LE CHRISTUNISHE ET LA LOI DE TRANSFORMATION
On ne peut poser d'antre fondement qne celni qui a été posé, savoir Jésus- Christ. Si quelqu'un bâtit sur ce fondement aTec de l'or, de l'argent, des pierres précieuses, ou du bois, du foin, du chaume, l'ouvrage de chacun sera connu, car 1» temps le fera connaître.
^StPaul, I Cor. m, 11-13.)
Après avoir étudié le Christianisme de Jésus-Christ, nous voudrions passer immédiatement au tableau des modifications que subit sa pensée entre les mains de ses divers disciples ; cependant peut-être est-il nécessaire d'écarter, avant de poursuivre notre tâche, un scrupule mal fondé qui s'élèvera sans aucun doute dans certains esprits. La notion catholique d*un Christianisme orthodoxe ou immuable est encore infiniment répandue ; beaucoup de protestants, bien peu fidèles au principe de la Réforme, et même certains philosophes, n'ont pas encore compris que le Christianisme avec un fond immuable est essentiellement variable dans ses formes, soit intellectuelles, soit extérieures, dans ses développements théoriques et ses applications. L'idée des transformations chrétiennes est un scandale pour les uns et pour les autres une contradiction.
Nous croyons avoir démontré que l'idée même de religion orthodoxe ou absolue est radicalement fausse. On nous répond de deux côtés à la fois que c'est cependant une idée chrétienne ; ce qui prouve selon les orthodoxes que nous nous sommes trompés, et selon les philosophes que le Christianisme est entaché d'une erreur des plus graves.
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La question peut être débattue d'une manière générale et abstraite. On peut répondre à nos orthodoxes par ce reproche si vrai de Channing : La plupart des protestants combattent le catholicisme sous son propre drapeau (Vie, t. III, p. 369), Il faut leur rappeler que toute religion a deux facteurs, Dieu et rhorame, en d'autres termes la vérité et l'esprit humain qui saisit celte vérité plus ou moins heureusement. Quand une religion quelconque prétend n'avoir que Dieu pour père et arriver à nous sans passer par des esprits semblables aux nôtres, elle se fait une pure illusion ; ce n'est pas une imposture, sans doute, mais une chimère. On a tout fait pour donner au Christianisme le caractère d'une religion absolue. On a cru y parvenir en faisant Jésus l'égal du Père. Mais Jésus n'a rien écrit, et tout ce que nous savons de lui nous vient par des hommes, des évangélistes, des apôtres. On a cru trancher la difficulté en supposant que ces auteurs sacrés ont écrit sous la dictée de Dieu. IMais leurs divergences, leurs contradictions, certaines erreurs de fait, ont rendu cette hypothèse insoutenable, et de plus, l'interprétation des livres saints a soulevé tout un monde de difficultés et de variations. On a essayé d'arriver à l'absolu par l'autorité de l'Église et l'infaillibilité qui avait déjà passé de Jésus aux apôtres a été transmise des apôtres, soit aux conciles, soit au Pape, soit au Pape réuni aux Conciles ; l'Église de l'autorité n'a jamais su dire en qui cette autorité réside, et les partisans mêmes de son infaillibilité ont adopté de nos jours, sous les yeux de Pie IX et par la plume du jésuite Perrone, l'idée du développement de la doctrine.
Il est impossible, en effets de nier que le Christianisme, même sous sa forme la plus autoritaire, se développe sans cesse et marche, comme toute chose, en arrière ou en avant. L'histoire est là pour élever ce fait au-dessus de toutes les contestations et à la question de savoir si le Christianisme peut se transformer, il suffit de répondre qu'il s'est transformé en tous temps et qu'il se transforme sous nos yeux.
L'idée même de révélatioD n'a rien de contraire à celle que
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