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CHAPITRE VI

Diagnostic

Ce n'est pas pour la pure satisfaction de la curiosité scientifique qu'il est utile de diagnostiquer une polynévrite. Quand son évolution ressemble à celle d'une affection médullaire, la distinguer de celle-ci est important, car conclure à la polynévrite, c'est conclure à la guérison possible, c'est aussi se donner le droit d'intervenir par une thérapeutique judicieuse pouvant hâter la guérison ou prévenir certains reliquats (1).

Vu la variété des formes aiguës, choniques, généralisées, limitées àprédominance motrice ou sensitive,etc., grand est le nombre des affections dont la polynévrite doit être distinguée. Sauf de rares cas complexes, l'examen attentif du malade fait éviter toute confusion.

Envisageons d'abord le cas où la polynévrite généralisée, revêt la forme extenso-progressive à' m\Q paralysie de Landry. J'ai dit ailleurs que ce nom recouvre des cas

1. Raymond Pol. et pol. N. Icon. Salp. 1899 p. 1 et Cliniques ^assim.

où l'autopsie montre des lésions médullaires ou liévritiques isolées ou associées et d'autres où toute lésion apparente fait défaut. Le caractère clinique commun (1) est l'apparition parfois apoplectique d'une paralysie flasque accompagnée de fièvre et parfois de douleurs ; la paralysie estascendante, envahissant progressivementles muscles du tronc, du thorax, des bras, des épaules, et pouvant amener la mort après quelques jours et quelques semaines, par participation des nerfs vitaux. Les cas où une névrite périphérique est seule en cause (et où par conséquent le pronostic n'est pas fatal) se distinguent des cas médullaires par l'existence et les caractères des troubles sensitifs et par la possibilité de paralysie des nerfs crâniens sans phénomènes bulbaires.

La myélite aiguë qui reconnaît les mêmes conditions étiologiques que les polynévrites et peut suivant son siège en hauteur simuler diverses variétés, de polynévrites, s'en distingue surtout par la fréquence des troubles sphinctériens, la précocité et la gravité des eschares sacrées, talonnières, etc., le début souvent plus brusque, l'exagéralion habituelle des réflexes, la fréquence de l'état spasmodique, l'hémiparaplégie avec anesthésie croisée dans la forme limitée à un côté de la mœlle ; j'en dirai autant de Vhématomijélie qui se rapproche par son évolution d'une myélite diffuse aiguë à début brusque. Par contre, la précocité des troubles dans le domaine des nerfs crâniens, et l'existence de douleurs à la pression des troncs nerveux sont toujours en faveur de la polynévrite, mais le diagnostic reste parfois très difficile.

1i Landry, 1859^

Les méiungiles-spinales aiguës (rarement isolées puisqu'il y a ordinairement méningite cérébro-spinale) ont pour elles les symptômes d'excitation des racines nerveuses, et au premier rang la raideur et la rachialqie.

Ce n'est qu'exceptionnellement que la polynévrite subaiguë ou chronique pourra être simulée par les cas frustes de sclérose en plaques, la sclérose latérale amgotrophique, la syringomyélie (1), les compressions par lésion du rachis (2), elc : Le diagnostic en sera facile.

11 est important de distinguer les polynévrites des poliomyélites antérieures. Comme des myélites diffuses aiguës, et surtout de la forme médullaire de la paralysie de Landry, les polynévrites se distinguent d'abord des poliomyélites subaiguës par les caractères des troubles sensitifs, et particulièrement de la douleur à la pression des troncs nerveux, qui n'ont aucune raison d'accompagner la lésion des cellules des cornes antérieures. Ici encore la coexistence de paralysies oculaires ou faciales, avec des paralysies des membres, est en faveur de la polynévrite, vu la difficulté pour une polioencéphalomyélite d'épargner les noyaux bulbaires. Les troubles psychiques qui peuvent accompagner la polynévrite manquent dans la poliomyélite. Enfin, tandis que dans la polynévrite la paralysie débutant ordinairement

1. Babinski. Bes névrites. Tr. de Mèd. T. VI f*. 801. Voir aussi BRISSA.UD, Leçons, {'d'èo. 1° leç. p. [2 [.Paraplégies du tncil de Potl.

2. Sur les parai. ra'lioulaires,\)Ès^Km'E, Sémiol. du S. N. Palh. Gén. T. V. f • 775. La relatioa des parai, avec la distribution des troncs nerveux constitués appartient à la polyn.

par les exlrémités suit une marche extcnso-progressive et est précédée des troubles sensilifs, dans la poliomyélite (qu'il s'agisse de paralysie infantile ou de paralysie spinale aiguë de l'adulte) la paralysie atteint en quelques heures son maximum d'intensité, s'y maintient quelque temps, puis régresse pour se localiser définitivement dans certaines régions: une fois la première phase passée, on peut dire que la paralysie, qui présente une topographie segmentaire (1) est en rapport avec l'amyotrophie (2) tandis que dans la polynévrite la paralysie motrice précède l'amyotrophie essentiellement diffuse.

J'ajoute que la polynévrite présente parfois des poussées irrégulières qui lui sont spéciales. Les excitabilités électriques (faradiqueet galvanique), arrivent rapidement à l'abolition complète dans la poliomyélite, pour les muscles voués à l'atrophie, et leur diminution est proportionnelle au degré de la paralysie ; dans la polynévrite, au contraire, la galvanique au moins n'est jamais complètement abolie et les modifications des réactions électriques ne sont pas parallèles à l'intensité des troubles paralytiques: elles peuvent être simplement affaiblies dans ses muscles complètement paralysés.

Facile dans le cas ou la poliomyéhte antérieure revêt la forme aiguë classique, le diagnostic l'est moins dans certaines formes atypiques où elle aune marche lente réellement « exlensoprogressive » analogue à celle de certaines polynévrites chroniques comme dans l'observation que voici :

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