‹ Des premières transformations historiques du christianismeChapitre 12 sur 22 · LE CHRISTIANISME ET LA LOI DE TRANSFORMATION · texte numérisé non relu

LE CHRISTIANISME ET LA LOI DE TRANSFORMATION

nous exposons ici. Toute yérité, quelque divine qu'elle soit, se développe de deux manières qui, au fond^ reviennent à une seule, en épurant sans cesse les éléments humains qu'elle contient nécessairement et en se dégageant elle-même, en portant ses fruits, en mettant au jour ses propres conséquences, en se donnant elle-même plus complètement. Nulle vérité n'est stérile.

On peut demander ce qu'en a pensé Jésus, mais la réponse ne. saurait être douteuse. Personne n'a fait à la libre conscience un appel plus hardi. Personne n'a dit à l'esprit humain, avec une foi plus intrépide en la vérité : Cherchez et vous trouverez. C'est un caractère distinctif de Jésus que ce mélange d'une hardiesse suprême avec des ménagements inânîs pour les âmes angoissées. 11 ouvre h la recherche le champ de l'infini ; et il respecte hautement les droits illimités de la pensée à la poursuite du vrai ; mais en même temps qu'il montre une sublime confiance en la puissance de la vérité et en l'aptitude de l'âme humaine pour la reconnaître et l'aimer, il comprend avec une délicatesse infinie les angoisses, les misères, les pudeurs, les saintes ambitions du cœur humain. li sème dans les esprits et les laisse nourrir eux-mêmes le grain dans le sillon profond. Toutes les individualités ont leur légitime carrière. Aucun joug uniforme, aucune règle sèche et rude ne leur est imposée. Aussi jamais cire brûlante n'a reçu comme la vérité chrétienne l'empreinte de tous les caractères, de toutes les races, de toutes les époques.

Non seulement c'est un fait qu'il y a autant de Christianismes que de chrétiens; mais Jésus a pris grand soin et grande peine pour qu'il en fût ainsi. Voyez-le défendre sans cesse, avec une tendre et vigilante sollicitude, toute expression spontanée de l'amour et de la foi, contre la roideur orthodoxe des Juifs et l'étroilesse de ses propres disciples (l). On

(1) Laissez faire; n* empêchez pas; lais^sez venir à moi; ne blâmez pas; ne jugez pas, c'est ainsi qu'il parle des libres expansions de la vie religieuse et les fait respecter. Jean^ XII, 7 ; Marc^ IX, 39 ; X. 14; Luc, VU, 36-50; Matth., VII, 1, etc.

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se sentait à Taise avec lui, et tandis que maintes fois un grand caractère a nivelé tous ceux qui Teniouralent et leur a donné sa nuance, les deux Jean, Pierre, Marthe et Marie ont gardé tout entière, à côté de Jésus et à son ombre, la pleine originalité de leurs natures, la diversité vivante de leurs caractères.

A-t-il jamais parié de sa religion comme d'une doctrine fermée, de son évangile comme de ce qu'on appelle un protocole clos? Jamais. Les images par lesquelles il représente sans cesse la vie chrétienne, le règne de Dieu en nous et les destinées de son Église sont empruntées à la nature vivante : c'est la germination des végétaux, le bon grain qui croit mêlé à rivraie, la petite semence qui devient un grand arbre, le fruit mûrissant sur la branche, le levain qui fermente et fait monter toute la pâte, Teau vive qui devient une source et jaillit en vie éternelle, Tincendie qui se propage de lui-même, le capital bien placé qui s'accroît par les intérêts accumulés et par le travail.

Dans rËvangile selon saint Jean^ il annonce à plusieurs reprises et de diverses manières les développements futurs de sa doctrine. Il déclare aux disciples la veille de sa mort qu'il a encore beaucoup de choses à leur dire ; mais qu'elles sont audessus de leur portée (1); il leur répète que l'esprit, Vexlwrtateur (Paraclet) leur enseignera des choses qu'ils ignorent (2). Il étonne les douze par cette solennelle et profonde parole : En vérité, en vérité, je vous le dis : celui qui croit en moi fera les asuvres que je fais, et il en fera même de plus grandes que celles'd, parce que je m'en vais à mon Père (3). Il nous semble impossible d'exprimer plus hautement que dans ces formelles et fréquentes déclarations, le caractère éminemment progressif du Christianisme.

Le contraste est frappant entre tant de religions qui prétendent dès leur premier jour avoir tout dit et la religion chré-

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