MERCURE MÉTALLIQUE
Uislorique. — Etymologie. — Synonymes. — Le mercure paraît avoir été connu très-anciennement, comme cela est arrivé pour tous les autres métaux que la nature nous olï're à l’état de liberté, ou qui sont d’une extraction facile (Hœfer, 275).
Son nom lui vient, dit-on, de la planète Mercure, à laquelle on le rattachait, en raison des rapports que ceux qui cultivaient l’art sacré croyaient établis entre les métaux et les astres (276;. Mais ne se pourrait-il pas que ce nom de Mercure fût lié avec celui par lequel on désignait souvent XHermès irismégisle des anciens Egyptiens, l’inventeur de la chimie et le suprémeoracle des alchimistes ?
Connu des Grecs et des Romains, le mercure a été nommé par eux vif-argent {argenlum vivum), et hydrargyre ou argent liquide («Stop et apyopoc), la pre» mière dénomination s’appliquant au mercure natif, la deuxième employée pour distinguer le métal préparé artificiellement (275).
Ce corps qui, par sa fluidité, faisait contraste avec les autres matières métalliques, a été de la part des alchimistes la source de travaux considérables, de recherches infatigables, ayant pour but l’art divin, le grand œuvre, c’està-dire la transmutation des métaux (277). Aussi fut-il tourmenté de mille et mille manières, afin de lui faire perdre cette fluidité sans laquelle il eût été de l’argent. (Ainsi pensait-on?) —D'un côté, on cherchait à lui donner du corps, à le fixer en étouffant sa vapeur, afin de lui enlever de sa subtilité, |)e là ces tentatives étranges, presque grandioses à force d’être insensées,
et qui consistaient 5, remplir de mercure des boules de fer épaisses et creuses, qu’on fermait ensuite hermétiquement, et qu’on jetait au milieu d’un brasier ardent. — Ces bombes monstrueuses n’étaient pas encore rouges de feu, qu’elles éclataient par une force irrésistible et avec un fracas épouvantable, renversant, brisant tout ce qui se trouvait sur le passage de leurs fragments meurtriers (213, 21/i).
D’un autre côté, ce métal était soumis à l’action d’une chaleur moins exagérée sans doute, mais capable cependant de le volatiliser, de le distiller sans discontinuité, pendant des mois et même des années entières (213, llh). Le nom ü'enfer, qu’on donnait aux vases dans lesquels on pratiquait cette patiente et laborieuse opération, ne paraîtrait-il pas, d’après cela, justement mérité?
Tous ces essais, quoique infructueux, n’étaient pas cependant complètement perdus pour la science. — Ces expériences multipliées, cette investigation sans relâche, cet acharnement inouï à la poursuite du grand œuvre, faisaient naître le plus souvent des découvertes utiles, quelquefois importantes. Mais il faut le dire, les faits acquis, bons en eux-mêmes, étaient singulièrement travestis par les explications les plus irrationnelles, par les théories les plus obscures et les plus fausses qu’ait pu permettre l’absence de toute méthode scientifique.
A cette époque de science alchimique, les métaux étaient considérés comme des corps composés de soufre et de mercure (279) ; mais il ne faut pas entendre par là le soufre et le mercure tels que nous les connaissons aujourd’hui et tels qu’on les possédait déjà : c’étaient deux principes hypothétiques et, pour ainsi dire, la semence des métaux. C’est comme cela qu’on doit comprendre ce que l’on désignait alors sous le nom de Mercure des philosophes (282) (■).
Cette idée de la composition des métaux se répercuta longtemps encore à travers les opinions de ces temps peu scientifiques; aussi peut-on lire dans les Œuvres de N. Abraham delà Framboisière (Lyon, 1669 ) cette phrase qui en est bien certainement le reflet : « Le vif-argent est une eau visqueuse assemblée avec une terre blanche très-pure. Cettuy-là est comme germe paternel, et cettuy-cy comme semence maternelle des métaux qui se forment dans la matrice de la terre » (206).
(‘) Il en est de même de l’un des cinq principes ou éléments de la matière, admis par Paracelse, et qu’il nommait mercure ou esprit (285).
Le mercure n’était môme pas considéré par tous comme un métal parfait, ainsi que cela résulte d’un autre passage du même auteur :
« Mais le vif argent que les chymistes appellent tout exprès mercure, doit être exclud des métaux parfaits pource que ce n’est pas un corps constant pour endurer le marteau, joint que selon leur doctrine môme, c’est un principe métallic. Or, y a-il grande diférence entre les principes et les corps qui en sont issus et composez. » (206).
Malgré cela, les alchimistes lui attribuaient une haute vertu et le nommaient Eau d'or, supposant par là qu’il jouait le principal rôle dans la transmutation des métaux imparfaits en or. Ils le nommaient encore Eau spMriquc, Eau d’immersion ou de purification, par allusion à l’usage qu’on en faisait dans raffinage des métaux nobles (276).
Si le mercure fut tourmenté pour la réalisation du grand œuvre, au point de vue des richesses qui devaient en résulter, il fut également mis à l’épreuve par les mômes chercheurs qui espéraient en extraire un principe doué de propriétés miraculeuses, capable de prolonger la vie en s’opposant à toute espèce de maladie ; c’était là leur Panacée universelle (277).
La médecine profita des expériences qui furent tentées dans cette voie, et les combinaisons mercurielles devinrent bientôt d’un usage général, même à l’intérieur, malgré le renom terrible de poison de toutes choses (Venenuni rerum omnium) que lui laissèrent les Romains (275). C’est surtout à l’époque à laquelle la syphilis déborda sur l’Europe, que les médecins surent trouver dans le mercure un spécifique puissant à l’aide duquel on put combattre cet horrible mal (28/i). Ajoutons que la découverte du Nouveau-Monde, en dotant le continent européen du produit de mines d’argent presque inépuisables, servit beaucoup à l’extension des usages industriels du mercure, par sa large application au procédé d’amalgamation (287).
Pour en finir avec ce rapide historique, il faut encore faire remaiquer que le mercure ne prit rang parmi les corps simples que lors de la réforme chimique, opérée de 1774 à 1784 ^ Iti suite des immortels travaux de Lavoisier (225).
Propriétés organoleptiques. — A la température ordinaire le mercure affecte l’état liquide. Par son éclat métallique si vif, par son opacité, par sa couleur blanche à peine bleuâtre, il rappelle l’argent. 11 est sans odeur et sans saveur. Quoique liquide, il ne mouille pas les parois des vases qui le contiennent; aussi son ménisque est-il convexe. Il contracte cependant quelque adhérence
avec certaines surfaces métalliques (or, argent, cuivre, etc.) Il ne mouille le verre que lorsqu’il est en partie oxydé ; alors son ménisque est plat, et le baromètre qui le contiendrait dans cet état donnerait des indications fautives (55A.)
Le mercure est si fluide que la main ne saurait le saisir ; il fuit sous les doigts et peut être divisé en une infinité de petites gouttelettes sphériques d’une extrême mobilité.
Propriétés physiques. Sa densité est considérable; elle est de i3,59585 (Régnault, 153). Il est donc 10,467 fois plus pesant que l’air et 152,773 plus lourd que l’hydrogène. 11 peut être comprimé de 0,00000295 de son volume par chaque atmosphère de pression (Grassi, 203).
Pendant longtemps le mercure fut considéré comme incapable de prendre la forme solide ; d’où le nom de liqueur éternelle que lui donnaient les Romains (275). Mais le 26 décembre 1769, plusieurs membres de l’Académie impériale de Saint-Pétersbourg profitèrent du froid excessif qui régnait alors pour tenter sa solidification (549). Ils l’obtinrent en plongeant les thermomètres qui recélaient ce métal dans un mélange de neige et d’esprit de nitre ; ils en retirèrent le mercure sous forme de petites boules métalliques que le marteau pouvait aplatir.
Les savants qui, les premiers, observèrent ce phénomène, le regardaient avec admiration. Quelle aurait été leur stupéfaction s’ils avaient pu connaître la miraculeuse expérience de M. Faraday (44), qui consiste à solidifier le mercure en présence d’un peu d’éther et d’acide carbonique solide dams im vase rouqe de feu ! Hâtons-nous de dire, pour être juste, que ce mode opératoire n’était que l’amplification de celui que M. Bouligny avait si admirablement appliqué à la congélation de l’eau, dans son beau travail sur l’état sphéroïdal.
C’est à—4o° (à—4>° d’après M. Person, 89), que le mercure se solidifie en se contractant beaucoup, ce qui porte sa densité à 14,391. Il est alors malléable, susceptible de s’étendre sous le laminoir, et d’accepter les empreintes sous le choc du balancier. Sa ductilité, sa malléabilité et sa ténacité le placent entre le plomb etl’étain. On peut l’obtenir cristallisé ; il affecte la forme de l’octaèdre régulier.
Le mercure entre en ébullition à la température de -j- 560“ (35o” du thermomètre corrigé) ; sa vapeur est incolore. Dans le vide, son point d’ébullition descend de 90“, c’est-ii-dire qu’il se fixe à -|- 270° (Taupenot, 501), La densité
de sa vapeur, déterminée autrefois par M. Dumas est de 6 , 976 . A volume égal cette vapeur est 100 fois plus lourde que l’hydrogène.
A la température ordinaire la volatilisation du mercure n’est pas douteuse. On peut s’assurer de la production spontanée de sa vapeur en plaçant un peu de ce métal au fond d’un flacon et en suspendant une petite feuille d’or trèsprès de sa surface ; elle y blanchit bientôt (Faraday, 42.)
On a cru pendant quelque temps que le mercure, en s’évaporant, produisait un fluide qui n’obéissait pas à la loi du mélange des gaz et des vapeurs (Faraday, 42). Mais les observations de M. John Davy, d’une part (153), et celles de M. Brame de l’autre (192), ont démontré le peu de valeur de cette assertion. La tension de cette vapeur est à peine sensible à o“, A 100 “, elle équivaut à o""",5 (60).
Sa dilatation absolue, à l’état liquide, croît avec la température ; elle est:
de 0 ° à 100 ° = : de 100 ° à 200 ” — 5 - 7 ^.- ; de 200 ” à 3oo“ = (Dulong
655o ’ 5425 53oo^ ®
et Petit, 37). Ces nombres ont été un peu modifiés par les nouvelles expériences de M. llegnault (562).
La chaleur spécifique du mercure, trouvée par Dulong et Petit, est de o,o33o (de o à 100“), et de o,o35o (de 0° à 3oo°) (40). M. Régnault a obtenu o , o 5332 pour le mercure liquide, et 0,00241 pour le métal solidifié entre — 40° et — 77 % 5 . (590). Sa chaleur latente de fusion égale 2,84 (Person, 590).
Quoique liquide, le mercure est un bon conducteur du calorique (204). Il doit cette propriété à sa nature métallique. On en profite pour réchauffer facilement les cuves hydrargyro-pneuraatiques pendant l’hiver, en y plongeant un boulet rougi au feu. Il conduit également bien l’électricité (205). De là, son emploi pour en remplir les godets à travers lesquels doit passer un courant électrique.
PROPRIÉTÉS CHIMIQUES. — Aciion dissolvuiile de l’eau. — Le mercure est inaoluble dans l’eau. Cependant on a préparé pendant longtemps, et l’on prépare peut-être encore une Dècoclion mercurielle , dite aussi Eau mercurielle smple, en prenant une partie de mercure et deux parties d’eau, qu’on fait bouillir pendant deux heures dans un inatras en verre ; on sépare ensuite la partie aqueuse par décantation (Soubeiran, 644). Cette eau est donnée comme vermifuge.
Je crois pouvoir dire, sans beaucoup risquer, que l’insolubilité dans l’eau
est le propre de tous les métaux, sans en excepter le mercure. Que signifie donc alors une décoction mercurielle? — D’après Wiggers (A87), l’eau aurait la propriété, non pas véritablement de dissoudre ce métal, mais d’en retenir
environ à l’état de vapeur diffusée. — Cela nous expliquerait pourquoi
cette eau ne donne aucune indication lorsqu’on l’essaye par les réactifs; mais en y ajoutant un peu d’acide azotique, et en concentrant les liqueurs, Wiggers a pu y rendre sensible la présence du mercure. Le même essai tenté par Soubeiran, lui a encore mieux réussi, en substituant à l’acide azotique l’emploi du chlore et du sel ammoniac (044). Cependant, d’après des expériences faites autrefois avec beaucoup desoins par M. Girardin, d’une part (319), et par M. Paton de l’autre (326), l’insolubilité du mercure dans l’eau serait complète I — Je pense effectivement qu’il en est ainsi: l’expérience le prouve, lorsqu’on agit dans des conditions telles qu’il n’y ait en présence que de l’eau et du mercure tout à fait purs.—Or, il est évident que ce n’est que dans des conditions de pureté absolue de la part des agents mis en usage, qu’il faut toujours envisager les réactions chimiques! —Que maintenant, l’eau ordinaire attaque légèrement le mercure à l’aide des sels qu’elle contient toujours, c’est une chose possible, après tout, mais qui ne porte nullement atteinte à l’opinion que j’ai émise plus haut. Dans tous les cas, on doit reconnaître que la Décoction mercurielle présente, dans sa composition, une inconstance telle, qu’on devrait l’exclure de l’usage médical : Un médicament n’est bon que lorsqu il jouit d’une composition invariable.
Action des agents chimiques — On a fait des expériences nombreuses et contradictoires pour décider si le mercure était oxydable à l’air, à la température ordinaire, Boerhaave, qui chauffa du mercui-e à 4a" R. pendant quinze ans et dei’ni dans le môme vaisseau (561), n’obtint qu’un peu de poussière noire que l’eau et la trituration ramenaient à l’état métallique. Dans une autre expérience, ce patientissime chimiste attacha à l’axe d’un moulin un flacon contenant un peu de mercure (216). Après une agitation longtemps soutenue à l’aide de ce mécanisme original, il obtint cette fois une poudre noire, qu’il nomma élhiops per se. Dans sa thèse inaugurale (246, 247), M. Guibourt rapporte que sur trois expériences ayant pour but la vérification du même phénomène, il obtint deux fois cet ètbiops per se ou protoxyde de mercure, par la simple agitation du métal dans un flacon plein d’air. Ce consciencieux observateur croit donc pouvoir assurer que le mercure s’oxyde dans un
air humide. Quant à ce qui peut arriver dans l’air exactement desséché, il avoue ne pas l’avoir essayé (*). Fourcroy a laissé aussi quelques expériences qui prouvent la facile oxydation du mercure à l’air (222).
Aujourd’hui, les belles expériences de M. Berthelot sur l’absorption peu active de l’éthylène par l’acide sulfurique concentré, sur la décomposition lente de l’acide bromhydrique par le mercure (9/i), ne laissent aucun doute sur l’influence qu’un temps prolongé peut exercer sur les actions chimiques. L’oxydation lente et spontanée du mercure à l’air, paraît donc des plus probables.
Quant à celle qu’il éprouve de la part de l’oxygène atmosphérique à une température élevée, elle n’est pas douteuse. Les alchimistes ont fort longtemps pratiqué cette opération dans l’espoir de fixer le vif-argent, c’est-àdire de lui faire perdre sa volatilité, tout en lui conservant ses propriétés métalliques. — L’oxyde obtenu ainsi, était nommé par eux précipité per se. Il prend naissance lorsque le mercure est maintenu bouillant au contact de l’air pendant plusieurs semaines. — L’oxygène pur paraît activer beaucoup cette oxydation (Fourcroy, 222). — Elle est très-rapide, même à la température ordinaire, quand l’oxygène est à l’état d’ozone (Schœnbein, 133),
Le mercure s’unit facilement au soufre, même par une simple trituration ; mais l’action que ces deux corps exercent l’un sur l’autre est bien plus prompte et bien plus vive sous l’influence de la chaleur : il y a même projection au moment de la combinaison. Cette union est si marquée, que M, Brâme l’a mise à profit (192) pour démontrer la grande extension que prennent les vapeurs de mercure à la température ordinaire, en y exposant du soufre utriculaire qu’il plaçait dans des tubes de verre, à une distance assez grande du bain métallique vaporisable : ce soufre y devenait noir.
De son côté, M. Péan de Saint-Gilles (200) a fait remarquer que l’état moléculaire de ce corps avait une grande influence sur son union avec le mercure ; d’après ses expériences, le soufre soluble serait beaucoup mieux absorbé par celui-ci que le soufre insoluble. — Môme à froid, l’hydrargyre est attaqué par le chlore avec une extrême facilité (Berthollet, 353); à 204°, la chloruration a lieu avec flamme. On comprend par là que les acides chloreu.x et hypochlorique, dont les éléments sont si mobiles, soient décomposés par lui à la température ordinaire (550). — Le brôme et l’iode l’attaquent
(*) MM. Pelouze et Frémy ajoutent, comme preuve de cette oxydation, que la matière noire, recueillie et chauffée dans un courant d’azote, se dédouble en mercure qui se volatilise et en oxyde rouge qu’on retrouve comme résidu (593).
aussi avec une grande énergie; leur mélange ne se fait pas sans danger. Les produits formés correspondent aux protpsels ou aux bisels de mercure, suivant qu’il y a excès de métal ou de métalloïde.
Le mercure ne paraît pas réagir sur le phosphore même à la température à laquelle celui-ci entre en ébullition (Pelletier, 218). Il se combine directement à l’arsenic. Il attaque et dissout un grand nombre de métaux (zinc, étain, plomb, bismuth, cuivre, argent, or, etc.). Il réagit môme fortement sur le potassium et le sodium. Mais il ne s’amalgame pas directement à ceux dont le point de fusion est très-élevé, comme le fer, le manganèse, le chrôme, le platine, etc. (Voir Amalgames, 601).
L’action dissolvante du mercure vis-à-vis des substances métalliques est une preuve de plus de la relation qui semble exister entre la nature des substances chimiques et celle de leurs dissolvants.
Le mercure n’a aucune action sur l’eau, même à de hautes températures. Au contraire, il décompose facilement le gaz iodhydrique (26). Mais il ne détruit les gaz bromhydrique (9k) et sulfhydrique qu’après un temps assez prolongé; il met alors l’hydrogène en liberté. 11 ne paraît pas être attaqué par l’acide chlorhydrique gazeux, au moins sans l’intervention de l’air; mais en présence de ce fluide, il se forme du chlorure de mercure et de l’eau (593). Ces conditions restent les mêmes pour l’acide chlorhydrique dissous qui n’agit sur lui qu’avec une grande difficulté.
Il n’en est pas de môme de l’acide azotique : celui-là est le véritable dissolvant du mercure; s’il est concentré, il l’attaque avec énergie et le dissout i-apidement en élevant la température. Cependant, l’acide d’une densité inférieure à i,/i ‘2 et qui est privé de vapeurs rutilantes, n’agit plus sur lui sans l’intervention de la chaleur.
Quant à l’acide sulfurique, il faut qu’il soit concentré et bouillant pour réagir sur le mercure-, il en résulte un dégagement d’acide sulfureux et lise produit un sulfate de protoxyde ou de bioxyde, suivant que le métal ou l’acide est en excès (Lavoisier, 219).
Si l’oxygène atmosphérique, d’une part, et l’eau, de l’autre, paraissent avoir quelque action sur le mercure, on ne devra pas être surpris de voir certains sels agir sur lui, au moins en présence de l’air ; c’est ainsi que se comportent les chlorures alcalins, et notamment le chlorure d’ammonium. D’après les expériences de M. Mialhe (576) les solutions aqueuses de ces sels attaquent ce métal d’une manière positive, certaine, lorsque l’air intervient librement.
Ce qui prouve bien ce genre d’action, c’est la préparation autrefois usitée sous le nom de Teinture de mercAire, qui fut imaginée par de La Garaye (120). Elle consistait dans l’extinction de 1 partie de mercure à l’aide de 4 parties de sel ammoniac et d’un peu d’eau : ce mélange était ensuite abandonné à lui-même pendant six semaines, en l’agitant de temps en temps. On reprenait le résidu par l’alcool bouillant ; ce liquide dissolvait le sel mercuriel formé, en prenant une teinte citririe caractéristique. Une lame de cuivre plongée dans cette teinture y devenait blanche aussitôt.
L’action du sel ammoniac sur le mercure est donc incontestable et connue depuis longtemps. Dès cette époque on savait aussi que les foies de soufre (polysulfures) le transformaient en éthiops qui, plus tard, se changeait en vermillon, sous l’influence prolongée de leur action (Baumé, 118).
Ce métal décompose le chlorure de soufre en lui prenant ses deux éléments constituants (551) ; l’action est si vive qu’il y a incandescence. D’autre part, j’ai fait voir (61) qu’il réagissait sur le perchlorure de phosphore en donnant du protochlorure de ce métalloïde et un chloro-phosphate trichloro-mercurique. Le bichlorure de cuivre transforme Hg en Hg®Cl, tandis que lui-même devient Cu^Cl. On sait aussi que le mercure métallique réduit partiellement son bichlorure en protochlorure qui se fait des deux parts.
Il a la propriété de décomposer l’iodoforme en solution dans le sulfure de carbone (Humbert, 499). Au soleil, il attaque lesiodures de méthyle, d’amyle (Franldand, 237 bis, 239 bis), d’éthyle (Strecker, 239 ter) et d’allyle (Zinin, 239 quater). Il en résulte des iodures de mercurméthyle, mercurainyle, mercuréthyle et mercurallyle, etc.
Certaines solutions salines (CaCl, salpêtre), avec lesquelles on l’agite, le maintiennent divisé en globules excessivement petits (Millon, 69). On peut aussi l’éteindre à l’aide du sucre, de la gomme, de la craie, etc.
Équivalent. Notation. Signes. L’équivalent du mercure (poids atomique alors) avait été autrefois fixé par Sefstroam et Berzélius à 1265,823 l’oxygène étant égal 5 loo. Calculé pour H=i, ce chiffre devient 105 . 24 . Ce nombre avait été adopté par Thénard (661). En reprenant la détermination de cet équivalent, Svanberg obtint le nombre 1248,27 égal pour H=i,à 99,86 (478), Un peu plus tard, MM. Erdmann et Marchand en opérant à peu près dans les mêmes conditions que Svanberg, fixèrent cet équivalent à 1260 , 6 , ou ioo,o4 (639). M. Millon à la suite de ses expériences sur ce sujet adopta le chiflre 1260,12 (70). En ramenant celui-ci à, l’hydrogène pris pour unité, ou
reconnaît que l’équivalent du mercure est égal à loo. Etant un multiple exact de l’hydrogène il cadre parfaitement avec la loi de Prout.
A ce sujet, je me fais un devoir, et c’est aussi pour moi un véritable plaisir de faire remarquer que, dès 1816 , dans un travail qui est un modèle de précision et de sagacité, M. Guibourt a parfaitement établi par l’analyse, que l’oxyde rouge de mercure était formé de 100 parties de mercure et de 8 parties d’oxygène (252). Ces nombres, on le voit, sont exactement ceux adoptés aujourd’hui, relativement à ces deux substances. Cette coïncidence est des plus remarquables et témoigne de l’exactitude et de l’habileté de l’opérateur.
Le signe chimique du mercure est Hg= 100 (hydrargyrum). M. Wurtz le considère comme un métal diatomique : il double son équivalent et le représente par Jlg" = 200 (675). C’est cet équivalent doublé qui avait été adopté, dès 1846 , par M. Al. Baudrimont (106). Pour lui, le mercure est : Hg =:2 53i,64 = 2 molécules physiques à l’état liquide et 4 molécules à l’état de vapeur. Les anciens chimistes le représentaient par (541). Dans les manuscrits grecs concernant Fart sacré, son signe était 2) (278).
Place du mercure dans les classificalions. Il existe entre le mercure et l’argent quelques analogies de propriété qu’on retrouve, à un moindre degré, entre ce premier métal et le plomb, ainsi que le bismuth. Il ne se rattache donc à ces métaux que par des liens de parenté qui laissent à désirer. Cependant, par sa faible affinité pour l’oxygène, par la facile décomposition par la chaleur de la plupart de ses produits, par ses combinaisons chloroïdiques, il peut, sans difficulté, prendre rang auprès de l’argent. C’est effectivement près de celui-ci qu’on le rencontre dans presque toutes les classifications : placé par Thénard dans la cinquième section des métaux, entre le cuivre et l’argent (657 bis), on le retrouve entre ce dernier métal et le palladium dans’ la classification électro-chimique de Berzélius (160). Ampère (32, 33, 34, 35), M. Guibôurt (267), M. F. Hœfer (289), le classent comme l’avait fait Thénard, mais d’après des considérations différentes. Enfin, M. A. Baudrimont (103, 106), le range dans la tribu des argyroïdes, sous-tribu des chrysides, entre l’or et l’argent.
Ëiat naturel. — Le mercure existe dans la nature à l’état de liberté. Il se rencontre à la surface et dans la masse de certaines mines de cinabre. en globules sphériques et brillants, mais il n’y est pas très-abondant. Cependant ces globules, en se détachant de leur gangue, coulent à travers les fissures
des rochers et se réunissent dans des cavités où l’on peut quelquefois recueillir le métal condensé (244).
Quant aux autres états naturels du mercure, ils sont peu nombreux. On compte cependant :
1 ° Le mercure argentai ou amalgame d’argent. Il y en a trois espèces : l’une qui est cristallisée en dodécaèdres rhomboïdaux : elle se trouve à AUemont (France). Formule = AgHg^ (244) ; l’autre a pour formule AgHg’. La troisième, nommée arquerite, du nom de sa localité (Arqueras au Chili), a pour formule Ag“IIg (244). Quelques autres amalgames ont encore été indiqués par M. Domeyko (196).
2 ° Un amalgame d’or natif, analysé par M. Schneider. 11 a pour formule Hg’‘'‘ (Au. Ag) (587).
5° Le cinabre ou sulfure de mercure, HgS, qui sera décrit plus loin. C’est, de tous les minerais de ce métal, le plus abondant.
4° Le m,ercure sulfosélénié, minerai du Mexique analysé par H. Rose (132). Formule = 4 (HgS), HgSe.
5° Un cuivre gris mercurifère trouvé par M. Scheidthauer (144).
6 “ Un fahlerz mercurifère examiné par M. Weidenbusch (592).
7 “ Le mercure chloruré, Hg^ Cl. Il se rencontre en petites quantités dans le cinabre de Mosche-Langsberg (Deux-Ponts) (244).
8 “ Un mercure ioduré trouvé par M. Del Rio dans un rainerai du Mexique (210).
9 ° Un anlimonite de mercure signalé par M. Domeyko dans un minerai du Chili (150).
Gisement, — « Les différentes combinaisons du mercure se trouvent réunies ensemble. Elles affectent deux genres de gisements, qui ont probablement une origine commune. Le premier est en filons, en veines, dans les terrains du schiste micacé ou dans les terrains de transition (Almaden); dans le second, le mercure est disséminé dans des couches de grès ou dans des calcaires compactes noirs de l’époque jurassique. » (Idria en Carniole) (Dufrénoy, 210).
Le cinabre est le seul minerai dont on extrait le mercure. Les autres combinaisons naturelles de ce métal sont trop rares pour être exploitées. — On en trouve dans des micaschistes, à Szlana en Hongrie; en Saxe, en Bohême, en Silésie. La plus grande partie de ce minéral existe dans les grès rouges, et dans le schiste bitumineux superposé à la houille (Almaden près Cordoue, en Espagne; Idria en Carniole; San-Juan de la Chica, au Mexique ; Huanca-
Vélica, au Pérou) (2/i4). On le rencontre en Chine dans la province de Hou- Kouang; dans le Kouang-si, le Sse-Tchouan, le Kivang-Tang, etc. (208). On en a découvert en France, près de Ménildot (Manche) (208) et à Réalmont (Tarn) (209). On l’a rencontré également à Carmaux, près d’Albi (334) ; à Lanzac (Aveyron) (184) ; à Montpellier (508,197, 199) ; en Corse (481) ; en Toscane (318, 145 bis) ; aux monts Ourals (298) ; au Pérou (186 Ms) et en Californie (504).
Statistique. —Les mines d’Almaden, qui étaient déjà exploitées 700 ans avant notre ère, et dont les Romains, au dire de Pline, retiraient 100,000 livres de cinabre par an (Girardin, 240), fournissent toujours à l’industrie d’énormes quantités de mercure. Viennent ensuite, pour l’Europe, les mines d’idria (*), celles du duché des Deux-Ponts, puis celles de Toscane. Le Pérou a les mines de Huanca-Vélica, Celles de la Californie, dont la découverte est plus récente, sont d’une richesse considérable, entre autres celles du comté de Santa-Clara, dites du Nouvel-Almaden, qui paraissent inépuisables.
Voici le tableau de la production de ces différents pays pour l’année i855 (500) :
Espagne. i.gG/i./iyo kilog.
Autriche. a/i5,5oo —
Bavière rhénane. à,910 —
Pérou. 294,600 —
Californie. 980,000 —
Total. 3,489,480 kilog.
En i858, la France a importé 126,740 kilogr. de mercure ; sur cette quantité, elle en a exporté 4,8o3 kilogr. (209).
Extraction. — Le traitement métallurgique du cinabre est des plus simples : on profite de la propriété que possède ce sulfure de se transformer par la chaleur et le contact de l’air en acide sulfureux et en mercure libre, pour exploiter, d’après cette réaction, les mines d’Almaden et d’idria.
A Almaden, on place le minerai au-dessus d’un foyer ardent; il brûle, et ses vapeurs sont dirigées, comme dans un appareil distillatoire, dans une longue série d’allonges nommées aludels, emboîtées les unes dans les autres, et
(*) On peut lire dans les Armâtes de Chimie, pour l’année i 8 i 4 , un mémoire très-complet et très-intéressant de Payssé concernant l’exploitation du mercure dans l’établissement d’idria ( 27 , 28 ).
communiquant sur leur trajet avec des chambres de condensation. Elles se prolongent au delà de ce point jusqu’à une dernière cavité formant récipient, où la condensation des vapeurs mercurielles s’achève tandis que l’acide sulfureux s’échappe seul.
A Idria, on met en pratique le même système de grillage ; seulement au lieu de condenser les vapeurs de mercure au moyen d’aludels, on les fait passer dans une suite de chambres séparées par des compartiments dont les ouvertures sont alternativement placées en haut et en bas. De cette façon, la vapeur métallique est obligée de faire un trè.s-grand trajet dans un espace relativement petit, ce qui lui donne le temps de se condenser.
On aide encore à cela en plaçant un peu d’eau à la base des compartiments.— Le mercure obtenu, on doit le filtrer à travers des toiles fortes pour le débarrasser de la suie qui le salit.
Quant au minerai du duché des Deux Ponts, on le traite par de la chaux ou du fer, à une haute température, pour fixer le soufre et mettre le mercure en liberté. Cette opération se fait simultanément dans trente ou cinquante cornues en fonte qu’on chauffe fortement : le mercure en sort très-pur.
On transporte ce métal dans des bouteilles en fer fermées avec un bouchon à vis (Espagne). A Idria, on le met dans des poches doubles de peau de mouton. Ces poches sont ensuite placées dans des barils dont les interstices sont remplis de sciure de bois (209).
A Tehang-tchou (Chine), le mercure est renfermé dans des tronçons de bambous, dont les extrémités sont obturées par les cloisons nodales de la tige. L’une de ces cloisons restant intacte, l’autre est percée de petits trous par lesquels on introduit le mercure ; on les bouche ensuite à l’aide de chevilles qu’on lute avec un mastic résineux (li7).
AUèrations. — Falsifications. —Le mercure est généralement exempt de substances étrangères lorsqu’il sort des fabriques. Celui du duché des Deux-Ponts et celui qu’on vend à Canton sont môme d’une pureté remarquable. Mais la facilité avec laquelle ce corps peut s’allier à certains métaux de moindre valeur en permet facilement la faisilication ; c’est dans ce but qu’on lui ajoute du plomb, du zinc, de l’étain et du bisniuth, lorsque le prix de ce dernier est inférieur à celui du mercure (166).
Je dois dire cependant que ce genre de fraude n’est praticable que dans des limites très-restreintes. En effet, j’ai pu m’assurer par expérience que l’addition de ces métaux au mercure en cliangeait tellement les apparences, surtout
la fluidité, qu’un œil, fût-il peu exercé, ne saurait s’y tromper: le métal n’est plus aussi coulant ; il adhère aux parois des vases en y laissant une traînée métallique caractéristique; en terme commercial, il fait alors la queue. De plus, il se recouvre promptement d’un enduit noirâtre qui est probablement un produit d’oxydation. — On doit .se rappeler que le mercure gras possède, jusqu'à un certain point, les mêmes caractères.
On peut rendre sensibles les falsifications du mercure en le soumettant à la distillation dans une petite cornue en verre ; il se volatilise et laisse, s’il est impur, un résidu. Mais ce moyen ne saurait être considéré comme certain. En effet, on sait déjà depuis longtemps (215, 362 bis) que ce métal entraîne avec lui, dans ces circonstances, une partie de l’étain et du bismuth qu’il peut contenir, ce dont je me suis assuré par expérience. Cela dit, voici un procédé que je propose pour l’examen du niei'cure, quant à sa pureté. On dissoudra de 5 à lo grammes de ce métal dans de l’acide azotique pur en opérant dans un matras à fond plat. On évaporera ensuite cette dissolution à siccité au bain de sable, et l’on en continuera la calcination. Si le mercure est pur, il ne devra laisser aucun résidu ; s’il contient des métaux étrangers, ceuxci ne pouvant donner que des oxydes fixes par la décomposition de leurs azotates, ces oxydes resteront au fond du matras (526).
Purification du mercure. — Celui qu’on prépare par la réduction du cinabre à l’aide de la chaux vive est d’une grande pureté; il est brillant, d’un blanc éblouissant et parfaitement coulant. — Lorsqu’il est obtenu par la réduction de l’azotate de mercure à une haute température, j’ai observé qu’alors, ainsi que l’avait déjà vu M. Millon, il présentait une certaine viscosité; il adhère aux vases ; il se recouvre assez rapidement d’une poussière noire, produit de son oxydation; enfin, agité dans l’air ou dans l’eau, il forme des bulles, quelquefois énormes, qui ne disparaissent qu’après quelque temps. Déjà M. Melsens avait reconnu au mercure cette propriété de développer des bulles persistantes (186). J’attribue ce singulier état aune quantité notable d’oxyde de mercure qui reste dissous dans le métal lui-même, et dont on le débarrasse facilement en l’agitant avec de l’acide azotique étendu d’eau.
Lorsqu’il est allié à d’autres métaux, on ne saurait le distiller pour obtenir sa purification, puisqu’il peut entraîner avec ses vapeurs une partie de matières étrangères qui le salissent. D’ailleurs, cette distillation est assez difiicile, car, pendant son ébullition, le mercure lance avec force des bulles qui passent dans le récipient et qui y apportent leurs impuretés.
Pour prévenir cet inconvénient, on a proposé l’emploi d’une couche de sable, ou d’une couche de limaille de fer mise dans la cornue (* (**) ), à la surface du mercure, pour en régulariser l’ébullition.
J’ai prouvé par expérience que le sable n’était nullement favorable à cette opération, tandis que le fer en limaille la régularisait bien (527). Autrefois, M. Violette avait eu l’idée de distiller le mercure à l’aide de la vapeur d’eau surchaulfée (188,189). L’opération se fait avec une grande facilité; mais elle n’offre de profit qu’autant qu’on l’exécute en grand. Dans les conditions ordinaires, la distillation du mercure ne peut se pratiquer convenablement qu’à l’aide d’un appareil spécial. On fait usage d’une bouteille en fonte, au col de laquelle on visse un tube de même métal recourbé à angle droit et qu’on a le soin d’entourer de chiffons mouillés. — L’extrémité de ce tube devra effleurer l’eau du vase qui servira de récipient. Lorsque la cornue est à moitié remplie de mercure, on la chauffe assez fortement pour réduire celui-ci en vapeur, afin qu’il vienne se condenser dans le vase plein d’eau. (2^1). A l’aide de ce même appareil, on peut préparer du mercure (*’'') trèspur en réduisant, à l’aido d’une chaleur suffisante, deux parties de cinabre par une partie de limaille de fer (166 bis).
A cette opération, on préfère presque toujours la méthode qui consiste à purifier le mercure ordinaire à l’aide des réactifs capables de lui enlever les
(*) Le col de cette cornue doit être muni d’un nouet do toile faisant tuyau. Il doit tremper dans l’eau sans que celle-ci baigne l’extrémité ouverte de la cornue. Cette disposition a l’avantage do prévenir l’absorption de l’eau dans le vase distillatoire, tout on permettant la condensation totale des vapeurs mercurielles à l’aide du linge mouillé par l’effet de la capillarité.
(**)M. Millon a fait de curieuses observations sur la distillation du mercure; elles mériteraient d’être confirmées. D’après cet habile chimiste ( 67 ), si l’on recueille séparément le mercure qui a distillé au début d’une opération et celui qui passe à la fin, on constate sans peine, dans ces deux portions, une inégale volatilité : le dernier est moins volatil que le premier, quoique purs tous les deux.
Ce résultat singulier a conduit M. Millon à examiner quelle pourrait être l’action d’un métal étranger sur le résultat de la distillation. Or, l’expérience lui a prouvé que i/ioooo de plomb ajouté au mercure suffisait pour arrêter presque entièrement la distillation. Le zinc se comporte de la même façon. Plusieurs métaux paraissent être sans influence : de ce nombre sont l’or, l’argent, l’étain, le cadmium, etc. Le platine a exercé une action inverse de celie du plomb et du zinc; il a accéléré un peu la distillation.
On a cherché à expliquer ces anomalies en disant que le plomb et tous les métaux oxydables formaieni à la surface du mercure une crasse d’oxyde qui arrêtait la distillation, comme un corps gras le fait vis-à-vis de l’eau (Barreswil, 466 ).
métaux étrangers qu’il contient souvent. Voici les divers moyens qui ont été proposés :
1 ° On porte le mercure à 4o% et on l’agite à plusieurs reprises avec du nitrate acide de mercure assez concentré. Après quelques jours de contact, les métaux étrangers ont déplacé le mercure du nitrate, et sont entrés en dissolution. On décante alors celle-ci ; on lave le métal à grande eau ; on le fait sécher et on le passe dans un entonnoir à douille eiïilée (Berzélius, 166). En remplaçant le nitrate de mercure par de l’acide azotique étendu, on arrive aux mêmes résultats (593).
2 “ On traite loo parties de mercure par 5 parties d’acide azotique étendu de deux fois son volume d’eau. Après un contact suffisant, on décante, on lave le métal, puis on en dissout les g/io seulement dans de l’acide azotique pur. Alors on évapore l’azotate obtenu et on le calcine fortement pour en retirer le mercure par distillation. On agite celui-ci avec de l’acide sulfurique étendu pour dissoudre l’oxyde qu’il a entraîné ; on le lave et on le sèche de nouveau (Millon, 68). On a ainsi du mercure d’une grande pureté.
3° Par un mélange d’acide chlorhydrique et d’acide sulfureux, M. Wackenroder débarrasse le mercure de l’étain qu’il contient. On agite tant qu’il se dégage de l’acide sulfhydrique , puis on chauffe le tout à 8o“ pendant deux heures ; ensuite on lave le mercure et on le passe (585).
4° M. Ulex a donné un procédé assez facile à manier : on agite fortement 2 5 à 3o parties de mercure avec i partie de perchlorure de fer dissous. Celui-ci est ramené à l’état de protochlorure de fer, mais en chlorurant les métaux étrangers qu’il rend solubles. La réaction est complète après quelques jours. Ou lave enfin le métal et on le sèche (325).
On fait usage aujourd’hui dans les laboratoires d’un petit appareil destiné à maintenir le mercure dans un état de pureté convenable. Le métal est placé dans un flacon avec de l’acide sulfurique ; il n’en peut sortir que par un robinet latéral en passant d’abord dans un tube contenant des fragments de potasse caustique. Nous n’avons pas trouvé de grands avantages à cette disposition.
Usages. — Le mercure est employé en énormes quantités à l’extraction de l’argent et de l’or par le procédé d’amalgamation. Il sert à l’étamage des glaces, à la dorure au mercure, déjà connue du temps de Pline. On l’applique à la construction de divers instruments de physique, baromètres, thermomètres, manomètres, etc, On en garnit les cuves dites hydrargyro-pneuma-
tiques. On l’a utilisé pour faire ressortir les images fixées sur les planches daguerriennes. — On met à profit la constance de son point d’ébullition pour prendre des densités de vapeur (Sainte-Claire Deville).—11 est employé à la fabrication de tous les sels de mercure, et notamment du cinabre et du fulminate de mercure. On l’utilise pour la fabrication d’alliages très-fusibles et de quelques alliages dentaii es. Il fait la base des amalgames ; aussi a-t-il servi autrefois ii Davy pour l’extraction des métaux alcalins. On en amalgame le zinc des piles voltaïques. Il a été pour Lavoisier la magnifique occasion de faire l’analyse de l’air. — On en a fait quelquefois usage dans l’iléurn (6(56) ; il a même heureusement servi pour atteindre et dissoudre une balle de plomb logée dans la profondeur des tissus (320). On l'a appliqué aux injections anatom'iques d’une grande finesse. Comme médicament, on l’administre sous forme de : eau mercurielle simple, mercure saccharin, tablettes mercurielles, mercure gommeux de Plenck, pilules mercurielles simples ou bleues, pilules de Belloste (*), dragées du docteur Vaume, pilules du docteur Lagneau, pilules de Sédillot, pommade mercurielle, emplâtre mercuriel, etc. —En dehors de ces deux dernières préparations que nous allons étudier spécialement, toutes les autres ont pour but d’offrir le mercure dans un très-grand état de division, et sans qu’il lui soit possible de se réunir ensuite en globules apparents au sein de la masse qui les contient. On y arrive facilement par la trituration prolongée du métal avec l’excipient (sucre, mucilage, miel, conserve, etc.). Cette division, toute mécanique, ne saurait attirer plus longtemps notre attention.
En pharmacie, on l’a encore utilisé pour la conservation des cantharides, ainsi que pour en enduire les plaques sur lesquelles on coule les pâtes de jujubes et autres, etc., etc.
Action sur l'économie. — Le mercure pur est presque saus action sur l’organisme, lorsqu’il peut traverser librement et rapidement le tube intestinal; mais quand il séjourne dans l’économie, « il agit comme poison en donnant naissance à du sublimé. En vapeur, il est plus dangereux, car son extrême division favorise sa conversion en bichlorure » (Mialhe, 57G).
POMMADE MERCURlEtLE.
Onguent mercuriel double; onguent napolitain. — L’idée de diviser le mercure à l’aide d’une matière visqueuse, pour l’employer en frictions à la surface
(*) Voir le travail de MM. Henry et Gulbourt sur ce sujet (39/i).
du corps, paraît remonter à une époque assez reculée. On l’attribue généralement aux anciens médecins arabes Rhazès, Avicenne, Sérapion, etc. (Astruc, loi), (Trousseau et Pidoux, 665).— D’autres rapportent cet usage à Jacques Carpi, de Bologne (James, 200). M. Guibourt paraît croire que c’est Jean de Vigo, de Gênes, qui a employé le premier l’onguent mercuriel en frictions (262).
Quoi qu’il en soit du point de départ de cette préparation, il fautlui reconnaître le don d’avoir su attirer l’attention des praticiens d’une manière exceptionnelle, car il n’est pas de sujet, même parmi les plus importants, qui puisse lui être comparé sous le rapport des publications sans nombre auxquelles elle a donné lieu. C’est à un tel point que, pour n’en citer qu’un exemple, M. Boucliardat a été obligé de lui fermer la porte de son Répertoire de pharmacie, en faisant la déclaration suivante :
« Journellement nous recevons de nos abonnés des procédés pour la préparation de l’onguent mercuriel; et comme dans les 12 volumes de notre Répertoire de pharmacie, nous avons publié un très-grand nombre de ces procédés, désormais nous ne publierons que ceux qui nous présenteront une modification importante » (630).
Puissent les autres recueils pratiquer bientôt le même genre d’hospitalité envers cette trop fameuse préparation I
La Société de pharmacie de Paris, dans ses travaux en vue de la révision du Codex ( 1862 '), a proposé le procédé suivant pour la préparation de la pommade
mercurielle (528) :
Pr. Mercure métallique..' 5oo grammes.
Axonge balsamique. A60 —
Cire blanche. /io —
« Faites fondre à une douce chaleur l’axonge et la cire ; d’autre part, mettez le mercure avec le quart du corps gras fondu dans une bassine de fonte légèrement chauffée, puis triturez vivement pendant une demi-heure sans interruption ; ajoutez le deuxième quart et triturez de même. La seconde moitié du corps gras sera réunie par trituration à la masse en deux fois et à une demi-heure de distance. Pendant toute la durée de l’opération, la pommade devra être maintenue dans un état demi-liquide, à l’aide de charbons allumés, ou de papiers enflammés que l’on promènera sous la bassine. »
(( On ne doit pas terminer ainsi cette préparation. La pommade doit être abandonnée à elle-même pendant vingt-quatre heures. Après ce temps, on la chauffera légèrement pour obtenir un mélange d’une consistance molle,
et l’on triturera pendant deux heures. Rarement une troisième opération est nécessaire » (528).
Je ne pense pas que ce procédé soit aussi avantageux que le suivant, préféré par M. Guibourt (263) et par Soubeiran (6/i5) :
Prenez : Mercure pur, 8 parties ; axonge récente, 8 part. ; pommade mercurielle ancienne, i part. Éteignez peu à peu le mercure métallique en le triturant avec la pommade mercurielle ancienne dans un mortier de marbre. Lorsque l’extinction sera complète et qu’un peu du corps gras écrasé entre deux lames de verre ne laissera plus apercevoir aucun globule métallique dans sa masse, ajoutez-y alors j/8 de l’axonge ; incorporez-la au mélange, et pratiquez peu à, peu la môme opération pour le reste de la graisse. En agissant sur un kilogramme de matière, « jamais cette opération, continuée sans interruption, ne dure plus d’une heure. » (Guibourt, 26/i.)
Le seul reproche qu’on ait adressé à ce procédé, c’est de faire recourir à de l'onguent mercuriel ancien. Mais cela ne veut pas dire que cet onguent doive être rance; et d’ailleurs que pourra faire i/i6 de celui-ci au milieu de la masse dans laquelle on l’aura fait intervenir ?
Je conçois qu’on ait cherché à abréger une opération à laquelle l’emploi de l’axonge récente, sansaucun intermédiaire, donnait une trop longue durée; mais vouloir obtenir cette pommade presque instantanément n’est pas d’une nécessité tellement absolue que cela puisse nous mériter cette avalanche de procédés qui s’épanouissent dans tous nos recueils pharmaceutiques ; d’autant plus qu’ils reposent presque toujours sur l’introduction d’un corps étranger à la formule, ce qu’on ne’ saurait admettre.
11 y a déjà dix ans, j’avais rassemblé les matériaux d’une histoire critique de VOnguenl napoUlaiii, espérant par là tarir le sujet. Aujourd’hui, je ne me sens plus le courage d’en étaler toutes les richesses bibliographiques. Il y a vcependant, parmi les anciens auteurs, des indications curieuses et d’une naïveté de style capable de distraire un peu de l’ennui d’une pareille besogne. A ce sujet, je recommanderai surtout le commentaire qui accompagne la préparation de cet onguent dans les Œuvres pliarmaveuliqnes du sieur Jean de Renou (1626, page 727).
Je ne rapporterai pas icilesdiversprocédés indiqués dansles œuvres de Mesué, deUenou, de la Framboisière, de Lemery, de Bauderon, de James, deM. Charras, de Baumé, dans les Codex d'ivers, etc; je dirai seulement que la préparation par trituration directe de l’axonge et du mercure a été admise avec variations dans le modw.s faciendi, par : Dupont (34/i), Al. Baudrimont (/|18),
Codex de 1807 (ISO), Sorel (623), Séput (Zi94). On a conseillé aussi: la fusion des substances avec agitation, Chevalier (388), Hernandez (386), Vivie (4.04), Société de pharmacie de Paris (528); l’emploi du mercure divisé en pluie fine, (Patou (308) ; divisé par l’eau, Dufilho (359) ; divisé par précipitation chimique, Orosi (618) ; refroidi par l’éther Renault (341j ; amalgamé à de l’étain. Chaudron (624), Noël de Thiaville (604). On a indiqué : l’usage de la graisse benzinée, Deschamps (d’Avallon) (452); de l’onguent mercuriel ancien, Balagué (622), Carrié(629); de la graisse oxygénée, Bertrand (352), Deyeux (347), Simonin (402), Desmarets (403, 406, 410), Coldefy- Dorly (423), Fossembas (455); de l’axonge brûlée, Bernier (627); du suif, Coiiret (346), Bêche (619), Calloud (420), Heuster (620) ; de la cire blanche, Mouchon (303), Fournier (332),Vial ((.21); du blanc de baleine, Lalande (311). On a employé: la stéarine, Mouchon (338); l’huile d’olive rance, Veau-Delaunay, (345); l’huile de ricin, Violand (333)„ Duvillé (619 6îs); l’huile d’amandes douces. Destouches (359), Migest (626); l’onguent citrin, Wahren (350), Bellantani (625) ; la pommade oxygénée, Penissat (351) ; le beurre de cacao et l’huile d’œuf. Planche (370); le cérat. Van Crombrugghe (330) ; le baume de soufre anisé, Van Mons (309); l’essence de térébenthine, Boutigny (310). On a recommandé : le styrax, Bouillier (316), la térébenthine, Leraitre (335); la térébenthine et le miel, Mathey (336) ; la conserve de roses, Clauzel (628). On a vanté l’intervention : de l’iodure de potassium, Kupfferschlaëger (469), Deschamps (d’Avallon) (471) ; de l’azotate de potasse, Pomonti (492) ; du sulfate de potasse, ïïeanlay (493). Enfin on a éteint le mercure dans le glycérolé d’amidon. Verrier (342). Ouf! est-ce assez? Et dire que j’en laisse de côté!.
Si j’ai eu le courage de faire une pareille énumération, c’est afin que les praticiens arrivent à comprendre qu’il serait bon de leur part de s’en tenir là! Cependant, soyons juste et disons que parmi toutes ces publications, les plus anciennes sont les meilleures. Parmi elles, il en est deux qui sont remplies d’observations judicieuses et de bonnes expériences comparatives. C’est d’abord celle de M. Guibourt (295, 296), quoique nous ne partagions pas son opinion relativement à l’influence de l’état électrique des corps sur l’extinction du mercure; vient ensuite celle de M. Desmarets (403, 406), qui voit avec raison, dans la viscosité des excipients, et non dans leur cohésion, la principale cause de la division du métal. En effet, l’axonge seule n’a pas assez de viscosité pour éteindre rapidement ce dernier ; ce n’est qn’après un certain temps d’exposition à l’air qu’elle prend le degré de consistance propre à cette opération.
État du mercure dans la pommade mercurielle. — Cette question a été résolue à plusieurs reprises par des conclusious tout à fait opposées. D’après les expériences de Wahren (Sô/ü), Donavan et Berensprung (482), une partie du mercure serait en dissolution dans la graisse à l’état d'oxyde raercureux, ce qui expliquerait, d’après eux. l’activité de cette pommade. Mais les recherches de MM. Vogel (357, 359), Boullay (356) et Guibourt (265) démontrent d’une manière évidente qu’il n’y a dans l’onguent mercuriel rien autre chose que du mercure : qu’on traite cet onguent par de l’éther pour dissoudre le corps gras, le résidu insoluble que laissera ce liquide ne cédera rien aux acides acétique ou chlorhydrique. 11 n’en reste pas moins constant que les frictions mercurielles faites avec ce médicament produisent des effets énergiques incontestables.
Falsifications. — On introduit quelquefois des corps étrangers dans la pommade mercurielle : la plombagine, l’ardoise pilée, le bioxyde de manganèse, le charbon, ont fait tour à tour les frais de ces falsifications. L’éther, qui dissout le corps gras et laisse le mercure intact, met en même temps à nu toutes les matières étrangères (Chevallier, 168).
Il peut arriver que l’onguent mercuriel ne contienne pas la proportion voulue de mercure : dans ce cas, sa densité est plus ou moins affaiblie ; il devient alors incapable de plonger dans un mélange de 4 parties d’acide sulfurique à 66” et de 1 partie d’eau, ramenés à la température ordinaire. Bien préparé, il est assez dense pour aller au fond de ce mélange (Soubeiran, 646). On a proposé de doser le mercure associé aux corps gras en enlevant ceux-ci par le sulfure de carbone et en s’emparant du métal à l’aide d’un peu d’alliage fusible fondu sous l’eau (Ern. Nicklès, 509).
Usages. — Il est employé comme fondant et résolutif. On l’associe quelquefois à l’amidon, au cérat, au digestif simple, au liniment ammoniacal, à l’extrait de belladone, etc.
ONGUENT GRIS. — Pommade mercurielle simple. — Il est le résultat d’un mélange de 1 partie d’onguent napolitain avec 3 parties d’axonge. Il contient donc 1/8 de son poids de mercure. Bien préparé, il ne peut surnager l’eau à moins qu’il ne soit incorporé à une certaine quantité d’air (Chevallier, Leçons orales).
On prépare quelquefois une pommade mercurielle au beurre de cacao (Planche, 370).