INTÉRÊT B£ CETTE ÉTUDE
il était nourri, son génie et sa foi ont été i^es seules inspirations, ses seuls guides : mais, si ces humbles devanciers de Bossuet n'ont rien fourni à Bossuet luimême, ils. ont du moins réformé par leurs leçons ridée très-fausse que les contemporains, à Texemple des âges précédants, se faisaient de l'éloquence sacrée : ils ont familiarisé leurs auditeurs avec une forme d'enseignement plus naturelle, plus convenable et plus digne ; et par là ils-ont utilement travaillé pour le grand orateur; ils lui ont en quelque sorte préparé un public capable de le comprendre et tout prêt à l'admirer. Pour apprécier comme il faut le mérite de leur initiative et la valeur du service qu'ils ont rendu, îl est nécessaire de se placer d'abord au point d^où ils sont partis eux-mêmes ; il faut aller chercher dans les œuvres oubliée;5 des plus fameux sermonnaires de la fin du XVI* siècle, ou du commencement du xvii*, une idée exacte du triste genre de prédication encore en vogue à cette époque, malgré l'heureux progrès d'élégance sociale et de culture littéraire qui marque le début de l'âge nouveau : il faut voir de près où en était la chaire au temps d'un Malherbe, un demi-siècle à peine avant Bossuet, dans quelles stériles réminiscences du passé elle s'attardait, tout ce qu'elle empruntait encore de méthodes vaines, de libertés suspectes, d'ornements
étranges, au goûl grossier ou à Tart faux des temps antérieurs.
De bonne heure la parole sainte avait dégénéré de eette science profonde et de cette onction pénétrante qui avaient fait sa puissance dans les premiers siècles de rÉglise. Dès la fin du vu* siècle, aux solides et pathétiques enseignements des Ambroise, des Hilaire, avait succédé une forme d'instruction religieuse toute différente, née du savoir étroit et formaliste, du goût rude et bizarre des temps nouveaux, et Tâge de fer de Téloquence chrétienne avait commencé.
Un instant Part et le génie des Pères avaient brillé de nouveau, en partie ressuscites par le grand saint Bernard et ses plus intelligents disciples. Mais cette lumière ne s'était rallumée que pour s'évanouir aussitôt et disparaître dans de plus épaisses ténèbres.
Fénelon, esquissant, au terme d'un livre célèbre, l'histoire de la prédication depuis la décadence de la grande éloquence des Pères jusqu'à son propre temps, avoue que neuf siècles de barbarie ont pesé sur la chaire (1).
(4 ) « G. Mais combien a duré cette fausse éloquence que vous dites qui « succéda à ïa bonne? — A. Jusqu'à nous. — C. Quoi 1 jusqu'à nous ? « — A. Oui, jusqu'à nous^ et nous n'en sommes pas encore autant « sortis que nous le croyons. Vous en comprendrez bientôt la raison. « Les barbares qui inondèrent l'empire romain mirent partout l'igno-
Les croyances, cependant, durant la plus grande partie de ce long intervalle, les croyances s'étaient conservées naïves et profondes, et ni Tardeur du zèle, ni la foi vive dans Tefficacité des divins préceptes n'avaient manqué aux ministres chargés de les répandre. Mais la sincérité des convictions, la profondeur même du sentiment religieux ne suffisent pas pour élever la parole jusqu'à l'éloquence, pour lui donner dû moins une vie et une puissance durables, quand les esprits sont incultes encore, ou, ce qui ne vaut pas beaucoup mieux, chargés d'une science indigeste ou puérile, quand les mœurs sont barbares, et que le goût est barbare comme elles.
Trois défauts surtout avaient altéré, durant cette longue enfance des nations modernes, le vrai caractère de la prédication. La prédication est un enseignement, mais un enseignement affectueux, dont la régularité se doit prêter aux effusions de la charité,^et, par conséquent, aux libres mouvements de l'âme. Or celte méthode d'exposition, plus ou moins imitée d'Aristote, aux règles de laquelle la théologie et la philosophie chrétiennes s'étaient assujetties, non contente de régner dans l'école, avait passé dans les chaires, où elle
« rance et le mauvais goût, etc. » Dialogues sur Véloquence^ 1II« p. Œuvres^ Paris, Lebel, 1 823, t. XXI, p. -1 4 4.
s'appMquait indifféremment à Vexplication du dogme et aux exhortations pratiques de la morale. Le moyen âge y dans son pédantisme naïf, oubliait que raisonner, démontrer en forme, n*est pas la seule manière d'instruire, et que ce n'est pas toujours la meilleure. Epris de cet art logique, legs vénérable des temps anciens, qui le charmait par l'appareil imposant des règles et des formules, qui l'aidait aussi, il faut le dire, à conduire par degrés ses -méditations encore lentes et incertaines, il y soumettait avec un égal empressement l'enseignement destiné à tous et la science réservée à quelques-uns. On divisait et on subdivisait un sermon comme un chapitre de somme théologique. On marchait de proposition en proposition jusqu'à la conclusion, conformément à toutes les règles du sorile. Le sermon tout entier n'était qu'un syllogisme en trois points et en vingt parties. Pour les formes de raisonnement, pour le style même, Pierre Lombard, auteur d'un manuel de théologie rationnelle connu sous le nom de Livre d^ sentences, et les nombreuses sommes que les xii* et xiii* siècles virent éclore, servaient de modèles autant et beaucoup plus que les Pères grecs ou latins. En un mot, la scolastique, victorieuse de toutes parts, avait envahi l'éloquence elle-même; et, sous son souffle aride, l'éloquence s'était desséchée;
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elle avait passé en quelque sorte des formes animées du corps vivant a la triste régularité du squelette. On sait que Texplication des Ecritures, qui est la principale, et même, à le bien prendre, l'unique tâche du prédicateur, se fait de deux manières, suivant que la parole divine s'offre avec l'évidence du sens littéral, ou dans le demi-jour du sens spirituel. Ici Ton^ approfondit des enseignements déjà clairs et frappants pour tous; là on fait apfparaître des vérités plus ou moins cachées sous l'enveloppe du langage figuré. Ce dernier genre d'interprétation a des libertés, comme aussi des difficultés particulières, à cause du droit que possèdent la foi orthodoxe et la piété sincère de chercher et de montrer dans le texte saint des leçons détournées ou voilées, indépendamment des figures que l'Église a pris soin d'expliquer, et qui font partie du dogme luimême. L'écueil de cette recherche est de s'y trop plaire, et de pousser l'investigation des sens mystiques ou pieux au delà de ce que l'instruction des fidèles exige, et de ce que le texte lui-même semble demander ou permettre. Du temps même des Pères, ces limites, de l'aveu de Fénelon, n'avaient pas toujours été respectées : d'illustres maîtres avaient eux-^mèmes un peu négligé la lettre pour les allégories, et parfois montré, dans l'éclaircissement de celles-ci, plus d'esprit
et de pieuse imagination que de doctrine solide et utile (1). Mais, après les Pères, ce goût, de plus en plus régnant, s'était développé sans contrainte, presque sans autre règle que l'inspiration et le caprice de chacun. De toutes parts, dans les moindres paroles des livres saints, on voyait des intentions cachées, de secrets rapports, de mystérieux avertissements : on bâtissait sur une analogie douteuse, sur ime vague apparence d'allusion, tout un échafaudage de commentaires subtils. Les féconds et salutaires enseignements dont le texte, simplement entendu, fournissait la matière, étaient abandonnés pour ces trouvailles ingénieuses, souvent bizarres, d'une exégèse raffinée. L'Écriture, entre les mains de ces singuliers prédicateurs , était comme une espèce de chiffre, dont chaque signe contenait un sens à découvrir, une énigme à deviner. L'un d'eux rencontrait-il ces paroles de l'ange aux saintes femmes : « Jesum qiLceritis Nazarenum ? Vous cherchez Jésus de Nazareth î » il appliquait à ses auditeurs la question prise au sens moral, et leur conseillait, pour trouver Jésus, c'est-à-dire, pour lui ressembler, de se faire eux-mêmes Nazaréens : remarquant entre la loi
(I) F. Fénelon, Dialogues sur Véloquencej 111* p. Œuvres, Paris, ' Lèbel, 482ia, t. XXI, p. 417. -^ Fleury, Discours sur Vhistoire eccU-siastique^ Paris, 1743 : V® Discours.
des Nazaréens et certaiûes obligations de la vie chrétienne, de merveilleuses analogies, très-inattendues à coup sûr, retrouvant, par exemple, sous la défense faite aux Nazaréens d'entrer indifféremment chez tous les morts, le devoir imposé aux chrétiens d'éviter certains morts, c'est-à-dire les pécheurs adonnés aux œuvres de mort, qui vacant operibus mortuis^ etc., etc. (1). Un autre rappelait-il la prophétie d'Ezéchiel : Germinet terra herbam virehtemy il s'émerveillait du choix de l'image, et faisait sérieusement admirer à ses auditeurs une nouvelle convenance et comme un étonnant rapport de plus entre l'expression figurée et l'événement prophétisé ; la couleur de l'herbe, le vert, étant, disait-il, une couleur douce, moyenne, prodiguée par la nature, qui ne se plaît pas aux extrêmes, et le Messie étant le moyen terme entre l'extrême clarté de l'eS' sence divine et Tobscurité où la nature humaine est plongée (2). Pour un autre, cet objet que, dans le récit de Josué, rhumble femme de Jéricho attache à sa demeure, comme un signe de salut, pour la faire recon-
(1) Albert le Grand, Sermones de tempore^ Ûpera^ Lyon, 1654, t. XII, p. 70.
(2) Jacques de Voragine, archevêque de Gênes, [mort en 12921. Sermones qiuidragesimales^ Paris, 4548, gothique, in-4 2, Sabbato primœ hebdomadis^ sermo L
naître et respecter des vainqueurs au milieu du sac de la ville, ce cordon couleur de feu qu'elle suspend à son toit, symbolisait la charité elle-même , parce que la charité est de feu, et qu'elle est la corde qui nous tire jusqu'au port du salut éternel (1). Ainsi s'ébattait dans la chaire en mille révélations bizarres, en tours de force d'interprétation de toute espèce, le mystique et subtil génie du moyen â^e. Sans doute, il y avait dans ce travail étrange , qui nous étonne et parfois nous choque, il y avait l'involontaire élan, l'ardeur un peu visionnaire d'une foi passionnée, le pieux besoin de voir la pensée divine se refléter jusque dans les moindres parties du livre inspiré par elle, et de trouver à chaque ligne, sous chaque mot, des motifs de consolation ou d'espoir : il y avait aussi ce goût, cette manie de conceptions symboliques propre aux peuples enfants, et, tout à la fois, cette curiosité pédantesque, cette subtilité de scoliasle, qui, dans les sociétés tardivement formées et compliquées, comme celle du moyen âge, s'associent plus aisément qu'on ne croit à la crédulité des imaginations et à la naïveté des mœurs.
Par un autre contraste non moins remarquable, cette gravité d'esprit et d'habitudes, cette retenue de
0) Saint Bonaventure, Venise, 4755, t. X, p. 278; In die Pentecostesj sermo IL
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langage qu'on prête naturellement aux époques où domine la pensée religieuse, manquaient au moyen âge, ou ne s'y montraient qu'accidentellement, comme un trait de physionomie fugitif et souvent éclipsé. Avec sa foi confiante et soumise, avec sa pieuse mysticité, le génie de ce temps gardait un fond d'humeur malicieuse et libre, un vivace instinct de moquerie : dans ce monde attristé parTinquiète attente delà vie future, et docilement incliné aux pieds de l'autorité religieuse, s'agitait un esprit facétieux, railleur même, d'autant moins réservé, d'autant plus prompt à passer les limites, ou à se produire hors de propos, que ni l'instinct des convenances, ni la crainte du scandale, sentiments à peu près étrangers à une société aussi naïve et aussi rude, n'étaient là pour le refouler ou le contraindre. Cet esprit n'éclatait pas seulement dans les disputes et dans les Jeux du siècle : il trouvait place jusque dans les manifestations de la vie religieuse eUe4nême; il transformait à certains jours les cérémonies du culte en représentations divertissantes : il égayait de ses folâtres caprices la sévère architecture des cathédrales ; il se jouait dans les divers genres de littérature sacrée : de bonne heure, et bien avant les Menot et le» Maillard, de bouffonne mémoire, il avait pénétré et s'était comme installé dans la prédication.
Dès le xni* siècle, Fusage des comparaisons burles» ques, des paraboles empruntées aux plus vulgaires détails de la vie réelle, des histoires morales débitées avec la liberté #t la verve satirique du conte ou du fabliau, s'était introduit dans la chaire. Aux instructions dogmatiques les plus sèches, aux explications mystiques les plus recherchées, succédaient tout à cçup dès traits familiers, des applications populaires du goût le plus trivial, fort propres à réveiller Fauditoire, moins^ peut-être à édifier sa piété. C'était le temps où un prédicateur s'attirait l'applaudissement universel en exposant sous l'emblème d'un traitement médical décrit avec une incroyable exactitude de détails techniques, les opérations salutaires de la grâce divine au sein des âmes (1). Qui pourrait dire par quelles comparaisons im autre faisait rassortir, dans le drame san-
(4) Vincent Ferrier, JIV^ sermon pour le 47* dimanche après la Trinité. V. les trois points de la parabole qui se rapportent aux opérations du médecin per vomitum, per cemterium^ et per clystere (lii, VI et vil). Sermonum de lempore pars œstivalis^ Paris, sans date, gothique, in-42. Saint Vincent Ferrier appartient à la seconde moitié du xiv« âècle : mais ce style était en usage dès le siècle précédent. F.Dante, Paradis, ch. xxix,y. 445.— Bail, Sopi^na'a foris prœdicanSj t. Il, p. 423, Notice sur les sermons d^Odon, chancelier de TUniversité de Paris. — ^ Histoire littéraire de la France^ t. XXI, article de M» P. Paris sur un recueil de sermons manuscrits du xiii^ siècle, p. 346 et 347.
glant de la passion, la cruauté des bourreaux et les souffrances de la victime (1)? où trouver dans les chroniqueurs et les trouvères des tableaux de moeurs plus fidèles, plus hardis, plus railleurs une les revues des vices du temps crayonnées en chaire par certains prédicateurs sortis des ordres monastiques ou des plus humbles rangs du clergé (2)? C'est par les moines surtout, c'est par la milice ecclésiastique inférieure, plus voisine du peuple, animée d'un esprit plus remuant et plus libre, que s'était propagée cette familiarité audacieuse du sermon, ce mélange de sérieux et
(4) Isti pessimi Judaei fecerunt de Salvatore nostro,sicut faciunt homines de capone assato : primo depilant eum, postea ponuntin veru, et tandem perforant eum de cultello, ul probent si bene sit coctus, an non : sic fecenint isti pessimi Judsei Salvatori nostro : exspoliaverunt eum, nudum affîxerunt cruci clavis ferreis, exposuerunt fervori solis, et tandem, ut probarent eum, si bene coctus esset, lancea perforaverunt latus ejus, et tune cxivit pinguedo gratise, scilicet sanguis et aqua de latere. » Jacques de Lausanne, Sermones dominicales et festivales^ QOihiquey in-12, i523. De Passione Domini^^. xcill. L'auteur du curieux pamphlet contre les dominicains, mis à l'index en 4662, trouve la comparaison incomplète : « Euge, bone, » dit-il à l'évoque de Lausanne, « cur praetermisisti citreum, cujus succo per compressionem affuso, capo melius saperet? Poteras sane aeque acetum in mali citrei succum mutare. » De immunitate auctorum cyriacorum a censura (par Théophile Raymond, jésuite), § 84.
{%) J.Thauler, Sermones tamde tempore quamdeSanctis, Cologaey 4515, f> p. xx:^vii. — G. Barelette, Sermones tam quadragesimales quam de Sanctis. Rouen, 4515, gothique, in-4 2 , 1. 1, p. LVlir,
LXXYII ; t. II, p. XIX.
de bouffonnerie, si nouveau dans la chaire chrétienne. Souven^l ces obscurs missionnaires entraînaient sur leurs pas des foules immenses : la place manquant dans les temples, ils prenaient pour théâtre le carrefour voisin ou le cimetière ; la multitude suspendue à leurs lèvres riait, pleurait tour à tour; souvent le même sermon qui av^jit provoqué les plus vives explosions de gaîté, était suivf de scènes de repentir, de manifestations publiques de contrition et de ferveur. Sans doute, ces brusques contrastes de ton et de langage, ce mélange même de malice triviale et de terreur religieuse, de licence et 4e sévérité, donnaient prise à l'orateur sur son grossier auditoire ; et le burlesque même avait, si Ton veut, son éloquence. Cependant de! telles libertés n'en ravalaient pas moins le grave et austère génie de J'éloquence religieuse, et pouvaient passer à bon droit aux yeux des sages pour une nouveauté suspecte, un moyen d'action équivoque et compromettant. Sur le rivage d'Hippone, aux murs d'Arles ou d'Alexandrie, les Pères s'adressaient aussi à des multitudes grossières, mais ils savaient descendre jusqu'à elles sans s'abaisser à leur niveau : leur parole unissait sans effort la paternelle simplicité du pasteur et la noble réserve du pontife, la vivacité familière de l'orateur et la sainte tristesse du chrétien.
Ainsi, tout en continuant à s'inspirer de croyances énergiques et vivantes, et sans rien perdre de sa popularité, la prédication avait pourtant délaissé, au moyen âge, les plus pures et les meilleures traditions de la parole chrétienne. En se façonnant trop complaisamment à l'image des temps nouveaux; en empruntant aux écoles le vain luxe* de leurs divisions et de leurs formules; à l'érudition mystique, ses subtiles explications des textes saints; au génie satirique, à l'humeur grotesque du temps, leurs indécentes saillies, elle avait altéré sa beauté première et .restreint son rôle à une influence toute contemporaine et tout actuelle : elle s'était condamnée à ne vivre que d'une vie éphémère, et à disparaître sans laisser d'elle-même aucun monument durable. Peut-être même avait-elle sacrifié pour le présent une partie de sa puissance, et failli à l'un de ses devoirs, s'il est vrai que la tâche du prédicateur n'est pas accomplie tout entière, quand il a su réveiller le sentiment religieux dans les âmes, et qu'il lui reste encore à l'éclairer, à l'épurer et à l'ennoblir.
Sortons du moyen âge; entrons dans l'époque mémorable marquée par la renaissance des éludes classiques et par le premier développement des littératures modernes; transportons-nous à ce moment du xvi* siècle, où déjà, à l'école des plus beaux génies de
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LA CHAIRE AU XVi« SIÈCLE. 31
l'antiquité, pieusement exhumés, étudiés par tous avec ardeur, s'étaient transformés en partie les idées, le goût, les mœurs mêmes. Quel avait été sur la littérature sacrée le contre-coup de cette révolution intellectuelle? de quel nouveau caractère s'était empreint le langage de la prédication sous l'influence des nouvelles études, du goût nouveau? dans qufeUe mesure avait-elle subi cette influence, et qu'y avait-elle perdu ou gagné?
Cet enthousiasme pour l'antiquité, qui devait être si fécond dans la suite, avait eu d'abord ses excès et ses travers/Comme tout autre enthousiasme, il avait été, au début, plus vif qu'éclairé, plus généreux qu'intelligent. La grandeur merveilleuse, la beauté ravissante de ces chefs-d'œuvre tout à coup retrouvés, après tant de siècles d'oubli, avaient produit d'abord une espèce d'éblouissement, une sorte d'ivresse, qui ne laissait place ni à l'examen réfléchi, ni à l'imitation intelligente et libre. Dans la première émotion delà découverte, aisément Tesprit moderne s'était épris du passé au point de dédaigner et de perdre de vue le présent, et de méconnaître lui-même sa fécondité propre et ses ressources originales. L'admiration avait tourné à l'adoration exclusive et servile, l'étude fervente au plagiat. Au lieu de chercher surtout dans les ouvrages des anciens