‹ Des prédicateurs du XVIIe siècle avant Bossuet (volume 4)Chapitre 19 sur 21 · LA FRONDE · texte numérisé non relu

LA FRONDE

grand ambitieux, osa ramasser celte arme, tombée depuis plus d'un demi-siècle de la main dei^ derniers prédicateurs de la Ligue. L'éloquence frondeuse du cardinal de Retz n'avait pas seulement pour théâtre le quartier des Halles, ou la grand'chambre du Parlement, ou le salon de la duchesse de Bouillon; parfois aussi, quand la Fronde, pour frapper un coup plus hardi, ou pour réparer un échec, avait besoin d'un nouvel effort, Retz montait en chaire, et adressait à la foule accourue sur ses pas une homélie pleine d'allusions aux intérêts et aux dangers du moment, et d'exhortatioils 'factieuses à peine dissimulées, ou même osait, en vrai Cromwell de la Fronde, lancer l'anathème sur la tête de ses adversaires, et faire à ses auditeurs un devoir de conscience de l'obstination dans la révolte. « Le lundy 25 janvier 1649...*, l'apresdisnée, » dit le journal du président d'Ormesson, « Monsieur le coad- « juteur prescha à Saint-Paul, où tout Paris esloit; et « ayant parlé de la pénitence, il finit disant que celle <^ qui se présentoit se devoit souffrir patiemment, « estant pour la gloire de Dieu de ne souffrir qu'un « estranger, un Italien, eust enlevé nostre roy, mis « l'Estat lout en feu, etc. (1). » Toute une invective po-

(4) Journal du président Olivier d'Ormesson,^ publié par M. Chéruel, 1. 1, p. 642. — « U estoit fort animé contre le cardinal, contre

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litique venait ainsi couronner et démentir une leçon épiscopale d'humilité et de contrition : c'était, à la suite d'un sermon, une Mazarinade en forme de Catilinaire. Ce jour-là, il est vrai, l'approche du vainqueur de Lens avec une armée, avait presque ôté le cœur aux Parisiens assiégés.

De ces harangues populaires, où devait se déployer avec toutes ses ressources cet habile et vif esprit, rien malheureusement n'a été conservé; je dis malheureusement pour l'histoire de l'éloquence : le dommage est moins grand pour celle de la chaire.

D'Ormesson, notons-le, termine ainsi le court récit qu'on vient de lire, de la scène du 25 janvier à Saint- Paul : « Chacun, » dit-il, « parloit diversement de « cette action, les uns l'approuvant, les autres la con- « damnant (1). » Il n'entrait pas dans les passions de la Fronde assez de fanatisme, pour que de telles prédications reçussent des Parisiens de 1648 l'accueil que leurs pères avaient fait à celles des Guincestre et des

« lequel il prescha publiquement dans Saint-Paul pendant le siège. » (Extraits des Mémoires d'iaëré d'Ormesson : Discours sur la fortune du cardinal de Ret% : Chéruel, t. II, p. 684). Cf. Journal (ms.) de Dubuisson-Aubenay, à la date du 25 janvier 4 649. (BibL Mazarine.)

(1) Un autre journal du temps (ms.) dit que « la foule fut grande '< à ce sermon, et Tédification petite. » Bibliothèque impériale, 4238 a [bis], Suppl. fr. 1. 1, f>, 2Ô4.

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