III. — PSYCHOSE POLYNEVRITIQUE
Les troubles psychiques des polynévrites s'accompagnent, nous l'avons vu, de lésions des cellules de l'écorce cérébrale. Le ou les poisons qui agissent sur les neurones périphériques peuvent évidemment agir en même temps sur les neurones cérébraux, ou sur certains groupes d'entre eux, mais l'analogie de ces altérations avec celles de la mœlle porte à se demander si elles ne sont pas aussi secondaires, consécutives à l'altération primitive des prolongements cylindraxiles par les poisons, celles-ci se traduisant par les lésions notées parfois dans certains faisceaux médullaires (1) ou dans la substance blanche cérébrale (Siefert 1901). Mais la « preuve que les altérations cellulaires (de la région paracentrale) sont certainement secondaires n'est pas faite. Je ne craindrai pas de dire que je la regrette...Si donc nous arrivions à démontrer que les lésions cellulaires que nous avons constatées dans l'écorce cérébrale sont à des lésions restées inconnues des fibres blanches des faisceaux de projection ce que les lésions des cellules spinales sont à la polynévrite, il y aurait une remarquable unité dans le processus anatomo-palhologique des réactions de la substance nerveuse en face des intoxications et des infections. Bref polynévrite, psychose polynévritique, confusion mentale, tout cela prendrait place dans un seul groupe anatomo-pathologique représentant la réaction des neurones en face de l'injure lente
1, Cf. Ballet. Soc. méd. des hôpitaux 1898.
du poisdii intérieur. Il n'y aurait d'autres différe'nces entre les accidents cérébraux et névriti'^ues au cours des infections et des intoxications que celles qui résultent des différences fonctionnelles entre le neurone cortico-spinal et le neurone spino-périphérique (1) ». Quoi qu'il en soit,« que la lésion toxique débute par le prolongement cylindrique ou par la cellule, il s'agit toujours d'une atteinte portée au neurone par un poison (2) ». L'origine loxi-infectieuse delà psychose polynévritique déjà entrevue par Korsakoff reste ' donc établie. Nous avons vu que l'association de ces troubles mentaux avec la polynévrite « n'est pas fatale car on peut trouver d'une part des polynévrites sans troubles mentaux et d'autre part les mêmes troubles mentaux avec peu ou prou de polynévrite ; polynévrite et syndromes mentaux sont en effet les manifestations extérieures de deux lésions juxtaposées, mais relevant d'une même cause toxi-infectieuse (3) ».
Cela n'est pas pour àélruire les considérations exprimées plus haut : si un poison peut léser les neurones supérieurs sans intéresser les périphériques, cela peut tenir à la prédisposition, à la fragilité plus grande des premiers, et cela n'enlève rien aux relations possibles des polynévrites et de la psychose qui reste une « neurocébrite toxique » comme la polynévrite est une « névrite » ou une « cellulonévrite toxique ». Cependant, vu le type des lésions cellulaires cérébrales, le mécanism ^ de leur production doit être le même que pour les lésions cellulaires de la moelle, et jusqu'à preuve du contraire on est