Noguès. Annales de la polyclhiique dô Toulouse
insisté sur le rôle de la prédisposition nerveuse, rôle qui ressort d'ailleurs de la lecture de la plupart des obs(!rvalions publiées. C'est pour la même raison que les aliénés, qui seraient des « auto-intoxiqués » unissant en eux le terrain nerveux et le poison, feraient si facilement des polynévrites en dehors de toute cause apparente (1).
Quant aux épidémies familiales de polynévrite, elles s'expliquent par ce fait qu'un même germe de provenance grippale, par exemple (2), ayant peut-être des affinités spéciales, et rencontrant chez tous le même terrain prédisposé y pourra agir de la même façon sur les nerfs périphériques.
PRÉDlSPOSlTIOiN ACQUISE
Il est cependant des cas où l'hérédité nerveuse paraît faire défaut et où le sujet peut être considéré comme exempt de toute tare familiale. Dans ces cas encore, la prédisposition peut être invoquée, mais alors elle résulte des acquisitions d'an individu.
L'alcoolique, par exemple, en même temps qu'il s'intoxique, lèse petit à petit son système nerveux : ce n'est pas sans nuire à ses tissus et sans en perturber le fonctionnement qu'il se salure de boissons; à défaut d'une prédisposition originelle, il aura ainsi créé en lui le terrain que le même poison, un autre ou une maladie in-
1. Anglade. Sur les névrites périph. des aliénés; 4* Congrès, Montpellier, 1898 (Gomm. p. 586); Ghristiani. N. des aliénés. R. N. 1899, p. 665.
2. Reformatsky. Soc. de Neurol. et dePsyeh. Kazan,25 fév. 1895 (8 malades).
fectieuse trouvera apte un jour au développement d'une polynévrite.
D'autres fois, la prédisposition ne s'est pas faite d'une façon aussi « massive » par l'effet d'un seul facteur, mais elle résulte de l'addition lente d'un grand nombre d'éléments (vie irrégulière, écarts de régime, fautes perpétuelles contre l'hygiène physique ou morale) : Ainsi l'individu créera en lui insidieusement la tare nerveuse, dont il va désormais porter le poids et qu'il transmettra à ses enfants.
Le traumatisme (Crocq 1899), le surmenage, le froid, ayant pour conséquence la moindre résistance des (issus peuvent prédisposer le sujet, temporairement au moins. Le traumatisme, en effet, ouvre la porte à un agent infectieux ou toxique quelconque par l'état de moindre résistance où il place l'organisme, mais, sauf le cas de son action locale, il ne peut faire lui-même de lésions nerveuses, cela est évident. On peut en rapprocher l'action dépressive du choc moral, des émotions violentes.
La compression et les attitudes professionnelles et quelquefois le surmenage ne sont que des variétés de traumatisme agissant d'une façon analogue (1).
Quant au froid (et à V humidité qui agit surtout par lui) son rôle est aussi en déprimant le système nerveux d'amoindrir notre résistance et de préparer la voie à l'infection qui nous guette en nous et hors de nous. Si cependant, l'action infectieuse n'étant pas manifeste, il parais-
1. Mme Baraks Eoilidsky, Thèse, Paris 1901. Ea réciproque est vraie dans une certaine mesure, les paralysies par compression pouvant être préparées par l'alcoolisme (GuillainS. N. P. 2 mai 1901).
sait la cause unique d'une 23013'névrile on pourrait à la rigueur considérer que les modifications extrêmes de température amènent en nous une production exagérée de plomaïnes ou encore agissent localement en faisant subir au protoplasma des altérations chimiques. Mais cette action « efficiente » du froid surajoutée à son action « prédisposante » me parait plutôt rare et il faut lui reconnaître en général la même action qu'au surmenage et au traumatisme auxquels il se combine parfois (1), action dépressive, ouvrant une brèche dans la résistance de l'individu.
L'action du sexe en lui-même est nulle évidemment. Le rôle des saisons et des professions se ramène à des causes précédemment étudiées (froid, humidité, surmenage, traumatisme ou intoxication chronique (2).
Quant à l'influence de Vâge^ow peut se demander pourquoi les enfants font moins de polynévrite que les adultes? On compte en effet les cas de polynévrites infantiles et depuis dix ans, sur une moyenne annuelle de 4 à 500 entrants, en dehors des paralysies diphtériques (3), on n'en a observé que deux cas (nos obs. III et XIV) à la clinique infantile de Nancy. A quoi tient cette quasiimmunité à un âge où les maladies infectieuses sont si fréquentes? Evidemment la prédisposition des nerfs périphériques est moindre que chez l'adulte, et pour expliquer ceci il faudrait peut-être faire plus grande la part des refroidissements, des traumalismes antérieurs, des
1. Femme mouillée et fatiguée de Holsti 1S98; mes obs. II.XVII.