LA CHAIRE AU XVI* SIÈCLE
mi toutes les faiblesses, tous lefe abus, avaient dénoncé comme scandaleuses ces singularités et ces licences de la prédication; mais, dans le monde, en dehors des luttes théologiques, les honnêtes gens avaient ri avec Érasme de ces déclamations de collège, de ces homélies de carrefour, dont Tingénieux philosophe leur offrait de si piquantes parodies (1). Enfin rÉglise elle-même, avertie du péril, avait, soit par les actes de ses conciles, soit par les remontrances de ses plus illustres pontifes et de ses plus saints docteurs, rappelé les prédicateurs aux fortes études, à la gravité du sacerdoce, à la simplicité du langage chrétien (2). Mais ces critiques et ces leçons s'étaient
en 1594, Du Vair signale les premières lueurs d'éloquence qui ont brillé au barreau et dans les affaires depuis la renaissance des lettres : « Quant à cette autre éloquence, » dit-il, « qui habite les chaires pu-^ » bliques, qui devroit estre la plus parfaicte, tant par la dignité de » son subject que pour le grand loisir et liberté de ceux qui la trait- » tent, elle est demeurée si basse, que je n'ay rien à en dire. »
(1) Moriœ encomium^ Bàle, 1522, p. 296. — Ecclesiasies, sive de ratione concionandi^ Bàle, 1535, p. 744 et suiv.
(2) Actes des conciles de Cologne, 1536; de Trêves, 1549; de Trente, 1562. — Pie V, Lettres, Anvers 1640, p. 34, 94, 181. — Cl. d'Espence, Sermo synodalis de officio pastorum, Paris, 1562. — Louis dé Grenade, Rhetorica ecclesiastica, Cologne, 1578, pars sexta. — Saint Charles Borromée, Acta ecclesUe mediolanensis^ Milan, 1599, pars quarta. — « Instructiones praedicationis verbi Dei. — Ne sacram Scripturam ad suos sensus contorqueat concionator. - Ethnicorum doctrinam, poetarum versus, philosophorum disciplinas, quae reli-