‹ Des premières transformations historiques du christianismeChapitre 13 sur 22 · LE CHRISTIANISME ET LA LOI DE TRANSFORMATION · texte numérisé non relu

LE CHRISTIANISME ET LA LOI DE TRANSFORMATION

tienne qui ne cesse de pousser les âmes plus avant et plus haut dans la connaissance de la vérité.

Voilà pourquoi Jésus, saisissant dans son élévation et son ensemble l'avenir du règne de Dieu, ne Ta lié à aucune forme, à aucun code, à aucun credo, qui pour être intelligible et qu'on pût l'admettre, aurait dû porter l'empreinte passagère et locale des circonstances. Il a réservé avec une sollicitude constante tous les progrès et toutes les libertés de l'avenir. En conséquence, quiconque prétend figer et immobiliser sous une forme donnée le courant intarissable de la vie et de la vérité chrétiennes est en opposition directe avec la volonté du Maître et avec ce perfectionnement, sans autre terme que la perfection divine, qui est l'essence même du Ghristtanisme.

Rétablissons les faits. Cette doctrine si libérale de Jésus fut sans cesse méconnue. A toutes les époques, des chrétiens, convaincus mais peu éclairés, voulurent faire de leur imparfaite doctrine ce qu'il n'avait jamais fait de la sienne : une règle immuable^ la source absolue de toute vérité. On a voulu sans cesse réintégrer dans l'Ëgiise les trois fléaux du Mosaïsme, l'esprit de légalité, l'esprit prêtre et le culte de la lettre. Mais aussi, d'époque en époque, ont paru au sein de la chrétienté des hommes de foi qui ont senti que le moment d'une transformation était venu, ont essayé de restaurer les grands principes chrétiens dans leur pureté primitive en les dégageant des additions illégitimes, et se sont efforcés de répondre aux besoins actuels et nouveaux des âmes. En pareil cas, ceux dont Dieu se sert pour opérer une réforme nécessaire commencent toujours par avoir contre eux le plus grand nombre des chrétiens. 11 n'en peut être autrement. Ni le monde, ni les Églises n'aiment à être troublés dans leur repos ou dans leurs habitudes. Les premiers en qui se font jour les aspirations chrétiennes de leur temps commencent toujours par former une minorité et par soulever la majorité contre lear parole. On les accuse d'innover. Ceux qui ne les comprennent pas, les voyant ébranler une partie des doctrines

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50 TRANSFORMATIONS DU CHRISTIAl^îîSMHl.

qu'on avait crues avant eux, les déclarent sacrilèges et blasphémateurs, et les crucifleraient s'ils le pouvaient, pour la plus grande gloire de Dieu et le bien des âmes. Les adversaires mêmes de leur religion, qui ne s'en font d'autre idée que la notion traditionnelle, les trouvent inconséquents et les accusent de sortir de leur Église sans se déclarer contre elle. Enfin ceux mêmes qui les comprennent moins mal^ mais à qui le courage ou les lumières font défaut, les blâment comme impatients, les prennent quelquefois en haine comme compromettant leurs frères ou même les dénoncent au pouvoir civil comme anarchiques et subversifs. Sans doute, avec le temps, tout change ; la minorité d'hier sera la majorité de demain ; et tout ce que font les hommes contre un progrès dont l'heure est venue ne peut que l'accélérer. Mais la résistance qu'opposent la routine et la pauvreté spirituelle aux développements de la vérité ne devrait étonner personne. Il faut s'y attendre ; il en a été ainsi depuis Jésus-Christ lui-même jusqu'à nos jours. On pourrait d'avance prévoir la durée de cette lutte impuissante contre Dieu. Le seul sentiment digne d'un chrétien contre ceux qui, de bonne foi, combattent l'esprit par amour de la lettre et font la guerre à Dieu, est une pitié charitable. 11 faut porter ce sentiment à une telle hauteur qu'il ne s'y mêle aucune colère et l'élever s'il est possible jusqu'à une région si sereine que le dédain même n'y ait pas d'accès.

Reprenons maintenant notre étude historique ; et sans prêter l'oreille aux diverses orthodoxies, dont chacune prétend nous montrer son propre système en Jésus, et l'y retrouver identique avec lui-même dans tous les siècles, observons les faits sans prévention dans la richesse compliquée et la variété vivante de leurs manifestations. Au lieu de voir fonctionner sous nos yeux un mécanisme dirigé par l'esprit prêtre ou par l'esprit de secte, nous assisterons aux libres mouvements de la vie spirituelle, c'est-à-dire aux aspirations variées de l'humanité chrétienne, recherchant sur les pas de son Maître, mais à ses propres risques, la vérité, la Sainteté et Tamour.

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