‹ Des prédicateurs du XVIIe siècle avant Bossuet (volume 4)Chapitre 15 sur 21 · LE PERE SENAULT · texte numérisé non relu

LE PERE SENAULT

« nombre des hommes véritablement éloquents. Mort « en 1672. »

Et dans une note ajoutée au texte de la Henriade^ sur ces vers:

La Discorde a choisi seize séditieux Signalés par le crime entre les factieux;

il remarque que Pierre Senault, un des Seize, ardent ligueur, « était père de J. Fr. Senault, cet homme éh- « qmnî^ qui est mort général des prêtres de TOratoire « en France (1). »

Rarement Vègal de Bourdaloue! Ce serait quelque chose, caserait beaucoup d'avoir, même quelquefois, même rarement, égalé un tel homme, d'avoir été à Bourdaloue ce que fut à Corneille Rotrou, duquel Voltaire a dit ailleurs dans le même recueil :

« Rotrou, le fondateur du théâtre. La première « scène et une partie du quatrième acte de Venceslas « sont des chefs-d'œuvre (2). »

Voltaire, dans cette notice sur le Père Renault, paraît avoir rapproché les noms un peu au hasard. Ce Père

(4) Œuvres, éd. Bouchot, t. X, p. 449.

(2) Si Rotrou a mérité d'être appelé le fondateur du théâtre, ce n'est pas, du moins, par le Venceslas, qui n'est yenu qu'en 4648, après le Cid, Horace, Cinna, Polyeucte, etc.

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n^était pas de ceux qui fondent, mais de ceux qui préparent et déblaient le terrain où d'autres bâtiront.

Avec les Panégyriques des Saints^ qull nous a laissés en trois gros volumes (ses sermons proprement dits n'ont pas été recueillis), on peut se faire une idée de ce qu'il fut dans la chaire, le sermon tenant à peu près autant de place que l'éloge dans ces discours. Droiture et piété, solidité de doctrine, morale haute et sévère, méthode précise et rigoureuse, pureté, décence, élégance soutenue de langage, ce sont là des qualités précieuses, dont aucune ne peut être refusée au Père Senault, et c'est pliis qu'il n'en faut pour le faire estimer : mais il lui manque ce que rien ne peut remplacer, chez l'orateur surtout, l'émotion, le souffle, Teffasion et l'élan, ce qui fait surtout et plus que tout l'expression éloquente, ce qui donne l'âme et la vie à la parole. Outre qu'il est froid et uniforme, il n'est , même pas assez naturel, s'étudianttrop à donner à son style cette élégance noble, qui était nouvelle alors dans la chaire comme ailleurs, et que la piété elle-même s'empressait d'y introduire, comme pour rendre aux vérités saintes un hommage de plus en les revêtant de cette parure. Sa marche est compassée, son allure, trop concertée, a de la raideur : il s'avance à la manière de Balzac, de l'art duquel il semble avoir fait une

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étude approfondie» très-habile comme lui à balancer et à opposer les mots, à soutenir et àcadeocer la phrase. J'aurai plus loin et bientôt à marquer Vinfluence que le célèbre écrivain eut lui-même, un mom^t» sur l'éloquence sacrée renaissante, et à montrer comment, jusque dans la chaire, à Theure de sa vogue la plus éclatante, il fit école.

Le moraliste chrétien et l'élève de Balzac ne se pré* sentent-ils pas à nous mêlés et confondus dans ce passage d'un sermon composé pour la fête de saint Martin?

K Christianuspaiienter ymt ei ddectabUiter mori"

« tw (S. Âugust»). Cette dis^sîtion n'est point parti* « culière aux parfaits, mais commune à tous les fidèle les ; et, si nous en croyons Tertullien^ elle leur est si c naturelle, qu'elle entre dans leur définition mesme. «t Car ce grand homme dégnissant les cbrestiens avec « cette éloquence masie qui le distingue de tous les <i orateurs de son siècle, dit que c'est un genre d'hom- « mes «( qui est toujours prest de mourir ; )> qui a cette « pensée imprimée dans l'esprit, ce désir gravé dans « la voI<mté; qui ne pense qu'à la mort, et qui la re« {i gaf de comme la fin de sa servitude et le eommenee- « ment de sa liberté : genus hominvm morH ecopêditum. « C'est un genre d'hommes distingué de tous les autres

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<c parle désir qu'Us. ont de mouriF : ib ne sont jamais « plus caDle&ts que quaùd ils sont plus proches de la « mort; ce qui afflige les autres, les console; et sça-* <« èhant que le baptême les a séparés du nëcle, ils sont « ravis que la mort les ea délivre. Ils pensent que « c'est faire tort à leur créance, de s'estooner de sa pré- <i sence ; ils croient que c'es^ne vouloir pas aller jouir <i de iésus-Christ, que c'est douter de ses promesses, « et que c'est imaginer que ceux qui meurent pour <c luy ne doivent pas aller avec luy. Quis inter hax tre-- « pidus et mtestus estj nisi cui spes 0I fides dee$i? Ejus est a mm mortem iifmre,qui ad Chrisium nolit ire : ejus est a ad Christum ndte ire, qui se non crédit ctim Christa in- « eipere regnar^ y»

« Et certes, il ne faut pas s'eslonner que la grâce « inspire ce désir à tous les fidèles, puisque la mort a «c changé de condition , depuis qu'elle a passé par la « personne de Jésus-Christ. Car ceUe qui estoit autre- « fois un supplice, est maintenant une faveur: justi « meritum sit supplicium peccatoris (S. August.): celle « qui estoit un châtiment» est devenue un sacrifice; (c celle qui faisoit le sujet de nostre crainte, fait le a siqet de nostre espérance, et cdle qui tiroit des c plaintes de nostre houche, tfen tire plus que des bén nédictions et des louanges. Enfin,. Messieurs, c'est

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« la mort qui finit nostre exil et commence nostre bon- « heur; c'est elle qui nous délivre de la prison et nous « met en liberté» qui nous garantit de Forage et nous « mène au port; c'est elle, pour m'expliquer par les « paroles de saint Bernard, « qui estant l'ennemie de « la gloire, nous la procure, qui estant la mère de la « tristesse, cause nostre joye, et qui estant la porte de « l'enfer, nous introduit dans le ciel : » Usurparis ad « ghriam, gloriœ inimica; usurparis ad lœtitiamf mater « mœroris; usurparis ad intrcïtum Regnij porta inferi. « Vous estonnez-vous donc que la mort ayant changé « de nature, les hommes ayent changé de sentiment; « qu'ils désirent celle qu'ils craignoient, qu'ils cher- « chent celle qu'ils fuyoient, et qu'ils appellent à leur « secours celle qu'ils regardoient comme leur plus « grande ennemie (1)? »

L'antithèse est, comme on le voit, la figure favorite du Père Senault (2). L'auteur des Hommes illustres du

(4) Panégyriques des Sainte, Paris, 1656 ; t. III, p. 349.

(2) Il a aussi quelque faible pour Thyperbole. Quelquefois il emploie et redouble Thyperbole, accompagnée de métaphore, tout à fait dans le goût et dans le pire goût de Balzac : par exemple, lorsqu^il dit de saint Benoit, poursuivi jusqu'en sa solitude par Tadmiration du monde : « Quelque soin qu'il pust prendre.... sa yertu le trahit, son « mérite le découvrit ; et le ciel, d'intelligence avec tous les deux, « publia la gloire de cet hermite par toute la terre. Chacun voulut « voir ce solitaire qui fuyoit le monde, ce reclus qui n'avoit point

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xvii' siède a remarqué que ce prédicateur avait fait une étude assidue des œuvres d'Amyot (1). On ne s'en douterait pas en le lisant, car sa manière d'écrire est fort éloignée du style naïf (2). Nous sommes moins surpris d'apprendre que le Père Senault, avant de faire imprimer ses livres, les portait à l'un des pères de l'Académie française, au célèbre Conrart, pour en revpir et en polir avec lui le style (3).

Quelquefois le Père Senault s'anime et s'élève, mais sans perdre celte allure symétrique et ce goût d'anti-

« d'autre retraite que la caverne des bestes farouches, ce vivant en- « sevely avec les morts, ce Jonas qui n'avait pas esté noyé trois « jours dans les abysmes de la mer, mais qui avoitesté caché trois « ans dans les entrailles de la terre. Tous les échos de son désert ne « répétoîent que son nom, etc. »

(4) Ch. Perrault.

(2) On sait, au reste, de quelle faveur le traducteur de Plutarque jouissait en ce temps, comme maître de langue, auprès des écrivains qui s'appliquaient à constituer et à fixer notre idiome. Ce que le Père Senault devait surtout goûter et étudier chez Amyot, c'était la puy^eté duvrai langage français y dont cet auteur, de l'aveu de Vaugelas, offrait un si excellent modèle. [Préface des Remarques sur la langue française.)

(3) R. Simon, Lettres choisies^ 1. 1, 1. xxii.— Le Père Le Jeune reprochait franchement à son confrère d' énerver!^ prédication par trop de politesse et d'art. De son côté, le Père Senault, ne pouvant se faire au langage inculte et suranné du saint homme, lui écrivit, quand les deux premiers volumes de ses sermons parurent, pour le supplier de revoir le style dans les autres, ce que le Père Le Jeune ne se mit pas en peine de faire. Articles de plusieurs grands hommes deVOratoire (ms.), Archives, M. 479 B, p. 843 et 827.

190 LE PtUB SBlfAULT.

thèses. Dans le panégyrique de deux Martyrs, de saint Gervais et de saint Protais, avant de passer du récit de leur pénitence et de leurs charités à celui de leur mort glorieuse^ il s'interrompt et se résume par cette fière et ingénieuse apostrophe :

« Permette2*moy, Messieurs, de défier toutes les « puissances de la terre pour nos Martyrs, et de les « contraindre d'advouer qu'ils s'estoient procuré par « advance tous les maux que l'on pouvoit leur faire « souffrir. Car, si vous pensez, monarques romains, « oster les biens à nos Saints, ils vous ont prévenus 4c par leurs aumosnes» et les ayant distribués, ils vous 4c ont mis dans l'impuissance de les rendre plus pau- « vres ; si vous croyez les dégrader de leur noblesse <( et les charger de confusion en leur estant les mar- « ques de leur grandeur, ne voyez-vous pas qu'ils ont « rompu leur maison, qu'ils ont affranchy leurs es- « claves, et que, renonçant à leur liberté, ils se sont « volontairement engagés dans la servitude? Si vous « croyez les bannir ou les jeter dans la prison, ne (K voyez-vous pas que toute la terre est un exil pour « ceux qui n'ont point d'autre patrie que le ciel, et « qu'il est bien mal-aisé que vous leur donniez une « prison plus estroite que celle qu'ils ont choisie en « sortant de leur palais? Si vous pensez les faire lan-

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a giiîr de faîm, ne voyez-vous pas que toute leur vie «c est ua jeusoe opiniastre, et que, s'apprivoisant par « son moyen avec la mort, ils en ont déjà éprouvé les « plus rigoureux efforts? Jqunans martyr de proasimo « mortem novit. Enfin, si vous croyez'les estonner par <c les tourments qui la précèdent, ^e voyez-vous pas « qu'il n'y a sorte de supplices que leur pénitence in- « génieuse n'ait inventés, que leur courage a prévenu « vostre cruauté, et que, sans le secours de vos bour- « reaux, ils se sont acquis la qualité de martyrs? »

Le Père Senault a plus d'un passage de cette fermeté et de cet éclat (1). Si ce n'est pas là de l'éloquence, c'est du moins de la belle rhétorique chrétienne.

Reportons-nous, d'ailleurs, pour être tout^à fait juste, au teraps où vivait le prédicateur, et nous nous figurerons sans peine l'effet que dut produire, après tant de déclamations plates ou grossières, cette parole grave et digne, parfois brillante, édifiante toujours, soutenue de toutes les grâces et de toutes les bienséances de l'action. Le Père Senault, qui était, nous disent ses confrères, «un fortbel homme,» avait en chaire l'air modeste, humble et majestueux tout ensemble, la voix nette

(4) F. Panégyriques des Saints, t. i, p. 454; t. li, p. 386; t. III, p. 270.

492 LE PËRE SENAULT.

et sonore» le geste noble et réglé (1). Son succès fut des plus vifs, et se soutint pendant de longues années. L'église de la rue Saint-Honoré, où il prêchait d'habitude, vit bien souvent venir la reine Anne d'Autriche» en^pressée d'entendre un prédicateur dont elle devait, plus que personne, goûter le style dévot et pompeux.

La Reine, avec sa robe noire,

Alla Dimanche à TOratoire

Ouïr les vespres et sermon

De Senault, prescheur de renom,

Que très-habile homme on peut dire,

Tant pour parler que pour écrire,

Lequel sermon la contenta.

Ou bien, c'était Louis XIV adolescent, avec toute sa Cour:

Lundy, jour de la Chandeleur,

Le Roy, Monsieur et TEminence Allèrent le tambour bâtant.

Avec un cortège éclatant D'honneur, de grandeur et de gloire.

Ouïr vespres à TOratoire, Où le Père Senault prescha, Et très-certainement toucha Maint auditeur de conséquence Par sa singulière éloquence (2).

Ce fut aux Avents et aux Carêmes du Père Senault

(4) Rectieildesviesdeq.q.prêtresderOratoire.ATcliiyesn.M. 635. (2)Loret,Lettresdu23nov. 1652etdu7février4654.F. aussiL.du

LE P^RE SENÂULT. 493

qu'on vit pour k premitee fois des scribes se grou{)er autour 46 la chaire» pour reoueillir les paroles du pirêtre. « JuSques-là, t dit son biographe, « on ise con- « tentoit;|iu sortir d'un bon ^sermon, démettre sur le « pafier les pbioles^ qu'on dfVoit pu retenir (1). » Le

Père Senaulb^ut souvent, autour de lui plus de vingt copistes, qui trafiquâlenl ensuite de leurs notes mises au net. Ses sermons couraient ainsi de main en main, voyageaient dans les provinces; et les orateurs, ses confrères; me se bornaient pas^ toujours à y chercher des inspirations, ou à les étudier comme des modèles. Un jour, étant allé à Clermont pour y prêcher TAvent, il fut fort étonné d'apprendre que les sermons qu'il se proposait d'y faire entendre, avaient été débités, mot pour mot, l'année précédente, par son devancier dans la même chaire. « Il se vit obligé d'en « faire de nouveaux, veilla pour cela une partie de nf ses nuits, et en tomba dangereuseihenl malade. )» a — Une autre fois, étant dans une voiture pour aller

4 «^ oâ. 1 650, du 26 juillet 4 663, du 34 janvier 4 660, et du 4 4 février, même année. Chapelain accordait moins au Père Senault* « Son principal mérite, » disait-il, « est dans la clarté et la pureté du langage, « comme dans la douceur de ses mœurs. Par Tagrément de sa pro- « nonciation, il est suivi de la Cour, r^ Mélanges de littérature tirés des Lettres manuscrites de M. Chapelain^ Paris, 4726, j). 204. (4) Vies ^s.) de quelques prêtres de i'Oratoire<, Archives, M. 220«

IM LE PËRE SENÂULT.

« prêcher nn Carême dans une viile de Parlement, un « Révérend, qui alleit dans le même endroit, et à même « fin, fut fort étourdi d'apprendre de lui que le Père « de rOratoire avec lequel il voyageoit, étoit légère a Senault, c'est-èndire, celui-là même dont il awit « compté d'aller débiter les sermons comme rffens, ïa « tête levée, il lui 'avoua qu'il étoit pewlu de rêputa- « tion, n'en ayant pas d'autres à dire, él (full t'avoit « d'autre parti que de rebrousser chemin, couvert de « honte et de confusion. Le Père Senault, touché de « l'embarras où ce Révérend se trouvoit, Fen tira gêné- « reusement, en lui disant qu'il n'avoit qu'à faire usag'ft « de ses sermons, que pour lui, il en prêcheroit de « tout différents, et ne le déceleroit pa» sur la confia « dence qu'il lui faisoit; et, en effet, il lui tint parole « sur Fun et sur l'autre (1). »

Le Père Senault fut un des écrivains les plus !q^,

(I) Vies de quelques prêtres^ etc. Ce genre de larcin paraît avoir été assez fréquent au xvii* siècle. V. Discours sur la vie et la mort du Père Le Jeune^ par G. RubeOi p. 205 ; De Vart de parler^ par le Père Lami, Paris, 4 675, dernier ch. — Saint Augustin permet au prêtre qui n*a pas le don de la parole, de débiter des sermon&Méjà prêches par d*autres.5i ah altis sumat etoquenter sapienterque C9n^ criptam^ memoriœque commendety atque ad populum proférât^ non itnprobe faeit. 11 ajoute que Téloquence du prédicateur est de Dieu, non de Thomme : que ce n'est donc pas sa propriété, ma» le bien commun de tous les prêtres qui ont vraiment le goût de la parole divine, et sont, par leurs mœurs, dignes de la répandre (D« doet.

cmoM un des oratetir» leg ^Itis applaudk; cTe h EfgsDce. Son traité /)e ^««sagfe des Pasêims (l), qfle Boileam craignait de raj^tor à se6 l#cteuni« lorsqu'il se fientatt der«i»f irop méthodique dans ses Ver» (2)» pe traité qui a%ouwBtrailttrie et le laoga^ ie% sermon» du mtoie auteur, eut une furii^ufi^ vogue, qui|fft9dutiiit jugqii'à rappafllBMi de nos pretoikta chefs-d'œuvre en prose. Longtemps apièg, en plein règ&e 4e Louis XIV, delieaur et^taeoaine isadrate de Grîguiui, Coribiaettî, ee "i^isaieiil Mcore aux dé&ihio&sinorales et 9UX bii^'pénodei de ce livré. Mâdaaaie de Sévîgné, il mi vcai^ s'th éiùwmt^ et leur roiupatt; tout œt eu ¥4mèr^ iWeasus^ « Je Bi'<eB vais, » écrivait^JJe des ftodSers k sa fitte, « fe m'en vais prepdie quelque livre.

Mni^ Tf^ W). Smt Àngn^fin «qtend, sazM ûuluddate, cpn f aatetr é^uu tel emprant n^en fera mystère à personne. • (4) Paris, 4 641 : réimprimé'souvent et traduit en plusieurs langues. Une trftdudtion angMse 4e ce livre jpamt & Londres «n 4649 ; elle était peut-être d^Benri, comte de Monmoutb. Yiâs (do».) de guelqvifis prêtres de V Oratoire^ Archives, M. 220.

tS) n'allons pa», dît-il ,

Traiter, «onme fiesiunlt, iov6m 1«8 jmisûob^ £t,les distribuant par classes et par titres, Bogmatiser en y«rs et rimer par ebapitres ; JUisaons^n discûurir La Ghamhre et Goefteteau.

Sat. YIII, Sur VhotMM.

Gtedeux^demiers étaient auteurs de Traités des passions, comme Senault.

496 LE MfiE SENÂUtr.

« pour faife ii$ag#^ dp ma raison. Je ne prwdrai pafi « votre Père Seoault : où allez-vous chercl^er cet M obscur galimatias (1) ?» Le mot était dur eq, parlant d'un auteur qui justement avait e^Qtribué pour sa bonne part à bannir de la chaire l'iéru^titn obscure et le jeti^ d'esprit amphigourique, fil à mettre en donneur dans FËglise et dans le monde i'étooiiâon nette etpo* lie, la phrase fifançaise. Madame de S^vîgt^ pe ipéfr donnait pas au bon Père de ravoir enni^ée, et etU m pouvait comprendre qu'on allât étudier le qçBbr humain' chez le Père Senault, lorsqu'on avait sous la main }^ Pensées de Pascal, les Mawimes de La Bochefofiqpiuld, les E^ais de Nicolôi Elle avait raison sans^^doute, tQut en manquantde justice envers un écrivain reoorïÉaandable» qui avait eu son moment de légitime «uccès et d'influence utile* ie n'ai pas rappelé le m^pileiir titre du Père Senault, quiestsaPorapArosccfe/at, publjéQçn 1637, la même année que le Discours de la méthode; œuvre de foi et d'art, trop éloignée sans doute de ù sublime et fougueuse poésie du modèle, d'unejsageâse. trop calme, d'un pathétique trop noble, mais, édifiairf^ et touchante même, dans sa forme savante et ornée, et, au point de vue de la diction, un des livrée les pljas

(4)Lettreda9 jttin4680. ^'

jLB PÊRË SSKAULT. 4^

remarquables qui aient paru en œt âgé de transition, un deskplnâ fraoçtif avant Pascal (1). ft

Gon^rtons aussi parmi les meill^urs^ ouvrages du Père SenaûU les talents qu'il suscita et dirigea, les Mèi^s quHI forma dans cette excellente écoli de Saint- ^agloire^ où, pendanir de longues années, il présida aux' études delà jeunesse ^ratori^noe , et profsissa hn-mèmp avec ardeur l'éloqueac^ sacrée. De son ense^nefnent sortirent presque à la fois le Père Le Boux, si célèbre à la veille des débuts^ de Bossuet, et même en faOe'dfe Bossuet grandissant ; le fameux Père Mas- 'çartfo,, populaire^dE son temps par ses défauts autant que gar ses qualités, subtil, enflée mais grave et fier, avec des éclairs d'admirable éloquence'; lei:Pères Hubirt et D^ls^ Roche, sermonnàires habiles, moralistes sévères et h«dis, sous leur constante é^gance de langage ; Taimable Fromentières , vrai précurseur de Massillon, dans rOratoire, par sa méthode«insinuante.

(1) La première édition était dédiée à Richelieu. En 4 667 on réimprimait ce livii^ à Rouen pour la neuvième fois. Le curieux pamphlet anonyme intitulé c Lettre d'Eugène à PhileugloUie^ contenant . la censure de la Paraphrase sur Job (sans date), relève avec raison d0i#égances assez singulières dans la bouche du patriarche, mais applique très-injustement au style de Touvrage ces paroles de Quintilien : vitiosum et corruptum dkendi genuSy quod^ aut immodico tumore turgesdt^ etc.

498 LE PtHE SENAtJLT. .

sott abondance persutsîve , sa douce fluidité (1). Ce dernier a rendu% renseignemaat du'PteeSenaultu» magnifique hommage, trop affirmatlf et trop sincère d'accent pour n'être pas çii grande partie mérité. Dans Taraison fwèbre de ce Père, après avoir rappelé avec quel empressement élèves de TOratoire et ecclésiasti(|ues du dehors suivaient « ces conférences réglées de « Saint-Magloîre, où le généreux maître comintim-

(4) Ces orateurs formés pacle Père SenauU se mûrireûl,-iLestTrai, en écoutant Bôssuet et Bo'urdaloue, puisqu'ils appartiennent tous à la seconde moitié du xvii« siècle, e»cepté le PèrçLe Boux, connu dés 4643 par un panégyrique de Louis XIII, et dont le plus grand succèa date du retour de la Cour après la seconde Fronde. Le gazetier Loret, naïf écho des admirations du twnps, proclame le Père Le Boiix (décembre 4656) , . , - ^

Des sçavants prescheurs Texemplère,

Un des plus solides esprits.

Et voire l'un des plus habiles Pour expliquer les fitangilet Avec ardeur, zèle et clairté, Qui jamais en chaize ait monté.

Le Père Le Boux est pour lui :

Cette âme en clairtez sans pareille.

Cet ange humain, ce bel esprit Qui les plus durs cœurs attendrit; r Ce preschcur que chacun admire :

Le Père Le Boux, c'est tout dire.

Cf. Journal d'un voyage à Paris^ en 4657, publié par A. P. Fangère, p. 96.— n nous est malheureusement impossible de vérifier le« titres du Père Le Boific à de telles louanges. A sa mort (4693), ses confrères renoncèrent à faire imprimer ses sermons, craignant, dît

* LË^lilHB SMAULT. 4$9

« quQÎt à tous libéralement; son esprit, » il ose dire : «i Les prédicateurs qui ont en depuis viùgt ans le plus a de répiltatJon, n'ont -ils pas été ses disciples? «c ÂvauoQS-le, puisqu'il est vr^XpjDe^ plenUudine ejusnos « ormes accepitmisy''« noujs avons tous reçu de sa plé- « nitude, » moi, profiortionnément à ma faiblesse, « mais ces grands }i,ommes qui vous ont charmés, et « que leur mérite a élevés aux dignités de l'Eglise, (^ avec abondance : et à voir enfin le grand nombre « de prédicateurs qu'il a formé*, ae diroit-on pas que « Dieu avoit établi ce prestre en notre siècle, comme « autrefois Jêrémie dans le sien, « pour être le maître « et le capitaine de tout homme qui devoit prophé- <c tiser : » Dédit te Dominus sacerdotem , ut sis dux in k domo Domini super virum prophetantem^ (1). » En somme donc, on le voil, l'Oratoire, par ses vertus

un biographe, que le style n'en parût trop suranné {Articles des plus grands hommes de\VOratoire^ Archives de l'Empire, M. 479 B. p. 97). Le recueil de seize sermons publié sous son nom à Rouen, en i 766, « d'après le manuscrit original, » dit la préface, et sans autre changement que a quelques retouches de style, » contient trop d'attaques contre la philosophie du xviii® siècle, et beaucoup trop d'expressions étrangères à la langue du xvii®, pour être accepté comme son ouvrage. Le prétendu éditeur esjt sans doute en grande partie l'auteur de ce livre, où respire d'ailleurs un christianisme généreux et austère, tout à fait digne de l'âge de l'Oratoire auquel appartenait le Père Le Boux. F. les sermons Sur le luxe et Sur le mariage. (4) Œuvres meslées^ p. 310.

m LE PERE SENAUtT.

et ses travaux, par cet esprit sérîtux et élevé qui, éès Torigine, était eu lui, a fait beaiicotip pdxtit la chm dans Fâge de débrouillement et de réforine ^que nous parcourons. Si loin (||felle soit restée de la perfection ' originale et du grand art, et blen^qu^elle n'^th pas su toujours se garder de la simplicité trop négligée, en revenant au naturel, ou de TélégMce trop pompeuse, en voulant s'ennoblir, Téloquencé de« premiers Pères de rOratoire, a été, sans oçntredit, neuve et féconde; car elle a réellement inauguré un art plus pw, plus digne et plus fort, un enseignement pfhis chrétien. La mission que le fondateur de Tordre avait doUnée h ses disciple^de relever à la hauteur du minisMro'ëtangélique la science et le talent du sacerdoce, ils l'ont rem^ pUe, autant que le pouvaient faire des esprits droSt^,. des cœurs dévoués, auxquels Dieu n'avait pae accordé le génie.

Du goût (Suez lés Jésiiîtês. — De la part qae prirent les Jésuites à la réforme de la chaire. '— Maniteste du Père Gaussin. — Le Père Glande de ling^des, célèbre prédics^teut. *— En quoi digne de sa réputation. — Ge que lui doit Bourdaloue. — A été plus d'une fois à demi confondu avec Jean de Lingendes, Tévéque. -*- Les deux Lini^ndes. — Lequel des desx a été loué par La Bruyère.

^' ,/ On a i» ^k par ce qui a ét4 4it précédemment de

f , certains oratents^ tels que les Se^lran» ies Coton, les

^ yalla^pvr, qui eurent la vog^ et la célébrité à la

. ' ydHTe^^ rage q«te «ous fMtrcmirons, et donfe le talent

'^>'*.;fdt vivement emîdùf agépar les^ suŒrai^s de leur oom-

^pagnie, on a pu voir combien peu les Jésuites s'affran-

^ chireût 4'ab(H*d des travers dlmagination et de goût

chers au xvi^ siècle, et quel mélange d'inspiration

pieuse et de jeu d'esprit, quelle confusion de science

I chrétienne et de souvenirs profanes ces intrépides et

dévoués soldats de la loi portèrent eux-mêmes dans la

chaire. La vérité est que le goût, chez eux, fut, à Torï-

gine et longtemps, très au-dessous du zèle, et Isôssa

place dans leur enseignement public» comme dans leurs écrits, à bien des grâces douteuses et à de singuliers écarts d'imagination. Surtout les prédicateurs jésuites abusèrent de ce style pittoresque et dévot, trop en fa* veur alors, où foisonnaient la métaphore, la comparaison fleurie, la parabole descriptive, et dont les enluminures symboliques, au lieu de mettre, comme on le croyait, en plus grande évidence les leçons du divin Maître, ne servaient qu'à en farder la simplicité et à en rapetisser la grandeur. Ce symbolisme intempérant et mesquin fit peut-être par eux de nouveaux progrès dans la chaire, de même que, par l'influence de la Société, il se mêla davantage aux eonceptiofts de Tart religieux, et déborda dans la décoration des te;mpies. Rien ne rappelle à première vue les tse^mons dont je parle, colbnie eerlmes églises^, l)âU^ alors pour les Pères Jésuites i^ous rnti^irat|M de leur esprit. Dans l'œuvre de rarcbitecle, coioimie dans scelle* de l'orateur, c'est la même surabondance de fleurs» la même profusion d'arabesques. dévotes; c'est le même déluge de figures allégoriques et d'emblèmes, représentant aux yeux avec une réalité parfois bizarre, ou peu séante, les plus intimes émotions de la vie religieuse et ses plus délicats mystères.

Ces défauts ont été plus d'uae fois relevés avec se-

Lfsjtsrarssw 9n

vérité et malice dans les loDgaes guerres da libre esprit moderne contre la paissante compagnie. Peat* être, en s'égayant, autant qu'on Fa fait, sur ces erreurs de goût, a-t-on trop oublié qu'elles étaient, après tout, communes à tonte une époque, et que le seul tort des Jésuites fut d'adopter avec trop de facilité, et peut^tre d'outrer quelque peu certaines modes partout répan* dues. Ajoutons qu'avec plus d'impartialité , où leur aurait tenu compte des efforts qu'ils firent eux-mêmes bientôt après dans une voie meilleure, et de la part très-efficace et très-honorable qull* surent prendre aux études et aux travaux d^où la prédication sortit amendée, régénérée, rattachée à ses plus pures traditions.

A l'époque où Bourdàloue, encore très-jeune, vint coinmencer chee les JésuUes son novieiat d'orateur (1649),, une éjpûted'un gojftlplus discret,, d'un esprit plus sévère, amie dés fortes études, et sérieusement éprise des bons modèles, s'était, dépuis quelque temps déjà, formée au 9éù dé la Compagnie. Bourdàloue trouva .donc chez ses premiers mattres assistance éclairée et direction utile, et n'eut, plus tard, rien ou presque rien à désapprendre de leurs leçons. Volontiers l'on s'étonne que le plus austère de nos gemàs orateurs sacrés appartienne aux Jésuites par son éducation et par ses vœux, et volontiers l'on suppose que

8Ôl LES JÉSUITES.

]e& enseignements de ses instituteurs ne contribuèrent que très^médiocrement à former en lui ce goût si sobre, cet art si pur, ce talent si mâle et si simple. En y regardant de plus près, tout esprit impartial reconnaîtra qu'il y avait dans la discipline sous laquelle il grandit, de quoi seconder efficacement les dons heureux de sa nature, et que l'honneur d'avok beaucoup fait pour le progrès d'un tel élève appartient sans conteste à ceux qui dirigèrent ses premiers pas (1)«

L'assentiment des Jésuites aux projets formés par les premiers Oratoriéns ne s'était pas fait attendre, ainsi que le prouve le très-curieux livre publié à La FlècAe^ en 1619, par le Père Gaussin» un de leurs maître» ^V lors les plus infuentoet les plus célèbres. C'est un pe*tit traité de l'éloquence i^aorée, placé àUii^d'undeèâs savants et volumineux manuels do rl^torïquè^ commç il en sortit beaucoup alors des preiAas de la Sodété. Dans cet opuscule, écrit en latia cdinvie Ye teste du volutne, tantôt S0US forme d'efntretien eï^tredes peiBonnages supposés, tantôt éU son propre nom , l'mitéur

(4) « Pardonœz-mOi, » dît ingéanînent et cordialement Bouni»> loue à la fin d'un magnifique éloge de la Société de Jésus, c parce donnez-moi, Chrétiens, et permettez-moi de rendre aujourd'hui ce « témoignage à une compagûle dont je reconnais avoir tout reçu^ et « à qui je crois devoir tout, ». Panégyrique du fondateur de TOrdre, U'partie.

LES JtSUITfiS. 905

(examine quel genre de science et d'éloquence eonrient surtout au ministre de rÉvangile, et fait justice de Tart •frivole et malsain que, depuis trop longtemps, le faux savokr et la vanité ont accrédité dans les chaires. Il met en scène un jeune clerc , beau parleur subtil , nommé Logqddedalus, qui, sous prétexte de sauver les droits de Téloquence, de l'art, et delà culture littéraire, qu'un certain puritanisme défiant voudr^t interdire au prédicateur, plaide en réalité pour l'art raffiné, pour tfâoqmnqe fardée et pour le savoir pédantesque, et présente, à grand renfort d'autorités douteuses et de raisonneÀients équivoques, une complète, quoique indirecte at>ologie du triste -genre à la mode. Un grave personnage» r6présent»at sons le nom de Théophraste le bon Sens et la religion, répond au jeune sophiste. Il reil^t en lumière les vérités quç cielui-ci a obscurcies de ses paradoxes, distingue hautement la bonne rhéto* rique 4e Ta mauvaise, «et Fart sobre et fécond du bel esprit intempérant et stérile ; puis, prenant à partie ces modernes talents dont la gloire est si chère à togod»dalus, il les avertit sans détour, avec une inexorable et parfois railleuse franchise , de la futilité de leurs goûts, de J'inconvenance de leur parure, du scandale de leur succès, et les somme d'^andonner au plus t6t leurs profanes bagatelleS|, ou de céder la chaire qulls

M6 LES asmiTSâ.

désboQoreat à de {dus digoes luteiprètes de la vérité. Cette partie de sa répoase est fort vive. Impatienté d'entendre ce8 orateurs si étrangenient nouveaiuL se donner conune imitateurs et disciples des Pèses, et invoquer avec un respect dérisoire dans leur boudie, ks noms des Clirysostoine et des Âugustia^ it a'écrie : « Yotts nous vantez les Pères I eh ! plut au deî qu\>n 4i VOUS vît imiter de tels nftsîtres, et non ces PMostrate « et cas CaUistrate, qui font montre de leur ^^t dass « les choses de Dieu ! Voulez^vous léailèment vre»di« «< pour mad^ «et pour règle cette éloquent que vous « loues si lort? Tout «st dit aiorSt plus de dîffîoalté: « etr c'est justemeAl celle qui oonvient asQ: chrétiens ; ^ point d'afféterie; nuXe ^ute, aueun tard ; une lérce, « mte puissanee irrési«tii)le, victorieuse; naître^ ^ des âmes, telle, cpA n'est rien en >q^ mande qrni « commande avec pfas» d^empixse. »

« ilais v^us n'adminez, vous ne loviez cette éloquence « que lie èttodie, et toujotm c'est votre ^iprit^Totre ¥ goût' que vous suivez. Faut-il traiter ^à fdiake des « ehûses les plus saintes ? Vous êtes a ^œmt lieues 4e a cette simplicité, de cette modestie de langage : vous « épluchez curi^useiiaent les mots <et les syJUb^, « vous combinez tes i^ns avec un soin puériU tiiem- « Manisà lldée de commdltre la plus légèi^e «acepho-

LES ItSUITBS. WI

« nie ; vo«8 lissez^ comme on dit, tout le discours à la « pierre ponce. Votre manie de fausse élégance est « telle, que vous rougissez d'appeler simplement Notre- « Seigneur Jésus, le Sauveur. Les mots du langage ec- « clésiastique, ces mots employés pendant tant de sid- <c des par les plus saints des hoipmes, vous répugnent. « Yous cherchez des périphrasçs^pour désigner la Tri- « niië, le baptdâie, la messe :* vous imaginez voush « mêmes les plus singuliers êiqpiiTaleûl3» les plus kmgs , « <ârcuits de paroles, plBdtôt q«e d'appeler une. figue <c une figue et une barque une barque. Quelle est^ je « Y<Hss pri^ cette éloquence si élojgnée du vrai? Et «-que dire de ces mille figures de style, de tous ces p&- « tite artifices de diction, dont vous émaSSiet vos ser- « mons jusiqtfà la nausée ? Que dire dç vos périodes si ff Savamment arrondies....? Ajoutez cette sèondance « de digressions, de petites descriptions, toutes ces « histoires que vous allez cheroher à Tautre bout du « monde, ces animaux fantastiques, ces fleurs qu'on « n'a jamais vues, ces fierres précieuses que personne « ne connaît, loat cela rapproché sans cesse, à tcHrt ot h « travers, des mystères de notre religion, avec quelle « ittsipidité, quelle froideur, le peu^on dire 7 Les neiges <^ du Rhodope, comme on dit» ne sont pas plus froides. « Et vous nous pariez 4es Pères ! Qu'y a-t41 de \

S08 LES JfiSUITES.

« blable dans leur parole? Qu'y a-Uil de faux, defafdé? « Qu*y a-Ml qui ne soit marqué au coin de la vérUé et M du bon sens (1) ? »

Ailleurs, Théopbraste, indigné du caractère mondain et à demi «païen de ces prédications, ne se contient plus : il tonne et foudroie : c'est une véritable cJUiU* naire contre les profanateurs de la chaire. « Je ne poli, » dit-il, « assez m'étonner de la licence de cette ëlp<|fainice « dépravée, qui n'a plus de front, ni d'yeas, car ^e ne « respecte yins no», ne voit ]^us ri». Hélas! datnsquel « abaissement sommes-nous tombés! Peu s*w font « qu'on ne fasse de Téglise un théâtre, et de l'éloquence 4( religieuse un jeu d'acteurs ! Que les mftnès des saipts « ensevdis h Tombce de nos traiples me pardbnnrat, « mais je m'imagine que leurs cendres mème^, si elles « sentent encore quelque chose, frémissent, .de honte « et de douleur,, lorsqu'on apporte devant les autels a des discours faits pour amuser les oreilles profanes « dans les cercles et dans les théâtres. Nos maîtres d'é-

(1) a ... Accédant tôt excursiones, tôt descriptinnculae , tôt hîstoriaa, ab extrema ssepe India petit», tôt ignotse bellnse, tôt flores in- YÎsi, tôt gemmae, non magis indigenis qoam yobb notae, qase cam mysteriis nostrae religionîs conferunlur ubique, quanio frigore non dico, sed nihil aiunt in rhodopseis nivibus esse fftgidins. Quid est in Sanctis Patribus simile? quid adulterinum ? quid fucatum ? quid non ex optima disciplina profectum î » Eloqu$ntiœ sacrœ et hufnanœparaUeh, La Flèche, 1649, L. XV. p. 627.

« loquence nous ont appris, dans notre enfance, qu'un « jour, les Athéniens montrant un violent désir d'avoir « dans leur ville des jeux de gladiateurs, à l'exemple « des peuples voisins chez qui cette barbare coutume « s'était établie, Démonax, un de leurs plus illustres <i orateurs, combattit ce dessein de toutes ses forces. « Que veulent, leur disait-il, ces combats de gladiateurs « dans une ville où la Pitié a des temples ? Ou bien re- « poussez ces abominables tueries d'hommes, ou bien « renversez cet autel de la miséricorde que vous voyez « devant vous ; car il n'est pas possible que des choses « si éloignées de leur nature, soient mêlées et confon- « dues dans les mêmes lieux. »

« Et moi, dans un sujet différent, non pas pourtant u autant qu'on le pourrait croire, j'ai le droit de m'é- « crier : Qu'y a-til de commun entre la fable et la vétt rite ? entre les ornements de la rhétorique et la saint< teté de l'Evangile ? Pourquoi mêler parmi les feux « vigilants et les autels redoutables du Christ Tautel « de Silène et les jeux des Satyres? Olez d'abord, ôtez « du temple ces images vénérées, éteignez ces flam- « beaux, renversez ces autels, détruisez cet appareil « imposant de la religion, dont la majesté sainte frappe « de respect le cœur même de l'impie; ou bien, si vous « n'osez porter vos mains sur ces gages de notre foi

SM LSSItSClTB.

<« ^ pmtefilMit contoe vosi^aiÉkés,.du.inoiiuioea9i«z- «I kfti'ua voile, wt%ïA de «débiter vas luraif^esim)- «t Ime» ; et eACMre cvaignes ^e dnMeKfiaiiit^ deoetle <i terceBaittte fue fookat vm yieds, une «voûl jaes'é* <% iève pour vous «oafoadre..^.. »

4< Oà ea sAïuBesrnMft? Q\m U'eapffitgéBôrei» de <i BOfi pares ^*gbL leUesoeAt ocareempu et gâté dans dos <( âiues» que Boufi jrougissoBft'Ae f rendre pMHr ffà&e$ <4 MuxxiuinoiiS4rnt.eQfaQté«^attCilNn8t!0»jftii^ <^ depaderpar la bemchedePiecre ou deiButi^^ella- «c thi^i an de Je&n^ oe j&odI des barbares au Im^^e « rude et iouâibè. Quels s^^otiles mitres i^'il faut ébi* « dier sans cesse, qu'il convient de eiter Ams^ les a cbaixes i^gante&dlai^ÔMrd'thiii? Les Hbilofitraie, ies « 0\^ide,.les Piutacque; joigne^ymèjsBelesJPélisoneet « les Apulée»* car eeux-là. même qafH iaudrait tenir à « jainaîs cacbés,. se ttontreut et ^ûrculetttt noaaieu* a lement à .l'ombre des écolefij, ^v'est obose âreçue et « .consacrée, mais dans la .cbaire des prâdteiteors, u dans la jideine lumiâre ^u cbristiamame, doutées <( aideurs, s'ils jrevenaient au moBde»ne pouirwent u soutenir l'édiat (1,). »

L'auleur Jésuite, ou le Moit» n'atténue ÂettideJa. iré-

'(f y « ^deone generosus îîîe Sanctorum Patrum spiritus extabait in •Hibi^, ut piiieftt»€asaiga!Bacere,;qBhiW6taflaei (ià*moio*émÛBm

rite par esprit de réserve et de prudence, et je ne sais, si, même à l'Oratoire, on faisait à ce genre d'abus plus vive et plus franche guerre. Après ce véhément i^équisitoire, le Père Caussin nous expose, toujours par la bouche de son Théophraste, comment il entend luimême Féducation de Torateur sacré. Il réclame pour lui un libre accès à toutes les grandes sources de la tra-^ dition;il ne songe nullement à l'éloigner de Tantiquîté profane : celle-ci aura place dans ses études à côté de l'antiquité chrétienne, et les trésors de l'une et de l'autre lui seront libéralement ouverts. Mais ce qu'il devra surtout retirer de son commerce avec la première, c'est, en même temps qu'un premier fonds de connaissances sur l'homme, un amour éclairé du beau, et une pleine intelligence des règles de l'art : la seconde est sa vraie

sumus) inChristo genuerunt ? Scilicet pudor est cum Pctro et Paulo, cum Matthaeo et Johanne loqui; sunt enim barbari et lingua voceque absoni. Qui igitur diurnis nocturnisque terendi manibus, qui apud molles calhedras appellandi ? Philostrati, Ovidii, Plinii, Plutarchi ; addileetiam Petronios, Apuleios; ita illi ipsi, quos aeternis tenebris sepelire oportuit, prodeunt, non in scholarum umbracula tantum, jam enim commune est, sed in «uggestum concionatorum, et in hanclucem christiani nominis, quam ipsi, si reviviscerent, auctores non auderent intueri. » Ibid. p. 619. — On retrouve un écho de ces plaintes et de ces invectives dans le livre d'un autre Jésuite publié à • Milan, en 4 639, sous le titre de Àctio in corruptores eloquentiœ^ quum profanœ^ tum sacrœ^ qui eut aussi beaucoup de vogue dans les classes des Jésuites. Malheureusement, l'auteur, A. d'Alberti, n'évile pas toujours lui-môme la déclamation et le jeu d'esprit.

ai 2 LES JÉSUITES.

mère et nourrice : c'est en se plongeant dans l'Ecriture et danslçs. Pères, qu'il trouvera, avec l'inspiration qui lui esx propre, les hautes lumières dont il a besain pour distribuer la parole de vie et l'approprier à tous les états des âmes. Ce n'est pas, comme on en a trop pris l'habitude dans les derniers âges, ce n'est pas à l'aide de recueils, de Silves^ de compilations toujours très-incomplètes, qu'il devra faire connaissance avec les grands théologiens, les grands orateurs des premiers siècles; il faut qu'il aille droit à eux, sinon sans secours, du moins sans intermédiaire infidèle, qu'il fasse lui-même dans leurs écrits, sans cesse relus et médités, ses provisions de science théologique et de sagesse morale, sa moisson de saintes maximes et de paroles d'or (1;. Préparé, comme il l'est, par une forte culture classique, il lira dans le texte les Pères grecs eux-mêmes (2). Puisse-t-il braver le préjugé timide qui renvoie à la théologie érudite l'étude de ITiébreu, comme trop longue et trop difficile, et s'affranchir de la servitude des traductions pour la lecture du livre des livres! Il se mettrait ainsi plus près encore delà source où, à toute heure, il doit puiser (3).

(4) PAoquentiœ sacras ethumana^^ etc. p. 634, D.

(5) Ibid. Ë.

(3) fHrf. p. 6U,B.C. D.

Dans cette éducation idéale, le progrès de la personne morale doit marcher de pair avec celui de Tesprit et du talent. L'homme de Dieu mis en scène par le Père Caussin ramène toutes les qualités et perfections morales du prédicateur à trois, qui, en effet, comprennent tout : charité, humilité, courage. Il montre en quelques traits, mais avec force et générosité, toute l'étendue de chacune d'elles. Sur la dernière {constantia, fortitudo)j il s'explique en homme qui sent tous les obstacles, tous les périls, et ne croit pouvoir transiger sur aucun (1).

Parmi les meilleurs maîtres que l'antiquité chrétienne offre aux prédicateurs, celui que le Père Caussin recommande de préférence, comme le plus complet de tous, est saint Chrysostome, Ases yeux, l'auteur des homélies sur l'Ecriture est à lui seul toute une école d'éloquence sacrée : c est plus qu'un prédicateur élo-

(\) « Eadem virtus hominem ita confirmatum (c'est-à-dire bien établi d^abord, et affermi dans la pureté et l'intégrité de la vie sacerdotale) instigat utmanum mittat ad fortia, ut in agro domini, quicumque obtigerit, excolendo generose et patienter desudet, ne frangatur laboribus, ne conniveat in flagitiis, ne blanditiis cedat, ne terreatur minis, ne potentiorum libidini serviliter ancilletur, sed pro fide et justitîa, pro domo Dei, pro Ecclesise libertate stet quasi murus adamantinus, cui Deus dicat per Hieremiam : Dedi te in civitatem munitam et columnam ferream^ et in murum œneum super omnem terrain. Sœviant licet grandines, etc. » p. 632, 6.

244 LSa Ji;SïIiTB&.

quent entre tous, c'est le génie même et comiBe le ^vdnt idéal de la{Nrédicatioa. Le Père Caussm croit ddoe bien £aiire de s'arrêter en finîssasit sur ce grand modèle. Ums une suite de chapitres réunis sous le titre de Chrysos4omu8 sive Ideùy il passe ea revue et caractérise à mesure les divers dons der^LceUent maàre : autorUé, douceur, intrépidité, prud^eace, véhémence, onction; morale sévère et persuasive à la fois, théologie profonde et compréhensible pour tous; art savant et miturel, majesté sublime et feimiEarité populaire, U signale ainsi et représente, mieux que par des définitions et des préceptes abstraits, les différents caractères et les diverses puissances de la parole religieuse. Sur chaque poiM, la peinture s'éclaice^ l'éloge se coâfirnie par des citations expressives, tirées des plus éloqfiients< écrits du Saint. Cette dernière partie forme ainsi une sorte de rbétîorique chirétiâiikne en exemples, d'une litilité pratique et d'un haut intérêt.

Le livre, très-inconnu. Je crois, à cette heure, dont je viens de donner une idée sommaire, fut populaire dans les écoles dès son apparition, surtout dans les c^fMéges et séminaires de la ScKîiété. Longtemps après, la vogue n'en était pas épuisée, puisque en 1643 oa le réimprimait encore avec additions et corrections. Vrai*semblabiement, il fut mis entre les mains de Bossuet,

USJttUUBS. 2f5

élèT« ierkét^sncfa^rV^T ses nraiferes jésuites dn collège é^ fiqon, eTpHt servir à diriger ses étwAss*

Le foadv je dois rarouer, vaut nriem daw ce fivi»e

q«e imUmm^ L'aatem*, homme de eoilége, garde en

écrivant eertaioesh^tudes ^aeoplification contractées

dans la chaâire du maître de rhétorique,, et donne* trop le

tonp. let lfapp«*âl oratoires k matraîlé de meralat et de

goAt Mé en 1158* (l), eatré de bonne heure chc» les

Jésuites^ et tengtem^ noam dans ce goût suMl d;

fleuri: auqueï s'étaient ouvertes leurs écûies, il a qttet-

que peioe, eomme tousr ceux qui s'éclairent par une

conversion tardive, à dépouiller le vieil homme : mal-

grélui^ elsans en avoir bien conscience^ il garde quel-

qjUB chose des défaïUs qu'il abjure et qu'il combat (ai^

(1) Selon Âlegarabe; en 4570 selon Sotuel. V. Bibliolheca serij^tO" mm Societatis Jesu^ Anvers, 4643, et Rome, 4676.

(2) Ce mélange est encore plus marqué dans ses ouvrages de dévotion en françaifiF. On peut donc sam^ regrert inisser dormir dont te pondre des bibliothèque» son Buiston tmient^ fignre de rhieapiuoian^ contmtmtvmfft-^puHrB discours sur ll^ mystêrBS de fAémrW^ Pàris^ t64S (il* n'avaife pao rompu, «oonne on voit, avecrlos titre» bRarres)v€t sa C^wr sainte^ Paris, 4«Sï4, truté familier dfe dévotion à rnsage des gen» deCour, composé dt Vimitaftîon dn cfaeM'oravve de sdat Fran^ çoîs de Sales, mais otr Ton diercberait vainement Iv'finesse iagéirae et le discret enjouement du modèle. Cependant, ce dernier ouvrage enf nn nombre prodigieux d'éditions, et fut tradiiil; en six langtm». Aussi disai^^n que « le Père Caussin avait mieux ftût ses affaipos à Bi « €«tT samte^ qu'à la Cour de France. » Confesaeurde bonis XHI, peu docile à la politique du cardinalHaiiaistrie, il aimt été «wïwié par te

2f6 LES JÉSUITES.

et recommande parfois la sobriété, l'art simple et naturel, en phrases sonores, trop relevées d^anlithèses et trop enjolivées de traits pittoresques. Latiniste habile et brillant, il imite Sénèque au moins autant que Cicéron, et ne choisit pas assez dans saint Augustin. Enfin il n'a pas toujours le style de ses idées : mais ses idées étaient excellentes, et nul doute que, malgré ces imperfections involontaires de langage, elles n'aient contribué efficacement à ranimer dans sa compagnie l'esprit de la simplicité chrétienne, le goût des hautes études religieuses, et à y susciter pour la chaire de purs et sérieux talents.

A quelle rigueur de raisonnement, à quelle gravité, et parfois même à quelle force de langage laprédication atteignit bientôt après dans l'Institut des Jésuites, par quelles mâles et vraiment chrétiennes inspirations elle

prince à la rancune de Richelieu^ et envoyé en exil dans la Basse- Bretagne, d'où il ne revint que sous le règne suivant. F. sur la vie et les œuvres du P. Caussin les bibliothécaires des Jésuites, Alegambe et Sotuel ; Isaac BuUart, t. II de V Académie des sciences et des arts^ contenant les vies des hommes illustres^ avec portraits, Amsterdam 4682; Bayle, Dictionnaire; Balthazar Gibert, Jugements des savanU sur les auteur^qui ont traité de la rhétorique^ 4713-1749, t. VIII, !!• p. p. 497. Ce dernier a fait de l'ouvrage du P. Caussin sur l'éloquence une critique très-dure où l'on sent l'adversaire des Jésuites. M. Cousin a publié de curieux documents contemporains sur ce « Jéa suite vertueux et courageux: » c'est ainsi qu'il appelle le P. Caussin. F. Madame deHautefort^ p. 307.

y préluda aux sévères accents de Bourdaloue, on aurait pu le savoir au juste en consultant les écrits d'un religieux que tous les tableaux et manuels d'histoire littéraire s'accordent à désigner comme un des principaux restaurateurs de la chaire, du Père Claude de Lingendes. On s'est contenté jusqu'ici de répéter son nom, en inscrivant à côté u'ne louange banale : on ne s'est pas mis en peine de le connaître et de le juger.

Je conviens que, dans la forme où ils nous sont parvenus, les sermons du Père de Lingendes promettaient peu d'intérêt, et devaient, au premier abord, médiocrement tenter la curiosité. Soit pieuse modestie et calcul chrétien d'humilité, soit plutôt habitude, déférence traditionnelle à un antique usage, moins complètement ^ abandonné alors qu'on ne se l'imagine, le célèbre religieux a rédigé ses sermons en latin (1). C'est la matière surtout et la substance qu'il en a recueillie, s'atta-

(4) Ce qui rend plus probable cette dernière supposition et donne à penser que cet orateur si écouté et si vivement goûté en français, écnytiiinatureUement en latin, c'est qu'il avait coutume, dit Bayle, de tracer en latin l'esquisse de ses sermons avant de monter en chaire. Pour beaucoup d'ecclésiastiques et de savants distingués de ce temps, le latin était toujours la langue naturelle écrite. On assure qu'il arriva plusieurs fois à Bossuet lui-même, dans sa jeunesse, de se préparer en latin à prêcher en français (Le Dieu, Mémoires sur la vie de Bossuet, publiés par l'abbé Guettée, 1856, p. 440 et 44i).

9ȑ CL. ift LDIGraDBS.

ehaat à ofiiir àoertaîoefi pacsKMàaeay particuliâmaeftt an jeunes cferes» sus tous le& gmâs sujets (jû soat daas la ehaice d'un étemel à-propos, im ^nseinUe Méthodique de deetriaes «t de textes sacrés k Ya^pai. Je ne m'émne pas que ms. trois vdImms Miir4% toui 1»tkis (1), dont le texie se hérisse à f^emiére vue dedih vîskms et de Csnnulesc dagmatiques. Prima eonêidaraiio; SeoÊnia €&mid&tat%e; 1"* Gegita; 2® Cogita^ ete;., n'aient obtenu qu'un regard superficiel des critiques laïques, ou même ecdésiastiqucs, qui en ont parlé* J'avoue de boQfie foi Bô m'y être engagé qu'en hésitant, et en av4Ûr irouvé 4'abocd la lecture assez aride et in^s^. Bientôt, cependant, ces legotts, d'une fionne nue etdir da4{tiq|uer ine £rappâreii par leur enehainement, m'atta-

(1) Imprimés à Paris en 1664, après la mort de Tauteur, sous le titre de Conciones in Qiiadragêsimam^ et non sous celuf de Conciomm qmad9%§tsiinaUuin ûrgumenUr comme le dltSolud [MikUth theca scriptorumSoc, Jesu). Ce dernier titre, d'ailleurs, eût été plus exact. L'^éditeur affirme que sa tâche s'est bornée à reproduire le manuscrit laissé par l'auteur : Qualesmanusua conscriptos sermon es 9eposnemt^ edimus inltwim^iisêffmplan&verkis^ quiimsUUine illos Mppesserat.-^^vMé^ de nouveau à* Paris, 1664; àMayenee^ même année ; à Cologne, 4 689; à Ai^sbonrg^ 4758 ; à Montrovge^ ortlee^ tion flifne, 4^4. En ^^66%^ on eMtyade- refàipe en français m certain nombre de ces sennons ft peu près tels que l'Airtear les anât prononcés, ens'aîâant â« notes prises pendant; qu'il prêchait : ce trvv>«il de remaaiemenVtivt téméraire et assez mil exécuté, no névrite pas4« tontrannooee kmuagease ^i en fut faite pen «près dans le loumaliiês mwKU (arlidede FaJ^bé ftalioisi, a;vril 4«67).

chènmt pat ^Mstérité de Taisent e« 1;sl fermeté do lan« gage. Tom e& frenraTqaant encore tr^ derestes^d'one sei»làstiqu« mhûh et cf^ne exégèse raffiaée, fy ^mîs cet intérêt que coramande totrte expomtîoQ savamè* et bieft conduite de hautes^ rentes. A Fétendue et àla|Mrécision des plans^ à Forâre lumineux des preuves^ an; marques irrécusables qui s'oiïraient à chaque inataoll de Fintime famiiiarilé de L'auteur a^^ec FEcritare et Tes Pères, choix intelligent de citations^ lémnîseencea heureuses, commieDtaires d'une iostractire sagacité, je reconnus un catéchiste éminent, un maître de l'enseignement religieux. Mais le sermonnaire proprement tii) l'osateuE, #ù était-il? Âvait-il péritoat entier dans cette substiUiUoa du livre dogmatique à la pasole tivaste, du traité au sennon? J'eus bientôt la satisfaction de Toir qu'il en était resté quelque chose, et même besuconp phis que je ne l'avais espéré. De temps en temps, et surtout là oi il faut condure am profit des mœurs, les souvenirs de la chaire reviennent au pîeun écrivain, et l'entraînent. Comme s'il avait encore de vaut lut un auditoire à toucher oo à confondre, il exhorte, presse, menace : an besoin il effraie et consterne par de saisissantes peintures de la brièveté de laviev des terreurs du dernier moment, des tardifs désespoirs des âi»es rqetées. Ge n'est plus te doctew qu'oit enr

Sr20 CL. DE LINGENDES.

tend, c'est le prédicateur, un prédicateur simple, grave, animé, parfois véhément et terrible. En disant qu'on trouvera dans ces parties de I œuvre du Père de Lingendes une certaine beauté sévère, que depuis longtemps les chairesne connaissaient plus, je ne crois rien surfaire. On en jugera, au reste, par quelques citations.

Voici comment il achève, dans un de ses sermons sur le Lazare mendiant, une première réponse aux objections tirées contre la Providence divine de l'inégalité des conditions humaines, si frappante dans l'Evangile du riche et du pauvre :

« H arriva que le pauvre mourut, factum est ut more- « retur mendicus. Toutes ses misères furent donc ter- « minées, puisque le sentiment de nos maux s'éteint « avec notre vie. Qu'importe donc désormais au pauvre <( tout ce qu'il a souffert, et quel malheur est-ce pour « lui d'avoir manqué de tout, d'avoir vécu dans l'op- « probre et dans le mépris, d'être resté si longtemps i< gisant, couvert d'ulcères, mourant de faim ? La mort « a mis fin à tous ses maux. « Il ne pleurera plus, ne gé- « mira plus de ses douleurs, tout cela est passé. » Neque « luciuSy neque clamorf neque dolor erit ultraj quia prima « abierunt. Or f combien rapide, combien vaine etin- « différente est la durée de ce qui a passé sans laisser

« de traces ! Comme il ne reste rien, qu'un peu de cen- K dres, là où un feu dévorant a passé; de même, quand « la mort a tout détruit, il ne reste rien de nos dou- « leurs, de nos tourments, de notre misère. Voyez donc « maintenant comme Tinégalité a disparu, et quelle « parfaite égalité a été mise entre le pauvre et le riche ; « car, dans la mort, le riche n'a rien de plus que le « pauvre : la mort enlève toutes les différences des « conditions humaines. »

<^ Pourquoi donc, ô ver de terre, t'enfles-tu d'or- « gueil? Pourquoi rebutes-tu le pauvre, comme s'il a a était pas homme aussi bien que toi ? Pourquoi le « méprises-tu ? Pourquoi l'appelles-tu misérable ? Un « jour viendra, lequel vous fera tous les deux égaux. « Considère par delà ce jour l'état de l'un et de l'autre, « et vois ce qui demeure de toutes ces choses qui vous « distinguaient par le dehors. 11 est aussi nu, celui qui « est dépouillé de tout, que celui qui n'a jamais été « revêtu. L'un manque de tout aussi bien que l'autre. « Tout ce qui faisait différence s'est évanoui, ta santé, « ta force, ta beauté, tes riches habits, ta bonne chère, « ton palais de marbre , tes domestiques, tes flatteurs. K Allons dans un cimetière, approchons de ce char- « nier, et montrez-moi un peu quelle différence il y (c a entre les os d'un pauvre et ceux d'un riche, d'un

U% CL. DE LINGËNDËS.

« homme qui a toujours été saoul, et d*un autre loua jours affamé; d*un éloquent et d'un stupide; d'un « homme toujours couvert de soie, et d'un autre tou- « jours enveloppé de haillons : assurément, tu ne le « peux, et nul ne le saurait faire. Et de même que, sur « la scène d'un théâtre (ainsi parle à peu près saint « Jean-Chrysostome), les acteurs jouent des rôles di- « vers, les uns de rois, de généraux, d'empereurs, de <( philosophes, les autres de vignerons, de laboureurs, « de pauvres ouvriers; mais, à la fin du jour, après le « départ des spectateurs, lorsqu'ils ont quitté la scène « et mis bas le costume de leur rôle, ceux qui étaient « rois et empereurs redeviennent ce qu'ils sont; toute « cette dignité empruntée s'en va avec les habits dont « ils brillaient, avec la pompe qui les entourait et le « cortège qui les suivait: ainsi, vous, mon cher audi- « teur, qui êtes assis à ce grand théâtre du monde et <' regardez les spectacles qui s'y jouent, quand vous i( voyez des riches, ne vous imaginez pas que ce soient « de véritables riches : ce sont des gens vêtus en ri- « ches; ils en font seulement le personnage; car, « quand la mort sera venue et qu'on aura fermé le « théâtre, lorsque tous ces acteurs auront déposé leurs « habits de pauvres et de riches, et que tous auront été « là où ils devront être jugés après leur mort, alors on

« yetm. avec p(eh»e luimôre quels sont vraiment les « fiches ^t vrainofeirt les panvres, qndb les grands et « les fflnstres, et qnels les pelïls et les obsenrs. Et c^fei^ <( fit ce ^qiH est arrÎMé à notre ricfce de rÉvangîle : mahr- * fenant «|«re4e9oir ^st-venu, ^eirt-à-dire, ïa mort, et V qull a dii sortir de la scêue et déposer s(» rôle, par « où pourriez-vous le distinguer du pauvre? Regardez « dane les inégaUtés i^ grandes qui ^nt entre les «r frgmineis, sans e» ^fStft tronWé t cPest fine comêâie «p qui "se JB«e : attendez la*n ete fei pièce, et îlfeirtôt c ira«9 verrez que les acteurs ne cKfflSraîetft lei&inrs €es « attires que par leurs persoi)inage3, et que tous, ^ cêtnme^ rfomt qui^une même natvre, n'ont aussi a qu'uncmème condition etqii'une même «lestînêe(l*) . »

Le^^nie <F«n Bossuet tîrera'sam #o«rtenn tout autre parti de e«s idées, de cesimages. Mais ne peut-en pas dire «pf en attendant, Téloquencc dte fe cTiaite e^ re- \^p&m%e ? n*estHBep«s eie que nous prenons d'etftendte ?

Dans ces 'parcdea^ il est^vrc», Jams îes ptus expres- «hres deœs paroles, le 'Père de LingenAes ri -est que l^dio d'une des ^plns étaqfientes voix ^ l'EgBse. Bn ^«ici t'artlres, non moins digves, je croîs, d%re eMées, où 3 s'est phis librement inspiré de lui-même.

(I) C(m«<»fiim,Paris,16eri,t.tt,p.'2l5'3.

AU milieu d'un sermon Sur le pardon des ennemis, dont une grande partie roule sur le duel, après avoir patiemment exposé les raisons plus ou moins spécieuses par lesquelles le monde prétend justifier cette coutume si peu chrétienne, il ne se peut contenir plus longtemps, et, avant de répondre par une réfutation en règle, il s'écrie :

« Voilà donc, mon cher auditeur, les maximes de la « prudence humaine ! Voilà jusqu'où peut aller cette (( sagesse, de laquelle l'Âpôtre a dit : La sagesse de la (( chair est ennemie de Dieu^ car elle ri est pas soumise à la « loi de Dieu, et elle ne peut Vêtre. Telles sont les géné- « reuses raisons que l'on allègue, pour assouvir de « brutales passions, pour obéir à une ardeur de ven- « geance ! Voilà le poison dont la jeunesse se nourrit, « et qui a tellement gâté le cœur de nos gentilshommes « par toute la France, que ni les anathèmes de l'Église, « ni les édits des princes, ni la douleur des familles, « ni l'horreur des trépas, ni la rigueur des supplices « ne peuvent réprimer cette fureur. 11 faut que le sang « coule, pour venger d'imaginaires offenses, pour sou- « tenir ce qu'on appelle honneur, et qui n'est qu'une « apparence vainQ et trompeuse, un vain fantôme (( d'honneur ! Est-ce la peine, dis-le moi, d'oublier ton « salut, de souiller ta conscience? Est-ce la peine de

'< commettre, au mépris des devoirs et des engage- ^ « ments les plus saints, un crime digne de mille morts (c (on le commet toujours, au moins d'intention et de « volonté), et de te livrer toi-même à la colère de Dieu, « aux feux éternels, aux supplices qui n'auront pas de « fin? »

Pour rompre l'enchantement du préjugé et de la coutume, le prédicateur emploie un artifice qui lui est familier : il en appelle tout à coup de l'illusion présente aux lumières implacables du dernier^ our :

« Quelles seront, à la mort, tes pensées et ton espé- « rance, quand tu te verras suspendu au bord de l'a- « bîme, et qu'en frémissant, tu attendras l'arrêt du sou- « verain juge? Demande à ceux qui, dans ces crimi- « nelles rencontres, ont été frappés d'un coup mortel, « quels sentiments s'éveillent en eux à l'heure suprême. « Comme ils se repentent de cette action qu'ils ont « eue tant à coeur, et qu'ils estimaient si glorieuse ! <c Comme ils condamnent eux-mêmes ce détestable « dessein, dont ils se sont fait tant d'honneur ! Alors ils « pardonnent à ceux dont la main leur a porté le coup « fatal, eux qui, naguère, pour la plus légère offense, « pour un tort supposé, brûlaient de se venger, même « au péril de leur vie. Si se venger est d'une âme cou- « rageuse et noble, pourquoi cette faiblesse à leur der-

M ûière heure? Pourquoi ne meurent-i]s pas comme « ils ont vécu? Si la vengeance est un acte dTion- « neur et de vertu, digne des ; cœurs forts et ma- « gnanimeSy pourquoi cessent-ils d'être hommes « d'honneur et de vertu, au moment môme où ceux qui (^ Font été le moins, ont le désir de l'être ? Ah ! c'est « qu'au moment où ils ferment îes yeux à la clarté du <( soleil, ils les ouvrent à la splendeur de la vérité ; « c'est qu'ils sortent alors des illusions et des erreurs « de la vie. Alors ils ne sont guère en peine du juge- « ment des hommes, mais beaucoup de celui que u Dieu, la vérité suprême, va porter sur leurs actions. <c — Comment alors te justifieras-tu? Que diras-tu pour (i ta défense devant le trône de sa majesté redouta- « ble? 11 s'agissait, diras-tu, de mon honneur. Et Dieu « te répondra : il s'agissait aussi de mon honneur. — « J'étais offensé ! — Il te dira : tu n'as pas craint de « m'offenser ! — J'ai dû obéir aux lois du monde où je « vivais, et dont je faisais partie. — Tu devais vivre « selon les miennes. — Eh ! je n'ai fait que ce qu'ap- <( prouvent tous les hommes. — Ce qu'ils approuvent « est justement ce que je défends. — Je me suis con- « dwit en honnête homme. — Dis en mauvais cbré- « tien.... — Ta m'avak fait naître noble! — Quelle « noblesse y a-t-il à se venger, quand le deraieF des

« hommes le peut faire ? — Cette épée que ma condition « me donnait le droit de porter, ne l'avais-je donc que « pour n'en faire jamais usage ? — Non, mais ce tfé- « tait pas pour faire le gladiateur, chercher querelle à tt tout venant, venger loi-même tes injures, répandre « la terreur autour de toi : c'était pour défendre ta pa- « trie, servir ton prince, venger au besoin les offen- « ses faites à ton Dieu. Dis - moi, mon cher audi- « teur, etc. (1). >>

Comme on le voit, le Père de Lingendes était autre chose et mieux en chaire qu'un maître savant et lucide de morale chrétienne. L'émotion, une émotion sincère et communicative, venait au besoin vivifier ses enseignements, et leur prêter une nouvelle puissance. Â la vérité, môme ens'animant, il raisonne, discute encore : Sous ces formes plus vives, sous ces apostrophes, ces hardis dialogues, le logicien exact se retrouve; on le reconnaît à l'enchaînement étroit des motife, au progrès méthodique du discours. Il y a dans les pages qu'on vient de lire, du logicien orateur.

J'ai dit que le Père de Lingendes s'animait parfois jusqu'à la véhémence, en attaquant ses auditeurs sur leur asservissement aux vanités de la vie et leur im-

(4) Cqncionum^ t. I, p. 303 etsuiv.

prévoyant oubli de la mort et du jugement. Ce qu'il peut oser dans ces chrétiennes objurgations, quel caractère de sainte violence et de religieuse terreur y prend parfois et volontiers sa parole, on le verra par le passage suivant, dont l'énergie m'a vivement frappé, je l'avoue, et où j'ai cru sentir une réelle éloquence, malgré la vérité trop peu voilée de certains détails, et le développement excessif et scabreux de certains contrastes :

« Je n'ajoute plus qu'une seule chose, » dit-il

à la fin d'un sermon In profanationem temphrum, où il a tonné contre celle jeunesse mondaine des deux sexes, qui ose profaner la maison de Dieu par le luxe de ses ajustements et la licence de ses regards; « je n'ajoute « plus qu'une seule chose : quoique les deux sexes « aient l'un et l'autre à répondre de cette irrévérence « sacrilège, cependant il faut reconnaître que le Pro- « phète, au passage déjà cité, nomme particulièrement « les femmes. Et ecce ibi mulieres sedebant plangentes « Adonidem (1). J'avoue que ce siècle est rempli « d'hommes impudiques; j'avoue qu'il y a quantité de « femmes fort vertueuses et fort chastes; néanmoins

(1) Ezéchiel, c.viii, v. 6-45 : vision du Temple profané. Ce que dit le Prophète en cet endroit par rapport à l'ancien Temple, est appliqué par l'orateur au nouveau.

« je ne puis nier que les femmes ne soient la principale « cause de cette abomination dont nous parlons. Et « ecce ibi mulieres sedebanty dit le Prophète. Pourquoi « les voit-on rester assises à l'église si longtemps, « oisives, inoccupées, sans prière, sans oraison, sans <( dévotion? Non, certes, ce n'est pas pour prier « qu'elfes demeurent : disons vrai , c'est pour voir et « être vues. Propter ipsum conventum et mutuum videre « CLC videri omnes pompœ in publicum conferuntur (Tertul- « lien). Pourquoi viennent-elles dans ce saint lieu pa- <t rées et ajustées de manière à tourner sur elles tous « les regards; sein dévoilé, épaules nues, bras décou- « verts, toutl'équipage de la luxure, le visage coloré de « fard, les cheveux frisés et poudrés (1) ? De tous côtés

(1 ) Capilli cincinnis et peregrino pulvere ornatL — L'usage de la poudre dans les cheveux avait commencé à la fin du xvi<* siècle. V, une sortie burlesque du prédicateur Valladier contre cette mode, Métanéalogie sacrée^ Rouen, 4 628, p. 1 4. Valladier nous apprend qu'on employait surtout la poudre de Chypre et de Florence : voilà l'explication desmoUperegrino pulvere.— La mode depuis longtemps adoptée par les femmes, et surtout par celles de la Cour, d'assister en grande toilette et en robe décolletée aux offices et au sermon, résistait à toutes les attaques, souvent très-vives, des prédicateurs. Bossuet, en s'en plaignant, a, dans la grandeur accoutumée de son langage, quelque chose de la hardiesse un peu crue de ses devanciers : « Ces gorges et ces épaules découvertes, » dit-il, « étalent à a rimpudicité la proie à laquelle elle aspire. » Fragment d'un sermon Sur la nécessité de la pénitence ; éd. de Versailles, t. XI, p. 400.

230 CL. DE LINGENDËS.

« les regards se portent sur elies : quoi d'étonnaDt, si, « partout où elles se montrent, elle$ blessent, elles « lancent des traits qui pénètrent? Personne n*est à « couvert : les prêtres eux-mêmes, les diaeres^ le pon- « life qui officie à l'autel, ne sont pas en sûreté, pas « même les anges, si nous écoutons saint Paul, puis- « qu'il commande que les femmes se voilent et ca- « chent leur visage, à cause des anges qui assistent « aux divins mystères (à moins qu'il n'entende par là « les prêtres eux-mêmes). Voyez, Madame, voyez quel « péril et quel fléau vous êtes, avec ces ornements, •« cet appareil, ces feux dont vous embrasez les « cœurs (1). Ne rougissez-vous pas de devenir une « victime de luxure et d'impudicUé dans le même lieu « où le fils d'une Vierge très-pure est immolé pour nos « péchés (2) ?Ici même, par sa divine chair, ce grand « Sauveur nourrit les âmes pour l'immortalité, inspire « l'amour de la chasteté, éteint les ardeurs de la contt cupiscence ; et vous, le dirai-je ? avec la vôtre, vous « fascinez les yeux, vous troublez les âmes, vous exci- « tez les sens, vous attisez l'ardeur des passions. Quelle

(4 ) Je ne sais comment rendre l'énergique concisioïi du latin : Vide^ nrnlier^ vide quo periculo^ quo damno^ sic omeris^ sic incédas ^ sic incendas, ^

fâ) Te fieri impudidUœ hostiam et luxuriœ victimam.

« est, grand Dieu, celte impiété? Osez-vous bien op- « poser votre corps au corps de Jésus-Christ, votre « chair à la sienne, votre amour impudique à sa cha- « rite, vos feux aux siens ? et, tandis qtfil travaille à « sauver les âmes, prendre à tâche de les faire périr? « Voilà ce que vous faites : et vous vous persuadez « n'avoir commis que faute légère et péché véniel ! « Ah ! sachez bien que, quand vous éveillez ainsi « dans les cœurs des jeunes gens ces vœux et ces sou- « pirs dont vous faites gloire, vous pleurez proprement « la perte d'Adonis avec les femmes païennes ! »

« Que ne dit-on pasdans les églises touchant la chas- « télé et la virginité, que n'enseigne-t-on pas ! Tous « les jours les belles leçons que TApôtre en a laissées « aux fidèles, y sont hautement rappelées ; tous les <« jours la doctrine de Pierre y retentit par la bouche « des prédicateurs ; et vous , dans le même lieu, en « face de cette chaire, vous dressez une école de li- « bertinage (1), et vous faites plus de mal par votre <c présence que l'Apôtre ne fait de bien par ses leçons ! »

<( Enfin, dans cette église, car je ne veux rien « taire de ce qui vous peut ouvrir les yeux sur votre « folie, oubliez-vous que vous foulez aux pieds les

(4) Scholamlibidinis excitas.

« cendres de beaucoup de personnes, qui jadis ont « été, comme vous, belles, délicates, adorées? Et « maintenant, elles gisent ici, en proie à la corruption « et aux vers, et bien haut vous avertissent que vous- « même, un jour, cadavre hideux, dont l'œil même « dès proches se détourne, et qu'on a hâte d'ense- « velir, vous viendrez ici reposer en leur compagnie. « Si une telle pensée vous laisse insensible, je ne sais « pas, non, je ne sais pas ce qui peut enfin vous tou- « cher (1). »

Ces citations montrent assez que, dans la guerre qu'il fait aux passions et aux vices, le Père de Lingendes attaque volontiers de front. 11 n'enlève pas un à un, d'une main délicate, les voiles dont s'enveloppe la conscience des pécheurs : il les arrache d'un geste prompt et hardi, et ne s'inquiète pas de choquer d'abord les âmes par son austère franchise, pourvu qu'il • les domine et les dompte par la force des vérités qu'il leur fait entendre. L'art patient et souple des insinuations, cette habileté prudente et un peu timide, qui multiplie les précautions et les détours, ne sont point à son usage. Quant à cette habileté d'un autre genre, qui, sous prétexte d'indulgence pratique, transige ou

(4) Concionum^ t. II, p. 64 4 .

gauchit sur la loi morale, et, afin 'de conquérir plus d'âmes, met en quelque sorte l'Évangile à meilleur marché, on n'en trouvera pas chez lui la plus légère trace. Par le fond de sa doctrine, comme par la forme de ses leçons, il est à cent lieues de ces maîtres subtils et accommodants, qu^une malheureuse et inhumaine complaisance^ dit Bossuet, portait à mettre des coussins sous les coudes des pécheurs (1). S'il est de la même compagnie qu'Escobar et Sanchez, il n'est pas du tout de la même école. Certes, ce n'est pas un chemin de velours que celui qu'il nous ouvre pour aller au ciel (2). Un célèbre Jésuite nous peint ainsi l'effet que produisait sur les auditeurs le genre d'éloquence et d'action propre au Père de Lingendes : « Rien ne parloit tant « à son avantage,» dit le Père Rapin, « que le silence « de l'assemblée, quand il avoit achevé son sermon. « On voyoit ses auditeurs se lever de leurs chaises, « le visage pâle, les yeux baissés, et sortir tout émus « et pensifs de l'église, sans dire un seul mot ; surtout « dans les matières touchantes, et quand il avoit trouvé

(4) Onûson funèbre de Nicolas Cérnet.

(2) Veut-on monter sur les célestes tours.

Chemin pierreux est grande rêverie ; Escobar sait un chemin de velours.

LÀ FoNTAiNB, ballade VI, 166i.

« lieu de faire le terrible, ce quil faisait fort sauvent, « persuadé qu'il étoit de cette réflexion de ce grand « maître de Fart : NcUuraJdter plus valet apud plurimos « malorum timar quçim spes banarum (1). »

A ceux qui auraient été tentés de le trouver trop menaçant en chaire, et trop sombre, le Père de Lingendes répondait avec une remarquable simplicité et vigueur de bon sens et de dialectique : « Mes très»- « chers (fin d'un sermon Sur la damnation des pécheurs et les peines de Vautre vie), vous ne devez pas « me trouver trop dur ni trop fâcheux, parce que je « vous annonce ces choses dures et terribles. En effet, « 1** je ne les fais pas telles moi-même, en les disant et « en les annonçant; mais elles sont réellement et sim- « plement telles de leur nature : 2^ ces choses seront, « non parce que je vous les annonce, mais parce « qu'elles sont déjà, ou arriveront inévitablement : si « je me tais, elles ne viendront pas moins, et viendront « d'autantplus terribles, qu'on ne les aura pas prévues ; <( et on ne les prévoit pas, quand on ne les entend pas, <^ et que personne n'en parle. Mon but est justement de « faire que vous craigniez ces choses, afin qu'un jour « vous ne les sentiez pas. Les craindre est grandement

(1) Rëfleadons sur Véloquence^ Paris, 4672, ch. xxxvi. L'auteur latin cité dans ce passage est ûuintilien ; Inst, orat, III, viii, 40.

« utile; les sentir estintolérable: apparemment, ceux « qui ne veulent pas les craindre, veulent les sentir un « jour, et en faire l'expérience. »

« Mais, disent quelques-uns, de. telles prédications « excitent une crainte trop forte, et c'est plus qu'on ne « peut supporter. Que parlez-vous de crainte trop forte ? « Est-il possible de trop craindre des maux qui passent « tout ce que notre imagination et nos sens peuvent « concevoir? Et comment osez-vous dire que cette « crainte ne se peut supporter, puis qu'elle n'a en- « core produit en vous aucun mouvement salutaire, « et ne vous a point fait changer de vie? Si vous l'avez « en effet éprouvée autant que vous le dites, comment, « je vous prie, se peut-il faire que rien encore en vous « ne soit changé? Un jour, le prophète Jonas, prêchant « dans la ville de Ninive, s'écriait : « Encore quarante « jours, et Ninive sera détruite ! » Adhuc quadraginta « dieSf et Ninive subvertetur. Le peuple trembla, le roi « fut effrayé : aussi quel changement on vit bientôt « dans les mœurs de l'un et de l'autre (1) ! »

Ce n'est là, si l'on veut, qu'un canevas, une simple esquisse d'argumentation : mais, dans cette ébauche, ne sent-on pas quelque chose de cette logique serrée

(4) Concionum^ 1. 1, p. 548.

et rapide, et de celte chaleur contenue de raison, qui font les dialecticiens de la tribune et de la chaire? L'œuvre du Père de Lingendes est remplie de ces discussions en forme d'apostrophe pu de dialogue, où chacune des objections ou des excuses des pécheurs appelle une réponse brève et péremptoire, et dont l'irrésistible stratégie fait tomber en peu d'instants l'édifice de sophismes élevé par la passion ou la fausse conscience. Une espèce d'ironie grave, qui est l'enjouement de la raison sûre d'elle-même, anime parfois ces sortes de leçons, comme dans le passage suivant, qu'en raison de sa brièveté, je demande la permission de citer en latin :

Quid a te sperare possum^ mi auditor, in tanta tucB salutis negligentia (fin d'un sermon sur la préparation à la mort)? Quidhactenus fecisti, ut te ad tantum opus comparares? An putas rem non esse tanti^ ut hoc curare debeas ? Sed cum mortem dico, œternitatem loquor. Cogita' hic agi de tota vita tua, de tot'o te, de tuis totis rébus, de œterna felicitate aut miseria, decœlo aut deinferno. Pudeat te in aliis rébus adeo esse sollicitum, in isto negotio tam esse desidem. Tu unum aut alterum diem in anno tibi denegas, qui tôt dies aliis vel hominibus vel rébus tam liber aliter donas? QuantuT)} temporis donas corpori? Çur tam parum denegas animœ? Quantum impendis huic vitœ

et ejus negotiis? Cur tamexiguam partent et tibimortuo et tuœ œternitati negas ? Tarn multi hoc unum semper cogitant ; cur tu non aliquando ? Anid ad te non spectat? Sed te aliquando mon oportet^ et citius quamputas. At tibinon décrit tempus. Itane? At incertus es, et occupaberis^ si te et nos Christus non fefellit. An res est facilis bene mori? Sed vix tota vita addisci potest. At si semel male^ alias bene fiet ? Sed semel tantum morimur. Statulum est omnibus hominibus semel mori : post hoc autem judicium. Non licet hac in re bis peccare. Quod cum ita se habeat, pertinet ad prudentiam christianam de re tanta^ in qua rerum omnium nostrarum cardo vertitur, sic disponercj ut semper extra periculum vivamus (1).

A quelque dislance qu'il reste placé du grand sermonnaire qui sortit après lui de la même compagnie, le Père de Lingendes a cependant le mérite d'avoir senti avant Bourdaloue ce que peut dans la chaire la raison prêtant ses armes à la science et à la charité du prêtre. Sans le traiter avec trop de complaisance, il est

(1) Concio prima de prœparatione ad mortem^ t. III, p. 367. — J'indiquerai encore comme dignes de figurer dans un choix de passages traduits de Lingendes, les pages 96, 436, 437, 446, 447, 466 (Quis tibi tune erit sensus^ etc.), 500, 504, du t. I. — t. Il, p. 469 Quid enim illis pronuntiem^ etc.), 333, 398. — T. III, p. 84 [Ex animi incredibili perplexitate^ etc.), 4 47, 349, 385, 5! 4 {Cum necesse sitprius nos^ etc.), 634.

238 CL. DE LINGENDËS.

permis de voir en lui un devancier de la morale austère, de la méthode exacte et de Téloquente logique de Bourdaloue.

Au moins en croirons-nous sur ce point Bourdaloue lui-même. Apparemment Bourdaloue a jugé que le Père de Lingendes avait su trouver le bon chemin» et y marcher avant lui, puisqu'il n'a pas dédaigné de faire une étude particulière de ses sermons, de s'en inspirer quelquefois, d'en emprunter même quelques traits. Oui, le Père de Lingendes a l'honneur d'avoir été qùût suite comme un guide utile, et, quelquefois même, imité par Bourdaloue. L'étude comparée des textes m'a fait découvrir chez le vieux serroonnaire oublié la première pensée, ou même la première forme, un peu rude et inculte, de passages éloquents qu'on admire chez son immortel successeur.

Dans le beau sermon Sur la cérémonie des cendres^ après avoir dit que ces cendres qu'on nous met sur la tête, ont quelque chose de plus touchant que txms les raisonnements du monde pour humilier nos cœurs, Bourdaloue poursuit en ces termes :

« Elles nous apprennent, en effet, ce que nous vqu- « drionspeut-êtrenepas savoir, et ce que nous tâchons « tous les jours d'oublier : elles nous apprennent que « toutes ces grandeurs dont le monde se glorijBe, et

« dont l'orgueil des hommes se repaît; que cette nais- « sance dont on se pique, que ce crédit dont on se « vante, que ces biens dont on s'applaudit, que ces « dignités et ces charges dont on se prévaut, que cette V beauté, cette valeur, cette réputation dont on est « idolâtre, que tout cela, malgré nos préventions et « nos erreurs, n'est que vanité et que mensonge. Car, « que je m'approche du tombeau d'un grand de la « terre, et que j'en examine l'épitaphe : je n'y vois « qu'éloges, que titres spécieux, que qualités avanta- « geuses, qu'emplois honorables; tout ce qu'il a jamais « été et tout ce qu'il a jamais fait y est étalé en termes « pompeux et magnifiques. Voilà ce qui paraît au-de- « hors. Mais qu'on me fasse l'ouverture de ce tombeau, « et qu'il me soit permis de voir ce qull renferme : je <c n'y vois qu'un cadavre hideux, qu'un tas d'osse- « ments infects et desséchés, qu'un peu de cendres, « qui semblent encore se ranimer pour me dire à « moi-même : Mémento, homo, quia pulvis es, et in pul- <( verem reverteris{l). »

Lingendes avait saisi avec force le même contraste dans une page latine, qui est à Téloquent morceau qu'on vient de Kre, ce qu'est Tébauche vigou-

(1) Œuvres, Paris, 182Ï, Méquignon aîné, t. Il, p. 62.

Digitizi

reuse au tableau achevé. Bourdaloue a repris Tébauche et en a fait une œuvre de maître. Je cite, d'après le texte d une savante et substantielle instruction De cœremonia cinerum : le passage débute un peu scolastiquement, mais prend bientôt après accent d'orateur :

Nulla re alia melius rerum omnium amissio denotatur^ quam reductione rerum omnium in cinerem. Quemadm^dum enim, quamdiu res existunt^ spes semper subest cas recuperandi^ sed ubi semel in cineres redactœ sunt et consumptœ, irreparabilis est jactura : ita nulla re melius exprimitur rerum omnium amissio, quam si dicas hominem redigendum esse in cinerem, secundum illud Jobi : Homo cum mortuus fuerit, nudatus atque consumptus, ubi quaeso est? Rem vis experientia cognoscere? Adi mortuo rum sepulcra.Adiisti? Hicsiste, viator, atque in marmore lege gloriœ titulos et magna nomina ; uno sepulcro condita dicuntur virtus, honor, dignitas, nobilitas, scientia^ robur^ divitiœ, pulchritudo^ favor et amor om>nium : jam sepulchrum , quanta cura poteSy excute : quid cernis?pulverem, cinerem, nihilum. Jam quis locUrS nobilitatis^ quis honoris^ quis dignitatis? QucerCf si poteSy illam oris ventÀStatem; ostende geminum oculorum lumen^ illud os purpureum^ hanc disertam linguam^ etc. Et propter hune finem tibi cineres injiciuntur, ut intelligas in quid aliquandosis redigendus^ utf

cum le moriturum expectas^ intelUgas quid sis aliquando futurus (1).

Bourdaloue s'armant plus loin de la funèbre et sublime parole contre un autre ennemi non moins redoutable que l'orgueil, contre Tesprit de mollesse, l'amour immodéré du corps, s'écrie :

« Fut-il jamais un aveuglement plus déplorable

« que d'idolâtrer un corps qui n'est que poussière et <K corruption; un corps destiné à servir de pâture aux « vers, et qui bientôt sera, dans le tombeau, Thorreur « de toute la nature? Or, voilà le terme de tous les « plaisirs des sens ; c'est là que se réduisent toutes ces « grâces extérieures de beauté, de santé, de teint, « d'embonpoint, qui nous font négliger les précieuses « grâces du salut : c'est là qu'elles vont aboutir : à un « corps qui commence déjà à se détruire, et qui, après « un certain nombre de jours, ne sera plus qu'un « affreux cadavre dont on ne pourra pas même sup- « porter la vue (2)! »

Si enhardi que fût Bourdaloue par son propre génie à froisser par de telles vérités les oreilles mondaines, il ne lui avait pas été inutile de lire dans le Père de

; (4 ) Concio prima de cœremonia cinerum^ 1. 1, p. 99.

(2) Œuvres^ t. Il, p. 86, deuxième sermon pour le mercredi des Cendres, II® point.

2t42 CL. DE LINGENDES.

Lingendes, à côté du passage qui vient d'être cité, cette vive apostrophe à l'homme charnel :

Nihil profecto magis mortales commovere 'solet ad pœnitentiam qaam mortis consideratio et vitœ breoUas. Quid enim corpus et camem ecvimimus, quce^brevi in putredinem corrumpenda sunt et in pulverem dissolvenda? Quid ad saginam vivis^ utmortem abundantiu^ pa^cas, ut vermibus convivium pares, ut majus et morti et sepulcro trophœum instruas ? Times pallorem, mox erit unicus itte tuus color : vereris maciem^ hie erit habitus corporis tui : vis oculis placercy mox eosdem tuo cadavere offensurus. Adi corpora mortuoruniy etiam pulcherrima^ quam fœda et horrenda! Times camem delicatam divexare : vide cujussit œstimationis, etc. (1).

<( Ah ! mes chers auditeurs, » continue Bourdaloue, « quelle indignité, qu'une âme chrétienne, capable de « posséder Dieu, s'^attache à un sujet si méprisable! <c Vous surtout^Mesdames, à qui je parle, et qui avez de « la piété; ne devez-vous pas gémir pour ces person- « nés de votre sexe qui semblent n'être sur la terre ^( que pour servir leur corps? Combien en voit-on « dans le christianisme uniquement appliquées à le parer, « à le nourrir, à rembellir, à le plâtrer? Combien en fe-

(4) Concionumin quadragesimam^ t. I, p. 153.

a. DE LINGENDES. . 243

« roient, s'il étoit possible, l'idole du monde» et en « font, sans y penser, une victime de Tenfer! Puistt que ce corps est quelque chose de si vil et de si « abject, tf esl-oû pas bien plus sensé de le mépriser, « de le dompter, de Fassujetir, et de lui faire porter le « joug de la pénitence ? Pour peu que nous consultions « et la raison et la foi, ne doit- on pas rougir de se « rendre si attentif à étudier ses goûts, de s'asservir à « ses appétits, et de lui donner honteusement tout ce « qu'il demande, et souvent plus qu'il ne demande? » Et bientôt après, comme preuve de ce que peut l'image présente de la mort pour détacher l'âme des illusions de la vie, il rappelle }a conversion d'un grand Saint achevée par ce terrible et éloquent spectacle. « Il n'en « fallut pas davantage à un François de Borgia pour « le déterminer à quitter le monde* La vue du ca- <( davre d'une reine et d'une impératrice, etc. »

Avec une énergie dontBourdaloue s'est inspiré, tout en l'adoucissant, le Père de Lingendes avait dit, au terme d'une impitoyable et, il faut le dire, excessive analyse de la décomposition du corps humain abandonné de son hôte immortel :

.... Bic finis est omnis pulchritudinis^ hic amorum exitus^ hoc libidinis casnum. Pudeat homines chrisHanos, oh rem adeo abominandam^ pulchritudinem œternam deserere ! Vidit

Frandscus Borgia inchoatam cadaveris reginœ putrefactio- • nem^ quanquam corpus esset multo odore conspersum etaromatihus condiium; et ita exhorruity ut decreverit rébus omnibus humanis nuntium remittere. Quid^ si peractam vidisset putredinem ? Quid, si peractum sepulcri mysterium? Pudeat mulieres christianas corpus, tantae fœdilati reservatum, sic amare, sic ornare, sic colère, sic nulrire. Elc. (1).

Tantôt, comme dans les passages que je viens de confronter avec le texte latin de Lingendes, c'est l'image ou le mouvement, c'est le langage même qui trahit pour nous l'imitation, ou tout au moins le souvenir : tantôt les idées seules se ressemblent : mais ces ressemblances de fond sont telles parfois, qu'on ne peut raisonnablement y voir la rencontre fortuite de deux auteurs travaillant séparément sur la même matière. Ainsi, dans ce même sermon de Bourdaloue sur la cérémonie des Cendres, dans le premier point surtout, le sujet est expliqué*comme chez le Père de Lingendes; la démonstration roule sur les mêmes arguments, les mêmes preuves, et suit une progression analogue. Enfin, certaines citations, certains exemples, dont l'usage n'est pas banal dans la chaire, se retrouvent les mêmes des deux parts. Le hasard, à coup sûr, n'a pu

(4) Concio prima de verbo^ Veni et vide, t. III, p. 73.

faire que les deux orateurs allèguent le même mot de Grégoire de Nysse, empruntent le même exemple au cardinal Pierre Damien ; que l'un et l'autre appliquent très-ingénieusement à l'homme convaincu dans ce jour de n'être que terre et poussière, le cri redoutable du Prophète : Terra, terra^ audi vocem Domini (ce texte a fourni à Bourdaloue un très-beau mouvement); qu'enfin, en faisant l'un et l'autre à grands traits l'histoire de ce sentiment qui pousse l'homme à évoquer, jusqu'au milieu de ses joies et de ses triomphes, le souvenir et l'image de son néant, ils empruntent les mêmes faits, les mêmes particularités aux annales profanes ou sacrées (1). Bourdaloue répète même une citation profane, que son devancier s'était permise, et qu'il aurait peut-être mieux valu lui laisser (2).

(1 ) Par exemple, l'offrande que faisaient les Grecs Byzantins d'un vase plein d'ossements à leurs empereurs après la cérémonie du couronnement ; l'usage romain de faire marcher derrière le char de triomphe un héraut criant au vainqueur qu'il est homme et sujet à la mort ; le soin que prenait le grand prêtre des Juifs de répandre sur sa tête un vase de cendres, avant de pénétrer dans le sanctuaire aux jours de fête ; ce rite symbolique de la consécration des papes, qui consiste à brûler sous leurs yeux quelques étoupes, etc. Ce que Lingendes raconte du cercueil portatif de Maximilien 1*' et de Charles-Quint, et de la tête de mort de Philippe II, reparaît dans Bourdaloue sous forme d'allusion. F. t. Il, p. 70, 74 : Lingendes, t, I, p. 90 et 134.

(2) « Malgré les vastes desseins que forme l'ambitieux...., la mort, « par une triste destinée, le borner» bientôt à six pieds de terre,

En mettant de même en regard les sermons des deux orateurs sur la Mort» sur le Jugement dernier» sur rÉternitê malheureuse, sur le Pardon des kijures, j'ai reconnli chez Bourdaloue d'autres emprunts non moins évidents. La place me manque pour de nouvelles citations, et je me contente de renvoyer les lecteurs burieux aux textes mêmes (1). Ai-}e besoin, d^aîlleurs, de faire remarquer que la gloire de Bourdaloue n'^t pas le moins du monde intéressée dans cette enquête! Que le grand orateur ait retenu quelques mots d'un homme de talent, son prédécesseur; qu'il ait été prendre, ainsi qu'ont pu le faire beaucoup d'autres, des

« c^est trop, à une poignée de cendres.... Ecce vix totam HerciUes a implevit urnam. Quel changement, disoit xxa sage, quoiipie moir « dain, en voyant l'urne sépulcrale oùjétoient les cendres d'Hercule; <( cet Hercule, ce héros, est ici ramassé tout entier l etc. (pw 65). » Ce souvenir d'Hercule, que Lingendes avait évoqué le prenûer(Cûndo tertia de çinmhus^ 1. 1, p. \ 34), ne sexnble pas fort à sa place en un tel lieu. Notez que Bourdaloue^ copiant 1a citatioa sur k \fix\» de lingeudes^ovi elle figure sans nom d'aut^sur, prête ou semble ]ffêter & UA sage, à qui Ton aurait présenté les ccodros d'Hercule» ce. que Sénèque le Tragique fait dire à Alcmèue, la mère du héros,» «u v«is 4757 de XBereuLes, QEUsus.

{{) F. Uogendcjs, t. U p. 96; Bourdalouet Paris., Méquiguau altté, 4 ass^ t. UI, p. i45.U&gendes, 1. 1, p. 249 ; Bourdaloue» t* VU, p. 340 et 344. Lingendes, 1. 1, p. &44; Bourdaloue,. U VU, p. %^% Lingendes, 1. 1, p. 531 ; Bourdaloue, t. II, p. 263.tLiQgendes, t. Ill, p« 246 et suiv.; Bourdaloue, U VU, p« U8 etsuiv^ l4ngeQd^,t II, p. 469 ; Bourdaloue^ t. lU, p« 76^

thèmes et des cadres dans un bon livre, à demi scolastique, disposé à l'avance comme une sorte de répertoire pour les prédicateurs, à vrai dire, il n'impprte guère, et il n'y a certes pas, dans la révélation de ce fait, de quoi émouvoir la susceptibilité de ses plus fervents admirateurs. Voici ce que je tiens le plus à conclure, à l'honneur du Père de Lingendes, de ces coufrontations et de ces rapprochements. Son œuvre a été connue de Bourdaloue, et a obtenu de lui attention et estime. En présence de ce consciencieux et vigoureux logicien, de cet intègre et rude censeur des mœurs, Bourdaloue a dû sentir croître et s'affermir son goût naturel pour l'éloquence de preuves et pour la morale franche et austère. Tel a été surtout pour lui l'intérêt et le profit de cette étude, et je ne réclame pas pour le Père de Lingendes d'autre gloire.

Sur un autre Lingendes, évéque, qui dans le même temps se fit un nom pat ses prédications, et que les Rhétoriques du xvir siècle comptent aussi parmi les introducteurs d'une meilleure méthode, un mot suffirait, si l'auteur du Siècle de Louis XIV n'avait étourdiment exagéré le mérite de cet orateur, au point de faire de lui le réformateur par excellence avant Bossuet, et comme le Malherbe de la chaire. Après avoir brièvement rappelé où en étaient, au commence-

ment du siècle, la chaire, elle barreau,VoUaire iajoule : « Jean de Lingendes, évêque de Mâcon, aujourd'hui « inconnu, parce qu'il ne fit point imprimer ses ouvra- « ges, fut le premier orateur qui parla dans le grand goût; « ses sermons et ses oraisons funèbres, quoique mêlés « encore de la rouille de son temps, furent le modèle des « orateurs qui l'imitèrent et le surpassèrent (1). »

Parla le premier dans le grand goût! Personne, pas même Claude de Lingendes, dont j'ai pu noter quelques traits heureux, n'a eu cet honneur avant Bossuet : personne n'a fait avant lui ce pas décisif et glorieux. Le grand goût suppose des dons supérieurs et un art que nul, en ce genre d'éloquence, ne possédait encore. De tous ces honorables précurseurs, Bourgoing. Le Jeune, Claude de Lingendes, Jean de Lingendes, etc., il n'en est aucun dont on puisse dire, Il vint enfin! Malherbe prédicateur a manqué : mais dans tous ces hommes de sens et de talent, utiles ouvriers d'une réforme depuis longtemps attendue, la chaire, s'il est permis de le dire, a eu comme la mon- Tiaie d'un Malherbe.

^ Voltaire ajoute, en manière de preuve : « L'oraison « funèbre de Charles-Emmanuel, duc de Savoie, sur-

(1) Siècle de Louis XIV ^ ch. xxii, Des Beaux-Arts.

« nommé le Grand dans son pays, prononcée parLin- « gendes en 1630, était pleine de si grands traits dHèlo- « quencey que Fléchier, longtemps après, en prit « Vexorde tout entier^ aussi bien que le texte, e\ plusieurs « passages considérables ^ pour en orner sa fameuse orai- « son funèbre du vicomte de Turenne. »

Le texte, Texorde tout entier et des passages considérables ! Si Fléchier, en effet, a pris tout cela, voilà sa probité littéraire fort compromise, et la valeur originale de son oeuvre fort diminuée! Heureusement pour lui, cet éloge funèbre du duc de Savoie est parvenu jusqu'à nous, et la comparaison que chacun peut faire des deux ouvrages, au lieu de conflrmer l'assertion de Voltaire, la dément de la manière la plus formelle. Le texte choisi par le panégyriste de Viclor-Amédée (1) est tout autre : l'exorde n'a rien de commun avec celui de Fléchier; et ces parties considérables enlevées à Lingendes, se réduisent à trois courts passages de quelques lignes, auxquels Fléchier a fait l'honneur de

(4) Et non de Charles-Emmanuel. Celui-ci étant mort brouillé avec la France, son éloge public ne pouvait être prononcé à Paris. Voltaire se trompe également sur la date du panégyrique. La cérémonie funèbre en Thonneur de Victor-Amédée, mort généralissime des troupes françaises en Italie, eut lieu le 29 octobre 4637. Le cardinal Maury a relevé le premier ces erreurs de Voltaire [Essai sur V éloquence de la chaire^ t. I, note n<* 3).

les reproduire avec quelques retouches, mais qu'un écrivain moins curieux que lui de la pompe oratoire du langage et des petits artifices de diction, eût à peine remarqués (1). Rien, absolument rien dans ce panégyrique ne méritait d'être imité ou dérobé : ce qui y manque surtout, c'est l'éloquence, ce sont ces grands traits que Voltaire affirme y avoir trouvés en si grand nombre. La langue même y est très-imparfaite encore. L'auteur, élève laborieux, mais encore novice, de

(1) Voici, je ne dirai pas le plus saillant, mais le moins insignifiant de ces passages. J. de Lingendes avait dit : « Puissances adversaires « et ennemies de la France, vous vivez, et Tesprit de charité du « christianisme, qui m'interdit de faire aucuns souhaits pour votre a mort, m'en donne ou me permet d'en concevoir beaucoup pour la « correction de vos crimes et de vos injustices. Mais vous vivez, et « cependant je plains en cette chaire la mort d'un prince, de qui les « mœurs et la piété paraissoient mériter le ciel plus doux et plus face vorable, et une vie plus longue et plus étendue. » Fléchier emprunte l'apostrophe, et cette harmonieuse et vide clausula de la dernière phrase, et refait ainsi le passage, en y ajoutant de son crûuzKe antithèse de larmes et de feux, aussi banale que puérile : « Puissances « ennemies de la France, vous vivez, et l'esprit de la charité chré- « tienne m'interdit de faire aucun souhait pour votre mort. Puissiez- « vous seulement reconnoître la justice de nos armes, recevoir la « paix, que, malgré vos pertes, vous avez tant de fois refusée, et, 9 dans r abondance de vos larmes^ éteindre les feux d'une guerre que c vous ave% malheureusement allumée i A Dieu ne plaise que je porte « mes souhaits plus loin ! Les jugements de Dieu sont impénétrables. « Mais vous vivez, et je plains en cette chaire un sage et ' « capitaine, dont les intentions étoient pures, et dont la vertu i ce bloit mériter t(7ie vie plus longue et plus étendue, »

Balzac, ne tire souvent que des épreuves très-défectueuses du moule de phrases créé par le grand ouvrier de langue : il retombe malgré lui plus d'une fois dans la période vague et diffuse du xvi* siècle > L'oraison funèbre de Louis XIII, par le même, à peu près aussi dépourvue d'inspiration et d'accent, est du moins exécutée d'une main plus sûre, et atteste un certain savoirfaire d'écrivain (1%

II est plus que probable que Voltaire n'avait pas lu l'insignifiante (M)mposition qu'il nous^vante aux dépens du chef-d'œuvre deFléchier. lien parle sans doute sur lafaid'autrui, d'après des renseignements très-inexacts, auxquels on s'étonne de le voir ajouter foi si aisément. Mais, quand il s'agit de prononcer dans une question de propriété littéiraire, où la gloire d'un écrivain illustre du XVII* siècle est en jeu, il ne faut attendre de Voltaire ni étude consciencieuse, ni patiente et impartiale cri-

S(^) ^« l€ passage où le feu Roi est loué de sa contînence : Oraison funèbre de Louis XIU pur messire Jean de Lingendes^ conseiller du Roy en ^es fonseils^i évêque de Sarlat^ Paris^ 4643» p. 33. Thomas a raisQB de dire (Essai sur les éloges^ ch. xxviii}^ qu'on trouve dans ce discours « des traces heureuses de cette harmonie cherchée « par Du Perron et Coeffeteau. i» Mais il ajoute : « Enfin Balzac « k créa parmi nous. » C'est comme si Ton disait que Malherbe

Fît sentir dans les vers une jnste cadence,

après les essais dke Maynard et de Racan.

tique. Il a traité ici Fléchier comme il traite ailleurs Corneille et Lesage (1).

Voltaire n'a pas dit un seul mot de Claude de Lingendes, par oubli sans doute , car ses maîtres jésuites du collège Louis-le-Grand avaient dû plus d'une fois répéter devant lui ce nom cher à la Compagnie. Peutêtre y a-t-il dans l'éloge qu'il décerne à Lingendes, l'évéque, un vague souvenir de ce qu'il leur avait entendu dire de l'éloquent religieux. Les deux Lingendes, se seraient ainsi confondus en un seul dans cette page, qui offrirait tous les genres d'inexactitude. Pour conclure ces éclaircissements par un peu de biographie précise, disons que le Jésuite et l'évéque, nés à Moulins, le premier en 1591, le second en 1595, appartenaient à une des plus vieilles et renommées familles du Bourbonnais, qui, dans le même temps, donna à la France un poëte aimable et un habile diplomate (2). Claude

(1) V. Anecdotes littéraires sur Corneille^ par A. Viguier, inspecteur général de TUniversité, Rouen, 1 846 : Dictionnaire des écrivains français du siècle de Louis XIV, article Lesage : « Son roman de « Gil'Blas est demeuré, parce qu'il y a du naturel ; il est entière- « ment pris du roman espagnol : La vida del escudero don Marcos <i de Obrego;, »

(2) J. de Lingendes, le poëte, formé à Técole de Malherbe, fut populaire sous Henri IV et sous Richelieu par quelques Stances^ qui ont de la pureté et de la douceur. Il était oncle de Tévêque. •— Nicolas de Lingendes, frère de Tévéque, maître ordinaire de l'hôtel du Roi, eut part à la négociation du mariage de Louis XIII avec Anne d'Au-

'de Liogendes, entré dans la Société fort jeune encore (il avait, au moment de ses vœux, seize ans comme Bourdaloue), y professa d'abord pendant quelque temps la rhétorique et les belles-lettres, et bientôt s'essaya dans la chaire avec une ardeur et un succès qui révélèrent clairement à ses supérieurs la nature de][sa vocation et l'avenir de son talent. Comme Bourdaloue, dès qu'il eut mis le pied dans cette voie, il y marcha sans repos jusqu'à la fin de sa vie : il prêcha près de quarante ans (1) avec l'assiduité' la plus grande et les

triche. Loret {Muze historique^ décembre 4 657) vante cette noble maison comme étant, de plus,

En célèbres esprits féconde.

On fit pour le poëte, le religieux et Tévêque, Tépitaphe suivante :

Janus apollineas devincit carminé mentes, Dum fluit ausonium gallico ab ore melos ; •

Aller melliflua demulcet pectora lingua, Dum populo expandit mystica verba Dei ;

Tertius alterutri necquicquam cedit, et illos Divini praeit jure ministerii.

(1) 1623-1659. V, Bibliotheca scriptorum Soc, Jesu^ Rome, 1676, p. 153. Sa mort, arrivée à Paris le 12 avril 1660, est annoncée en ces termes par Loret, le gazetier :

Ce célèbre prédicateur,

Des vices grand persécuteur y

Digne d'avoir place aux légendes, *•

Qu'on nommoit le Père Lingendes,

Mercredy, nous disant adieu,

S'en alla tout droit devant Dieu,

Causant douleur presque infinie

Dans les cœurs, etc.

plus grands fruits : homme apostolique et vrai religieux, tout détaehé et tout intérieur au milieu du siècle auquel il se mêlait pour le combattre. Une Sainte, madame de Chantai, fut heureuse au lit de mort de rece* voir du Père de Lingendes les encouragements et les consolations suprêmes (1). Jean de Lingendes, qu'aucun vœu monastique n'enchaînait, et que n'animait point un zèle aussi austère^ passa une bonne partie de sa vie auprès des grands ; d'abord précepteur d'un fils naturel de Henri IV, du comte Antoine de Moret, puis attaché à la maison de Monsieur, ensuite aumônier et conseiller du roi Louis XIII, qui voulut récompenser le mérite de ses sermons par ce double titre. Nommé en 1642 à Tévêché de Sarlat, il résida beaucoup plus à la cour d'Anne d'Autriche que dans son diocèse, et peut-être y suivit trop les exemples de certains prélats brillants et mondains (2). Sa vieillesse, du moins.

(4) F. le touchant récit que fait de cette mort H. de Maupas, évoque du Puy; Vie de la vénérable mère Jeanne Françoise Fremiot^ Paris, 4644, p. 375 et suiv.

(2) 11 est bien difficile de faire la part de la médisance et de la vérité dans les caquets de Tallemant des Réaux sur le compte de Jean de Lingendes. On lit dans les Historiettes : « M. de Sarlat eust « esté plus tost évêque, s'il n'eust point esté à Monsieur. Son cou- « sin, le Père de Lingendes, un des meilleurs prédicateurs de la So- « ciété, le remit bien avec les Jésuites; il estolt brouillé avec eux ; « il le fit prescher dans leur église. Ce furent eux qui, par le moyen •

depuis sa translation au siège de Mâcon (1650), où il se fixa, et où il mourut, fut celle d'un évêque (1).

Dans ses sermons, que nous n'avons pas, il parait s'être distingué surtout par une pompe savante, par ces mêmes qualités de diction et de nombre dont son oraison funèbre de Louis XIII porte trace (2). Encore,

a de M. de Noyers, le firent évesque On en a fort mesdit avec

« une madame de Marigny, femme d'esprit, qui logeoit sur la Tour- « nelle : il y avoit un vaudeville :

Éloquente de Marigny,

Quel amoureux

Je le connoy, je l'ai yu dans la chaize (chaire).

« Il passe pour un bon courtisan, et il est toujours prest à flatter « ceux qui donnent les bénéfices. Une fois, chez madame Sainctot, « quelqu'un luy disant, «Je pense que le sermon d'hyer est le meil- « leur que vous ayez fait; » — « Le meilleur que j'aye fait, » reprit- <( il, a c'est celuy d'un tel jour; il me valut soixante pistolles. » Une « autre fois, il estoit encore chez madame Sainctot avec quatre ou « cinq prélats ou abbés ; pas un ne sçeut dire quelle feste il es- « toit. » (Ed. Monmerqùé et P. Paris, 4854, t. VII, p. 436). Le même prélat disait que « les trois livres qu'il aimoit le mieux, c'estoit la « Bible, Erasme et VAstrée. » {Ibid. t. V). Nous voyons dans les mémoires de Retz que ce fut M. de Lingendes qui le présenta, jeune abbé, à Richelieu (éd. Michaud, p. 49). Si les Historiettes n'ont pas menti, l'introducteur était bien choisi, et digne de celui qu'il présentait.

(4) GaUia christiana^ Ecclesia maiisconênsis^ t. IV, p. 1403.

(2!) F. le P. Houdry, Bibliothèque des Prédicateurs, préface, p. 43. — En tôte d'un fragment de Bossuet surla pénitence, dont Deforis a fait le premier point d'un abrégé de sermon pour le vendredi de la première semaine de carême (V. éd. de Versailles, t. XII, p. 289), on lit dans le manuscrit original (Bibl. impériale, t. II, p. 440) : M. de Sarlaty écrit, en manière de titre, de la main de Bossuet. Ce

s'il faut en croire un témoin médisant, retombait-il parfois de là dans des platitudes dignes d'un moine prêcheur. « M. de Sarlat, » dit Tallemant des Réaux, « ne sait que médiocrement ce que c'est qu'éloquence. « Il y a quelquefois beaucoup d'esprit dans ses série mons : il fait aussi quelquefois des prédications de « Cordelier. »

Voilà, autant que j'ai pu m'approcher d'eux et les distinguer, les deux Lingendes. En savons-nous assez maintenant pour deviner auquel des deux a pensé La Bruyère, lorsqu'au bout de celte curieuse et piquante énumération de tous les avantages et profits que le sot trouve à mourir , après avoir dit : « Son âme alors « pense, raisonne, infère, conclut, juge, prévoit, fait « précisément tout ce qu'elle ne faisoitpas... Je dirais « presque qu'elle rougit de son propre corps et des or- « ganes bruts et imparfaits auxquels elle s'est vue at- « tachée si longtemps..,, » il ajoute : « Elle va d'égal

fragment, d'un goût subtil et suranné (F. surtout le commentaire de ces paroles du Esalmiste : Intravit maledictio sicut oleum in ossibus ejus)^ ne serait-il autre chose qu'un résumé fait par Bossuet d'une prédication de Jean de Lingendes, à laquelle il aurait assisté en 4649 ou 4650, vers la fin de ses études de Navarre, ou au temps de ses épreuves de Sorbonne? A en juger par l'écriture, Bossuèt a dû tracer ces lignes très-jeune encore : l'écriture, en effet, ressemble beaucoup à celle de ses premières prédications, et même paraît être d'une date plus ancienne encore.

« avec les grandes âmes, avec celles qui font les bonnes « têtes ou les hommes d'esprit. L'âme A'Alain ne se « démêle plus d*avec celles du grand Condé, de Riche- « lieu, de Pascal et de Lingendesii)"} »

Tous les commentateurs, sans hésiter, ont écrit au bas de la page : Jean de Lingendes, évêque de Mâcon, célèbre orateur, etc. ; même M. Walckenaer, qui, je le crains, ne s'était renseigné sur ce prélat qu'auprès de Voltaire. N'est-il pas beaucoup plus probable que La Bruyère, qui savait l'histoire littéraire de son siècle, même celle d'avant Louis XIV, un peu mieux que Voltaire et Thomas, a entendu nommer ici celui des deux cousins qui tenait réellement la meilleure et la plus haute place dans l'estime publique, et que l'honneur de cette glorieuse mention revient à Claude de Lingendes, à celui que le père Rapin, en 1672, dans un petit traité de l'éloquence approuvé de tous les bons juges, proclamait le plus parfait prédicateur du siècle, étant mis à part les vivants, dont par délicate réserve, il ne voulait rien dire (2)*

De Pascal, il est vrai, au meilleur des deux Lingendes, quelle chute encore! On demeure étonné du rapprochement de ces deux gloires si inégales, de ces

(4) Ed. Walckenaer, De L'homme^ cxLiii.

(2) Réflexions su7* Véloqmnce, ch. xxxvi.

deux noms si disparates. Peut-être, à ces âmes de capitaine, de politique, de géomètre grand écrivain, dont le sot est devenu l'égal, le satirique a-t-il voulu, pour achever la triomphante métamorphose de cet Alain, si muet pendant sa vie, ajouter une âme d'orateur, et n*a-t-il introduit Liqgendes, après Condé, Richelieu et Pascal, que faute de mieux, parce qu'écrivant en 168S, à côté de Bossuet, de Bourdaloue et de Fénelon, à la veille des débuts de Massillon, il ne trouvait parmi les contemporains disparus aucun représentant plus accrédité de l'éloquence que le célèbre jésuite.

A côté du Père de Lingendes on a souvent placé un autre Jésuite, comme lui dévoué à la réforme de la chaire, sermonnaire très-suivi de t640 à 1660, André Castillon (1). Les prédications de ce Père ne nous offrant, dans leur forme régulière et pure, d'autre mérite que celui d'une médiocrité saine, à peine caractérisée par quelques accents d'une insinuante douceur, il suffira sans doute de le nommer ici avec honneur, comme un des meilleurs représentants et soutiens de l'art simple et des austères convenances dans cette compagnie, où, malheureusement, le bel esprit it

(1) Né en 4599, mort en 1671. Ses Sermons sur VAvent ont été imprimés en 1672. V, sur ce Père, Sotuel, Bibliotheca scriptorum Soc. Jesu^ p. 49 ; Rapin, Réflexions sur V éloquence, ciuxxxvi.

collège, compliqué de fade mysticité de couvent, avait jeté de profondes racines, et, même encore à cette heure, fleurissait et s'épanouissait dans les sermons pédanlesques et folâtres du Père Nouet (1643), dans les Peintures morales^ dévotement galantes, du Père Le Moyne (1), et dans les lusus poetici^ si bizarrement illustrés d'emblèmes, de Y Imago pfimi sœculi (1640).

(») 4643. V. entre autres pièces curieuses de ce livre, la Guirlande immortelle^ à mademoiselle d'Agénois, le Secret de la longue vie^ à madame de Leuville, et VHymne de la pudeur, à madame dç Ponlchàteau, dont Pascal a cité, en s'indignant, deux couplets.

D^ la pan de TAcadémie française dans la réforme de la chaire. — Influence de Balzac. — Académiciens prédicateurs. — Godeau, évêque el sermonnaire. — École de Balzac dans Toraison funèbre. — Réaction du vieil esprit populaire et facétieux. Dernier âge de la prédication burlesque. — Essai de sermon politique pendant la Fronde. — Retz prédicateur. — Du prix d'éloquence fondé par Balzac.

Plus d'une fois, sous le grand règne, l'Académie française, dans les hommages publics qu'elle se rendit elle-même, osa compter l'éloquence de la chaire au nombre des genres épurés par ses soins et fécondés par son influence. Dans un discours Sur Vutilite des académies prononcé en 1675, un de ses membres ne craignait pas de dire : (^ Demandez quelle est la cause « de la politesse du langage et des mœurs, et d'où vient « que la France est maintenant si remplie de science « et d'esprit : fera- 1- on à l'Académie l'honneur de lui <^ en attribuer quelque chose? Cependant, Messieurs, « il est vrai de dire que tout ce qu'il y a d'éloquence

« dans la chaire et le barreau, que toute cette pureté de <( langage qui est répandue dans les écrits des particu- « liers, celte justesse de style qui est presque universelle « dans le royaume, sont venues insensiblement des con- « férences de l'Académie (1).» Plus tardMassillon, dans son discours de réception, ménageait encore moins la modestie de l'illustre corps : après une peinture rapide, et, sur plusieurs points, fort exagérée, de l'état anarchique et confus où s'agitaient les lettres françaises avant la fondation de l'Académie, il s'écriait : « Enfin « V Académie parut : le chaos se débrouilla; la nature « étala toutes ses beautés, et tout prit une nouvelle « forme. La France ne vit plus rien qu'elle ne dût en- « vier aux meilleurs siècles de l'antiquité.... La chaire « elle-même rougit de ce comique indécent ou de ces « ornements bizarres et pompeux, dont elle s'était « jusque-là parée, et substitua l'instruction à^ne « pompe vide et déplacée, la raison aux fausses lueurs, « et l'Évangile à l'imagination. Partout le vrai prit la « place du faux. »

Le remercîment académique ne se piquait pas alors, comme on voit, d'observer en louant les degrés et les

(\) Discours deTabbé Tallemant le ieune; Histoire de V Académie française^ par Pellisson, éd. Ch. Livet, t. I, pièces justificatives, p. 398.

nuances- A coup sûr, la chaire française, pour commencera rejeter ce comi^fuc indécent, ces ornements bizarres et pompeux, dont elle s'était longtemps parée, n'attendit pas quje l'Académie vînt au monde : sa régénération fut moins étroitement liée que ne semble le croire Massillon à cet heureux perfectionnement du goût, à ce brillant essor des lettres françaises, qui suivirent, non pas d*aussi près qu'il paraît le dire, la naissance de l'Académie, et dont il rapporte peut-être un peu trop l'honneur à cette institution. Mais il est juste de reconnaître que, dans la réforme de la chaire, l'Académie eut sa part d'action et d'influence ; et il est vrai qu'elle en seconda utilement, quoique indirectement, le progrès par ses travaux.

En accomplissant ce qui était sa principale tâche, c'est-à-dire, le dernier débrouillement et la constitution de la langue, l'Académie travaillait pour l'orateur religieux au moins autant que pour l'orateur profane : car de quelles ressources de langage le premier n'a-t-il pas besoin, soit pour l'explication publique des plus «ublimes et des plus mystérieuses parties du dogme, soit pour eeUe étude analytique du cceur humain, de ses plus secrets penchants, de ses misères les plus cachées, à laquelle se livre, avec une curiosité et uae profondeur inconnues de toutes les philosophies, Fea-

LA CHAiRE ET L'ACADJÊMIE. 263

Saignement moral du christianisme? De quelle importance n'est-il pas pour celui qui a tant de ténèbres à dissiper, tant de convenances à observer, d'avoir à sa disposition une langue claire, précise et noble, instrument tout prêt pour l'expression des plus hautes ou des plus délicates vérités ? Tout ce que l'Académie tentait, avec plein effet, pour amener à ce point de perfection la langue de notre pays, n'était pas de médiocre conséquence pour la réforme immédiate, ou pour le développement à venir de la prédication. D'ailleurs l'Académie ne se mettait-elle pas elle-même de moitié dans cette réforme, par les principes élevés qu'elle professait sur l'éloquence, par les nobles idées qu'elle en donnait dans les manifestes littéraires qui signalèrent son apparition? En invitant « la valeureuse « nation française » à se porter pour héritière des Grecs et des Romains « dans Téloquence, qui est le plus « noble de tous les arte (1); » en définissant cet art, par la bouche d'un de ses plus illustres membres, « celui « qui commande à tous les autres, qui ne se contente pas « de plaire par la pureté du style H par les grâces du lan-a gage, mais qui entreprend de persuader par la force de la

(<) Projet de T Académie française; eoosidérants des lettres-patentes d'établissement : Histoire de VA'Cedémie^ par Pellisson, éd. Ch. Livet, di, i.

« doctrine et par l'abondance de la raison (1), » n'apportait-elle pas, en quelque sorte, l'appui du sens humain à cette théorie chrétienne de l'éloquence, dont la tradition, quelque temps affaiblie, reprenait force au sein de l'Église? Enfin, les efforts de l'Académie, secondés par ceux de l'hôtel de Rambouillet, pour établir dans la littérature et dans les mœurs ce qu'on appelait alors rempire des bienséances^ ne venaient-ils pas heureusement en aide au scrupule religieux, qui déjà murmurait contre la vogue usurpée des pédants ou des bouffons de la chaire (2)?

Mais on sait aussi, et il n'est pas possible d'oublier ce qui, malgré ces excellents principes et ces louables desseins, se mêla, en fait, de factice, d'outré et de faux dans la littérature académique du règne de Louis XIII

(1) Balzac. Le même a dit : « Le beau coule du bien comme de sa {• ; « source. » Lettre à Cospean, Œuvres^ Paris, 4665, t. I, p. 286.

(2) Tout se tient dans un même âge des lettres et du goût, et les genres les plus différents se développent solidairement en quelque sorte. Le théâtre lui-même, en commençant alors à offrir des mœurs plus pures, des passions plus nobles, un langage plus vrai, contribua de loin, aussi bien que l'Académie et les salons, à dégoûter le public de ces peintures de mœurs trop peu voilées ou grossièrement chargées, qui s'étalaient dans la chaire, et des farces qu'on osait y jouer. Il y eut même un jour où le théâtre, revenant, pour en tirer meilleur parti, à ces sources d'intérêt et d'émotion où puisaient jadis les auteurs de Mystères^ offrit à la chaire d'admirables modèles, nonseulement de pathétique ou sublime éloquence religieuse, mais de

et de la Régence. On sait comme ces auteurs, entre les mains desquels la langue prenait son tour et sa consistance, jaloux à Texcès de bien dire, en vinrent à se préoccuper des mots plus que des choses. L'ouvrier de langage fit tort chez eux à Técrivain ; Tarliste prévalut sur rhomme. La sévérité dans le choix des termes tourna au purisme , le souci de l'arrangement à la symétrie compassée, la recherche du nombre à la sonorité creuse : la dignité du ton devint raideur, la noblesse du style, emphase.

Ces défauts, auxquels échappaient en partie les écrits collectifs de la compagnie, grâce à un certain esprit de sagesse inhérent à l'institution, faisaient irruption dans les œuvres personnelles des académiciens auteurs, dans celles-là surtout, où, sans attendre

ce grave et lumineux langage que réclame d'ordinaire Venseignement chrétien. Quelle leçon pour les prédicateurs de ce temps que ces vers de Néarque à Polyeucte !

Il est toujours tout juste et tout bon, mais sa grâce Ne descend pas toujours avec même efficace ; Après certains moments que perdent nos longueurs, Elle quitte ces traits qui pénètrent les cœurs ; Le nôtre s'endurcit, la repousse, l'égaré :

Le bras qui la versoit en devient plus avare ; Et cette sainte ardeur qui nous portoit au bien, Tombe plus rarement ou n'opère plus rien.

Celle qui vous pressoit, etc.

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