‹ Des ponts en fil de fer;Chapitre 14 sur 29 · I. Des câbles en fer · texte numérisé non relu

I. Des câbles en fer

La force des fils deier variant relativement à leur grosseur , suivant la manière dont ils ont été fabriqués (3) , il serait difficile d’assigner quelle est la dimension qu’il est le plus convenable d employer; dans les petites constructions, dont il est facile de vérifier

(i) Essai sur la résistance des fers. Paris , i8ïo, folio 5$.

{») Mémoire sur les ponu suspendus. Para, i8»3, folio n». (3j f'ojet b note i.

i. oq

journellement les différentes parties, on peut se servir de fil beaucoup plus petit que dans les grands ponts, parce que le seul inconvénient à craindre, qui est la rouille du fer, est bien plus facile à prévenir; mais, lorsqu’il est question d’an édifice public, je crois qu’il est prudent de ne pas donner au fil moins fie trois millimétrés de diamètre, pour se mettre à l’abri de l’oxidation , au moins pendant un laps de temps considérable.

11 est essentiel, pour prévenir cette cause de destruction, d’employer des vernis qui adhèrent fortement au fer, et de les entretenir avec soin. Je regarde comme un très-bon moyen , pour obtenir cet effet, de les faire bouillir dans de l'huile de lin légèrement oxigénée par de la litarge et un peu de noir de fumée; les retirer, laisser sécher, et recommencer deux ou trois fois cette opération, qui a pour but de les dépouiller exactement de toutes les bulles d’air qui pourraient rester adhérentes à leur surface, pénétrer dans les plus petits interstices, et les disposer à recevoir le vernis dont on doit les enduire et avec lequel, par ce moyen, ils adhéreront plus fortement. On formera, avec ces fils ainsi préparés et complètement secs, des câbles de toute la longueur du pont, ou de grands chaînons de 20 à 3o mètres de long , dont la réunion produise exactement cette longueur; pour la déterminer on tendra un fil de fer auquel ou donnera une position semblable à celle des câbles lorsqu’ils seront en fonction; car l’on conçoit que devant former une courbe, leur longueur nécessairement sera plus grande que l’espace qui sépare les deux culées. Ce fil de fer mesuré, on placera deux piquets à la distance trouvée nécessaire, que l’on arrêtera solidement de tous côtés pour les empêcher de faire le plus léger mouvement ; sur la tète de chacun de ces piquets on enfoncera des chevilles de fer de o",©4° de diamètre, sur lesquelles on placera des espèces de coussinets BC(fig. 16) demi-circulaires en fonte de fer ou en fer forgé; ces coussinets présenteront une plus grande force dans le milieu, où ils doivent porter les uns sur les autres lorsqu’ils

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seront assemblés, que sur les côtés, et seront creusés extérieurement d’une gorge dont le fond sera carré, pour que l’on puisse y arranger symétriquement, et sur quatre à cinq rangs, les brins qui doivent composer le câble.

On commencerai lors à envelopper le fil sur les deux coussinets en le tendant assez également pour que les brins ne se dépassent les uns les autres que de o“, t à o"*,a au plus, et passant apres chaque rang une couche de goudron ou de vernis très-épais , %t les recouvrant même d’une toile serrée qui en sera imprégnée, pour remplir ainsi tous les intervalles et faire porter les révolutions supérieures sur les inférieures, aussi également que ]>ossible. On continuera N ainsi d’envelopper jusqu'à ce qu’ou ait atteint le nombre de révolutions dont on a besoin; on joindra alors le premier au dernier bout en les tenant tendus parallèlement l’un à l'autre au moyen de tenailles en bois, et en les liant avec du fil de fer n° i , recuit l’espace de o“,o5 à o",o6 , ou formant un nœud tel qu’on le voit ( fig. 1 8 ). Si . l’on emploie du fil de fer de numéros fins , on les liera après cela de distance en distance et à l’anneau avec du fil recuit , après quoi on enlèvera ce premier câble pour faire les autres â la même place et de la meme manière.

Comme le câble ainsi fabriqué, quelque précaution que l’on prenne, formera toujours une courbe plus ou moins sensible, et que le fil de fer s’allongera lorsqu’il sera chargé par le poids du pont , il sera bien , lorsque l’on placera les piquets, de les tenir un peu plus prés l’un de't’autre d’un ou deux centièmes environ de la distance mesurée.

Si une seule longueur de câble ne pouvait suffire et que l’on fût obligé d’en mettre plusieurs les uns à la suite des autres , on ferait faire des coussinets dont la gorge fût moitié moins large, on les doublerait en tôle mince, et l’on passerait alternativement le fil de fer de A en B, C, D, de D en G, B, A, etc. lorsque ensuite on voudrait les réunir, on enlèverait le doublage eu tôle, lié préalablement

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avec le câble, de dessus le coussinet ; l’on passerait les anneaux A, D, d'un autre câble entre les branches AB, CD, et l’on réunirait les branches A, D dans un coussinet de la dimension BC; ainsi de suite jusqu’à ce qu’on eût obtenu la longueur désirée.

Cette disposition me parait devoir présenter dans la pratique de grands avantages, parce qu’elle allie la résistance à la flexibilité, en évitant de mettre des parties en contact , qui puissent . s’user par le frottement les uns sur les autres, inconvénient qui entraine celui de faire écailler les vernis, et d’exposer ainsi les parties de câble aux deux causes les plus efficaces pour les détruire, le frottement et l'oxidation.

On voit en effet que les fils de fer, ainsi rassemblés en faisceaux, conserveront leur élasticité sans être cependant d’une longueur assez considérable pour que le mouvement, en exerçant une tension inégale sur eux, les fasse glisser les uns contre les autres. D'un \ antre côté, les coussinets auxquels on pourra donner une épaisseur un peu considérable, ne devant en rien contribuer â la solidité, pourront se détériorer sans inconvénient; et l’on sera libre, apres un laps de temps considérable, de les remplacer si l’on s’apercevait que leur épaisseur devint telle qne l’on put concevoir quelque inquiétude sur l’objet auquel ils sont destinés.

l-es fils de fer formeront de cette manière des faisceaux, qne l’on liera fortement de distance en distance avec du fil recuit, et sur lesquels on passera plusieurs couches de vernis qui s’emparera des moindres intervalles, et formera une espèce de cordage qui ressemble à une masse homogène plutôt qu’à une réunion de brins, comme l’expérience nous l’a appris dans le pont que nous avons construit, et qui, pendant deux ans, n’a éprouvé dans son vernis, ni dans le reste de sa construction , aucune avarie, malgré qu’on se soit fait souvent un jeu de pousser les oscillations au plus haut degré possible, en se balançant plusieurs personnes à la fois dessus. Une autre utilité des coussinets est d’avoir des points fixes sur les

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câbles en fer auxquels on puisse arrêter les fils verticaux qui soutiennent le plancher, surtout lorsqu’ils ont beaucoup de courbure ; car on conçoit que, prés des points d’appui où elle est la plus grande , les cordes verticales risqueraient de glisser , et de se déranger ainsi de leur position.

Dans les ponts de petites dimensions dont le passage est établi directement sur les câbles, et où l’on amarre à une barre de fer . ‘ enfoncée dans le rocher, on peut remplacer ces anneaux en fer par des poulies en bois dur, percées d’un trou de la dimension de la barre. Ces poulies doivent avoir o”,io de diamètre, être de bois bien compact, bien sain, et garnies en cuivre ou en fer intérieu- ^ rement. On peut alors établir les fils de fer directement sur ces poulies de la manière dont nous l'avons dit.

Ce raede présente l’inconvénient, si l’on n’arrive pas précisément pour chacun des câbles au même degré de longueur , de faire pencher le pont du côté le plus bas; mais, comme ces sortes , de ponts ont ordinairement peu de flèche , et que le moindre changement de longueur du câble en fait une très-grande sur la flèche, on peut changer le diamètre de la poulie jusqu’à ce qu'on arrive à avoir les deux câbles de niveau.

Les câbles achevés devront être mi» en place dans l'endroit même où ils doivent rester, s’il est possible, ou bien dans une position absolument semblable; on tracera, dans tous les cas, sur le terrain au-dessous, une ligne qui représentera la place que doit occuper le pont , et ayant divisé le câble en autant de parties qu’il y aura de cordes, on y suspendra le même poids qu’il devra porter habituellement.

Les choses ainsi disposées, on tendra fortement une corde mince qui représentera le plancher du pont, et l'on mesurera la longueur des cordes verticales, que l’on notera soigneusement; on enlèvera les premiers liens que l’on avait mis provisoirement, et l’ou passera une couche de vernis sur tout le câble.

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l.i‘ vernis étant parfaitement sec, on liera fortement les faisceaux entre eux avec du fil recuit, «le distance en distance, et avec les anneaux ; après quoi on déchargera le câble , et l'on recommencera sur les autres la même opération.

On conçoit que les câbles ainsi éprouvés et liés, chargés de tout le poids qu'ils sont destinés à soutenir habituellement, ne seront plus exposés à aucun dérangement, et que les brins dont ils sont composés doivent toujours conserver la même position respective . et le même degré de tension qu’ils ont reçu la première fois.

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