DE PRINCIPES DE L'ÉCRITURE PHONÉTIQUE
de vue de leur valeur, puis au point de vue de leur qualité.
Ce qui m’a fait longtemps douter et m’empêche encore d'affirmer d'une manière positive qu'il n'y ait que trente-six sons articulés de valeur différente, entrant dans la composition du langage, c’est que trente-deux d’entre eux sont employés dans la langue française, tandis que les autres langues en emploient sensiblement moins. La langue française pourrait donc être considérée comme la langue type, quand il s’agit de dénombrer et de classer les sons de valeur différente. Je me suis senti, en présence de ce résultat, saisi d'une certaine défiance. Je me suis demandé si, en ma qualité de Français, je ne me faisais pas quelque illusion involontaire, et si je ne cédais pas à la tendance de tenirtrop grandcompte de notrelangue, et trop peu des différences qui séparent les sons employés dans les langues étrangères, et de ne voir par suite que des différences de qualité là où il existerait entre ces sons des différences de valeur. Mais malgré tout mon désir de reconnaître dans les sons employés par les langues étrangères, etqui manquent dans la langue française, des sons de valeur nouvelle, je n’ai pu constater ce caractère que pour quatre d’entre eux. Les autres ne m'ont semblé caractérisés que par des différences de qualité plus ou moins marquées. Peut-être me trompé-je, surtout pour les langues de l'Orient,
que je ne connais pas, et que j'ai seulement entendu prononcer. En dépit de l’attention avec laquelle j'ai étudié et analysé les sons qui les composent, je puis fort bien n'avoir pas évité toute erreur. Si j'en ai commis quelqu’une, elle sera rectifiée par ceux qui connaissent à fond les langues orientales ; ils pourront classer comme sons présentant une valeur nouvelle, certains sons que j'ai considérés comme ne se distinguant que par leur qualité des trente-six sons de valeur différente que j'ai relevés. Les principes généraux qui servent de base à la démonstration à laquelle je me livre, n’en seront pas changés. Ce qui importe, ce n’est pas que le nombre des sons de valeur différente soit plus ou moins élevé, c'est qu'on évite toute confusion entre les différences de valeur et les différences de qualité qui caractérisent les sons, et que lorsqu'on étudie les sons d’abord, comme nous le faisons, au point de vue de leur valeur, on considère comme un seul et même son, quelles que soient les différences de qualité qui les distinguent, tous les sons ayant la même valeur.