LES IDOLES DANS LE TEMPLE
« ... Le fils de Dieu ayant ruiné par Tentremise de ses
(1) M.... Je ne sais quoi de divin coule 'sans cesse au travers de » leurs cœurs comme un torrent de la divinité qui s'unit à eux ; ils » voient, ils goûtent qu'ils sont heureux, et sentent qu'ils le seront » toujours, etc. » Fénelon, Télémaque^ 1. XIX.
Apostres Fidolâlrie en la terre et mis en vogue ce pre- Btiier et plus grand des commandements, Un seul Dieu tu adoreras^ nous devons avoir en recommandation ce salutaire advertissement qu'il nous donne en son Escriture : Israël y si audieris me, non erit in te deus recem : « Croyez-moi, » dit-il, «gardez-vous bien de recevoir un » Dieu nouveau. » Sainct Augustin a remarqué qu'il ne dit pas, de recevoir parmy vous, mais, en vous ; car, à la vérité, les idoles sont bannies de nos églises ; mais, dit ce grand docteur, elles ne sont pas bannies du christianisme : Movet me quod dixit, iti te; in corde tuo,.* teciim portabis Deum recentem... Non, diroit sainct Augustin, s'il estoit icy, les idoles ne sont pas bannies de nos églises ; il y en a encore souvent, es quatre coins et au milieu : les dames pimpantes, les femmes mondainement et pompeusement parées. Ce n'est pas moy qui le dis, c'est le Prophète : Filix eorum composite, circumornatœ, ut similitudo templi (Psalm. 143). Pleust à Dieu qu'on peust dire d'elles. Os habent, et non loquentiir; similes illis fiant! Pleust à Dieu qu'elles n'eussent point de paroles pour y cajoler (1), point de veue pour y regarder, et qu'on n'en eust point pour elles. Mais elles s'ajustent tout exprez, elles s'endimanchent tout exprez, elles estudient leur contenance tout exprez. J'en appelle à témoin vostre conscience : n'est-il pas vrai que, si tout le monde estoit aveugle
(1) Vieux sens. Bavarder, gazouiller, roucouler comme oiseau ea cage.
OU en ténèbres, vous n'auriez pas le soin de vous enjoliver, vous vous habilleriez et coefferiez à la négligence? N'est- il pas vray, que vous estes ravie d'estre veue,d'estre considérée, d estre admirée, d'estre prisée, c'est-à-dire, vous estes bien aise que les fidèles vous honorent ; qu'ils pensent à vous , qu'ils s'occupent de vous en ce lieu où ils ne doivent venir que pour adorer nostre Sauveur, penser à luy, s'occuper de luy. N'est-ce pas estre une idole ? N'est-ce pas mettre Dagon auprès de l'Arche? — Ingénieuse mais très meschante et diabolique lut l'invention de l'empereur Dioclétien, pour obliger tous ses sujets à adorer les idoles, 11 en avoit dressé en tous les marchés, carrefours et places publiques de la ville, n'estant permis de vendre ny acheter quoy que ce fust, sans avoir auparavant révéré et adoré l'idole. La tentation estoit grande, mais les chrestiens s'en pouvoient exempter; ils pouvoient vendre et acheter en secret, dans les maisons particulières : ceux d'à présent ne sçauroient éviter la rencontre des idoles ; ils sont obligés de venir à l'église, d'assister à la messe, à l'office ; et ils trouvent partout des femmes mondainement ajustées (1) ; elles
(1) Ce n'était pas seulement la coquetterie ou le luxe des toilettes étalées devant la chaire qui donnaient lieu à de telles sorties du missionnaire, mais aussi Thabitude où s'obstinaient beaucoup de dames de venir au sermon moins vêtues ou couvertes qu'il ne convenait, avec des façons de robes ou de guimpes plus faites pour le bal que pour l'église. V. plus haut, p. 237, n. 1. Ailleurs, mettant en scène un étranger, un infidèle, étonné de tout ce qu'il voit chez les chré-
se fourrent partout, auprès de Tautel, sur les bancs élevés, aux tribunes, au chœur des chanoines, aux cloistres des religieux : où ne les trouve-t-on pas (1)?... »