I. NÉVRITES PÉRIPHÉRIQUES DE CAUSE INTERNE
Vu la complexité du problème, commençons par l'étude du mécanisme probable de la lésion isolée du nerf périphérique. Depuis les premières expériences de Leyden, de Roux et Yersin, de Charrin, jusqu'à celle de Dopfer et Lafforcfue qui datent de quelques semaines (1) un grand nombre d'observations expérimentales et cliniques ont établi d'une manière indiscutable que l'aclion des microbes sur les nerfs périphériques n'est pas due à leur présence
1. DopTER et Lafforgub. Action des substances microbiennes, étude expérim. Arch. de Méd. expèrim. et d'A. P., Juillet 1901.
2. Ils peuvent cependant exercer une action mécanique, dans la lèpre par exemple, où ils déterminent des lésions interstitielles ; mais si la lésion parencliymateuse des fibres nerveuses ne dépasse guère les limites des lésions interstitielles, cela ne serait-il pas dû à ce que les toxines du bacille lépreux sont peu diffusibles ?
même (2) mais aux substances solubles qu'ils sécrètent, à leurs toxines ; ceci revient à dire comme je l'ai fait en montrant au chapitre « Etiologie » la relation des divers groupes de causes, que les polynévrites résultent de Vaction d'un poison sur les nerfs, que ce poison soit d'origine minérale, végétale ou animale. Ainsi unifiées les causes des polynévrites demandons-nous comment un poison peut altérer les tubes nerveux.
Cette action à n'en pas douter peut être directe : nous en avons une preuve dans ce fait anatomique que les altérations cellulaires dans les cas de polynévrite sont tout au plus contemporaines de l'atteinte du nerf mais ne lui préexistent en tout cas jamais.
Une autre preuve plus « exotérique » en quelque sorte est fournie par l'influence de la porte d' entrée : on sait que la paralysie diphtérique consécutive à la localisation habituelle et classique du bacille de Lœffler dans le pharynx, débute par le voile du palais et les autres muscles de celte région ; il semble logique d'en conclure que les nerfs les plus voisins du lieu d'élaboration des toxines sont les plus exposés au poison. Gela devient évident, si l'on considère, comme Trousseau l'avait déjà constaté, que « la diphtérie cutanée provoque quelquefois des paralysies débutant aux environs du foyer. Kussmaul.... observa une diphtérie de l'ombilic suivie d'abord de paralysie des muscles abdominaux, puis de paralysie des membres inférieurs (1) ». De môme si la polynévrite sulfocarbonée commence habituellement par les membres inférieurs, c'est au contraire par les mains qu'elle débute