PRÉFACE. V XI
Pour nous, malgré des secours si puissants, nous n'avons voulu nous aventurer ici que sur le terrain solide de Thistoire; nous n*en connaissons pas de plus sûr, ni de plus fécond ; nos pères ont semé tout ce que nous récoltons, et nos fils ne recueilleront que ce que nous semons aujourd'hui dans leur propre cnamp.
L'histoire religieuse est très mal connue parmi nous. L'Eglise, comme la cour, a ses historiographes d'office; et la première condition pour apprenare son histoire est de lui dénier non seulement son infaillihilité prétendue, mais sa mensongère unité. L'idée môme d'orthodoxie est une fiction radicalement fausse, une prétention qui ne peut pas être fondée. Au sens qu^on attribue à ce mot, il n'y a d'orthodoxe que la vérité; mais la vérité n'est le monopole de personne, et n'a pas besoin de ce titre d'école ou de sacristie : il lui surfit de s'appeler la vérité. Osons savoir; rétablissons les faits, et raisonnons sur ce qui est, non sur ce qu'une autorité quelconque a besoin de nous faire penser.
C'est dans cet esprit que nous avons entrepris l'étude suivante sur les origines des diverses Eglises chrétiennes, et sur leurs transformations pendant les premiers siècles de leur existence (1).
(1) Il est un groupe 4® critiques auquel ce volume ouvre une ample carrière : ce sont ceux qui ont excité contre nous certaines passions, en imprimant tantôt, que nous ne voulons pius croire au Dieu vivant^ tantôt au'un sermon que nous avons prêché et publié sous le titre d'Élan vers Dieu, est dirigé contre la Ïirière^ tantôt enfin que nous sommes panthéiste^ tandis que individualisme, c*est-à-dire ce qu'il y a au monde de plus contraire au panthéisme, est notre point de départ et notre méthode. Ils peuvent continuer à nous prêter des opinions diamétralement contraires aux nôtres; nous ne connaissons aucun moyen d'éviter d*injustes suppositions, ni d*éclairer malgré eux des esprits peu disposés à comprendre tout ce qui s^écarte de leur point de vue essentiellement étroit. Nous pouvons même dire en leur faveur, et en toute vérité, ^ue leurs préoccupations habituelles, la légèreté de leurs appréciations et leur peu d'habitude des grandd problèmes quils traitent de si haut, atténuent à nos yeux leurs torts les plus graves. Nous ne les défions pas plus que nous ne les redoutons. Nous ne devons et ne pouvons tenir aucun compte de leurs accusations. Us continueront quelque temps encore à désunir et à faire du mal, ce qui est toujours plus facile que de faire un peu de bien; mais leurs assertions, contraires à la réalité, finiront par tomber d'elles-mêmes comme tout ce qui est faux.
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