PRÉFACE. IX
de foi et d^esprit, est un personnage historique, un Juif célèbre qui s*empresse de mettre son crédit naissant au service de sa race exilée, afin d'obtenir la liberté d'Israël et son retour en Judée. Le concurrent couronné ne serait autre, en effet, selon notre auteur, que ce descendant de David, ce Zorobabel qui ramena de la captivité de Babylone un grand nomore de ses frères; et le jeu d'esprit où il briJla n'aurait eu d'autre but que l'affranchissement de sou peuple.
Nous ne conseillons à personne de prendre pour de l'histoire ce récit anecdotique. Mais il importe peu. La valeur de l'idée remporté de beaucoup ici sur l'authenticité du cadre, où nous la présente l'auteur anonyme d'un livre juif écrit en grec peu avant Jésus-Christ, et connu sous le nom inexact de III« Esdras (1).
C'est à la suite de quelque vieille Bible, soit catholique, soit protestante, qu'on trouvera avec tous ses détails la spirituelle fable dont nous n'avons donné ici que les principaux traits. Le rôle qu'y jouent Darius et Zorobabel, qui ne furent pas même contemporains, les quatre discours, la gageure des trois pages, tout est apocryphe; il n'y a de vrai que l'idée morale (2). C'est ainsi qu'il nous vient parfois de l'Orient quelque merveille d'orfèvrerie dont For n'est pas toujours de bon aloi et où brillent cependant des pierreries splendides. Nos lecteurs nous pardonneront d'avoir détaché pour la leur offrir, de sa monture à la fois élégante et Barbare, une perle fine de valeur inappréciable et du plus pur éclat; cette haute pensée qui servira très dignement d'épigraphe à un livre sérieux et chrétien : La vérité est grande, elle prévaudra.
. Mais où trouver la vérité? L'Église de Rome a emprunté à un moine ce critère : La vérité est ce qui a été cru toujours, partout et par *oms. C'est là un critère entièrement chimérique; l'unanimité n'a jamais été absolue. Telle qu'elle est, elle suffit à démontrer un besoin commun des âmes, un postulat de la nature humaine ;
(1) Ld III" livre d'Esdras est UDe compilation rédigée pendant le cours du dernier siècle avant Jésus-Christ par un Juif helléniste, probablement d*Â.iexandrie et d'ailleurs entièrement inconnu .
(2) Le même conte se trouve chez Flave Josèphe, Antiq, jud, XI, 3.