‹ Des Prédominances Symptomatiques et Anatomo-Pathologiques dans la Paralysie Générale et dans la Sénilité CérébraleChapitre 22 sur 48 · AO VE · texte numérisé non relu

AO VE

démence organique. Un fait intéressant est la rapidité avec laquelle s’établit chez ces paralytiques ou séniles convulsivantes la contracture. L’hypertonie, la spasmodicité se manifestent en quelque sorte d'emblée (Obs. XIV, XV).

FORME APHASIQUE OBseRvATION XVI

Résumé. — Femme, quarante ans. Début il y a trois ans ; alternatives d’excitation et de dépression. Affaiblissement de la mémoire. Indifférence. Jargonaphasie. Pas de surdité verbale. Troubles moteurs d'articulation phonétique. Troubles de la réflectivité pupillaire et tendineuse (rotulien aboli). Albumo et cyto-diagnostic positifs. Paralysie générale. Mort par ictus.

Jeanne-Marie F..., femme S..., quarante ans, sans profession.

Antécédents héréditaires : Père mort (?) Mère morte à quatre-vingt deux ans. Deux sœurs bien portantes. Pas d'aliénés dans la famille.

La malade n’a jamais été enceinte. Elle n’est plus réglée depuis six mois lors de son entrée à l’Asile de Château-Picon (12 mars 1908). Pas d’antécédents morbides. Toujours très nerveuse.

Histoire de la maladie. — La maladie aurait débuté il y a trois ans environ par des crises d'agilation. La malade criait, disait des choses incompréhensibles, frappait brusquement les personnes de son entourage. Sa mémoire baissait progressivement ; elle ne s’occupait plus de son ménage, était indifférente à tout. Quelques périodes de dépression ; la malade ne parlait pas, restait somnolente. Depuis cinq ou six MOIS, parlait très difficilement. Pas d'actes bizarres.

Entre à l’'Asile le 12 mars 1908 avec certificat suivant: « Atteinte d’aliénation mentale. » |

13 mars 4908. La malade marmotte quelques paroles incompréhensibles avec un très gros embarras de la parole. « Bonjour Madame a) « Oui... allez » (se détourne).« Comment vous appelez-vous ? » « Oui... j'en ai trois ». Compte les boutons de sa chemise ; épluche ses draps.

« Donnez-moi la main ? » Nexécute pas. « Montrez-moi la langue?»

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N’exécute pas, se lève de son lit, va à la porte, essaie de l'ouvrir ; démarche titulante. On lui donne une clef. Elle ouvre la porte... Un trousseau de clefs; essaye d'ouvrir avec le crochet qui retient Panneau. Montre la langue, si on fait le geste auparavant.

Réflexes rotuliens paraissent abolis. Réflexes pupillaires, à la lumière abolis. Tremblement de l’orbiculaire des lèvres, de la langue. Aucune autre particularité au point de vue somatique.

Ponction lombaire, pression 3 ; 10 à 12 centimètres cubes d’un liquide eau de roche. Précipité albumineux opaque. Lymphocytose très con- Îluente : surtout de gros mononucléaires ; quelques polynucléaires.

Certificat de vingt-quatre heures : Paralysie générale, démence globale, troubles de la motilité et de la réflectivité. Surdité verbale à peu près complète. Embarras de la parole excessif.

1% mars. Calme.

21 mars. « Bonjour ? » « Bonjour, cowument allez vous ?» «Contente d'être ici? » « Oui, oui, oui. Vous lui, lui direz... et vous-même». Très souriante et niaise. «Je suis frisée partout ». Montre ses cheveux avec la main. «Donnez-moi la main droite ? » La donne. «Donnez-moi la main gauche ?» Donne les deux mains. Aucune idée délirante. Parle plus facilement.

23 mars. On Jui montre des clefs. « Qu'est-ce que c’est?» «Je n’en sais rien ». «A quoi ça sert-il ? » «Je n’en sais rien ». «Où ici ? « Eh ! je m'en fous pas mal ». «Depuis quand ici? » «Je n’en sais rien». «Bien portante ? » « Oui ». « Forte? » « Oui. »

26 mars. «Qu'est-ce? » (un trousseau de clefs). « Pour vous». «Et ceci? » (Une pièce de 5 francs). « Pour vous ». (Rit aux éclats). « La voulez-vous ? » (Oui ». Combien ça vaut-il?» «C’est à vous. gélaforasinotiro.. ». Retourne la pièce et lit: «Faritorisage... et tararo ». «Donnez-moi la main? » La donne. (Qu'est-ce? » (la main). «Pour moi. »

22 avril 1908. «... Quand je... me... suis mariée, j'étais habillée de blanc... blanc de partout... à présent que je me suis mise là, il viendra qu’il pleut » (Rit).

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4 mai. Rétention d'urine, cathétérisme vésical. 15 mai. Agitalion nocturne, cris.

25 juin. Rétention d'urine. Bredouillement incompréhensible ; gestes

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désordonnés. «Montrez la langue? » Claque des mains. « Quatre heures... cinq heures. six heures. »

8 octobre. Ictus épileptiforme : secousses dans le membre inférieur gauche. Déviation de la tête et des globes oculaires à droite. Babinski ? Ne répond pas aux questions. Quelques mots de jargon incompréhensibles.

18 décembre. Répond par un grognement aux questions qu'on lui pose.

2% janvier 14909. Nouvel ictus épileptiforme : tête et globes oculaires déviés à droite. Ecume aux lèvres. Membres supérieurs et inférieurs contractés. Miction involontaire. La malade gémit. Température. 38°. Pouls faible, 80.

25 janvier. Nouvelle crise, début dans l’hémiface droite, puis dans l’hémiface gauche; secousses plus marquées à droite dans les membres. Après la crise : réflexe rotulien aboli des deux côtés. Babinski des deux côtés. Température, 36°6.

OgservaTion XVII

Résumé. — Femme de cinquante six ans. Paralysie générale conjugale. Jargonaphasie. Pas de surdité verbale. Agitation motrice. Tremblement intentionnel des membres supérieurs. Ponctions lombaires : albumo et cytodiagnostic positifs. Réaction de Wassermann positive.

Philomène R..., veuve M..., cinquante-six ans, est entrée à l’Asile de Château-Picon le 23 mars 4906 et y est décédée le 6 octobre 1909.

Certificat d'entrée : Paralysie générale avec délire érotique et de persécution ; excitation violente survenant par crises.

Antécédents héréditaires et personnels : Mère asthmatique, morte à soixante-douze ans. La malade est l’ainée de cinq enfants; pas de renseignements sur trois d’entre eux; un frère aurait fait un séjour de deux ans à l'hôpital pour abcès fistuleux à l'anus. Le mari, mort paralylique général à Cadillac, à l’âge de cinquante-cinq ans, en 1906. Quinze enfants; treize venus avant terme, morts à deux ou trois mois, un seul mort à quatre ans. Deux survivants : une fille, trente ans, bien

portante; une fille, bien portante, intelligente. Ménopause vers qua-

rante-cinq ans. Pas d'alcool, café plusieurs fois par jour. Syphilis ? Typhoïde dans l'adolescence.

Histoire de la maladie. — Les premiers symptômes ont coïncidé avec la mort du mari (1906): elle conduisait des mendiants de la rue dans son appartement pour leur donner des vêtements de son mari.

24 mars 1906. Très agitée depuis son arrivée; a crié; parle un langage incompréhensible, paraît avoir quelques troubles d’articulation phonétique. «Bonjour Madame? » «Bonjour, Monsieur, je suis ma mère ». « Contente ? » « Oui (rit aux éclats) fi fa ». «Pleurez! » (Essaie de pleurer). «Ti ti ta... ». « Depuis quand ici?» CTa ti ti». «Montrezmoi la langue?» Exécute. «Donnez-moi la main?» Exécute. (Tsa, {sa, (sa, (sou... ta, to ». Rétention d'urine.

Examen somatique : Cœur : choc de la pointe; souffle couvrant le premier bruit. Vaisseaux durs, non sinueux. Pouls régulier, 90. Traces d'albumine dans les urines. Liquide céphalo-rachidien : pression 3, eau de roche; précipité albumineux abondant. Lymphocytose confluente. Exophtalmie. Pupilles égales, rétrécies, déformées ; réflexe pupillaire à la lumière conservé, quoique un peu paresseux, à l’accommodation? Tremblement en trombone de la langue. Tremblement très accentué, saccadé, intentionnel des membres supérieurs. Marche un peu raide et talonnante. Amplitude du pas peu étendue. Réflexes patellaires et achilléens vifs. Babinski en flexion. Trépidation épileptoïde rotulienne et plantaire paraît exister.

27 mars. Rétention d'urine depuis son arrivée. Gâteuse. Agitée. A dit qr’elle était Italienne, qu’elle avait trois filles.

29 mars. À uriné. «.. Très bien, je dépense un million ». Tentative d'écriture : écriture tremblée, aucun mot ni aucune lettre formés. « Mon mari était joli garçon et moi jolie... Le Vésuve, c’est le volcan de Naples ». Grand trouble d’articulation phonétique.

30 mars. (Rit béatement) : « Beaucoup de millions. belles toilettes. »

6 avril. Très agitée depuis quelques jours. Ponction lombaire.

7 avril. Très agitée; mâchonnement.

17 août. Agitée; gâteuse; ne répond pas aux questions posées; rire large, niais.

6 mars 1908. Toujours agitée, en particulier la nuit.

12 avril. Toujours aussi criarde. «Quel âge?» Répond en italien.

PS: ee « J'ai quarante-cinq ans ». « De quel pays? » «De Naples». «Où ici?» «....» Ecriture très troublée; oubli d’un grand nombre de lettres.

11 septembre. « Comment vous appelez-vous?» « Philomène... il est parti... ». «Riche?» «Non ». Inégalité pupillaire en faveur de la gauche. Peu de tremblement de l’orbiculaire des lèvres et de la langue. Impossible de juger s’il y a différence dans la force des deux membres supérieurs. Réflexes olécraniens et radiaux vifs et égaux. Membres inférieurs, force? Réflexes rotuliens vifs et égaux. Pas de trépidation rotulienne ni plantaire, Babinski en flexion des deux côtés. Pas de troubles trophiques.

La malade se tient debout seule; marche à petits pas, mais détache assez bien la plante du pied du sol. Sensibilité à la piqûre paraît conservée sur tout le corps.

21 octobre. Ponction lombaire. Précipité albumineux peu abondant; lymphocytose confluente. Réaction de Wassermann très nettement positive.

22 décembre. Crie toujours beaucoup; se frappe la poitrine, la têle. « Quel àge ? » «Aï été bon ». « Comment s'appelle votre fille?» «Pauli.... » (s'appelle Pauline). «Où ici?» «Amalach ». Sa fille qui parle itahien a beaucoup de difficulté à la comprendre. Beaucoup de mots qu’elle prononce sont déformés ou n'ont pas de sens dans cette langue

10 mars 1909. S’affaiblit beaucoup. Agitée.

16 juillet. Nerépond pas aux questions qu’on lui pose; grince des dents continuellement ; n’exécute aucun des actes élémentaires qu’on lui commande; ne peut se tenir debout; ne mange plus seule.

24 septembre. S’'alimente mal. Eschares volumineuses. Diarrhée abondante. Marasme avancé.

30 septembre. S’'affaiblit de plus en plus. Spasmodicité des membres inférieurs; contracture en demi-flexion. Impossibilité de produire les réflexes rotuliens. Spasmodicité des membres supérieurs moins accusée: réflectivité exagérée.

5 octobre. Coma; pas de convulsions.

6 octobre. Décès.

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