Oppenheim
le soulever. Le moindre mouvement pi'oduit d^airoces souffrances ; la plus pelitc pression sur les- membres, le contact de lacouverturc amènent des cris; hypéresthésie généralisée ; pas d'ancsthésie 5 par moments crampes dans les jambes et dans les bras. L'intelligence est très affaiblie, l'attention difficile, la mémoire obnubilée; pas de délire.
L'examen des divers appareils ne révèle rien d'anormal : il n'existe dans les urines ni sucre, ni albumUie.
L'amaigrissement augmente rapidement. A la fin de mai, la maigreur est devenue squelettique ; le visage est décharné ; la peau sèche, écailleuse, lâche, paraît un sac trop l^rge sous laquelle les muscles sont réduits à de minces lames. La malad est recroquevillée dans son lit, mais non contracturce. Elle n'exécute plus aucun onouvonent sauf avec les bras. Tout changement de position imprimé, tout contact amène des douleurs et des cris. Envies continuelles d'uriner. La malade immobile, gémissante, hébétée, ne profère plus aucune parole. Elle succombe au début de juin dans le marasme.
L'autopsie ne révèle dans les divers organes, poumon, cœur, foie, rate, etc., que les altérations de la cachexie sénile. Pas de tuberculose.
Les méninges molles sont louches, épaissies, congestionjiées, mais non adhérentes à l'écorce ; la substance cérébrale présente une teinte légèrement hortensia avec un piqueté vasculaire très apparent ; à l'œil nu la moelle et les nerfs ne présentent rien d'anormal.
Des coupes histologiques, longitudinales et transversales sont pratiquées sur un certain nombre de nerfs; on y constate: de la façon la plus nette les lésions de la dégénérescence loallérienne. Sur des coupes de la moelle colorées au picrocarmin, les cellules des cornes antérieures se présentent avec des contours arrondis, elles offrent une teinte jaune rouille, se colorant mal ; le noyau n'est pas apparent ; les zones blanches de la moelle ne présentent pas d'altérations appréciables.
Dans ce cas d'origine alcoolique, compliqué de psychose et terminé par la mort dans le marasme au bout de 6 mois environ, nous trouvons tous les symptômes essentiels de la polynévrite.
Voici un autre exemple de polynévrite, probablement alcoolique, avec symptômes très nets chez un vieillard de 60 ans qui était en voie de guérison quand on l'a examiné.
OOBESRVATION XVI
(Inédite. Service de M. le professeur Bernheim). Polynévrite alcoolique en voie de régression chez un vieillard.
Dev.. . âgé de 60 aas, ancien zouave, actuellement menuisier enre à l'hôpital civil (salle XI, lit 15), le 9 juin 1897.
Santi habituellement bonne, excès alcooliques anciens.
La maladie actuelle a débuté il y a 9 mois par du malaise et de l'inappétence, unedjuleur légère, contusive, avec sensation de lourdeur à la face antérieure des deux cuisses. Il marc'iait quand même. Puis survinrent 8 jours après des « tira'llements de nerfs »et des fourmillements dans les jambes, ainsi que des élancements dans le bras gauche avec faiblesse des 3 premiers doigts de la main gauche. Diplopic avec strabisme de l'OG pendant quelques jours.
Cinq semaines après le début, la marche était moins facile et la sensation douloureuse était descendue dans le pied gauche. Il reste cinq mois sans pouvoir marcher ni mettre le pied à terre. Il levait bien les jambes dans son lit mais ne pouvait se tenir debout.
Actuellement depuis 8 mois, sensation de brûlure à la plante des pieds des 2 côtés avec douleurs aiguës. Ces douleurs se
sont accompagnées de lancées, disparues maintenant. La jambe gauche est plus faible que la droite.
Etat actuel. — Conslitution primitive bonne, tempérament mixte.
Intelligence normale. Pas de troubles oculaires ; il n'y a plus trace d'ophlalmoplégie.
Membres supérieurs. — Rien d'anormal dans les muscles des bras ; un peu de rhumatisme noueux des doigts. Léger tremblement(sénile) des 2 mains, égal des 2 côtés. Au dynamomètre : M G = 12, 17. M D =30, 3L
Sensation de piqûre dans les 3 premiers doigts de la main ffauche • sensibilité cutanée normale.
Membres inférieurs. — Réflexe palcllairc normal à droite, diminué à gauche. La sensibilité est égale des 2 côtés.
Quand le malade marche, la pointe des pieds tombe, surtout à gauche, flexion exagérée delà jambe (steppage).
Tous les mouvements du pied sont possibles à droite ; à gauche le malade ne fait que des mouvements de latéralité et de très légers mouvements des orteils.
Le pied gauche est en varus équin avec griffe plantaire des orteils. Atrophie diffuse notable des muscles de la jambe gauche.
La piqûre de la plante du pied gauche ne produit aucun réflexe. A droite réactior s électriques normales; à gauche diminution de l'excilabilité faradique dans la plupart des muscles. Le malade quitte l'hôpital le surlendemain.
De tels cas sont relativement rares ; et, comme toute affection, la polynévrite présente chez le vieillard un tableau clinique ordinairement moins net que chez l'adulte.
En somme, l'âge a 2 conséquences principales : rareté dans l'enfance, atténuation ordinaire des symptômes chez le vieillard.
FORMES SUIVANT L'EXTENSION ET VARIÉTPÎS ÉTIOLOGIQUES
Le nom même de polynévrite exprime le fait important de la multiplicité des nerfs atteints, mais ne préjuge rien de leur nombre réeL C'est pourquoi, à côté des formes généralisées qui réalisent le tableau clinique le plus complet, on reconnaît des formes limitées aux 2 membres inférieurs, ou aux 2 membres supérieurs, ou à certaines parties de ceux-ci comme dans le type antibrachial ou le type scapulo-huméral de la paralysie saturnine. On a même classé sous le nom de polynévrites certaines paralysies ayant leur origine dans l'atteinte du plexus brachial par exemple. Remak et Flatau introduisent dans le groupe sous le nom de « polynévrite amyo- Irophique disséminée » (R. et F. 1900, p. 303) la « mononeuritis mutiplex » de Remak : ces noms recouvrent des cas où, par exemple, on a observé une névrite de l'axillaire et du susscapulaire droit en même temps que du musculocutané gauche ; des susscapulaire, axillaire et musculocutané droits et du radial profond gauche. Valleix (1) avait déjà signalé sous le nom de « névralgie multiple » et de « névralgie erratique » des cas où, en même temps que le plexus sacré (sciatique), étaient at-
1. Valleix. Tr. des Névralgies W^l,^. 'il9>. —Guide du Méd. praticien 1847. T. IX, p. 107 et suiv.
teints le plexus lombaire, les nerfs cervico-occipitaux etc. Jl est certain que tous les degrés peuvent exister dans les névrites de cause interne entre la névrite unique et la polynévrite généralisée, mais je crois que l'emploi du terme de polynévrite pour les cas intermédiaires peut devenir un abus. J'aimerais mieux voir employer suivant le cas les noms d' « oligonévrite » ou de « mononévrite multiple » de << névrite de tel plexus » etc., réservant le nom de polynévrite aux cas où les nerfs de 2 membres au moins étant intéressés la m«/^//)//c/^é* des nerfs atteints réalise un tableau clinique déjà net : il resterait bien entendu cependant, que les formes limitées ou disséminées peuvent être un premier stade de la polynévrite.
Une quelconque des modalités cliniques peut être occasionnée par n'importe quelle cause, mais certains agents donnent à l'affection une physionomie spéciale, soit en ajoutant à la polynévrite les symptômes propres d'une intoxication (comme le tremblement de l'alcoolique ou de l'ouvrier en caoutchouc, les coliques du saturnin, etc.), soit en ayant des localisations de prédilection : c'est ainsi que le plomb atteint de préférence les membres supérieurs avec prédominance motrice ; la névrite alcoolique est plutôt sensitive, se limite volontiers aux jambes et est souvent compliquée de phénomènes psychiques ; le diabète donne volontiers du pseudo-tabes ; la paralysie diphtérique, vu le lieu habituel de la production des toxines, commence par le voile du palais ; les formes spontanées ou infectieuses sont plus volontiers généralisées, etc.
Toutes ces variétés spéciales ont été bien décrites dans de nombreuses monographies, mais, je le répète, à telle
étiologie ne correspond pas fatalement telle forme clinique.
POLYNÉVRITES RÉCIDIVANTES
Des récidives de polynévrite peuvent s'observer avec toutes les modalités décrites dans les précédents paragraphes. Quoique déjà signalées auparavant (1) on les décrit à part depuis qu'Eichhorst en a fait une élude spéciale (2) et leur a donné le nom de Polyneurilis recnrrens (3).
Peu fréquentes sont ces récidives ; plus rares encore sont les cas où plusieurs se succèdent. Pour leur production il faut évidemment tout d'abord que le terrain reste le même avec ses prédispositions. Ce premier facteur existant, ce peut être le retour de la même cause occasionnelle qui amène la nouvelle atteinte. C'est ce qui s'est passé dans le cas de Sorgo{i897) où la syphilis occasionna 3 atteintes, et dans celui de Leslie Jones (1901): un alcolique ayant eu une paralysie des extenseurs des 4 membres guérit ; après 4 ans d'abstinence, le whisky occasionna une nouvelle atteinte qui guérit au bout de 2 ans pendant lesquels le malade renonça définitivement à son poison.
Dans l'observation que voici, le malade a présenté