‹ Des Prédominances Symptomatiques et Anatomo-Pathologiques dans la Paralysie Générale et dans la Sénilité CérébraleChapitre 24 sur 48 · POV · texte numérisé non relu

POV

« Mon ami s'appelle Jacques... A Nice... Cest gentil ». « Votre père ? » « Papa... a un café... maman servait. il est là-bas ». «Jamais eu la la vérole ? » « Non, la chaude-pi-pisse ; on m'a soignée. riche ». « Voulez-vous me donner de l'argent? » «Je vous donnerai 50 millions. c'est assez... de la part de Niza C... »

25 juin. Le trouble du langage constaté au moment de l'admission a reparu aussi accusé. La malade, assise sur son lit, parle avec volubilité ; il est impossible de saisir un mot intelligible. Dans sa logorrhée reviennent des mots comme : «Fisi... oui... tusse... Paris... abé... nera... ». « Tirez la langue ? » Exécute. Tremblement de l’orbiculaire des lèvres très accusé.

3 août. Affaissée; logorrhée a disparu; maigrit. Langage toujours incompréhensible. Gàteuse. ;

9 septembre. Bredouillement absolument incompréhensible dans lequel on distingue quelquelois le mot : « Oui » souvent répété. Le bredouillement s'accompagne de tremblement extrêmement accusé des lèvres. Parle absolument comme une personne que le froid fait grelotter. «La... pon... fisi... oui... tiens... té... ti... la ban... oui... tul... tieu... vite. eh ! tu..… oui. oui... el le pan... le pan. oui... tu... vtu! fisi...». Chantonne et gesticule. «Nom?» «Tu... brrout.. prrout.. oui... ». Impossible d'obtenir réponse adéquate aux questions.

24 novembre. « Bonjour, Niza ?» « Comment ça va (parole tremblée et bredouillée). Prrout... oui». «Vous allez bien ?» «Oui... oto…. fermé... prrou... oui... papa... toto aussi». «Où ici?» « Pital... hôpital... brrou.. Je m'ennuie ici... hop... usse ». «Riche?» «Oui... brrou.. viens chez nous... ou fiti... hop là». «Qu'est-ce (un porteplume)?» « Poitine... prrout... viens chez nous... huit ans... ». « Qu'est-ce (une montre)? » «Monté... pi... up... ap. viens chez nous. utt prroutt». Et ça (un trousseau de clés)?» « Clés... viens chez nous... prrout... » (Et ça (un canif) ? » « Clés... oui... » « Est-ce un canif ? » « Oui... prrout... viens chez nous». Agitation continuelle de la tête à droite, à gauche. Tremblement extrêmement accusé des lèvres. « Donnez-moi la main?» «Tiens (exécute aussitôt). Huit ans... prrout». Bon état général.

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OBservaTION XIX

Résumé. — Femme, quarante-quatre ans. Paralysie générale. Jargonaphasie. Pas de surdité verbale. Agitation motrice. Réflexe patellaire aboli. Albumo et cyto-diagnostic positifs.

G..., veuve B..., quarante-quatre ans, est entrée à lAsile le 6 avril 1906 et y est décédée le 6 novembre 1906.

Certificat d'entrée : Manie aiguë, excitation et agitation incessantes.

Pas de renseignements sur les antécédents, ni sur l’histoire de la maladie.

7 avril. À beaucoup crié, chanté ; ne veut pas garder le lit. Montre ses seins, parle constamment, phrases inintelligibles, sorte de jargon. Impossible d'entrer en communication avec elle. Exécute les actes commandés. Pas de surdité verbale. Gâtisme.

Examen somatique : Craquements aux deux sommets pulmonaires, plus marqués au sommet gauche. Urines normales.

Ponction lombaire: Pression 3, puis 2. Albumo-diagnostic positif ; cyto-diagnostic : lymphocytose confluente.

Vision: Cécité? Blépharospasme. Secousses nystagmiformes des deux globes oculaires. Pupilles en myosis; réflexe lumineux parait aboli. Acuité auditive paraît conservée. Pas de linguo, ni de labiopasme. Marche un peu hésitante ; élargit la base de sustentation ; talonne légèrement. Pas de Romberg. Réagit à la piqüre. Réflexes patellaires abolis.

23 avril. Jargon. « Som som so da di... ». Pas de surdité verbale. Gâtisme.

16 mai. « Bonjour ! » « Oui, bodo, chocho, si si so si la jo... etc. ». Ne prononce distinctement que: « Oui ». Pas de surdité verbale ; exécute les actes commandés.

18 juin. Sourire large, béat, habituel. « Contente? » « Oui ». Chante.

30 octobre. Affaiblissement ; eschare sacrée.

6 novembre. Décès.

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OBservATION XX Résumé. — Femme quarante ans. Paralysie générale. Jargonaphasie.

Aimée F..., quarante ans (?), est entrée à l’Asile de Château-Picon le 21 février 1903 et y est décédée le 1° octobre 1903.

Etat mental: Déchéance avancée des facultés intellectuelles. Perte de la mémoire, de la notion du temps et du lieu. Inconscience absolue. Répond presque toujours à côté de la question. Jargon. Parole lente. Accrocs. Etat de satisfaction, d’indifférence. Pas d'idées délirantes de richesse ou de grandeur.

Etat physique : Asymétrie mimique et faciale. Trémulation fibrillaire avec tremblement spasmodique. Tremblement des doigts d'amplitude assez étendue, existant au repos et s’exagérant un peu à l’occasion d’un acte volontaire. Réflexes rotuliens vifs des deux côtés. Sent la piqûre. Pupilles inégales, droite plus grande que gauche; myosis; arcus sénile. Acuité visuelle ? Acuité auditive paraît conservée. Cœur premier bruit soufflant, maximum d'intensité à la base. Bronchite chronique.

14 mars. Jargonaphasie. Gâtisme.

4°" octobre. Décès.

OgservarTion XXI

Résumé. — Femme soixante-seize ans. Début par affaiblissement progressif de la mémoire. Agitation maniaque. Démence sénile. Paraphasie. Pas de surdité verbale. Ne sait ni lire ni écrire.

Bonaventure B..., veuve D..., soixante-seize ans, marchande des quatre saisons, est entrée à l’Asile de Château-Picon le 2 février 1910 et y est décédée le 16 avril de la même année.

Certificat d'admission : Démence sénile avec tendance aux actes violents et inconscients, et idées vagues de persécution.

Antécédents héréditaires : Père et mère (?). Quatre sœurs, trois mortes ; la dernière, âgée de soixante-seize ans, bien portante. Cinq enfants dont trois morts en bas Âge ; restent un garçon, quarante-huit ans, bien portant mais buveur ; une fille, trente-neui ans, mariée, mère de famille, bien portante.

Authier

Antécédents personnels et histoire de la maladie: Se marie à vingtsix ans ; cinquante ans de mariage. Cinq grossesses et accouchements normaux. Menstruation et ménopause ? Tempérament très vigoureux ; pas une heure de maladie, pas un seul remède. Elle est devenue malade insensiblement. Affaiblissement de la mémoire; perdait son argent, sa marchandise ; parlait seule, gesticulait. Depuis six mois ne dormait plus, parlait la nuit ; ne reconnaissait même plus sa fille.

3 février 1910. « J'ai soixante-cinq ans. Laissez-moi, je suis folle, quoi... ». « Où ici? » « Je vends pour moi; si j’en fais trente sous et si je peux en faire quarante sous, voilà. Je suis malheureuse tenez... Je suis toute morte en vie. Regardez ce que je vends là... ». « Depuis combien ici ? » ÇII n’y a pas longtemps; à peu près un an ». « Des enfants ? » « Sept à huit ». Appelle la sœur : « Eh ! petite! marchande! On me vend du poisson et puis je le revends. Quand on gagne une pièce de vingt sous, on est bien content... Léontine ! Léontine ! viens, viens ! Et où je vais coucher aujourd'hui... ». « Qui Léontine? » « C’est ma fille l’ainée ; elle est bien là, oui, je l'ai vue... J'ai un corps sans taches, et j'ai soixante-douze ans. Je suis propre de partout, j'ai été honnête de tout, vous pouvez me regarder ». « Buviez-vous quelquelois ? » « Très peu. deux sous de, de goutte ». On lui montre un parapluie : « Qu'est-ce? » « C’est une... ombrelle, une, une... un parapluie ». Une montre : « Qu'est-ce? » « C’est une... une... C'est une montre. Oui ». Reconnaït un louis de vingt francs. Un mouchoir : « Qu'est-ce ? » « C’est pour envoyer à la poste. Quel malheur de ne pouvoir parler ». Ne retrouve plus son lit. On met la malade devant une glace. On lui demande : « Connaissez-vous cette personne ? » « C’est ma fille. »

Examen somatique : Système respiratoire, rien à signaler. Cœur, bruits sourds, rythme irrégulier par moments ; premier bruit prolongé ; tendance au dédoublement. Mauvaise denture. Hernie crurale gauche épiploïque, irréductible. Pas de troubles de la motilité oculaire. Pupilles égales, pas déformées, réagissent vivement à la lumière. Perception tactile, stéréognostique : reconnait une clé; ne reconnait pas une montre, un crayon, une fourchette ; regarde les objets mais ne les désigne pas davantage. Tremblement en masse de la langue. Pas de troubles d’articulation phonétique. Pas de troubles de l'équilibre ni de la station debout. Marche : assez ingambe, fait de petits pas rapides,

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talonne un peu. Sensibilité objective tactile, douloureuse, thermique conservées. Réflexes radiaux vifs ; patellaires, vifs et égaux.

Certificat de vingt-quatre heures : Paraît atteinte de démence sénile caractérisée par une déchéance globale du fonds intellectuel. Sur cette déchéance se sont greffés des accidents d’agitation maniaque. Les propos traduisent de l'inquiétude, des hallucinations et aussi un trouble profond du langage.

4 février. Se lève la nuit, se promène, défait son lit, vide la paillasse, ne retrouve pas son lit; bavardage incessant. Comme on la fait tousser en l’auscultant, elle dit : « Bon pour le service ». « Quel jour ? » « Le 14 juillet. Eh ! m’amie, c'est que je le sais... non, pour la Noël. Dis donc, Léontine, elle a la voix si plate, si mince. Où est ta mère ? Pauvre petite... ». « Qu'est-ce (une pièce de deux francs) ? » « Des radis ». « Est ça (une fourchette) ? » « Ça, c’est, je ne sais pas, té ». « Pourquoi est-ce faire? » « Pour peindre ». « C’est une fourchette ». « Que ce soye pour ce que ça soye ». « Qu'est-ce (une cuiller)? » «C’est un balai ». « Pour quoi faire? » « C’est bon pour la soupe, pour le manger, une omelette ». « Et ça (une boîte d’allumettes)? » « Une malle ». Et ça (une chaise) ? » « Une oie ». « C’est une chaise ». « Eh! oui, naturellement une chaise. Elles sont pas malheureuses, tenez, les garces ». On veut lui faire lire des caractères imprimés. Elle dit: «A, b, c... Eh! je ne sais pas lire moi. »

10 février. Toujours tracassière, se lève jour et nuit, défait et refait son lit. « Quelle heure?» «Cinq heures du soir ». En réalité onze heures du matin. « Qu'est-ce ? » (un chapeau) « Un chapeau ». CEt ça ? » (des clés) « Ça a l'air des rameaux ». (Et ça ?» (le drap) « (est du rameau, du linge.., de la pommade... «Et ça?» (un sou) «Une espèce de pâture de logement qu’on fait ». «Tirez la langue?» Exécute. «Fermez les yeux ? » Exécute. « Prenez mon chapeau sur ma tête et mettez-le sur la vôtre ? » Exécute. Appelle sans cesse « Léontine ! »

A1 février. « Allez, qui me veut. Allez-vous-en, vous m’empêchez de vendre... Tenez, j'aime mieux vous le donner». Parait assister à une scène de marché.

18 février. Crie sans cesse : «Léontine, Justine, viens ma belle ». On lui montre une clé ? « Un passe-partout » ; une montre ? « Un passe-partout » ; un mouchoir ? « Un mouchoir de poche » ; le nez? « Un moulin...

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les narines » ; la barbe? «Un caoutchouc» ; une pièce de 5 francs? «Des poulardes » ; une chaise ? (Un passe-port ». « À quoi ça sert?» « À sortir la fumée... c’est tout plein de tout». On lui montre une bague ? « C’est une marmotte » ; une chaise ? « Une chaise... un pétard qu’on fait aller pour faire partir le fusil ».

19 mars. Parle toute la journée, assise sur son lit, les couvertures en désordre, appelle : « Justine ! Marinette !»

42 avril. Déprimée depuis hier. Température, 39°5. Tousse ; impossible d’ausculter, la malade crie et gémit. Rien du côté de sa hernie.

43 avril. Température : 40°1, 383. Dyspnée, pas de matité pulmonaire. Auscultation ?

44 avril. Température : 39°9, 39°. Dyspnée, langue rôtie. Congestion pulmonaire, base droite. À

16 avril. Décès.

OgservarTion XXII

Résumé. — Femme soixante-quinze ans. Affaiblissement des facultés intellectuelles sans délire. Aphasie amnésique, paraphasie. Dysarthrie. Pas de surdité verbale. Phénomènes d’agitation. Ponction lombaire. Albumo et cyto-diagnostic négatifs.

Jeanne R..., veuve L..., soixante-quinze ans, est entrée à l’Asile le 16 août 1910 et y est décédée le 24 février 1911.

Certificat d'admission : Démence sénile, tremblement de la langue, troubles de la parole, des réflexes pupillaires. à

Antécédents et histoire de la maladie : Père et mère morts âgés. Une sœur excentrique. Quatre enfants, une fausse couche. Les trois premiers enfants sont morts en bas âge ; un garçon bien portant, père de famille. Menstruation et ménopause ? Jamais malade. Aurait eu des soucis matériels; l'hiver dernier vivait seule ; scènes de violence ; accusait ses enfants de la dépouiller.

17 août. « Nom?» «L...». « Age? » « Je ne la, je ne le sais pas». Bredouille. « Où ici?» «Ici, ici..…., je suis d'ici. » «Depuis quand ? » « Je... je ne peux pas le dire, je, je... j'ai été malade le le la chose. » «Qu'est-ce ? » (une montre) «C’est la chose... je peux pas... j'ai eu tant de malheurs. » «Est-ce une montre?» «Oui... ah! pardon.» «Et

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ça?» (un porte-monnaie). « C’est pour... ». «Est-ce un marteau?» « Un marteau non ». (Un porte-monnaie ? » (Non ». (Et ça?» (cinq francs) « Cinq francs ». « Contente ici? » « Oui ». « Savez-vous où vous êtes?» «... » «Des chagrins ?» «Non... pl... il m'a délai... laissée (pleurniche). «Riche». «Je n'ai rien que le pain». «Vous a-t on volée ? » «Non. » |

Examen somatique : Cœur : deuxième bruit claqué, rythme normal. Radiales souples ; pouls régulier, 80 ; tension un peu au-dessus de la normale. Urines normales. Arc cornéen sénile. Pupilles égales ; réflexe lumineux existe à gauche ; très paresseux à droite. Acuité auditive normale. Trombone de la langue. Pas de troubles de la coordination ni de l'équilibre. Sensibilités objective, tactile et douloureuse conservées. Réflexes radiaux existent des deux côtés. Réflexes patellaires très vis des deux côtés.

Certificat de vingt-quatre heures : Démence sénile, troubles paraphasiques et surtout dysarthriques ; de la pleurnicherie. Agitation nocturne.

27 août. « Bonjour Madame ! » «Bonjour Madame, oui ». « Qu'estce?» (cinq francs) « Cinq francs ». (Et ça?» (un franc) « Cestde... je ne peux pas... je, je... l'assiette... une pièce de...». « Et ça » (du pain) « C’est du... de la chose... c’est du pain... pourquoi me... me faites-vous dire ça ». Tremblement de la parole.

Ponction lombaire. Albumo et cyto-diagnostic négatifs.

8 septembre. «Ça va bien. J'étais te tout sur la le. » .« Où ici ?» « J'y suis y par ici... di... ci... ». (Quel âge?» «Je suis... de... une... ve... bel belle comme ça. J'ai été bien malade... C'était un un, oui». «Contente ici?» «Oui, Monsieur. Je ne le peux pas». « Qu'est-ce ? » (un mouchoir) «De des... Je po... de pou... de pas de... parler... pour... pou pou pour. Je ne peux plus parler bien. c'est un mouchoir.

2 octobre. Très agitée, crie ; est anxieuse : «ah ! mon Dieu...»

15 décembre. «Bonjour, mon cher Monsieur (chante) la la la». « Depuis longtemps ici ? » «Il y a ranana à moi. Je mé mé me moi... Ah ! oui » (exécute les actes commandés: tirer la langue, fermer les yeux, donner main droite, gauche). « Qu'est-ce » (une chaise) «Un be bouson ». Bavarde, chante.

70 = 44 février 49141. S'affaiblit. Moins excitée, plus de langage.

22 février. Congestion pulmonaire double.

24 février. Décès.

OgservaTioNn XXIIT

Résumé. — Femme, soixante-dix-neuf ans. Démence sénile. Aphasie amnésique, paraphasie, jargonaphasie. Pas de surdité verbale. Agitation motrice. Fracture du col du fémur.

Elise F..., soixante-dix-neuf ans, entre à l’Asile de Château-Picon le 8 avril 1909.

Certificat d'admission : « Est atteinte de démence sénile avec crises d'excitation. Fait du bruit la nuit et trouble le repos des religieuses et des orphelines. »

Procès-verbal : « À eu une attaque de paralysie il y a quatre mois et c’est de là que datent ses troubles mentaux. À grand peur des chiens et des chats, qu’elle affectionnait autrefois. »

4 avril 4909. « Comment vous appelez-vous?» (Elise. Ah! je ne sais pas le dire. sise. iciseu... tenez, je ne sais pas le dire ». « Quel âge? » « Cent ein tan quand vi caca clavi ». « Quel jour sommesnous?» « Je ne sais pas. du pain ». « Dites les jours de la semaine?» Compte avec ses doigts. « Connaissez-vous Elise F...? » «Je ne sais pas ». « Donnez la main droite ». Exécute. « Donnez la main gauche », Exécute, puis donne les deux mains à la fois. « Ecrivez votre nom : Elise ». Ecrit une dizaine de mots ou commencements de mots ou de lettres juxtaposées sans écrire Elise. « Votre nom? » « Elise ba. ba... je ne sais pas. Îla.. fla... fa... » « Vous vous appelez F...?» «Ble.….. oui, c'est Ça. »

Examen somatique : Rien de particulier à la percussion et à l’auscultution pulmonaire.

La pointe du cœur bat dans le 7° espace intercostal en dehors de la ligne mamelonnaire. Bruits bien frappés. Pas de bruit surajouté. Artères radiales dures. Pouls régulier. Arcus sénile,

Plus de dents. Langue bonne. Ventre dur, parois flasques. Pas de traces de hernie ni de tumeur.

Urines : Réaction alcaline, aspect trouble. Traces d’albumine,

A, res

Pas de troubles de la motilité oculaire. Pupilles égales, réagissent à la lumière. Acuité auditive conservée à droite et à gauche.

Force musculaire conservée, en rapport avec son âge. Pas de tremblements. Pas de paralysies. Pas de troubles de l'équilibre, marche à petits pas en élargissant le polygone de sustentation.

Sensibilité tactile conservée; sensibilité douloureuse conservée à la piqûre.

Réflexes radiaux très vifs. Patellaires vifs, égaux. Pas de trépidation épileptoïde rotulienne ni plantaire.

Babinski en flexion.

Certificat de vingt-quatre heures : Paraît alteinte de sénilité cérébrale caractérisée par la déchéance des facultés intellectuelles, des troubles graves du langage (aphasie amnésique, paraphasie, jargonaphasie), de l'excitation avec tendance aux actes désordonnés, etc.

Il s’agit non point d'aliénation mentale proprement dite, mais de déchéance sénile ct organique avec du désordre dans les actes. À défaut de sections spéciales dans les hospices de vieillards, les malades de cette catégorie ne peuvent être actuellement hospitalisées que dans un asile d’aliénées.

5 avril 4909. « Nom? » « Elise. blor.. », ete. « Où ici? connaissezvous celte maison? » « Oui, Monsieur. Je travaille par-ci... par-là.…. par-ci par-là.. » S'est promenée toute la nuil. Exécute les actes simples commandés : « Prenez mon chapeau. Levez-vous. Allez vous asseoir », mais n'accomplit pas une série d'actes commandés comme « Prenez mon chapeau et portez-le à tel endroit. »

On lui met une clef dans la main. « Qu'est-ce? » «Je ne sais pas trop, té... comment ça s'appelle ». « C'est une clef ». « Clef ». Répète le mot sans manifester une salisfaction... «J'ai peur ». Ecoute une malade voisine qui crie. « Touchez-vous le bout du nez ». « Non, Monsieur. Je ne connaissais pas ». « Fermez les yeux ». Exécute. (Savez-vous lire? » « Non, du tout ». On lui montre de l'écriture imprimée, répond : «Je ne vois pas assez clair ». On lui montre quatre doigts : « Combien ? » « Deux ». Savez-vous compter?.» «2, 8, 4, 5, 6, Tet 7, 6, 6, 7, 7, 23, 24, 2535; 2158 et, 09, »

16 avril 4909. « Bonjour, Elise ». « Bonjour, Monsieur ». Jargon

incompréhensible dans lequel on distingue parfois quelques mots

pe comme : « Je dors... chez monsieur ». « Nom?» «Elise... Fa... fa... ba. ba... Je ne veux pas ». Tracassière, se lève, se promène dans le dortoir nuit et jour, tombe, défait sa literie, se fâche. Gâteuse de temps en temps.

17 avril. Subexcitation ; bavardage incessant et incompréhensible; jargon. Ne garde pas le lit.

19 avril. « Monsieur, je suis malade... be... be... J'ai mal à l’estomac... ba... ba... ». Dans le jargon on distingue quelques mots : « La goutte... purger. c'est bon... », etc.

21 avril. Hier soir, température 39°; ce matin 37°5. Pouls, 128; très tendu. Visage rouge au niveau des pommettes. « J'ai faim... ba... ba. bi... » et « i... mon... baba... oh... » Aucun signe net à la percussion ; un peu de submatité à la base droite peut-être. Pendant qu’on l’aus-, culte, ne respire pas. Toux sèche, quinteuse.

22 avril. Pas de température. Tousse beaucoup, a craché un peu de sang. Toujours aussi tracassière, se lève surtout la nuit et se promène . dans le dortoir. Auscultation impossible, la malade jargonne pendant tout le temps de l'examen.

23 avril. « Bonjour, Elise ». « Bonjour, Monsieur ». Pas de température. Auscultalion toujours impossible.

29 avril. ( Pardon, Monsieur. sage, sage ». Toujours tracassière, se lève nuit et jour, se fâche, mimique fâchée. Jargon incompréhensible. Pas de température, ne tousse plus.

5 juin. Troubles du langage plus accusés. Jargon incompréhensible dans lequel on ne distingue plus aucun mot comme au début. Beaucoup moins bavarde. Agitation nocturne.

19 juin. Se lève la nuit et le jour, va embrasser les autres malades dans leur lit; a été repoussée hier violemment par une paralytique. Chute sur le côté droit. Fracture du col anatomique du fémur avec pénétration probable. Impotence fonctionnelle. Douleur à la pression au niveau du trochanter. Pas de rotation en dehors, mais raccourcissement très notable du membre inférieur droit.

23 juin 1909. Quand on lui touche la jambe : « Taisez-vous, allons. ba... ba.., bo... oh ba ba... le ba. bo ». « Dites bonjour ? » « Bon. »

24 juin. (Je ne sais pas... la jambe... je ne sais pas. oui. ba. ba... ba. Je crois un peu... » «Avez-vous bien dormi? » « Oh! oui ».

ie « Avez-vous déjeuné ce matin? » « Oui... un peu... ba... be... pa. pa ». « La jambe vous fait-elle mal? » « Oh!... ». Rit aux éclats.

5 juillet. « Bonjour, Elise ». « Bonjour, mamama... pa... ma... ma. »

49 octobre. « Ecrivez ». La malade a pris le porte-plume après quelques hésitations, le tient à peu près correctement. A fait, le porte-plume en main, le signe de la croix très correctement en disant : « Au nom du Pé, au no du oua oua... oua ». Griffonnage seulement avec une, deux lettres distinctes, puis lignes à peu près droiles avec quelques zigzags. « Savez-vous écrire? (Qué... oué. je ne que oua...» «2et2?» « Oué oué mada ». «5 et 5? » « Oué oué ». « Donnez-moi la main?» Exécute. « Tirez la langue ! Répète : « La lague... la lague... ». Tire la langue et y porte le doigt dessus. « Tirez la langue. Lisez et faites-le ? » «No... no... la pas. Secoue la tête, jargonne, regarde ailleurs. « Faites la prière? » Commence: «Notre père. » puis se met à jargonner très vite, prend le ton monotone de la prière. On reconnait parfaitement : « Je vous salue, Marie, pleine de grâce » et continue pendant à peu près le temps nécessaire à dire le « Je vous salue », puis esquisse en terminant un signe de croix. « Dites les jours de la semaine? » Se met à réciter le « Notre Père » comme précédemment. « Dites les jours de la semaine? » « Le dimanche... le dimanche... ». Même question. « Le mercredi... oua... oua... ». On lui montre un chapeau. « Qu'est-ce ? » » Ça... ». Jargonne, prend le chapeau et le met sur sa tête. Une boite d'allu mettes? « Oua... oua... » « Prenez une allumette; allumez-la? » Tourne et retourne la boite, cherche à soulever une des faces de la boite; ne peut pousser le tiroir interne. On ouvre la boite. «Prenez une allumette; allumez-la? » Prend plusieurs allumettes, ne fait aucunement le signe de les frotter, met le tiroir sur la boîte, puis laisse le tout en jargonnant.

20 octobre. Bavarde beaucoup (toujours jargonaphasique), quitte quelquefois son litmalgré sa demi-impotence; habituellement pas câline, plutôt grognon, se défend quand on veut la changer, demande souvent à boire. Crie ce matin : «J'ai faim, j'ai soif, oua, oua. »

29 janvier 1910. N'a plus de vocabulaire; prononce des mots incompréhensibles dans lesquels on reconnait : « Oué, oué... à boi.. à boi... ». Demande à boire souvent. « Faites votre prière ? » Fait le signe de la

croix, mais ne prononce pas un mot intelligible. «Tirez la langue ? »

HET Fait le signe de la croix, puis exécute l'acte. « Donnez-moi la main ? » Exécute. « Donnez-moi la main gauche ? » Hésite un instant, puis sort son bras gauche de son lit et le tend. « Touchez-vous le bout du nez ? » « Oué, oué » (n'exécute pas).

31 janvier. Tousse; dyspnée. Submatité de la base gauche (remontant jusqu’à l’épine de l’omoplate). Râles fins, surtout à l’expiration; respiration soufflante; retentissement de la voix. Pas de température. Pouls petit, irrégulier. Bruits du cœur sourds.

3 février. Etat plus grave. La malade n'avale plus; la respiration est excessivement lente. Pouls petit, très lent, à peine perceptible. La sensibilité existe au niveau du visage. Semi-coma.

Décès le 3 février 1910, à cinq heures du soir.

Ogservarion XXIV

Résumé. — Femme, soixante ans. Début il y a seize ans : amnésie, délire de spoliation. Sénilité cérébrale. Jargonaphasie; pas de surdité verbale. Dysarthrie. Ne sait pas lire? Agitation motrice. Fracture du col du fémur.

Marie-Jeanne T... veuve L..., soixante-sept ans, est entrée à l’Asile de Château-Picon le 21 août 1893 et y est décédée le 13 novembre 41909:

Antécédents héréditaires : Rien à signaler.

Antécédents personnels : Réglée à vingt ans; ménopause vers quarante-quatre ans.

Septembre 1893. Malade âgée; mémoire peu fidèle; état anxieux; parle de tribunal, de procès, d'accusation. On l’a volée; elle n’a plus rien; accuse M. C... de lavoir empoisonnée avec des fruits. Incohérence des déments séniles.

Novembre. Toujours agitée; hallucinée de l’ouïe, ses enfants sont enfermés dans une cave de l’Asile.

1894. Calme. Délire de spoliation.

190%. « J'ai quatre-vingt-deux ans, je suis née en 1888. Je ne sais pas en quelle année nous sommes. Ces maisons m’apparliennent; c'est eux qui ont volé de l'argent à mon père pour bâtir tout ceci. »

Février 1906. « On m'a accusée faussement... On m'a volé tout ce que j'ai ». Marche normale,

EN

Novembre. (IL y a bientôt deux mois que je suis ici... Ma profession, j'étais rentière. J'ai 20 barriques d’or... C’est celle-là, cette canaille, la sœur, qui est ma damnation.. Si elle pouvait me tuer... »

Mai 1907. J'ai quatre-vingts ans ». « Nous sommes en ? » «Je suis née en 58. IL y a... attends... cinquante-neuf ans ». Jargonaphasie ?

Septembre. Fracture du col du fémur avec pénétration.

7 juillet 1908. Congestion de la base droite.

11 juillet. « Quel âge? » «J'ai des morts » (prononce des mots incompréhensibles). « Où ici? » « Oui, oui, il ne faudrait pas, je suis de T... ». (Nom?» « Allons donc, vous m'em...». « Malade ? » « Non, je ne suis pas mal ». On lui montre un chapeau : « Qu'est-ce ? » « Eh ! mais qu'est-ce que c’est ça » (balbutie). On lui montre des clefs : « Qu'est-ce ? » « Ah ! mais vous m'emm... (se fâche). Ah ! ça, mais, qué, vé, qué.. Tusset, tusset ». Une allumette: « Qu'est-ce? » « Une allupète ». Un porte-monnaie : « Qu'est-ce ?» (Un marivo ». « Donnezmoi la main ? » Exécule.

8 septembre. «Je vais bien; je peux pas les plus bo que je suis. » « Nom ? » (TT... J'ai quatre-vingt-seize ans ; enfin vous savez pas ce que je se... ». « Où ici ? » (Je suis du... je suis pas parce que aîlaire de foire... ce que si ba... amadou eh ! la la... »

13 novembre. Front normal; rides égales des deux côtés. Yeux : conjonctivite granuleuse ; ectropion de la paupière inférieure, surtout à droite. Inégalité pupillaire G. > D. Pas de paralysies oculaires. Réflectivité à la lumière et à l’accommodation ?

Face: Asymétrique à cause de petite tumeur ? au niveau du maxillaire supérieur à droite.

Cou : Peaucier ? Corps thyroïde pas hypertrophié.

Thorax : Diminution de volume des masses musculaires; légère cyphose dorsale.

Membre supérieur : Force assez bien conservée, également des deux côtés; diminution de volume des masses musculaires; amaigrissement. Réflexes radiaux et olécraniens très vifs, un peu plus vils peut-être à gauche.

Membre inférieur : Diminution de volume des masses musculaires, plus accusée à droite; ce membre est légèrement plus court et le pied en rotation externe (ancienne fracture). Force comparée des deux

Rp membres ? Réflexe rotulien vif des deux côtés; hypertonicité des deux membres. Ebauche de trépidation épileptoïde rotulienne. Réflexe cutané plantaire très vif, parait en flexion des deux côtés. Station debout possible, mais marche sans soutien impossible; ne peut guère se porter sur son membre inférieur droit.

Sensibilité à la piqûre bonne partout.

5 janvier 1909. « Comment ça va ?» «Et puis bri dedavava ». Reconnaît et nomme un chapeau, un crayon, une montre, un porte-monnaie. « Non ? » « Mais Toul ».…. « Quel âge ? » « Quatre-vingts ans ». Jargonaphasie, paraphasie et dysarthrie.

40 juillet. «Nom?» « Marie Toul... ». « D'où êtes-vous ? » « De Fouesnant, de Fouesnon ». On ne comprend que quelques mots de son langage. Tremblement de la langue. Secousses dans l’orbiculaire des lèvres.

3 octobre. « Répétez avec moi : âne, cheval, charrette ». Répète ces mots très distinetement. « Je suis bien portante? » « Je suis ben ben por tom tante ». « C’est le mois d'octobre? » « C’est ta tona tobre. »

8 octobre. « Savez-vous lire ? » « Non, qui me far de ma be be ». On lui montre l'en-tête de la feuille d'observation qu’elle fixe un moment, puis émet un jargon incompréhensible. « Tirez la langue ? » Exécute aussitôt. « Donnez-moi la main ? » Exécute aussitôt: « Pailla... como, dodo. »

42 octobre. « Savez-vous écrire ?» «Non ». Jargonne. On lui présente un porte-plume. « Voulez-vous écrire ? » Prenant le porte-plume, ne s’en sert pas. Jargonne.

On lui montre une boîte d’allumettes? « Un crayon »; des clés? « arlé »; un porte-monnaie ? « bête » ; une pièce de 4 franc? « bedi, bedi. »

10 novembre. Erysipèle de l’hémiface gauche. Congestion pulmonaire des deux bases. Pouls rapide.

43 novembre. Décès.

Le, Lire

Ogservarion XX V

Résumé. — Femme de quatre-vingts ans. Démence sénile. Paraphasie. Jargonaphasie. Surdité psychique incomplète. Agitation motrice. Fracture du cubitus,

Virginie R..., veuve G..., quatre-vingts ans, est entrée à l’Asile de Château-Picon le 27 mars 1907 et y est décédée le 14 septembre 1909. Certificat d'entrée : Atteinte de manie aiguë, parle à tort et à travers, très agitée.

Pas de renseignements sur les antécédents ni sur l’histoire de la maladie.

27 mars 1907. « Je ne sais ni lire ni écrire; je ne sais que prier. Je suis veuve avec ma petite fille; mon fils a des vicaillacs ». N’exécute pas les actes commandés. «Tirez la langue ? Donnez la main? » «Ah! ça, oui, je vous ferai reconnaître Monsieur, bradicaillard et ficaillard. »

Examen somatique : Auscultation impossible à cause de l’agitation. Cœur, rien de particulier. Vaisseaux assez souples. Pouls régulier, pas hypertendu. Urines normales. Vision : arcus sénile peu prononcé; pas de troubles de la motilité oculaire; réflexe pupillaire à la lumière existe. Surdité probable. Pas de paralysies. Sensibilité douloureuse à la piqûre conservée. Réflexes patellaires vifs et égaux.

29 mars. Marche à petits pas. «En priant Dieu, ma sœur, j'ai eu trop de souffrances. Tuez-moi. IL faut que je courir. Oh! oui, ma sœur, Madame. Ne criez pas tout, Madame, à Dieu, petite croûte. Je demande à Dieu le prédicaillon ». Crie, gesticule.

30 mars. Papotage incohérent. « La petite elle est au biberon, dont m'assecoir à présent... les apoticailles. »

43 avril. « Bonjour, Monsieur. avicaillar. Vous savez, Madame ». Calme, tranquille dans son lit.

26 avril. « Voici mes carats et mes carits. Cette fille a dans le pricaillor. »

8 mai. Tombée de son lit. Fracture du cubitus.

40 juin. Fracture consolidée. Parle sans cesse, n’écoute pas les questions. On lui montre des clés ? « Jamais moi je n’ai pu dire le nom ana-

tayo, anano, des paillottes.

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