‹ Des Prédominances Symptomatiques et Anatomo-Pathologiques dans la Paralysie Générale et dans la Sénilité CérébraleChapitre 44 sur 48 · CONCLUSIONS · texte numérisé non relu

CONCLUSIONS

1° Au point de vue macroscopique, la paralysie générale se caractérise par : la symphyse méningo-corticale, la dilatation ventriculaire, les granulations épendymaires, la différence de coloration de la substance blanche et de la substance grise, e ©

2° La sénilité se différencie surtout par l'absence de méningite, des lésions plus localisées, des formations lacunaires. Mais, à part la méningite, les deux affections peuvent présenter avec une fréquence variable des lésions analogues (exception faite pour les grosses lésions vasculaires, qui ne sont pas caractéristiques de la sénilité).

3° Pour expliquer les prédominances symptomatiques que nous avons étudiées, il n'existe pas de signe macroscopique constant. La méningite ne semble pas devoir être incriminée dans la paralysie générale. Qu'elle lance le processus, le fasse diffuser, c'est certain; mais il est probable que son rôle est ensuite secondaire dans la produclion des accidents qui nous intéressent. Une hypothèse s'impose : puisque la sénilité sans méningite réalise ces mêmes accidents, n’y aurait-il pas dans les deux affections une lésion comparable qui jouerait le rôle déterminant. C’est ce que nous avons recherché avec l’aide du microscope.

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Anatomie pathologique microscopique

Notre description est faite sur des coupes colorées par la méthode d'Anglade, élective pour la névroglie. Nous n’en décrirons pas la technique qui se trouve dans de nombreux ouvrages. Nous y apportons cependant un complément : c’est la coloration des éléments coujonctifs, de la méninge en particulier, par la fuchsine picriquée (comme dans le deuxième temps de la méthode de Van Gieson). La méninge est ainsi mieux différenciée et la coloration bleue des cellules rondes tranche mieux sur le rouge de la pie-mère, dans la paralysie générale, C’est, en somme, une double coloration dont nous devons la technique à M. le D' Ducos. Nous préférons encore à la fuchsine picriquée un nouveau colorant, le trypan-roth de Grübler (1), que nousmême avons expérimenté.

FORMES MOTRICES

Paralysie générale. — Au niveau de l'écorce motrice des paralytiques générales qui ont présenté des convulsions, avec souvent un résidu hémiparétique, on observe d’abord : la méningite. La méninge épaissie est infiltrée d'éléments de formes très variées : lymphocytes, plasmazellen, cellules en bâtonnets comparables aux stäbchenzellen de Nissl, cellules granuleuses à gros noyaux clairs, etc. On y retrouve non seulement tous les éléments des inflammations conjonctives, mais aussi ceux

(1) Auruier, Un nouveau colorant de fond : le trypan-roth. Soc.d’anat. et de phys. de Bordeaux, juin 1910,

de la réaction inflammatoire névroglique. Méninge et névroglie corticale réagissent simultanément, d'où résultent les adhérences méningo-corticales. |

Le réseau névroglique tangentiel à l'écorce est, en effet, très augmenté. Il forme un vrai feutrage diffus et continue là où normalement n'existe qu’une fibre rampante. De ce réseau partent des fibres qui vont se souder à la méninge. D'aulres, parallèles, descendent dans la profondeur de lécorce et, au lieu d’être rares et espacées comme à l'état normal, sont serrées, se touchent. Ces fibres sont, en général, d'autant plus denses et de plus fort calibre qu’on les observe plus près de la périphérie. Le processus parti de la corticalité s’atténue vers les parties profondes. La prolifération nucléaire est active ; les cellules araignées sont gonflées, polynucléées.

Puis le processus de sclérose névroglique s’atténue dans la zone des cellules nerveuses et reparaît immédiatement au-dessous d'elles. A l'œil nu, coloration bleu foncé. Les cellules en panier de Betz sont en quelque sorte assaillies par une foule d’astrocytes. Enfin, au niveau de la substance blanche, se dessine nettement une bande formée de fibrilles névrogliques très drues. C’est celte sclérose sous-corticale qu’on sent sous le doigt à la table d’aulopsie, formant comme un moignon.

Les vaisseaux aussi sont atteints. On en rencontre un grand nombre de néoformés. Autour de leurs parois, rayonnent des trousseaux de fibres cnchevêtrées qui s'unissent aux fibrilles voisines de fin calibre. L’accentuation autour des vaisseaux est nette. Enfin nombreuses cellules en bâtonnets (stäbchenzellen de Nissl).

Au Nissl: Les grandes cellules de Belz sont nettement raréfiées. Celles qui existent sont atrophiées, très pigmentées ou en chromatolyse, presque toujours environnées d’une couronne de noyaux.

Sénililé. = Ici, pas de méningite. Un léger degré d'épaississement méningé ne pourrait être pris pour une méningite inflammatoire.

Au niveau de l'écorce motrice, on peut observer deux ordres de lésions :

1° Lésions circonscrites histologiques, plaques de sclérose, petits foyers lacunaires.

Les plaques de sclérose s’observent le long de la ligne que forme le réseau névroglique tangentiel à l'écorce. On voit cette ligne s’épaissir sous forme de renflements névrogliques ou bien senfoncer comme des coins de dimensions différentes dans l'écorce. Elles sont mises très aisément en évidence, visibles même à l'œil nu après la coloration de la névroglie. L'aspect de cette névroglie varie selon que l’on considère les plaques dans la substance blanche où dans la substance grise..Il y a, en effet, des plaques autour des vaisseaux du centre ovale. Ordinairement, on voit des trousseaux de fibres rayonner autour d'une paroi vasculaire, puis s'enchevêtrer circulairement à une plus ou moins grande distance des fibrilles névrogliques de fin calibre. Il n’est pas rare de voir ces plaques se vacuoliser en évoluant vers la lacune. Dans la substance grise, les plaques sont surtout constituées par des nids de gros astrocyles. Noyaux multiples, libres de gros calibre, masses brunâtres dans l’intérieur des cellules araignées. Ces. plaques ne s’observent pas que dans la région motrice des séniles convulsivantes; elles y prédominent très nettement, mais on en voit aussi sur les coupes faites au niveau du pôle frontal.

2 Dans l’autre variété, la sclérose cérébrale n’est plus en foyer. Elle est diffuse, avec seulement des prédominances dans les régions de prédilection des plaques. Toute la couche superticielle de névroglie est épaissie, envoie régulièrement des fibrilles dans l’écorce; ces librilles, parallèles, se touchent au lieu d’être rares comme à l’état normal; la prolilération nucléaire est active; les cellules araignées sont gonîflées, polynucléées : au milieu de la substance grise, il n’est pas rare de voir des nids de sclérose miliaire, comme on en rencontre dans T1 des jargonaphasiques logorrhéiques. La densité du réseau névroglique ne s’atténue que dans la zone des cellules nerveuses pour reparaitre immédiatement au-dessous d'elles. Les grandes cellules motrices de Betz, les plus profondément situées, sont entourées d'une multitude de cellules araignées qui semblent les attaquer

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de divers côtés et, dès qu'on arrive à la substance blanche, on rencontre un vérilable moignon névroglique, constitué surtout par un réseau librillaire très serré. Il est à remarquer que la néoformation vasculaire est ordinairement très abondante et qu’il y a de la périvascularite. C’est aussi dans ces formes que l'on rencontre une abondance de « Stäbchenzellen ». |

On remarquera que celte description se superpose presque exactement à une lésion de paralysie générale. Il n’y manque que la lésion méningée. Si l’on ajoute à cela que la paralysie générale peut dans quelques cas offrir de l’encéphalite corlicale avec prédominance, la similitude est complète.

FORME APHASIQUE

Paralysie générale. — Les mêmes lésions avec les mêmes caractères se rencontrent au niveau de la zone de Wernicke du côté gauche, plus marquées peut-être au niveau de la partie tout à fait postérieure de la première circonvolution temporale.

Chez les paralyliques générales : Méningite ; encéphalite corticale diffuse ; sclérose sous-corticale en traînée continue tranchant à l'œil nu par sa coloration bleu très foncé sur le bleu clair du reste de la substance blanche et le gris bleu de la substance grise. Gros éléments avec protoplasma à gros noyaux clairs, fibrilles réunies en faisceaux qui constituent de gros prolongements visibles mème avec les faibles grossissements. Parfois véritables plaques de gliose. Ces deux processus enserrent la couche grise, très diminuée d'épaisseur.

Sénilité. — Nous ne décrirons pas les lésions histologiques qu’on rencontre autour des gros ramollissements de la zone de Wernicke des démentes séniles. Ce sont des lésions banales qui ne sont pas caractéristiques de la sénilité.

Bien plus intéressantes sont celles qui ne sont qu’une exagération au niveau des circonvolutions temporales du processus de sclérose qui atteint tout l’encéphale.

On observe à ce niveau : Pas de méningite. La couche névroglique superficielle est très épaissie ; par endroits elle forme des

plaques qui s’enfoncent, ou bien de véritables coins. Dans l'épaisseur de la substance grise, on remarque de nombreux amas brunâtres fixés par l'acide osmique, masses amorphes, constituées par du protoplasma cellulaire ou névroglique, ou par de la myéline désagrégée ; au-dessous, des plaques disséminées de névroglie avec de gros astrocytes entourant parfois un espace de coloration jaune verdâtre uniforme. Enfin, dans la profondeur, au niveau de la couche cellulaire, on observe des formations très particulières, constituées par des astrocytes de dimensions plus grandes, avec des fibrilles très denses et de gros calibre. Ces astrocytes paraissent nettement circonscrire un espace clair, légèrement jaunâtre, ayant l'aspect d'un corps cellulaire. C’est là une disposition qu'on pourrait appeler miliaire. Ou bien ces plaques se vacuolisent et tendent vers la lacune.

FORME CÉRÉBELLEUSE

Dans le cervelet, l'aspect des lésions est exactement le même.

Dans la paralysie générale : Méningite. Sclérose corticale toujours diffuse, mais susceptible de s’accentuer par ilots. Noyaux autour des cellules de Purkinje. De même dans la cou- che de grains, abondance d’astrocytes. Mais après la couche moléculaire, c’est la substance blanche qui est la plus atteinte. La sclérose y est diffuse, mais avec des prédominances qui vont jusqu’à la plaque, très rarement jusqu’à l’effritement, tendance à la lacune. Stäbchenzellen.

Dans la sénilité : Pas de méningite.

La forme en plaques de la cérébellite corticale semble être plus commune que la forme diffuse. La lésion est le plus souvent limitée, en coin, se continuant sans transition avec le tissu voisin à peu près sain. La sclérose prédomine au niveau des cellules de Purkinje. On rencontre des lacunes au fond des sillons et dans la substance blanche, au niveau du noyau dentelé. Les Släbchenzellen manquent ou sont peu nombreuses.

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FORMES PÉDONCULO-PONTO-BULBAIRES

Paralysie générale. — (Obs. XXXIX). A l'examen histologique de l'écorce cérébrale on reconnait les lésions de la paralysie générale. La sclérose corticale est diffuse en contact avec la méningite inflammatoire, etc.

L'examen à l'œil nu de la coupe colorée du pédoncule montre des trainées ou des plaques très foncées, de petites lacunes environnées d’un cercle très bleu prédominant nettement dans la région de la calotte. Au microscope, on observe tous les signes de la sclérose, jusques et y compris la plaque à fibres pelotonnées sans noyaux, tous les degrés de la formation lacunaire, etc. Le fait important demeure celui d’une formation scléreuse très accusée, avec tendance lacunaire relativement faible.

Sénilité. — (Obs. XL). La lacune pédonculaire située entre le noyau rouge et l’aqueduc de Sylvius à gauche visible à l'œil nu sur la table d’autopsie, est devenue plus apparente sur la coupe microscopique .colorée. Au centre, trousseaux de grosses fibres névrogliques, corps granuleux, etc. ; au pourtour, couronne de névroglie dense au milieu de laquelle les cellules sont étouffées. La diffusion du processus scléreux péri-lacunaire s'étend sur tout le territoire des noyaux d’origine du troisième nerf cranien gauche ; mais la lacune proprement dite n’est pas au centre même des groupements ; elle a, pour ainsi dire, miné les amas cellulaires, certainement sectionné quelques fibres de projection et intéressé le faisceau longitudinal postérieur. Ainsi se trouve expliquée la récupération d’une partie des mouvements de l'œil, par l'intégrité relative de quelques . groupes cellulaires.

Au niveau du bulbe des séniles pseudo-bulbaires, on rencontre des lésions de sclérose névroglique avec formations lacunaires fréquentes, Dans la ‘paralysie générale, la méningite est constante, l'hyperplasie du lissu interstiliel Loujours très marquée. Nous ne pouvons apporter ici de contribution à l’élude

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bien incomplète de la prédominance des lésions au niveau de tel ou tel noyau. Nous mentionnerons seulement que les noyaux de l’hypoglosse et du glosso-pharyngien nous ont paru souvent spécialement touchés. L'étude anatomo-pathologique du bulbe appelle de nouvelles recherches.

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