OD
pieds et les mains, h'impotence des membres, bientôt suivie ([''atropine, a évolué parallèlement aux douleurs, et a commencé par les mains et les pieds.
Etat actuel. — Malade bien constituée, face joufflue colorée,la T.oscille entre o7°,2 et 38'',2 pendant les deux premiers jours et reste ensuite' vers 37°, 5. La diminution de volume des membres attire l'attention.
Les membres inférieurs sont à demi fléchis tous deux, les chairs sont flascfues ; les mollets très amoindris, les cuisses le sont un peu surtout la g-auche (42 cm. ; D : 48). Les mouvements de la. ia.mhe gauche sont possibles mais limités ; pied un peu êQUin varus dont le redressement spontané est difficile. Ne peut fléchir ni étendre les orteils, non plus que Soulever le membre en l'air. Tous les muscles de la cuisse fonctionnent mais aucun de la jambe.
La jambe droite peut être étendue ou fléchie ; il y a de lég-ers mouvements d'extension du pied qui est équin varus; Pas de mouvements dans les doigts de pied ; la cuisse est en abduction et la malade ne peut la mettre en adduction que difficilement.
La résistance aux mouvements passifs est très amoindrie des deux côtés ; \e,srêtiexes tendineux sont abolis ; le chatouillement de la plante du pied ne provoque rien du côté des orteils mais seulement le retrait delà jambe par flexion du g-enou. La sensibilité cutanée est normale, les attouchements non douloureux : sensations de fourmillements et d'engourdissements dans les pieds ; avec quelquefois douleurs lancinantes dans les mollets dont la pression est douloureuse,
Lesmembres supérieurs sont amoindris, surtout les avantbras qui présentent une atrophie musculaire moindre que celle des mollets. Les épaules et les coudes sont m.obiles, les mains sont tombantes. Le pDuce droit est libre, le gauche peut être fléchi mais non étendu ni opposé aux autres doigts. Les 4 autres doigts de la main droite sont fléchis et ne peuvent s'étendre ; ceux de la main gauche restent immobiles en demi-flexion. Atrophie des muscles des mains ; elles ne peuvent tenir^aucun objet.
Le tronc ne présente à la vue qu'un peu de scoliose gauche, reste de sa pleurésie mais la malade ne peut ni s'asseoir ni rester assise dans son lit. Rien aux muscles de la tête.
Réactions électriques. — Membres inférieurs. 1° Excitabilité faradique : Triceps et biceps des cuisses : diminution notable ; extenseurs des orteils : très forte diminution ; jumeaux: diminution moins forte. 2'^ Excitabilité galvanique : légère diminution dans tous les muscles. Membres supérieurs, l» Excitabilité faradique : extenseurs des doigts : très forte diminution ; fléchisseurs des doigts, biceps et triceps : légère diminution ; 2° Excitabilité galvanique : diminution notable pour les extenseurs et les fléchisseurs des doigts, légère augmentation pour le triceps et le biceps.
Les appareils viscéraux présentent ceci à signaler :
Léger souffle dans les fosses sus-épineuses ; submatité à gauche en arrière avec respiration obscure (lieu de l'ancienne pleurésie). Matité hépatique très augmentée en hauteur avec sensation à la palpation d'une masse globuleuse : Il s'agit vraisemblablement d'une ptôse hépatique (la radiographie ne donne aucun renseignement).
L'état reste stationnaire pendant quelque temps, la température s'élevant parfois à 37°, 8 le soir.
Le 15 novembre» — J... B... peut s'asseoir seule dans son lit. Même état des membres, persistance des fourmillements,
22 novembre. — Elle peut quoique avec peu de force tenir sa cuillère et la porter à sa bouche de la main droite dont elle peut fléchir et étendre les doigts sauf le médius ; peut un peu relever les poignets ; ne peut fléchir l'index gauche ni étendre les trois derniers doigts de la main gauche ; les progrès des mains se continuent lentement ; les mouvements du membre inférieur droit deviennent moins faciles.
i2 décembre. — La jambe droite couchée sur le côté externe est fléchie à angle droit sur la cuisse qui est en abduction forcée, difficile à vaincre. La suggestion ne peut modifier cet état. On met une extension continue. La jambe
gauche est stationnaire ; la main droite quoique sans force au dynamomètre fait tous les mouvements ; à g-auche les trois derniers doigts sont encore fléchis.
30 décembre. — La rétraction de la cuisse droite a cessé, on enlève l'extension continue.
16 janvier IVOO. — L'état des pieds reste le même, les deux mains font tous les mouvements quoique maladroitement. Dynamomètre : MDr=5 ; MG=0.
p" février. — L'équinisme des pieds persiste au repos, mais les muscles se réparent et la malade commence à se tenir debout avec appui, les réflexes sont encore abolis. Dynamomètre MDG:z=5.
Réactions électriques le 3 février (service de M. le profagrégé Guilloz).
1» Excitabilité faradique.
Bras Pectoraux diminution à gauche.
» Deltoïde normale des 2 côtés.
» Biceps normale des 2 côtés.
» Triceps légère diminution à gauche.
» Extenseurs égalité des 2 côtés.
» Fléchisseurs égalité des 2 côtés.
Jambes Fessiers très forte dimin. des 2 côtés.
» Triceps fémoral abolition des 2 côtés.
» Biceps très forte dimin. des 2 côtés.
» Extenseurs des orteils très forte diminution à droite
» Jumeaux 2° Excitabilité galvanique Bras Pectoraux
» Deltoïde
Triceps
» Biceps » »
t à gauche.
abc
ilition des 2 côtés.
le.
gauche
: KFS=10 m A
droit
: KFSzr 6mA
gauche
: KFS=: 6mA
droit :
: KFSir 6mA
gauche ;
: KFS— 12 mA(cont.lente
droit ;
: KFS= 5mA
gauche :
: KFSrz: 4mA
droit ;
; KFS— 5mA
Bras Fléchisseurs g-auche : KFS.r: 7mA
» » droit : KFS— 8 m A
Jambes Triceps fémoral gauche : KFS:=:16 m A
(contr. très lente) » » droite : KFS=12 (contr. lente)
» Extenseurs orteils gauche : KFS=14 m A » » droite : KFS=16 m A
» Jumeaux gauche : KFS=rl8 m A
(contr. très lente) » Biceps droite : KFS=13 m A
L'amélioration s'accentue ensuite. Au commencement de mai la malade marche seule sans appui en steppant et en laissant tomber la pointe du pied; les réflexes reparaissent. Circonférence des cuisses 55. Elle commence à pouvoir coudre. Dynamomètre MD=28 ; MG=18.
Va très bien en juillet, mais steppe encore un peu. Nous avons su en mai 1901 qu'elle est en parfaite santé et a repris son ancienne profession de couturière repasseuse.
Cette observation qui représente un cas moyen, nous montre dans la convalescence de l'influenza une paralysie avec atrophie diffuse accompagnée de troubles sensitifs et de modifications des réactions électriques chez une femme de 34 ans. La paralysie s'étant en 3 semaines étendue aux muscles des 4 membres et du tronc, l'état reste ensuite stationnaire pendant quelques jours; puis la réparation commence par les muscles du tronc (les derniers pris) et peu à peu tout l'appareil locomoteur a recouvré son intégrité, le retour à l'état normal étant complet après 10 mois environ.
On peut comparer à l'obs. VIII celle que voici :
Observation IX
(Inédite. Service de M. le professeur Spillmann). Polynévrite d'origine grippale.
J. V..., 24 ans, étudiant, est habituellement bien portant. Pas d'antécédents morbides.
Au milieu de mars 1900 : pleurésie sèche à droite.
En mai inflaenza compliquée de pleuro-pneumonie. A la fin de juin il était en convalescence, quand après être resté assis un temps assez lon;^ il ressentit des douleurs dans les mollets et les cuisses. Le lendemain, il voulut faire une promenade : après quelques kilomètres, la marche devint très pénible, les jambes se dérobaient sous lui et il sentait des douleurs lancinantes ; il fit encore quelques mètres en écartant les jambes puis il dut s'arrêter. On le ramena chez lui et il s'alita.
Les douleurs persistèrent. Dans les premiers jours de juillet pieds bots paralytiques avec abolition des mouvements des doigts de pieds ; quelques semaines après les mains se prirent, puis les avant-bras ; tous les muscles des quatre membres furent atteints. Quelques semaines après le début des paralysies, survint une atrophie musculaire diffuse.
En septembre l'affection commence à régresser lentement ; quand le malade vint consulter à la fin d'octobre il y avait un peu d'atrophie musculaire des membres inférieurs, les pieds étaient tombants ; avec appui il marchait en steppant. Les réflexes n'étaient pas diminués, il n'y avait plus de troubles sensitifs ; les éminences thenar étaient atrophiées ; les mains tombantes : le malade pouvait tenir les objets, porter les aliments à sabouche mais non serrer un objet, ni écrire. Abolition de l'excitabilité faradique dans les extenseurs des orteils
des deux côtés, e^t presque abolition dans les jumeaux, diminution dans la plupart des autres muscles des membres inférieurs ; diminution de l'excitabilité galvanique surtout marquée dans les extenseurs et les jumeaux avec AFS '^z KFS. Pas de troubles viscéraux. Il se produit facilement des rougeurs sur les pieds.
L'amélioration fut très lente.
En mars 1901 le malade pouvait écrire et marchait appuyé sur une canne en steppant, il n'y avait plus du tout d'atrophie, la faiblesse musculaire était encore très marquée.
Il fit pendant l'été une saison de 20 jours à Plombières ^ elle améliora les forces. En octobre 1901, J. V... a recouvré la complète intégrité de tout son système musculaire.
Nous venons de voir l'affection débuter dans la convalescence : elle peut commencer aussi dans le cours même des maladies aiguës, subaiguës ou chroniques. Parmi ces dernières, la tuberculose pulmonaire se complique parfois de polynévrite : outre le danger de celle-ci, le pronostic sera très sombre dans ces cas puisque le malade peut être emporté — et c'est le cas ordinaire — par l'évolution progressive de l'affection doal la polynévrite n'est qu'un épiphénomène. On conçoit que dans ce cas le début puisse être insidieux. Il peut se perdre également au milieu des symptômes d'une maladie aiguë ; dans l'observation que voici, les symptômes névritiques se manifestèrent très nettement au 15" jour d'une F.C. classique.
Obsertation X
(Obs. 2cle M. le professeur agrégé Etienne. RN. 1899). Polynévrite généralisée au cours de la fièvre typhoïde.
Mlle Th. S. -M..., âgée de 22 ans est envoyée le 11 octobre 1897 par le D'' Thouvenin (de Mirecourt) à la Clinique de M le professeur Spillmann que. le professeur agrégé Etienne suppléait alors. Rien à noter de spécial dans ses antécédents héréditaires.
Antécédents i^ersonnels. — Rougeole dans l'enfance ;
Premières règles à 17 ans ; menstruation régulière.
Début de Vétat actuel. — Vers le 15 juillet 1897, cette personne fut prise de courbature générale, d'épisfaxis, de céphalée ; la fièvre survint et une fièvre typhoïde bien caractérisée s'établit, évoluant pendant quarante jours.
Vers le quinzième jour, apparurent des douleurs lancinantes dans les membres inférieurs, persistant pendant; tout le reste de la maladie, diminuant d'intensité, mais augmentant de fréquence. La malade s'amaigrit considérablement et rapidement. Au bout de la septième semaine, la malade peut néanmoins se lever ou plutôt on la levait, car elle ne pouvait marcher. A part ces accidents, rien dans l'évolution typhoïdique ne frappa particulièrement l'attention. C'est dans cet état que la malade entre à l'hôpital de Nancy.
Etat actuel. — Constitution primitivement bonne ; tempérament mixte ; malade profondément amaigrie ; état squelettique de tous les membres. Pas de troubles intellectuels; mémoire conservée.
Membres inférieurs. — Pas de coloration spéc'ale des téguments ; pas d'œdème. La malade peut élever le pied jusqu'à 50 centimètres au-dessus du plan du lit, en déteiminant
quelques mouvements de saccade, mais sans ataxie. Résistance aux mouvements pass'fs légèrement diminuée. La flexion et l'extension sont possibles ; mais les forces sont diminuées. La marche est absolument impossible, la malade ne peut se tenir sur ses jambes.
Dimensions Jambe droite Jambe gauche
A 10 cent, au-dessous de la pointe
de la rotule 22 cent. 2/3 21 cent.
A 20 centim 20 cent. 19 cent. 5
A 20 centim. au-dessus de la base
de la rotule, cuisses 28 cent. 27 cent.
Les masses musculaires des jambes et des cuisses ont presque disparu; il n'existe plus que la peau sur les os, surtout au niveau des masses postérieures.
Sensibilité. — Conservée à la piqûre et au tact ; légère douleur à la pression. — Réflexes : Abolis aux genoux, pas de phénomènes du pied. Pas de contracture.
Membres supérieurs. — Même atrophie qu'aux membres inférieurs, peut-être plus accentuée encore ; forces musculaires très diminuées, mais également des deux côtés. Abolition des réflexes.
Sphincters iniaiCis; n'a jamais éprouvé de troubles de ce côté.
Sens normaux.
Les réactions électriques sont intactes. Electro-pronostic favorable. Pas d'insomnie; pas de céphalée ni de vertiges.
Appareil respiratoire. — Amaigrissement profond du thorax; côtes saillantes; creux sus et sous-claviculaires très marqués; disparition des muscles des gouttières vertébrales ; omoplates ailées; peau sèclie. Les bruits respiratoires sont normaux.
Appareil circulatoire. —Po\i\s fréquent, à 120, petit, régulier, égal, peu dépressible. La pointe bat normalement.
Bruits du cœur nets; pas de bruits anormaux.
Appareil digestif. — Langue sèche saburrale. Appétit conservé.
Appareil g êniio -urinai) e. — Les urines sont légèrement albumineuses.
Assez rapidement, avec l'aide d'un traitement approprié, appliqué au service d'électrothérapie, l'état s'améliora. Le 15 novembre, la malade pouvait marcher avec le soutien de quelqu'un.
Le 27 novembre, elle marche seule et quitte le service; les muscles, encore très peu développés, ont cependant repris une notable partie de leur volume.
Un o^ cas est celui où la polynévrite débute en pleine santé apparente ou après un surmenage, un refroidissement. Ce début, rapide (1) ou lent, peut être ou nonaccompagné de symptômes généraux. Elle relève alors d'une intoxication ou d'une infection préexistante (syphilis. Obs. XIX, XX), ou d'une infection légère ou latente, comme dans mes obs. II et XVII, ou d'une infection grave de nature inconnue, les symptômes généraux accompagnant
1. Le début est parfois si brusque que la maladie mérite d'être classée parmi les névrites apoplecli formes, dont le caractère commun est « la soudaineté avec laquelle est apparue une paralysie en rapport avec une névrite». Abstraction faite des divers éléments de ce « groupe de faits disparates », nous y trouvons des cas comme celui de Eiciiiiorst (Raymond III" série, p. 078) : Une femme de 34 ans, alcoolique, stationnant dans une gare s'affaissa subilement sur le sol, ses deux membres inférieurs étant paralysés. Il s'agissait d'une polynévrite alcoolique des membres inférieurs, qui évoluant ensuite d'une façon banale, se termina par guérison. On peut en rapprocher l'obs. de Raymond (IV° série le çon 5:2) où, avec des symptômes généraux, la paralysie de la jambe droite survint en quelques heures ; la jambe gauche alors affaiblie fut envahie plus lentement.
alors riiivasion d'une polynévrite pouvant évoluer d'une façon rapide.
Ceci m'amène à rappeler qu'à côté des polynévrites d'allure moyenne, pouvant aboutir à la guéri son complète après une durée de quelques mois, il y a toute une chaîne de formes, aux deux extrémités de laquelle l'évolution de la maladie est très rapide ou très lente.
Rapide, la polyn. infectieuse aiguë fébrile (Mme Déjerine) rappelle par ses allures la paralysie ascendante aiguë de Landry (1). Abstraction faite ici des rares cas où la polynévrite aiguë généralisée suit une marche descendante (Cf. Raymond, IP Série, leçon 3, p. 49), elle débute par les extrémités, envahit de proche en proche et rapidement les membres inférieurs, les membres supérieurs, le tronc, ne manque pas d'atteindre quelques nerfs crâniens et expose le malade à la mort par paralysie des muscles respiratoires et envahissement du nerf pneumogastrique.
Celte paralysie ascendante aiguë névritique (dans laquelle, je le rappelle, les troubles sensitifs ne manquent pas), peut entraîner la mort en quelques jours comme la forme médullaire, mais il peut arriver aussi qu'après des accidents compromettant la vie, les troubles s'amendent.
1. Landry, 1859. Mme Déjerine (thèse), p. 47. Leyden,1893.Pri- BYTKOFF, 1893. JoLLY, 189i. RoiiDE, 1894. SavaryPearce, 1894. Pail- HAS, 1895. Œttinger et Marinesgo, 1895. Grasset, 1895. Jourdan, 1893. Steiner, 1896. Bodin, 1896. Martinet, 1897. Krewer, 1897. Raymond, 11° série, ]. 1. 2. 3. Gœbell, 1898. Boinet, 1899. ScHULTz 1899. Colla, 1900. Soltmann, 1900. Knapp et Thomas, 1900. Taylor et Clark, 1900. Déjerine {Sémiologie), p. 559,
Chez un malade de Raymond (11^ série, lec, 1 p. 1), un cocher âgé de 41 ans, des fourmillements et de l'engourdissement des membres inférieurs suivirent de 10 jours des accidents de gaslro-entérite ; ces symptômes s'accompagnèrent d'une paralysie motrice à marche ascendante qui en l'espace de trois Jours avait envahi les quatre membres. La pression des muscles et des troncs nerveux était alors très douloureuse ; les réflexes tendineux abolis ; l'accélération du pouls était énorme et des accès d'oppression mirent le malade en imminence d'asphyxie. Ce danger ne se reproduisit pas et le diagnostic porté de « polynévrite infectieuse (à forme de poliomyélite antérieure) » qui comportait un pronostic relativement favorable, fut confirmé par la guérison ; bien que les symptômes douloureux aient persisté, qu'il y ait eu RD, le malade était guéri quelques mois après.
A l'opposé des cas suraigus où la maladie envahit si vite les nerfs que la mort peut survenir au bout de quelques jours, existent, séparés d'eux par tous les intermédiaires, des cas à marche subaiguë traînante, se rencontrant de préférence quand la polynévrite reconnaît pour origine une intoxication chronique lente comme dans certaines polynévrites alcooliques, saturnines, diabétiques ou cachectiques. A début lent, elles se font remarquer également par la longue durée de l'affection.
On peut résumer ainsi (1) les symptômes de cette forme subaiguë lente, dite ausssi parfois forme chronique : début par des douleurs lancinantes, des crampes, des fourmillements, parfois d'abord très espacés ; plus lard
1. D'après Spjllmann et Hausiialter, Manuel de diagn.medical.
(quelques années quelquefois), parésie des membres inférieurs pouvant être accompagnée d'ataxie ; atrophie fréquente des muscles de la jambe, surtout des péroniers avec RD; steppage ou quelquefois marche lalonnière ; abolition du réflexe rotulien ; anesthésie plus ou moins prononcée. Une amélioration peut survenir, parfois même la guérison ; mais souvent la persistance de la cause (alcool ou diabète p. ex.) a pour conséquence l'élat slationnaire ou même une certaine aggravation progressive qui rend ces pseudo-tabes bien difficiles à distinguer du tabès vrai.
De ce que nous de voir, il résulte que la polynévrite peut se terminer de 3 façons.
1) Par la guérison, ce qui est la terminaison normale après une durée de plusieurs mois, plus rarement de quelques années, même parfois après complications par envahissement de nerfs viscéraux et symptômes graves. Les reliquats relativement rares des polynévrites qui guérissent seront indiqués au chapitre du pronostic.
2) Par la mort quelquefois précoce, quelquefois subite, dont la cause principale est l'atteinte du pneumogastrique (1), les paralysies des muscles respiratoires ou des muscles de la déglutition. Elle peut être due aussi à une maladie intercurrente, à diverses complications en rapport ordinairement avec la cause de la polynévrite, où à l'évolution d'une maladie dont la polynévrite n'est elle-même qu'une complication.
1. L'atteinte du vague a non seulement des conséquences fonctionnelles, mais aussi elle prédispose aux complications inflammatoires du poumon comme on peut le vérifier par la section expérimentale du nerf.
3) Par le passage à l'état chronique des troubles périphériques (paralysies atrophiques étendues, troubles sensitifs, pas de troubles sphinctériens) ou des troubles psychiques. Li chronicité survient de préférence comme les récidives dans les cas ou l'intoxication causale persiste ; elle peut être due à ce que la maladie passe à la « phase poliomyélitique ». Alors la cellule nerveuse étant altérée dans son trophoplasma, il n'y a plus de régénération possible, ni pour la portion centrale, ni par suite pour ses prolongements.
Mme Déjerine (p. 36, obs. II de sa thèsej a rapporté l'observation « d'un homme vig'oureux ayant fait des excès alcooliques qui fut, à l'âge de 29 ans, pris lentement et progressivement de paralysie et d'atrophie d'abord limitées aux membres supérieurs qui s'étendit ensuite aux membres inférieurs et s'accompag-na de crampes douloureuses dans les mollets. L'affection se généralisa en 7 mois, et 3 mois reste stationnaire. Au bout de ce temps l'atrophie et la paralysie commencèrent à diminuer dans les membres supérieurs », la sensibilité étant alors intacte. Au bout de 4 ans l'atrophie avait complètement disparu dans les membres supérieurs, mais persistait encore à peu près au même degré dans les membres inférieurs.
Dans cetteobservation, comme dans l'observation LVIII du même auteur, où une paralysie saturnine antibrachiale durait depuis 16 ans, je crois qu'il faut incriminer les lésions des cellules en relation avec les muscles qui sont restés paralysés, lésions cellulaires survenues dans le cours d'une polynévrite à marche lente. Ce sont certainement aussi des lésions poliomyélitiques qui ont empêché la
giiérisou d'être complète dans l'observation que voici, où il s'agit d'une paralysie aiguë consécutive à la dothiénentérie.
Observation XI
(Obs. 3 de M. Etienne R. N. 1899).
Poliomyélite et polynévrite associées au cours de la fièvre typhoïde.
Le nommmé G , ou\rier fum'sle, Pigé de 23 ans,
entre le 5 août 1897 à la clinique de M. le Professeur Spillmann, suppléé par M. le Professeur agrég'é Etienne.
Antécédents héréditaires. — Les parents du malade vivent encore et sont bien portants. 11 n'a ni frères, ni sœurs.
Antécédents personnels. — 11 a eu la fièvre typhoïde à l'âg-e de 9 ans. Depuis, rien d'anormal.
Traité en ville pour une fièvre typhoïde bien caractérisée.
Quelques jours avant son entrée, le malade éprouve de la lourdeur dans les membres inférieurs, accompag-née de lancées à points de départ articulaire, puis dltfuses, telles qu'elles provoquent la flexion brusque des jambes.
Etat actuel. — Malade primitivement bien constitué, tempérament nerveux. Température 39".
De suite après son entrée, se montre un début àe paralysie des onembres inférieurs commençant nettement par les orteils, puis gag-nant tout le membre et prenant en trois jours les muscles de l'abdomen, les bras, en commençant par les mains, et intéressant les muscles respiratoires ; lorsqu'on soulève les membres, ils retombent inertes sur le lit. Il y a de la raideur de la nuque. La sensibilité est tout à fait intacte. L'intelligence est intacte ; céphalée habituelle, insom-
nie ; rétention cV urine et des fiiatières fécales. Les autres appareils ne présentent aucune lésion.
Ecolution de la maladie. — La paralysie se complète rap'dement. puis il survient au bout cle peu de jours des accès dyspnéiques, (avec une dyspnée légère dans l'intervalle) durant 1 ou 2 heures se reproduisant plusieurs fois par jour, ces accès se renouvellent pendant une huitaine de jours, puis diminuent et disparaissent.
En même temps, il y a des troubles de la VOIX ; des troubl s de la déglutition avec retour des aliments par le nez, disparaissent vers la même époque.
10 août. — Rétention d'urine ; cathétérisme vésical.
15 août. — Hyper esthés le musculaire généralisée, le malade crie quanti on le bouge dans son lit.
25 août. — Après un purgatif, selle abondante. Le malade urine seul. Les '^nouvem^ents commencent à réapparaître d'abord dans le bras droit, supination, pronation, mouvements des doigLs : l'extension se fait moins bien que la flexion. — Les mouvements à gauche sont les mêmes, mais beaucoup moins étendus. Aux membres inférieurs, rien encore.
11 septembre. — Les troubles respiratoires ont entièrement disparu. Au bras gauche les mouvements sont toujours peu étendus, la supination complète est impossible ainsi que la flexion du poignet et du coude. Les doigts remuent bien- Aux membres inférieurs, l'impotence est complète. Les réflexes sont abolis, la sensibilité conservée, la pression des masses musculaires est encore douloureuse.
18 septembre. — Le malade commence à remuer les orteils.
Le 3 octobre. — Le malade commence à pouvoir serrer les objets à sa portée. Légère flexion d'u membre inférieur auquel le malade imprime quelques oscillations. Dimensions : à 22 centimètres au-dessus de la malléole interne : jambe gauche 22 centimètres ; jambe droite, 27 centimètres.
A 24 centimètres au dessus du bord supérieur de la rotule : cuisse gauche, 32 centimètres ; cuisse droite, 33 centimètres.
A 17 cenlimètres au-dessus de l'apopliyse styloïde du radius: avant-bras gauche, 20 centimètres ; avant-bras droit, ISceutimèLres.
A 15 centimètres au-dessus de l'olécrane, bras gauc'ie, 21 centimèLres ; bras droit, 20 centimètres.
13 novembre. — Electrisations à interruptions très lentes : les muscles ne réagissent à aucun courant. L'électrisalion du nerf médian amène quelques mouvements dans la main. Un certain nombre de muscles sont contractures, surtout les deux triceps et les deux adducteurs çlu pouce.'
L'électrisation se continue les jours suivants.
Le 22. — Le malade peut remuer légèrement son avantbras et son bras par l'intermédiaire de son épaule.
9 janvier 1897. — Massag-c deux fois par semaine.
11 février. — Les mouvements du membre supérieur droit ont augmenté d'amplitude, le malade peut soulever son bras à 15 centimètres environ au-dessus du plan du lit.
Le 24. — Electrisation de la mœlle.
Le 26 mars. — Après de nombreuses séances d'électrisatlon, dans lesquelles on n'obtient aucune réaction aux excitations les plusdiverses, onconsta'e les mouvements suivants:
Léger mouvement des orteils, le malade peut lever son bras à 30 cent, au-dessus du plan du lit et le faire osciller sans d'à Heurs pouvoir le porter à sa bouche, ni faire aucun mouvement ordonné.
20 juin. — Nouvelles mensurations prises avec les points de repère de la mensuration du 30 septembre 1896.
Droite Jambe . . 32 cm. Gauche . . 28 cm.
Cuisse. . . 35 cm. — 31 cm.
Avant-bras . 17 cm. 1/2 — 16 cm. 1/2
Bras ... 19 cm. — 18 cm.
Motllîtê. — La résistance aux mouvements passifs est abolie aux membres inférieurs. Quant aux mouvements actifs :
Membres inférieurs. — Le malade ne peut détacher les
jambes du plan du lit. Au moment de l'effort on observe quelques vagues contractions dans les muscles de la cuisse.
Membres supérieurs. — Mêmes mouvements que le 26 mars. Il fait les mouvements de pronation et de supination à l'aide de l'épaule et de tout le membre supérieur. Il contracte également son grand pectoral. Les muscles de la nuque et du cou sont intacts, le malade mobilise un peu le tronc en prenant point d'appui sur la nuque. Le membre inférieur soulevé reste à peu près rigide. Réflexes absolument abolis. Sensibilité intacte. Troubles trophiques : Pas de troubles sphinctériens ; Atrophie musculaire complète, surtout aux membres supérieurs, atrophie des intérosseux et des muscles de l'éminence thénar ; Persistance de la grande partie du grand pectoral ; Œdème de la jambe droite avec petits ganglions à l'aine.