‹ Des premières transformations historiques du christianismeChapitre 5 sur 22 · X PREFACE · texte numérisé non relu

X PREFACE

mais quant aux dogmes particuliers, elle n'a ni réalité, ni autorité, ni consistance. L'immense majorité des hommes a cru pendant des siècles mainte doctrine dont elle-même a reconnu, depuis, la fausseté.

Avant d'essayer de la synthèse, il faut avoir passé par l'analyse. Il faut avoir étudié les opinions humaines pour constituer en connaissance de cause un cor{)s de doctrine. C'est là une recherche d'histoire; et en fait d'histoire, comme en toutes choses, il n'y a de pleinement réel, de vivant, que ce qui est individuel. Tout ce qui est collectif est en quelque mesure conventionnel et fictif. Les sociétés, les Eglises, les nations» les races, se font elles-mêmes à leur manière. C'est dans l'individu que se trouve, non sans altération, mais réellement, le fait primitif, la donnée de Dieu.

Notre siècle est trop peu individualiste, surtout en France. La tendance panthéiste est partout; elle a rendu de véritahles services ; elle a fait justice de certaines notions étroites et superficielles dont Teàprit français s'était trop longtemps contenté, et qui, par exemple, ont rendu la théologie et la philosophie d'un Bossuet entièrement inacceptables pour la pensée moderne. Mais le panthéisme, en lui-même, est une énorme erreur, et, de plus, il a le tort incalculable de relâcher le ressort individuel, ce ressort unique qui donne le branle à tout ce que l'humanité a de grand et de fort. Le monde a besoin que les âmes apprennent de nouveau ce qu'elles ont trop oublié, qu'elles sont responsables, capables de volonté, chargées de devoirs, et solidaires parce qu'elles sont libres. Donner aux caractères une trempe nouvelle, les mûrir pour l'avenir, tel doit être le out de tous ceux qui ont mission d'enseigner et d'éclairer.

Le vieil individualisme huguenot a peut-être son mot à dire sur les questions du jour; il le pourra d'autant mieux, et le devra d'autant plus, s'il est à la fois élargi par l'esprit scientifique et adouci, enrichi, par la culture variée des temps modernes. Il s'est accoutumé dès longtemps à ne craindre ni les problèmes, ni les luttes. Il s'est accoutumé à ne vouloir d'autre appui que la fermeté des convictions et d'autre arme que la liberté des recherches. Avec ces deux forces, quel poids ne pourrait-on soulever?

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