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PROPAGATION EN FRANCE

Ainsi que nous l’avons déjà dit, le mémoire que Wigand adressa à la Faculté de Paris ne reçut pas les honneurs de l’impression, soit parce qu’il aurait été égaré ou peut-être parce qu’il aurait froissé l’amour-propre national, ne faisant pas bon accueil à une innovation qui avait pris naissance au delà du Rhin; aussi cette solution resta-t-elle complètement ignorée jusqu’au jour où M. le professeur Hergott livra à la publicité la traduction de ce travail.

Vers la fin du siècle dernier, un professeur d’accouchement de Strasbourg, Flamant, montra dans tout son jour les inconvénients, les difficultés et les conséquences fâcheuses de la version pelvienne, et proposa de revenir aux préceptes d’Hippocrate; aussi conseilla-t-il la version céphalique dans presque tous les cas où la main pouvait seule suffire à la terminaison. Le manuel opératoire, retracé fidèlement par un de ses élèves, Eckard (1), consiste à agir directement sur le fœtus avec la main droite, qu’on introduit dans l’utérus, et à aider le mouvement qu’on veut provoquer, avec la main gauche appliquée sur les parois abdominales, qui agit par de douces pressions.

Le professeur Flamant ne considérait ces pressions extérieures que comme un adjuvant des manipulations internes et ne leur faisait jouer qu’un rôle tout à fait secondaire; aussi le voyons-nous rendre justice à cette méthode et donner (2),

(1) Parallèle des accouchements naturels et non naturels. Diss. inaug. (1804), Strasb.

(2) Journal complémentaire des sciences médicales , t. XXX.

dans le Journal complémentaire des sciences médicales , une analyse successive du mémoire de Wigand et des travaux entrepris à ce sujet par les accoucheurs allemands. Il est le seul en France qui ait cherché à donner quelque publicité à la pratique recommandée par l’accoucheur de Hambourg, et qui Fait soumise à des règles à peu près fixes, dont on n’avait jusque-là aucune idée.

Baudelocque, Mme Lachapelle, Gapuron et beaucoup d’autres, qui proscrivirent avec une ténacité très-grande la version céphalique, ne mentionnent même pas ces manœuvres, soit qu’elles leur fussent inconnues, soit qu’ils aient dédaigné de telles innovations. Il faut arriver jusqu’à Velpeau (1) pour trouver une mention imparfaite de ce procédé opératoire.

A la page 706, lre édition, nous trouvons : «En parlant de la version céphalique, Wigand dit qu’on parvient souvent à l’opérer sans porter la main dans les organes génitaux; il veut qu’en agissant sur l’utérus, à travers les parois abdominales, et en s’aidant de la position de la femme, on puisse le plus souvent ramener la tête au détroit supérieur.

» Avant de connaître la doctrine du professeur allemand, j’avais déjà suivi ce précepte, et j’aireconnu qu’en s’y conformant, il est quelquefois possible, en effet, de redonner au vertex sa position naturelle; mais je ne pense pas que cette manœuvre soit jamais d’un grand secours, quand les eaux sont écoulées depuis longtemps et la matrice fortement serrée.»

Dans sa 2me édition, Velpeau revient avec plus de détails sur ce procédé et y consacre un assez long chapitre.

Le plus grand accoucheur de son époque, M. P. Dubois, est le premier en France qui ait étudié sérieusement ce sujet, en

(1) Traité élémentaire de l'art des accouchements , lre édition, 1829.

(2) Traité élémentaire de l'art des accouchements , 2e édition, Velpeau,

par

décrivant magistralement et avec détails, dans le Dictionnaire de médecine en 30 volumes , le procédé de Wigand ; c’est à lui que revient le double honneur d’avoir donné l’hospitalité à cette innovation obstétricale et d’avoir analysé scrupuleusement cet ouvrage, destiné peut-être à ne pas sortir de l’oubli où il était tombé.

On comprend, dit l’auteur de cet article, l'insuccès de ceux auxquels ce secours a manqué, les bons résultats obtenus par ceux auxquels il n’a pas fait défaut et la nécessité de mettre, dans tous les cas, cette heureuse chance en sa faveur, en s’appliquant à reconnaître les conditions favorables pour n’opérer que dans les cas où elles se trouvent réunies, etc.

Nous devons mentionner les essais que M. Lecorché-Colombe avait faits en 1836, à la clinique d’accouchements de Paris, essais qui avaient été couronnés de succès et qui l’avaient engagé à conseiller cette opération.

En 1837, Fulcrand Gerdy (1), dans sa thèse inaugurale, émet la proposition suivante : « Les manipulations extérieures, moins pénibles et moins dangereuses que les manœuvres à l’intérieur, sont trop peu employées pour modifier la position; avant l’écoulement des eaux, elles peuvent suffire, aidées d’une position convenable, pour favoriser la tendance naturelle au redressement de l’enfant ; même après l’écoulement des eaux, elles peuvent suffire encore parfois, quand le fœtus conserve assez de mobilité. »

M. Chailly (Honoré) (2) consacre dans son livre un paragraphe spécial à la version céphalique par manœuvres externes. Il a vu plusieurs fois M. P. Dubois et M. Colombe

(1) Recherches et propositions d'anatomie, de pathologie, de toxicologie ; thèse 1837, n° 128.

(2) Traité pratique de l’art des accouchements ; 5® édition, 1867, par Chailly (Honoré).

mettre en pratique ce procédé; il y a même eu recours dans une circonstance avec M. Devilliers. Après avoir énuméré les circonstances favorables à cette opération, après avoir donné quelques signes au moyen desquels on peut diagnostiquer la présentation vicieuse, il donne le procédé recommandé par M. Velpeau, procédé sur lequel nous reviendrons plus tard ; malheureusement il ne prononce pas même le nom de Wigand.

M. Jacquemier (1) n’insiste pas beaucoup sur ce sujet; il pense qu’on aurait tort de ne pas essayer de corriger la mauvaise attitude du foetus, soit en exerçant des pressions sur la paroi abdominale, soit en changeant la direction de l’utérus, soit en donnant à la femme une situation en rapport avec le changement qu’on veut obtenir. Il termine en ajoutant que ces manoeuvres, le plus souvent infructueuses, comptent cependant un assez grand nombre de succès pour qu’on ne doive pas les négliger.

Cazeaux (2), dans sa quatrième édition, 1853, se contente de dire que des manipulations extérieures, sagement dirigées, ont suffi assez souvent pour conserver la présentation du tronc; il ajoute, un peu plus loin, qu’aux manipulations externes on peut joindre l’introduction de quelques doigts dans le col, dans le but de refouler la partie accessible ; ensuite il passe à la discussion de la pratique des anciens, remise en honneur par Flamant.

En 1855, paraît le livre de M. Mattéi (3), qui essaya d’attirer l’attention du monde savant sur ce procédé, qu’il a longuement et savamment développé, en montrant tous les avan-

(1) Traité d' obstétrique, 1846.

(2) Traité théorique et pratique de /’ art des accouchements, par P. Cazeaux, 4° édition.

(3) U Accouchement physiologique, 1855, par Mattéi.

tages de cette version. Personne n’a traité aussi longuement la question, dit Cazeaux,que cet accoucheur corse, qui, en exagérant les avantages de cette opération et en multipliant à l’excès ses indications, a eu au moins le mérite d’appeler de nouveau l’attention sur une question fort négligée.

Avant l’apparition de l’ouvrage de M. Mattéi, la Gazette médicale (juillet 1855) insère dans ses colonnes quelques fragments de Y Accouchement 'physiologique. Au mois de septembre de la même année, apparaît dans Y Union médicale un examen de la méthode que préconise M. Mattéi.

Enfin, en 1857, M. le professeur Hergott (1) rend un véritable service à la science obstétricale et aux praticiens de notre pays en publiant la traduction du mémoire de Wigand.

Une partie de cette traduction a été insérée dans la thèse de M. Belin.

Grâce à M. Hergott, Cazeaux a pu faire une longue et riche addition à ce qu’il avait publié antérieurement; mais, malgré l’autorité de cet ouvrage, qui est entre les mains de tous les médecins qui s’occupent d’accouchements, cette opération est loin d’être en honneur. MM. Tarnier (2) et Marc Sée firent paraître en 1865 un Traité d’accouchements où on lit : « C’est aujourd’hui un fait acquis à la science, qu’on peut transformer, par la version par manœuvres externes, certaines présentations du tronc en présentations du sommet ou du siège ; quand les manœuvres sont faites avec ménagement, elles ne font courir aucun risque à la femme et n’exposent ni aux ruptures de l’utérus, ni au décollement du placenta.

(1) De la Version par manœuvres externes et de V extraction du fœtus par les pieds , par Wigand; traduction de M. Hergott, professeur agrégé. Strasb., 1857.

(2) Page 238, Atlas d'accouchement, par Lenoir, continué par Marc Sée et Tarnier.

M. Nivert (1), à qui j’ai fait de nombreux emprunts pour la partie historique, a su un instant, par le travail remarquable et complet qu’il fit paraître en 1862, attirer l’attention des accoucheurs sur ce sujet.

MM. Ducellier, de la Faculté de Paris; Belin, de la Faculté de Strasbourg; Laugier et Clément, de la Faculté de Montpellier, sont les seuls qui, en choisissant ce sujet comme travail inaugural (1865), aient fait faire, par leurs recherches, quelques progrès à cette opération.

M. le docteur Grynfeltt, actuellement professeur agrégé à notre Faculté, a fait paraître, en 1867, un petit opuscule (sur les Obliquités de la matrice, leur influence pendant la grossesse et pendant le travail de V enfantement), dans lequel il préconise beaucoup cette version au moment du travail, et en soutenant, si besoin “est, le ventre de la parturiente par un drap de lit plié en cravate et dont les chefs sont attachés aux montants du lit.

Enfin, en 1876, M.le docteur de Soyres publia les Cliniques de M, Depaul (2), où on lisait: « Cette opération réussit assez rarement, car il est difficile, en effet, de trouver réunies chez une même femme les conditions favorables du côté de la mère et du côté de l’enfant; aussi, quoique préconisée au commencement de ce siècle, n’est-elle encore entrée dans la pratique qu’à titre exceptionnel. » Cependant il est des cas particuliers, qu’il indique, et dans lesquels il conseille d’y recourir.

M. Chantreuil, professeur agrégé à la Faculté de médecine de Paris, pense qu’il y a avantage à faire cette version avant

(1) De la Version céphalique par les manœuvres externes , dans les présentations vicieuses du fœtus, par Nivert; thèses Paris, 1862.

(2) Leçons de clinique obstétricale, par Depaul, rédigées par le docteur de Soyre, p. 25.

le travail et à maintenir la nouvelle position du foetus avec la ceinture eutocique du docteur Pinard.

M. le professeur Dumas, notre maître, pense, comme il l’a répété dans son cours de ce semestre d’été, qu’on doit toujours avoir recours à cette méthode avant de pratiquer la version podalique.

La version par manœuvres externes, dit-il, fait partie aujourd’hui des opérations obstétricales. Mais il la préconise au début du travail, et voici la raison qu’il en donne : lorsque la dilatation est avancée, la poche des eaux peut se rompre et laisser écouler tout le liquide amniotique.

Gomme Wigand, il recommande, en outre, pour que la nouvelle présentation se maintienne, le décubitus latéral, avec un coussin dur et épais sous la fosse iliaque, qui repose sur le plan du lit; l’application des mains ou du milieu d’un drap plié en cravate, dont on fixe les extrémités aux deux montants supérieurs du lit ou dont on croise les deux chefs sur le dos de la femme, en les confiant ensuite à deux aides placés de chaque côté du lit, chargés de tirer chacun de leur côté, pendant qu’a lieu la contraction utérine.

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