‹ Des prédicateurs du XVIIe siècle avant Bossuet (volume 4)Chapitre 13 sur 21 · LE PËRE B0UR601NG · texte numérisé non relu

LE PËRE B0UR601NG

« Jésùs-Chrîst, qu'il avoit si bien médité (1). Dieu « vivant et éternel ! Quel zèle! Quelle onctioii ! Quelle <c douceur! Quelle force 1 Quelle simplicité, et quelle <K éloquence! qu'il étoît éloigné de ces prédicateurs « infidèles, qui ravilissent leur dignité jusqu'à faire « servir au désir de plaire le ministère d'instruire; qui « ne rougissent pas d'acheter des acclamations par des « instructions; des paroles de flatterie par la parole de « vérité....!»

« La parole de l'Évangile sortoît de sa bouche vive, K pénétrante, animée, toute pleim (Tesprit et de feu. Ses « sermons n'étoient pas le fruit de l'étude lente et tarte dive, mais d'une céleste ferveur, mais étune prompte « et soudaine illumination : c'est pourquoi deux jours <ii lui suffirent pour faire l'oraison funèbre du grand « oardinal de BéruHc, avec l'admiration de ses audi- V teurs. Il n'en employa pas beaucoup davantage à ce « beau panégyrique latin de saint Philippe de Nérî, ce « prêtre si transporté de l'amour de Dieu... Mais dois- « je m'arrêter ici à deux actions particulières du Père T( Bourgoing, puisque je sais qu'il a fourni de la même

(i) Allusion au titre d'un des livres les pltts répMwkis du Père Bourgoing : Vérités et excellences de N. S, Jésus-Christ^ recueillies et disposées par méditations, Paris, 1636. Ce livre eut jusqu'à trente éditiaiis du vivant de Taiitftur.

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« force la oarrièi e de plusieurs carêmes dans les chaires « les plus illustres de la France et des Pays-Bas; tou- << jours pressant, toujours animé; lumière ardente et « luisante, qui ne brillôit que pour écbauffer, qui <i cherchoit le cœur par l'esprit, et ensuite captivoit t< l'esprit par le cœur? D'où lui venoit cette force? « C'est, mes frères, qu'il étoit plein de la doctrine ce- « leste ; c'est qu'il s'étoit nourri et rassasié du meilleur tt suc du christianisme ; c'est qu'il faisoit régner dans « ses sermons la vérité et la sagesse : l'éloquence « suivoit comme la servante, non recherchée avec <c soin, mais attirée parles choses mêmes. Ainsi « son « discours se répandoit à la manière d'un torrent ; et tt s'il trouvoit en son chemin les fleurs de l'élocutit)n il « les entraînoit plutôt après lui par sa propre impé- « tuosilé, qu'il ne les cueilloit avec choix pour se pa- «f rcr d'un tel ornement : » Fertwr quippe impetusuo; et « elocutionis pulchriiudinemfSioccurreritjVi rerumrapitf « non cura decoris assumit. C'est l'idée de l'éloquence, «( que saint Augustin donne aux prédicateurs, et ce « qu'a pratiqué celui dont nous honorons ici la mé- « moire (1). »

Que peut-on dire de plus? Voilà, certes, limage par-

(4 ) Ormom ftmèbitdu P. Bonrgodng, prononcée en «668, 4 « point.

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faite de Torateur sacré. Est-ce le Père Bourgoing que Bossuet vient de peindre, ou bien l'un des plus éloquents Pères de l'Eglise, ou Bossuet lui-même?

Il faut sans doute faire ici la part d'une certaipe magnificence de langage, que comporte ou commande le genre de l'oraison funèbre. Ce n'est pas sous ce radieux aspect que les confrères du Père Bourgoing, jugeant en lui l'orateur, nous l'ont représenté. Les hommages qu'ils rendent à son talent, nous donnent l'idée d'un génie plus rassis, d'un mérite plus modeste. Â cette gravité mêlée d'onction, à cette simplicité incorruptible de langage, à cette science prise aux sources et si chrétiennement employée, dont parle Bossuet, ils n'ajoutent pas d'autres traits plus frappants : ils sont bien loin, en. nous le dépeignant, de ces images de torrent et d'éclairs (1).

Un orateur comme celui que Bossuet vient de mettre

(<) F. Tabaraud, HisL de Pierre de Bérulle^ T. II, Notices sur les premiers généraux de l'Oratoire; Recueil (ms.) des Vies de quelques prêtres de VOratoire^ par le Père Cloyseault, t. II, article Bourgoing, Archives de TEmpire, M. M. 635; Vies (ms.) de quelques prêtres de VOratoire^ Archives,}!. 220. —Les auteurs de ce dernier recueil nous apprennent qu'un des chefs-d'œuvre du P. Bourgoing, cette oraison funèbre du P. de Bérulle, n'était autre chose qu'un pa-négyrique latin lu à TUniversité de Louvain : Elle est écrite^ disentils, d'un style pur et aisé (ils remarquent ailleurs que l'auteur n'écrivait ainsi qu'en ]B.ïm); pleine de faits relevés par des réflexûms so-

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