‹ Des polypes papillomateux du voile du palaisChapitre 5 sur 13 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

SYMPTOMATOLOGIE.

L’évolution des papillomes pédicules au point de vue symptomatologique peut se diviser en deux périodes ; l’une, la première, est celle pendant laquelle la tumeur ne se révèle par aucun symptôme, la seconde période est celle où des troubles attirent l’attention du malade du côté de la gorge.

L’état latent de la tumeur peut exister pendant très longtemps, puisque celle-ci présente quelquefois un assez gros volume lorsqu’elle apparaît pour la première fois. Dans notre observation I, la tumeur avait 1 centimètre de long quand nous l’avons vue, c’est-à-dire trois jours après son apparition subite; or, pour acquérir de pareilles dimensions, elle avait dû mettre plusieurs semaines ou même plusieurs mois, et cependant elle n’avait réveillé aucun réflexe pendant ce laps de temps.

Cette première période d’état latent de la tumeur peut ne pas céder la place à la seconde période, comme cela se voit quelquefois.

Le malade qui fait le sujet de l’observation III ignorait la présence de quelque chose d’anormal dans la bouche, et grande a été sa surprise lorsque la tumeur lui a été montrée ; il venait pour se faire examiner les oreilles et on lui montre un polype!

Il est possible que sans cette circonstance concomittante le polype eût révélé sa présence plus tard par quelque symptôme.

Comment peut -on expliquer une pareille anomalie?

Lorsque le polype est inséré sur la face supérieure du voile du palais, on peut admettre qu’il repose sur ce voile membraneux pendant une longue période et que, tout à coup, sous l’influence d’une congestion intense qui a pour résultat d’augmenter son volume, il tombe et devienne apparent. Cette hypothèse explique son volume relativement assez considérable lorsqu’il apparaît pour la première fois.

Mais elle n’est point admissible lorsque le pédicule est fixé au bord libre du voile du palais, sur i’un des piliers ou l’amygdale.

Dans ces conditions, le polype ne peut se dérober un certain temps; il est obligé de s’accroître au grand jour, mais sans bruit, jusqu’à ce qu’une circonstance fortuite comme une angine, ou bien augmente son volume au point de le rendre gênant, ou bien rende la muqueuse qu’il touche plus sensible aux moindres excitations.

Dès ce moment la seconde période apparaît, période féconde en variétés symptomatiques.

Le plus souvent le malade perçoit un chatouillement à la base de la langue ou sur l’épiglotte, sensation qui détermine par voie réflexe un mouvement de déglutition devenu gênant par sa répétition.

La voix n’est pas modifiée au moins dans les sons émis dans une conversation courante, mais il est fort probable que les modulations légères et douces que ren-

dent les chanteurs souffriraient de la présence du papillome. D’ailleurs, ici, le problème est complexe, et il serait difficile de faire la part du polype et celle de l’inflammation catarrhale du pharynx qui coïncide fréquemment avec lui.

Chez les malades très sensibles, très irritables, la sensation qu’ils éprouvent les impressionne vivement et les rend malheureux.

Le malade qui fait l’objet de notre observation II fut, dit-il, malade de peur toute la semaine ; il est très probable que le chatouillement de la gorge par la tumeur a déterminé chez lui un léger spasme laryngo-pharyngé, expliquant ainsi cette constriction, cet étranglement qui l’a si fort ému. •

La tumeur n’était ni volumineuse, ni autrement placée que chez les autres, mais elle survenait chez un homme très nerveux qui a réagi plus énergiquement que ne l’aurait fait un homme placide.

Chez un malade de 19 ans que Herzfelder a observé, une telle tumeur du voile du palais donnait lieu, quand il était couché, à des crises hystériques, épileptoïdes, qui disparurent après l’extirpation de la tumeur.

Le cinquième malade est pris de toux depuis une semaine environ et la toux cesse lorsqu’il est couché sur

le dos, parce que dans cette situation, la tumeur, au lieu

de toucher l’épiglotte, est rangée le long de la paroi du pharynx.

La toux est encore signalée dans plusieurs observations, et, comme dans le cas précédent, elle cesse après l’excision du polype. La malade de M. Verneuil pré-

sente une toux sèche, fatigante, incessante, qui disparaît après l’ablation du polype.

M. Gueneau de Mussv rappelle que les mouvements de déglutition si fréquents amènent une certaine sécheresse avec ardeur dans l’arrière-gorge, qui fait croire à une angine qui n’existe point.

Chez aucun des malades que nous avons vus, nous n’avons constaté cette complication parce que le polype a été enlevé quelques jours après son apparition ou même était passé inaperçu.

Du reste, plusieurs malades présentaient une angine glanduleuse qui explique les sensations anormales qu’ils pouvaient ressentir.

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