LA CHAIRE AU XVI« SIÈCLE
d'Élien, à la'géographie de Strabon, à rastronomie de Ptolémée. La pierre de jaspe, « pour ce qu'elle a la > vertu d'escarter les serpents, » servait à figurer f autorité de l'Église fatale aux hérétiques ; les sept dons du Saint-Esprit étaient représentés par les sept bouches du îïil; les vertus, par les signes du zodiaque, etc. Au contact des orateurs anciens, la langue du sermon était devenue moins rude, plus souple, plus abondante ; mais, trop jalouse de leur ressembler, elle s'étudiait aux phrases nombreuses, aux périodes cadencées, se chargeait de figures oratoires, s'affublait d'ambitieux latinismes, et ne réussissait le plus souvent qu'à parodier ses modèles dans un jargon emphatique, plein de redondances.
En somme donc, cette époque n'avait amené aucun perfectionnement, aucun progrès réel pour la chaire. De nouvelles modes, le nouveau tour d'esprit d'une
société, en partie différente, avaient donné naissance à de nouvelles formes aussi peu dignes de l'enseignement chrétien : encore même faut-il reconnaître que les anciens défauts de la chaire n'avaient pas entièrement cédé la place aux nouveaux. Sous cette enflure de langage, sous cet étalage de science profane, l'aride logique du moyen âge allait son train, divisant et subdivisant, déroulant sans fin ses lentes et subtiles
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déductions. Le pédatitisme de Térudition n'éxchiait pas le pédantisme de la dialectique : le style plus libre, plus orné, avait en partie rejeté les vieilles formules : au fond, la méthode scolastique gardait son empire. L'explication de TÉcriture, trop fidèle au symbolisme raffiné du moyen âge, abondait toujours en études subtiles du sens caché, en interprétations sophistiquées, en applications forcées et bizarres. Enfin les fleurs du style cicéronien et l'emphase à la mode n'empêchaient pas de fréquents retours du langage trivial et grotesque tant applaudi jadis. L'éloquence populaire des moines prêcheurs reparaissait avec ses familiarités bouffonnes, avec son audace satirique encore enhardie par les passions du temps, et rendue factieuse par la fièvre des luttes religieuses et civiles. Ainsi l'époque nouvelle n'avait fait qu'ajouter ses propres travers à ceux des âges précédents, dont elle gardait fidèlement l'héritage (1). Pourtant, la nécessité d'une réforme avait été hautement signalée. Non seulement les docteurs du protestantisme, attentifs à découvrir dans le camp enne-
(1) y. les sermons du Dominicain Guillaume Pépin, Paris, 1536; les homélies de l'évêque Poutus de Thiard, Paris, 1585; les dialogues du cordelier Feuardent, Paris, 1585; les sermons du cordelier Hilaret, Paris, 1587; ceux du prieur des Céleslins, Crespet, Anvers, 1594.— Au début de son traité De V éloquence française^ publié