CHAPITRE PREMIER
« On trouve dans le pharynx différentes sortes de tumeurs bénignes. J'ai eu pour ma part à traiter bon nombre de cas de papillome d'un volume variant entre un pois et une petite graine de raisin; ils étaient situés sur les piliers, sur les amygdales ou la paroi postérieure du pharynx.
Luschka, Sommerbrodt et d’autres auteurs ont cité des cas de papillomes pharyngiens.» (Morell-Mackensie.)
Ce sont ces polypes papillomateux que nous avons en vue.
Voici l’observation du premier malade que nous avons rencontré :
Observation I. (Personnelle.)
M. X..., 20 ans, se présente à la consultation de Saint-Louis pour se faire enlever « un morceau de chair » qui le gêne.
En lui faisant ouvrir largement la bouche, on aperçoit dans l'angle formé par la luette et le bord libre du voile du palais une tumeur de 1 centimètre environ de diamètre et fixée dans ce point par un pédicule assez grêle dont la longueur atteint 7 à 8 millimètres.
Le malade dit ne s’être aperçu de la présence de la tumeur buccale que depuis trois à quatre jours. Son attention a été attirée de ce côté par la gêne qu’il a éprouvée subitement, gêne occasionnée par la nécessité de faire fréquemment un mouve-
msnt de déglutition à cause du chatouillement qu’il ressentait à la base de la langue.
Il n’éprouve d’ailleurs aucune douleur spontanée ou provoquée; la déglutition s'accomplit sans difficulté et la voix n’est point modifiée depuis l’apparition soudaine de la tumeur. Somme toute, n’était la sensation de corps étranger qui le gêne, il est très bien portant.
Il vient trois jours après pour se faire enlever le polype. L’opération se fait sans difficulté et n’est point suivie d’hémorrhagie ; le malade prié de revenir quelque temps après ne reparut plus.
Nous exposons immédiatement les observations qui
nous sont personnelles et celles qui sont inédites.
Observation II. (Personnelle.)
Mallet, 33 ans, employé, se présente chez M. Poyet pour une affection du pharynx.
Gomme il portait un polype du voile du palais, M. Poyet en üt l’ablation et eut l’extrême obligeance de nous envoyer la tumeûr en nous adressant le malade dont voici l’observation :
Il ne présente rien de particulier dans ses antécédents héréditaires qui puisse nous intéresser.
Lui-même n’a jamais fait de maladie sérieuse. Il a perdu ses cheveux à 18 ans, à la suite d’un refroidissement (?). Il n’est point sujet aux migraines et n’a pas eu de rhumatisme, r II est très sujet aux rhumes de cerveau, mais ceux-ci durent peu ; quelquefois il survient consécutivement un peu de trachéobronchite.
Bien qu’il n’ait jamais en d’accidents nerveux bien caractérisés, il est néanmoins très excitable, névrophate comme son père.
En 1884, il a eu de la dyspepsie pendant plusieurs semaines,
En rentrant chez lui, le 3 octobre, il a éprouvé dans la gorge une douleur qu’il compare à une constriction, à un étranglement. Un médecin appelé à trois heures du matin diagnostiqua une laryngite et prescrivit du chlorate de potasse qui ne procura aucune amélioration.
L’émotion que lui causa eette indisposition subite le rendit .malade pendant une semaine.
A la fin d’octobre, M. Poyet put constater sur l’arc du voile du palais, à 1 centimètre environ de la luette, une petite tumeur
pédiculée qu’il enleva avec des ciseaux.
Cette tumeur, qui avait 10 millimètres de long sur 8 millimètres de large, a la forme d’une lentille dont une des faces au lieu d’être plate serait bombée. Son épaisseur est d’environ 5 millimètres.
La surface est rugueuse, hérissée de papilles comme la muqueuse linguale; ces papilles, dont les unes sont presque hémisphériques, atteignent presque, chez quelques-unes, la longueur de 1 millimètre.
Les symptômes auxquels donnait lieu la tumeur diminuent rapidement après l’opération, •
Les mouvements de déglutition incessants provoqués par le chatouillement de la langue ont disparu; la sécrétion nasale, abondante avant, diminue à partir de ce moment.
La déglutition des aliments et la voix restent toujours normales.
Le 15 décembre, le malade nous apprend qu’il éprouve bien encore de temps en temps une sensation qui l’oblige à faire : hem, mais il n’a point de douleurs.
L’examen du pharynx permet de constater qu’il n’existe plus trace de la tumeur, mais une inflammation légère de la muqueuse.
Le larynx est normal.
Le voile du palais, qui est très abaissé chez ce malade, nous empêche de procéder à l’exploration de l’arrière-cavité des fosses nasales.
Observation III. (Personnelle.)
Lecomte, 25 ans, cultivateur, se présente le 30 avril à la clinique de M. Baratoux pour sa surdité.
M. Baratoux trouve un polype du voile du palais qu’il enlève.
Voici l’observation que nous avons prise :
Lecomte n’a point d’antécédents héréditaires dignes d’être signalés.
Il n’a jamais fait de maladies sérieuses; il se rappelle cependant que, jeune, il était très exposé aux rhumes de cerveau, mais que ceux-ci sont beaucoup moins fréquents depuis quelques années.
Il y a six ans, on lui a fait remarquer qu’il n’entendait pas aussi bien qu’au trefois ; néanmoins, il a fait son service dans les chasseurs à pied où il jouait de la basse, ce qui ne nécessite pas une acuité auditive remarquable.
L’ouïe a encore diminué d’acuité pendant son service militaire, et c’est pour cela qu’il est venu consulter M. Baratoux.
C’est en procédant aux explorations du pharynx que M. Baratoux a découvert le polype papillomateux.
Le polype est implanté un peu au-dessus de la base de la luette sur le prolongement de l’angle de droite et à 3 à 4 millimètres en avant de lui, par un pédicule grêle de presque 1/2 centimètre de long: la tumeur, du volume d’une lentille ordinaire, est aplatie sur ses faces ; elle est hérissée, rugueuse comme les autres tumeurs que nous avons vues.
Le malade n’avait jamais éprouvé la moindre sensation du côté de la bouche, et il a été fort surpris quand on lui a montré la tumeur qu’on venait de lui enlever.
L’examen de la muqueuse naso-pharyngienne révèle une inflammation chronique de cette membrane qui oblige le malade à expectorer quelques crachats transparents et perlés par hemmage le matin.
Cet état dure depuis plusieurs années.
Il existe probablement une inflammation ancienne de la trompe d’Eustache qui explique sa dysécie;la membrane du tympan est un peu sclérosée surtout à droite, et derrière le manche du marteau.
Du côté du larynx on observe une rougeur anormale de l’épiglotte et des bandes ventriculaires; les cordes vocales sont saines.
•: Cinq jours après l’ablation de la tumeur on trouve encore une petite saillie qui représente le moignon du pédicule; autour de celui-ci la muqueuse est normale.
Observation IV. (Personnelle.)
M. Poyet eut à soigner un malade de 50 ans, porteur d’une production polypeuse d’une corde vocale inférieure qui fut enlevée le 23 mai 1885.
En faisant l’exploration de la gorge il aperçut, accolé au bord droit de la luette, un long filament sans renflement à l’extrémité.
M. Poyet voulut bien me donner rendez-vous pour enlever ce polype du voile du palais, le 26 mai. En cherchant autour de la luette le polype entrevu quelques jours avant, on en trouva un second, semblable au précédent, et qui lui était absolument symétrique.
Ces deux polypes rencontrés par hasard étaient placés de
chaque côté de la luette et accolés entièrement à celle-ci ; leur ablation avec les ciseaux fut facile et peu douloureuse ; il s’écoula seulement quelques gouttes de sang.
Les tumeurs étaient cylindriques, longues de 10 à 12 millimètres et épaisses d’environ 1 millimètre. Elles ne présentaient point de renflements à leur extrémité et n’étaient par conséquent point des papillomes pédiculés, mais représentaient peut-être la première période de ceux-ci.
Leur structure était semblable aux pédicules des papiliomes pédiculés.
Observation V. (Inédite.)
(Communiquée par M. Baratoux.)
F... (Victor), 32 ans, typographe, se présente h la clinique de M. Baratoux en août 1884.
Le malade se plaint d’une toux fréquente depuis huit jours, qui cesse lorsque le malade est couché sur le dos.
Il croit avoir avalé une arête qu’il sent du côté du pharynx.
A l’examen de la région, on constate les particularités suivantes : rougeur du pharynx avec quelques granulations disséminées sur la paroi postérieure au niveau de la portion buccale.
Congestion de l’épiglotte, principalement dans la moitié droite de sa face antérieure.
Sur le pilier antérieur gauche, on trouve une végétation rouge, arrondie sur ses bords et aplatie sur ses faces comme une lentille.
Le pédicule est assez large.
Ablation avec l’anse galvano-caustique.
Observation VI. (Inédite.)
(Communiquée par M. Baratoux.)
L..., 40 ans, ancien officier, vient consulter M. Baratoux en décembre 1884.
lise plaint d’un mal dégorgé qui dure depuis cinq ou six mois, mais qui est plus prononcé depuis trois à quatre mois.
Il respire difficilement par le nez.
Le matin, la bouche est pâteuse, mauvaise, il crache avec difficulté.
A l’examen du pharynx on constate l’existence d’une tumeur ovalaire de 8 à 9 millimètres de long sur 4 à 5 millimètres de large, fixée par un pédicule très grêle de 5 à 6 millimètres, un peu à gauche de la pointe de la luette.
Il existe une dilatation vasculaire et une hypertrohie glandulaire de la muqueuse pharyngée.
Hypertrophie des cornets inférieurs.
L’ablation de la tumeur se fait sans douleur avec des ciseaux à luette après un badigeonnage avec une solution de cocaïne.
Il se produit un léger écoulement de sang qui est facilement arrêté par un badigeonnage avec une solution de chlorure; de zinc au 20e.
En janvier, M. P... ne se plaint plus de toux et respire facilement, grâce à un traitement spécial adressé au catarrhe nasopharyngien.
Observation VII.
(Communiquée par M. Baratoux.)
Mme Prieur, âgée de 41 ans, se présente le 16 juin à la clinique de M. Baratoux.
Voici ses antécédents : Il y a 20 ans, elle a craché le sang à plusieurs reprises; depuis, elle a continué à tousser sans pour cela cesser son travail.
Il y a deux mois et demi : apparition d’une douleur aiguë dans la gorge, surtout pendant la déglutition.
En même temps apparaît un écoulement nasal qui dura un à deux jours et qui fut remplacé par de la sécheresse de cette muqueuse. Lorsqu’elle se réveillait pendant la nuit, elle crachait des mucosités provenant du nez.
Il y a un mois, M. Poyet lui enleva un papillome papillomateux inséré à la base et sur la partie postéro-latérale gauche de la luette.
[Il eut l’obligeance de nous remettre ce polype qui était volumineux ; il atteignait plus de 1 centimètre pour la tumeur proment dite.] (A. Gourtade.)
L’écoulement de sang causé par la section du pédicule fut, parait-il, assez abondant.
Tous les symptômes du côté du nez avaient disparu, lorsqu’il y a trois jours la malade souffrait un peu de la narine, c’est ce qui l’a engagée à consulter M. Baratoux.
En examinant la bouche, on constata sur la langue, un peu à droite de la ligne médiane, l’existence d’un petit polype, qui venait irriter le bord libre de l’épiglotte et donnait à la malade une sensation d’un petit os arrêté dans la gorge.
Ce polype est enlevé le 16 juin.