CHAPITRE il
Formes cliniques.
Si à chaque cause occasionnelle de polynévrites correspond une forme clinique de prédilection, il est certain que néanmoins chacune d'elles peut donner naissance à une variété clinique quelconque ; c'est pourquoi, envisageant la question à un point de vue général, on peut faire abstraction de toute notion causale et étudier ce qui dans l'aspect clinique résulte de « l'extension et de la gravité de la lésion nerveuse périphérique... de son siège, de sa localisation et de la fonction des nerfs qu'elle affecte ». (Mme Déjerine-Klumpke,p. 26).
En raison donc de la multiplicité des facteurs qui y concourent, les types cliniques les plus divers se rencontrent, reliés par tous les intermédiaires.
Après description d'un type moyen, l'évolution de l'affection et sa gravité, la prédominance des lésions dans tel ou tel système, le siège des névrites multiples, le cachet que l'étiologie peut imprimer à certains cas, la combinaison d'autres maladies seront les éléments principaux autour desquels je grouperai diverses variétés cli-
niques, mais cette classification est forcément un peu artificielle.
FORME MOYEiNiNE
El variations dans le début, la gravité, l'évolution, la terminaison.
Dans la polynévrite sensitivomotrice subaiguë, qui réalise un type moyen, un individu, dans la convalescence d'une maladie infectieuse classée, ou après un surmenage ou un refroidissement, avec des symptômes infectieux parfois peu nets, présente d'abord quelques fourmillements dans les membres inférieurs ou des douleurs lancinantes ; de la faiblesse des extrémités, surtout des pieds, se produit et augmente peu à peu jusqu'à une paralysie complète qui gagne de proche en proche la racine du membre.
Les mains, si elles étaient épargnées au début, se prennent à leur tour et les bras sont envahis comme l'avaient été les jambes. Des douleurs, avec les caractères décrits plus haut, et notamment la douleur à la pression, accompagnent toujours le développement des paralysies. Celles-ci peuvent envahir les muscles du tronc, ceux de la tête ; et parfois l'atteinte de nerfs essentiels à la vie amène une mort précoce. Le plus souvent la marche des symptômes est relativement lente, dure plusieurs semaines pour resler ensuite quelque temps slationnaire avant de décroître. Entre temps les muscles paralysés s'atrophient et peuvent présenter des modifi-
cations des réactions électriques. Parfois surviennent des troubles psychiques. Les troubles des sphincters font ordinairement défaut ainsi que les troubles Irophiques, s'ils surviennent ils sont essentiellement passagers. — Arrive un moment où les paralysies ne" progressent plus où l'atrophie musculaire s'arrête, où les douleurs cessent; alors la phase aiguë est passée, et la réparation pourra commencer. Elle se fera progressivement en commençant par les muscles atteints les derniers et la maladie pourra guérir sans laisser de traces.
Voici une observation de polynévrite, survenue dans la convalescence de la grippe, qui réalise dans ses grandes lignes ce tableau clinique.
Observation VIII
(Inédite. Service de M. le professeur Bernheira).
Polynévrite sensilivo-motrice subaiguë (Grippale).
Joséphine B..., 34 ans, repasseuse, célibataire, entre à l'H. C, le 31 octobre 1899.
Dans ses antécédents nous ne relevons qu'une pleurésie ayant nécessité la thoracenlèse à l'âg-e de 9 ans ; il lui en serait resté une très légère dyspnée d'effort.
Maladie actuelle. — Au début de septembre 1899, pendant 15 jours, diarrhée (8 à 10 selles par jour) avec malaise. Vers la fin du mois, tOUX avec expectoration abondante, ccphalalg-ie et fièvre. C'est alors qu'elle dut s'aliter. Depuis trois semaines, douleurs dans les mollets, à la plante des pieds, à la cuisse ; ces douleurs ont envahi les bras depuis 15 jours, puis les avant-bras. Elles étalent lancinantes, « comme des arrachements » accompagnés de fourmillements dans les