VARIÉTÉS SL IVANT L'AGE DES MALADES
Pour des raisons parmi lesquelles le moindre surmenage des nerfs périphériques tient une grande place, les polynévrites infantiles sont rares, si l'on en excepte toutefois la paralysie diphtérique qui se fait cependant moins fréquente depuis le sérum. Elles ne diffèrent pas sensiblement des types cliniques présentés par l'adulte, mais la psychose y existe moins souvent : et sa présence dans l'observation que voici la rend très intéressante.
Observation XIV
Clinique médicale iconograpliique, obs. 29. (Service de M . le professeur agrégé Haushalter)
Polynévrite avec psychose chez un enfant tuberculeux.
Garçon de 8 ans, entré à la cHuique infantile en février 1897 pDur un état fébrile qui dure depais que'qiies mois ; auLéricurement a eu une bronchite prolongée et de la suppuration des ganglions du cou.
Elat actuel. — Enfant pâle, amaigri, portant sur les parties latérales du cou de volumineux ganglions tuberculeux ; présente des signes d'induration du sommet g-auche ; fièvre rémittente.
Dans les premiers jours de mars, le petit malade qui jusquelà était gai et éveillé, demzYht indiffèrent., somnolent ; il demeure couché silencieux sur le côté ; il est constipé. Sig-nes d'un léger épanchement pleurétique gauche. La température pendant 8 jours demeure très élevée, durant tout ce temps l'enfant délire, puis la fièvre redevient rémittente. Rétraction progressive du côté gauche, amaigrissement et développement considérable des ganglions du cou. lia pression des niasses musculaires des deux cuisses provoque un peu de douleur. Somnolence. Quand l'enfant est réveille il crie ou grogne. Ne parle jamais.
Les 18 mai des crises convulsives êpileptiformes. La température tend à redevenir normale ; mais les symptômes vont en s'accentuant ; amaigrissement squelettique des membres, atrophie considérable des muscles, pieden varuséquin paralytique, tnains tombantes, paralysie des extenseurs du poignet, douleur vive provoquée à la pression des membres, peau sèche, ichthyosique. L'enfant reste recorque-
ville sur kii-mèiiio, niDnie, silencieux: ; il ne parle pas à sa mère, à laquelle il tourne le dos ; par moments il délire, raconte un jour qu'il n'a qu'un bras, une autre fois qu'il vient de naître ; il se lève une nuit pour panser l'infirmière qui a perdu son bras, dit-il. Puis pendant quelques jours le délire cesse. Le 18 et 31 mai, nouvelle crise convulsive épileptiforme.
L'état squelettique augmente, des taches ecchijmoliQues apparaissent sur les membres, les idées délirantes incohérentes réapparaissent : l'enfant raconte « qu'il a volé une miclie de pain dans laquelle il y ava t du fromage blanc et de la moutarde » ; puis tout à coup il dit : « Mme Aubrj, je vous souhaite une bonne santé, une bonne année et le paradis à la fin de vos jours ». Une autre fois : « Il faut faire boire le veau ». Le 5 juin nouvelle crise convulsive à la suite de laquelle il succombe dans le coma.
Autopsie. — Pleurésie sèche avec placards caséeux à gauche ; infiltration du lobe supérieur gauche ; infiltration diffuse à droite ; énorme masse de ganglions tuberculeux dans le médiastin et le mésentère.
A l'ouverture du crâne, œdème sous-arachnoïdien ; léger épaississement de la pie-mère, surtout au niveau de la scissure de Sylvius gauche ; pas d'exsudat, ni de signes de méningite à la base du cerveau ; dans les méninges, surtout dans les parties latérales, quelques rares tubercules miliaires très discrets.
La pie-mère est par placeslégèrement adhérante à l'écorcc cérébrale. Pas de lésions macroscopiques de la moelle et des nerfs périphériques.
Des coupes longitudinales sont pratiquées sur un filet du nerf muSCUlO - cutané durci au Flemming : on y constate des altérations profondes des tubes nerveux, dont aucun ne paraît normal; ils présentent à tous les degrés les lésions classiques de la dêgénèr-escence loallérienne. Sur des coupes de la moelle colorées par la méthode de Nissl on note dans les cellules des cornes antérieures des altérations (elles que :
elïacemeuL des aug-lcs, refoulement du noyau à la péiM'phérie, chromatolyse, envahissement par des cellules rondes.
Le diagnostic de polynévrite s'impose dans ce cas vu les caractères de la paralysie amyotrophique prédominant à la périphérie des membres, et des troubles sensitiPs (d'ailleurs relégués au second plan); celui des troubles cérébraux fut moins facile, mais il ne paraît pas douteux qu'il se soit agi non d'une méningite tuberculeuse, mais d'une psychose polynévritique à forme surtout délirante avec accès convulsifs, opinion confirmée par l'état des méninges bien différent de celui de la méningite tuberculeuse (1).
Ce cas, et celui que je rapporte au chapitre du diagnostic (polynévrite dans le cours d'une septicémie consécutive à une angine diphtérique avec association de streptocoques, chez un garçon de 4 ans, épileptique) sont les seuls observés à la clinique infantile de Nancy depuis dix ans sur une moyenne annuelle de 4 à 500 malades (2).
1. Voir la discussion de ce cas à la suite de l'observation dans *.< Clinique médicale iconographique ».
8. Les cas isolés de polyn. sont rares cliez les enfants: Liègeard, Kahler et PiGK, Railton, 1893, Barrs, 1893, Comby, 1896 (Voir le même, Raymond, 2" série, p. 206), Heubner, 1899, Soltmann, 1900.
Il y avait 6 cas de polyn. dans les épidémies de parai, inf. observées par Medin (1896), à Stockholm.
HAMyoND, 1895, a rapporté une épid. de. polyn. de 10 cas et parmi les malades de Gaverly il y avait 98 enfants. Je ne parle pas ici bien entendu des paralysies diphtériques, si fréquentes avant le sérum (V. Richon. Tlièse 1899, page 19).
Chez le vieillard les polynévrites paraissent assez fréquentes (1).
Elles ont habiluellement à cet âge une marche lente et chronique avec des symptômes très atténués : souvent on ne trouve pas d'autre cause que la cachexie ou Tartériosclérose , ces cas relativement bénins auraient une tendance manifeste à la régression (2). Avec un agent causal plus énergique on peut observer des cas comme celui-ci.
Observation XV
Clinique médicale iconograpliique, obs. 28. (Service de M. le professeur Spillmann).
Polgnévrile alcoolique avec psychose chez une vieille femme,
Femme âgée de 65 ans, entre à l'hôpital eo avril 1888. Elle a perdu en grande partie la mémoire et ne se souvient plus du début de sa maladie ; on sait seulement que depuis le comm.encement de l'hiver elle souffre de douleurs diffuses. Les renseignements recueillis font supposer qu'elle est alcoolisée.
Etat actuel. — Amaigrissement considérable; disparition du tissu cellulo-adipeux, muscles grêles, atrophiés d'une façon diffuse ; peau sèche, flasque, de teinte grisâtre; les extrémités son froides, violacées, un peuœ lématiées. La malade exécute les mouvements qu'on lui commande, mais vec grande difficulté et maladresse: elle peut à peine saisir un verre et
1. Je n'ai pas eu en vue ici les cas où chez des vieillards cachectiques on a constaté des lésions des nerfs périphériques sans aucun trouble apparent (Gombault 1899). En l'absence de manifestation? cliniques et de preuve de l'extension des lésions à un grand nombre de nerfs, je ne sais si on doit classer des cas parmi les polynévrites.