IMPLANTATION
Je vais rappeler brièvement ce qui a été dit de l’implantation de ces polypes; la plupart des chirurgiens sont du reste maintenant d’accord sur ce sujet. Il résulte, en effet, des autopsies publiées (1), des pièces anatomiques présentées aux différentes sociétés savantes, et des discussions auxquelles elles ont donné lieu, que ces tumeurs r fibreuses ont un point d’implantation fixe. C’est le périoste trèsépais qui recouvre la face inférieure de l’apophyse basilaire de l’occipital et du corps du sphénoïde. Ces tumeurs naissent en avant des muscles grands et petits droits antérieurs de la tête. ( Voyez pl. II, fig. 2 et 4.)
Depuis longtemps déjà, M. Nélaton a démontré que les polypes
(1) Voici les autopsies que j’ai pu trouver:
1° Malade de JVatcly ( Edinburgh med.-surg. Journal , octobre 1 803 ). Polype i implanté à l’apophyse basilaire {Appréciation de la valeur des résections osseuses, i par Ch. Sarazin, 1 8 i 2 '.
2° On pourra voir plus loin l’autopsie d’un malade de M. Syme, d’Edimbourg, chez lequel l’implantation se faisait aussi à l’apophyse basilaire avec des adhérences secondaires au pourtour des orifices postérieurs des fosses nasales. (Voir page 30.)
3° Fosson, mort le 2 janvier 1850. Polype implanté à l’apophyse basilaire, à la partie adjacente du sphénoïde, à la base de la face interne de l’apophyse plérygoïde, adhérences h la partie postérieure du cornet moyen et du méat supé-
rieur.
4° Malade de M. Giraldès (Société de chirurgie, 3 avril 1850). Insertion à l’apophyse basilaire par un pédicule très-épais.
5° Fait de M. Huguier (Société de chirurgie, 13 mars 1852). Implantation au tissu qui entoure le trou déchiré antérieur; adhérences aux apophyses plérygoïdes.
6° Leprètre, mort le 5 mars 1854. Insertion à l’apophyse basilaire, à la partie du sphénoïde qui lui fait suite et aussi à la base de la face interne des deux apophyses plérygoïdes.
7° Fait, de M. Guersant (Société de chirurgie, 3 avril 1854). Pédicule inséré a l’apophyse basilaire, adhérences à la face interne, à la base des apophyses pL-
rygoïdes.
8° Fait de M. Marjolin{ Société de chirurgie, 15 mai 1861 ). Enfant de - a^lmplantation au périoste de l’apophyse basilaire et de la partie inferieure eu
corps du sphénoïde.
fibreux naso-pharyngiens ne s’insèrent jamais aux vertèbres cervicales; cependant on voit encore MM. Michaux et Robert soutenir que cela est possible. Celte opinion est basée précisément sur les erreurs anatomiques dont j’ai parlé plus haut; cesl-à-dire sur K» croyance que les vertèbres cervicales dépassaient en hauteur le niveau de la voûte palatine. On comprend difficilement du reste que M. Michaux ait cru voir un polype s’insérer jusqu’à la quatrième vertèbre cervicale. Celte tumeur aurait en effet obstrué tout le pharynx et serait même descendu au-dessous de l’orifice du larynx ; ce qui n’avait point lieu sur son malade. M. Robert disait aussi que, sur un de ses malades, le polype s’insérait aux vertèbres cervicales; mais, dans une discussion qui eut lieu à ce sujet au sein de la Société cle chirurgie, M. Lenoir lui répliqua qu’il ne comprenait pas comment cela pouvait se faire, puisque la paroi postérieure du pharynx n’était pas refoulée par le polype. M. Robert répondit que M. Gerdy a cité un cas de ce genre, et qu’il ne saurait d’ailleurs en donner d’autre explication. Remarquons que dans l’observation, telle qu’elle futdonnéeà la Société de chirurgie, il a été dit que son implantation avait lieu sur la face supérieure du pharynx vers la colonne vertébrale, et que rien n’était précisé.
Il existe encore une autre cause d’erreur qui a pu en imposer quelquefois au chirurgien, c’est que des polypes nés dans le périoste des os de la base du crâne, tout en soulevant la muqueuse pour se porter vers les fosses nasales, ont pu aussi se glisser entre cette muqueuse et les vertèbres cervicales sans y adhérer, comme un examen insuffisant l’avait fait croire.
On s’est trompé souvent aussi parce que, ayant en main des pièces incomplètement préparées, on a pris pour des pédicules ce qui n’était que des adhérences contractées par des polypes ullérieurementà leur développement primitif. Ainsi on a présenté à la Société înalomique (février 1860) une pièce à laquelle on a voulu faire trouver que 1 insertion des polypes peut se faire ailleurs qu’à la 3ase du crâne; celte pièce souleva une vive discussion, et MM. Iïouel, )olbeau et Péan, soutinrent, après examen, que l’insertion se fai- ,ail bien a 1 apophyse basilaire , et ou’on avait pris des adhérences
-secondaires pour d autres points d’implantation. J’ai vu celle pièce qui, depuis sa présentation à la Société anatomique , a été disséquée et conservée par M. ÏN'élalon. L’insertion à l’apophyse basilaire n’est pas douteuse, comme on peut s’en convaincre en examinant le dessin qui en a été fait par M. Bion et (pie j’ai fait reproduire (pl. 1|;
fig. 2, 3 et 4').
Du reste, dans un grand nombre d’observations, je n’ai trouvé à ce sujet que des renseignements tout à fait insuffisants, on se conlenle souvent de dire que le polype adhère à tel ou tel point, sans distinguer en rien I implantation des adhérences consécutives.
Il existe enfin une dernière cause possible d’erreur; des polypes descendus à la surface des premières vertèbres ont pu les éroder, et lorsqu’on les enlève par arrachement, un examen superficiel pourrait faire croire que cette érosion correspond à l’insertion présumée du polype.
Je tiens à ne pas laisser passer sans y répondre une assertion de M. Dubois (d’Abbeville), qui insiste sur l’existence d’une double insertion delà masse polypeuse chez un malade (v. 1er tabb, n° 10; Soc. chir., 18 mars 1803. Note de la page 15t de la Gazette des hôpitaux 1863). La preuve qu’il en donne est loind’être convaincante; il pré» sente un moule en plâtre coulé sur le polype après l’arrachement et i! dit : «On constate en effet (sur le moule) entre les deux surfaces d’adhérences rugueuses et déchirées une gouttière lisse qui le sépare nettement. » Mais il ne faut pas confondre des surfaces d’ad ; hérenees avec des implantations. Il y a ici une surface d’adhérenn i rugueuse (la postérieure) qui, comme le dit M. Dubois, est bien une! implantation à l’apophyse basilaire; mais l’autre surface rugueuS' < et déchirée qui correspond à l’apophyse ptérygoïde n’est plus qu’un i adhérence consécutive avec cette apophyse, qui a été rompue pa l’arrachement. Cette seconde surface est séparée de la premièr i par une gouttière lisse, là où le polype était resté libre de tout > adhérence.