévrite prend une allure rapide. La guérison complète de la psychose quoique peu fréquente précède quelquefois celles des névrites périphériques (Obs. XXXI), mais ordinairement elle dure plus longtemps qu'elles,deux ou trois ans par exemple, quand elle n'aboutit pas à la démence ce qui est très fréquent ou quand la mort n'arrive pas à bref délai.