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DES CONSONNES

Les consonnes, c'est-à-dire les sons, qui ne peuvent s’articuler qu'unis aux voyelles (2), sont

(1) Féline (Dictionnaire, p. 29 et suiv.) reconnaît et précise très-bien les quinze voyelles que je viens d’indiquer. Mais il ne sait comment les classer, faute de se rendre un compte exact de la nature des nasales (V. la note de la p. 75) et des voyelles-consonnes {V. la note de la p. 79). Il laisse dès lors aux physiologistes le soin d’en opérer le classement conformément aux modifications de l'appareil vocal qu’exige la prononciation de chaque voyelle.

(2) Gerdy (Physiologie, p. 781) fait remarquer que la prononciation des consonnes exige deux temps : un temps préliminaire où l’appareil vocal prend la position voulue, puis un temps d’articulation où cette position change pour aboutir à la voyelle à laquelle s’unit la consonne. Cette remarque, dont la généralité est au moins contes-

CHAP. XII. DES CONSONNES. 83 au nombre de 21. Parmi elles, 17 correspondent à la lettre ou aux lettres, imprimées en italique, qui précèdent, dans les mots français suivants, la voyelle a.

1 ma 2 natte 4 la > rat 3 1gnare

6 bal 7 val 8 pal 9 falot

10 izard 11 déjà 12 sa 13 chat

14 dalle 15 » tOcta st LT à

18 gale 19 » 20 cale 21 »

Les quatre autres consonnes, qui complètent le nombre des 21, ne sont pas employées dans la langue française. Elles font également défaut, à raison de la difficulté de leur articulation, dans plusieurs autres langues. Deux d’entre elles, qui occuperaient dans le tableau ci-dessus les numéros 15 et 17, sont employées notamment dans la langue anglaise : elles y sont représentées par les lettres th, qui se prononcent, tantôt d'une manière plus

table, et qui s’appliquerait difficilement aux consonnes finales, n’a point d’ailleurs d'intérêt au point de vue de l'écriture.

Le même auteur (p. 782) divise aussi les consonnes en simples comme b, et composées comme bl, br. Ces prétendues consonnes composées sont en réalité de doubles consonnes.

douce, comme dans le mot the (le), tantôt d'une manière plus dure, comme dans le mot thing (chose). Les deux autres, correspondant aux numéros 19 et 21, sont employées notamment dans la langue allemande : la première y est représentée par les lettres g ou ch (doux), comme dans les mots folgen (suivre), München (Munich), la seconde y est représentée ordinairement par les lettres ch, prononcées d’une manière plus dure, comme dans le mot machen (faire).

Si nous cherchons maintenant à classer ces 21 consonnes d’après un crdre méthodique, nous remarquerons que l'impression qu'elles produisent à l’audition établit entre elles des distinctions multiples.

Une première distinction résulte de ce que certaines consonnes ne peuvent se prononcer qu'instantanément, ou au moins très-rapidement. Ce sont les consonnes p, ft, c (dur) et dans une moindre mesure les consonnes b, d, g (dur). Les consonnes m, ñn, gn, l, peuvent se prononcer d'une manière plus prolongée ; les autres consonnes, d’une manière plus prolongée encore, et même, comme les voyelles, aussi longtemps que la respiration le permet. Les physiologistes s'étendent longuement sur cette distinction et sur les causes auxquelles elle est due : à savoir l’occlusion ou au contraire l'ouverture, plus ou moins

complète, du tuyau vocal (1). Quelques-uns vont même jusqu’à assimiler aux voyelles, certaines consonnes à prononciation prolongée, ou déclarent qu'il n'existe pas de distinction parfaitement nette entre les sons voyelles et les sons consonnes ; en quoi ils se trompent; car la prononciation, prolongée ou non, des voyelles, constitue un son articulé, net et précis. La prononciation, même prolongée,de certaines consonnes, ne constitue qu'un son sourd,inarticulé, un murmure ou un sifflement (2). Et c’est là précisément la dif-

(1) Les consonnes à prononciation prolongée sont appelées sifflantes par Eichhoff (Parallèle des langues de l'Europe et de l'Inde, p. 47), soutenues, par Müller (Physiologie, trad. Jourdan, t. Il, p. 238 et suiv.), Segond (Mémoire sur la parole, inséré dans les Archives générales de médecine de 1847, 4° série, t. XIV, p. 349) et Béclard (Physiologie, p. 750 de la 4° édit }, non vocales, par Magendie (Physiologie, t. I, p. 316 de la 4° édit.), et continues, par M. Max Müller (Leçons sur la science du langage, trad. Harris et Parrot, p. 192). M. Fournié (Physiologie de la voix et de la parole, p. 731) les divise en sifflantes on soufflantes, murmurantes orales et murmurantes nasales.

Les autres consonnes reçoivent le nom de consonnes sourdes (Eichhoff), non soutenues (Segond, Béclard) explosives (Müller), vocales (Magendie\, prohibitives ou explosives (M. Max Müiler), demi-explosives ou explosives (M. Fournié).

(2) M. Fournié (Physiologie de la voix et de la parole, p. 110 et 725 et suiv.) traite fort bien cette question.

férence essentielle qui sépare les voyelles des consonnes.

Cette propriété qu'ont les consonnes de se prononcer plus ou moins rapidement, ne me paraît pas pouvoir être prise comme base d'une subdivision satisfaisante. Ce caractère classerait ensemble des consonnes, comme [l’r, le v, l’s, qui se distinguent les unes des autres par d’autres caractères beaucoup plus tranchés. De plus, s’il est vrai que le caractère existe et soit même incontestable, c’est plutôt en principe que dans l’application ; car il n’a pour ainsi dire point d'action sur le langage, où toutes les consonnes se prononcent avec une égale rapidité. Il convient donc de chercher, pour point de départ de la subdivision des consonnes, quelque caractère qui se fasse sentir d’une manière plus appréciable dans le langage parlé.

Les cousonnes se distinguent mieux à un autre point de vue, en ce que les unes ne peuvent se prononcer qu'à voix basse, et la voix ne s’élève que sur la voyelle qui les suit; ce sont: les consonnes p, s, t,c(dur), f, ch (doux, dans chose), th dur (anglais), ch dur (allemand) ; d’autres, au contraire, ne peuvent guère se prononcer qu’à voix haute, ce sont : b, z, d, g (dur), v,j,th, doux{anglais), gouch doux (allemand). Les cinq autres enfin, m, n, gn,

l, r, peuvent se prononcer aussi bien à voix basse qu'à voix haute (1).

Cette distinction coïncide avec d’autres caractères, moins facilement définissables peut-être, mais plus sensibles à l’audition, et déjà pris par les grammairiens, comme point de départ, de certaines de leurs subdivisions. Je crois qu’en effet la meilleure classification des consonnes est celle qui résulte de l’ensemble de ces caractères que je vais indiquer en détail.

Les consonnes m, n, gn, l,r, n’ont pas seulement la propriété de pouvoir se prononcer soit à voix basse, soit à voix haute ; ellesont encore un son d’une nature propre, doux et liant, qui les

(1) Müller (Physiologie, trad. Jourdan, t. II, p. 239 ets.) insiste beaucoup sur ce point, et va jusqu’à admettre deux sortes d'm, n, l, r, suivant que ces sons se prononcent avec ou sans intonation, ce qui ne constitue cependant et tout au plus qu’une différence de qualité du son. V.aussi Béclard (Physiologie, p. 750), Segond (Mémoire sur la parole, inséré dans les Archives générales de médecine de 1847, 4° série, t. XIV, p. 351), M. Louis Havet (Observations phonétiques, etc., insérées dans les Mémoires de la Société de linguistique de Paris, t. Il, p. 218) et M. Max Müller (Leçons sur la science du langage, trad. Harris et Perrot, p. 157 et suiv.). Ce dernier auteur range toutes les consonnes, y compris l’h aspirée qu’il examine d’abord, en deux catégories, suivant que la base de leur prononciation est l’esprit rude (l’aspiration), ou l'esprit doux. Cette explication nous paraît plus ingénieuse qu’exacte.

distingue des 16 autres consonnes, et leur a fait donner par les grammairiens le nom de liquides (1). De ce caractère propre de leur son vient la facilité avec laquelle elles s'unissent aux voyelles ets’intercalent même volontiers entre les voyelles et d’autres consonnes (2). Nous ne voyons aucun

(1) Bordenave (Essai sur la physiologie ou sur la physique du corps humain, t. I, p. 226 de la 4° édit.) les appeile semi-voyelles. Il n’en signale que quatre, qu’il divise en nasales (m, n) et orales (l, r). Müller (Physiologie, trad. Jourdan, t. II, p. 240) en appela trois soutenues nasales (m, n, ng), et range les deux autres parmi ses soutenues orales. Il distingue deux sortes d’r (V. la note 2 de la p. 89). Magendie (Physiologie, t. I, p. 316 de la 4° édit.) range l’2 parmi les palatales, l’m et ln (p. 317) parmi les nasales, l’r (p. 317) parmi les prolongées. Eichhoff (Parallèle des langues de l’Europe et de l'Inde, p. 47) appelle nasales, ln, l’gn et l’m, et linguales l’r et l’I Gerdy (Physiologie, p. 784 et 786) appelle l’m et l’n nasales, l’'L et l’r linguales antérieures muetles. M. Max Müller (Leçons sur la science du langage, trad. Harris et Perrot, p. 171) fait des consonnes r et /, des sons particuliers qu’il appelle trilles. M. Fournié (Physiologie de la voix et de la parole, p. 731) range l’gn parmi sus linguo-palatines moyennes, l'n, parmi ses linguo-palatines antérieures, l’m parmi les labiales. Il appelle l’? l’'U et l’r, linguo-palatines latérales. M. Picot (Tableau phonétique, etc., inséré dans la Revue de linguistique, t. VI, p. 363 et suiv.) appelle l’r et l' linguales, et range l’gn parmi les palatales, l’n parmi les dentales, l’'m parmi les labiales,

(2) C’est à ces réunions de consonnes que Gerdy donne le nom de consonnes composées (V, la note de la p. 47).

inconvénient à leur conserver ce nom de liquides. La première des liquides se prononce au moyen des lèvres, qu’on étend puis qu'on ouvre au moment de l’émission du son, et des fosses nasales. Les trois suivantes se prononcent par l’application de la pointe de la langue contre le voile du palais et la voûte palatine, avec de légères différences de position. De plus, les fosses nasales sont nécessaires à l'articulation de la seconde, et surtout de la troisième, qui constitue une simple modification nasale de la seconde (1), analogue à celle que peuvent recevoir les quatre premières voyelles. Pour la cinquième liquide, enfin, le corps de la langue s'applique contre la voûte palatine, et vibre soit seule, soitavec le voile du palais (2).

(1) C’est donc par erreur que Marle (Manuel de la diagraphie, p. 11 et 16) fait de la troisième liquide, la forte (voyez p. 91) de la seconde. C’est également par erreur qu’il fait du son il, ill, dit ll mouillées (Voyez p.135) le son fort de l’!, et réduit ainsi les jiquides au nombre de deux: met r.

(2) D'où Müller (Physiologie, trad. Jourdan, t. II, p.241) distingue deux sortes d’r, l’r pur ou lingual, et l’r guttural. Au point de vue de la valeur, la différence entre ces deux sortes d’r est si peu appréciable, qu’elle peut être négligée. Beaucoup d’autres auteurs, tant physiologistes que linguistes, distinguent aussi l’r ordinaire et l’r grasseyé - des Provençaux et des Arabes (E)- Il en est qui comptent trois sortes d’r ou mème un plus grand nombre encore, Féline (Dictionnaire, etc., p. 34) reconnait comme son

Les 16 dernières consonnes doivent être rangées dans une seconde catégorie. Les grammairiens leur donnent, au moins à la plupart d’entre elles, le nom de muettes, en raison de leur défaut de sonorité propre, et du rôle tout à fait accessoire qu’elles jouent vis-à-vis des voyelles et même des liquides. Ces consonnes se divisent naturellement en quatre séries comprenant chacune quatre consonnes que rapprochent les unes des autres, non-seulement la manière dont elles se prononcent, mais encore la nature de leur son. Ces quatre consonnes se correspondent exactement d'une classe à l’autre. Elles ont reçu des grammairiens les noms su!vants : douce, aspirée douce, forte, aspirée forte. Les deux premières consonnes de chaque classe sont celles qui ne peuvent guère se prononcer qu'à voix haute. Les deux dernières sont celles qui ne peuvent se prononcer qu'à voix basse.

particulier l’r grasseyé des Provençaux, et s’il ne l’admei pas dans son alphabet, c’est simplement parce que ce son est inconnu à Paris et dans le Nord de la France.

Après les expériences les plus consciencieuses, nous n'avons pu reconnaître entre ces différentes espèces d’r aucunes différences de valeur, mais simplement des différences de qualité, très-marquées il est vrai. Ainsi l’r provençal n’est qu’un r ordinaire prolongé, et en outre très-fort et très-rude, ce qui lui donne le caractère qu’on désigne sous le nom de grasseyement.

CHAP. XII. DES CONSONNES,. 91 La douce se prononce, en général, plus aisément que les trois autres : la disposition de l’appareil vocal, exigée pour son articulation, est plus naturelle, et par suite, l'effort moins grand. La forte exige, comme son nom l'indique, une articulation plus forte, plus rapide surtout, et même un peu brusque. La mâchoire inférieure tend à s’écarter davantage de la supérieure, et à se projeter légèrement en avant. Les deux muettes désignées par le nom d’aspirées, exigent encore plus d'efforts. Ce sont évidemment, de tous les sons articulés qu'emploie le langage, les plus difficiles à émettre. Cependant, la disposition de l'appareil vocal est à peu près la même que celle qu'’exige l'articulation de la douce et de la forte correspondante. Seulement, la langue tend à se serrer contre le palais, les lèvres et les mâchoires, à se rapprocher, de manière que l’air, obligé de passer par un canal plus étroit, produit un son sifflant et strident, dont le caractère un peu rude est encore augmenté par le brusque écart des mâchoires aussitôt après l'articulation.

Cette nature du son nous engage à substituer à la dénomination usuelle d’aspirées, celle de comprimées, qui nous paraît rendre mieux que toate autre, le caractère essentiel de l'articulation et du son des consonnes dont nous nous occupons en ce moment. Quant à l'aspiration, c’est proprement une nuance, une simple modification dans

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la qualité du son, qui peut en conséquence affecter chacun des sons articulés, et n’est nullement, comme la terminologie des grammairiens le donnerait à penser, caractéristique de certaines consonnes.

On peut dire que les appellations de douces et de fortes, présentent le même inconvénient, et qu'elles semblent plutôt désigner des différences de qualité que des différences de valeur. Cependant, comme il est de la nature des consonnes appelées douces, et de celles appelés fortes, de se prononcer plus doucement ou plus fortement, conformément à cette dénomination, et qu'il faut faire un certain effort pour intervertir cette prononciation ; comme d’autre part les appellations qu’on pourrait substituer à celles de douces et de fortes, s'appliquent aussi plutôt à des différences de qualité qu’à des différences de valeur (1), nous pouvons conserver celles que l'usage a consacrées.

Nous pouvons de même conserver le nom de muettes pour désigner la seconde catégorie de

(1) On appelle aussi les douces, faibles, les fortes, rudes. M. Louis Havet (Observations phonétiques, etc., insérées dans les Mémoires de la Société de linguistique de Paris, p. 118) donne aux douces le nom de sonores, aux fortes le nom de sourdes. Ces qualifications sont exactes. Mais elles auraient le tort si on les proposait comme qualifications usuelles, d’être nouvelles, et de se rapporter à un caractère très-peu appréciable dans le langage ordinaire.

consonnes. Cette expression ne les distingue peutêtre pas assez nettement des liquides; mais elle est consacrée par l’usage, et ilest difficile d’en trouver une autre plus exacte.

La nature de l’affinité qui unit entre elles les consonnes de chaque série ne peut guère se définir. Mais cette affinité est très-sensible à l’audition. Elle n’est ni contestable, ni, en général, contestée.

Les sons b, v, p, f, qui forment la première série de muettes, s’articulent essentiellement avec les lèvres, ce qui leur a fait donner en général le nom de labiales (1), qu’on pourrait appliquer et qu'on à appliqué également et pour la même raison à la première liquide.

Les sons qui forment la seconde série z,3,s, ch, s’articulent essentiellement avec la langue et les dents, tant inférieures que supérieures. Les grammariens ne paraissent pas avoir reconnu que ces

(1) Eichhoff (Parallèle des langues de l'Europe et de l'Inde, p. 47) et M. Picot (T'ableau phonétique, etc., inséré dans la Revue de linguistique, p. 363 et suiv.) les nomment labiales. Magendie (Physiologie, t. I, p. 316 de la 4e édit.) nomme labiales la douce et la forte b et p, et prolongées les deux comprimées v et f. Gerdy (Physiologie, p. 783) et M. Fournié (Physiologie de la voix et de la parole, p. 731) en font deux classes voisines, sous le nom de labiales pour la douce et la forte b et p, et de dentolabiales pour les deux comprimées v et f.

quatre sons appartiennent à la même série (1,, n1 avoir inventé d'expression commune pour les désigner. Ce résultat vient de l’erreur où ils étaient tombés, en rangeant la consonnes dans une classe particulière sous le nom deszfflante. Cette expression serait impropre à désigner la série entière (2), par la raison qu’elle convient également à presque toutes les consonnes comprimées, dont la prononciation se produit et se soutient, à l’aide de lair qui passe en sifflant dans le canal buccal.

La troisième série n’est représentée dans la langue française que par sa douce d et sa forte t; mais les deux comprimées existent dans plusieurs

(1) Cependant Féline constate que z est la douce des, J la douce de ch, et fait de ces quatre sons la 6° et la 7° classe de sa classification générale des consonnes (Voir la note de la p. 101).

(2) Eichhoff (Parallèle des langues de l'Europe et de l'Inde. p. 47) range les deux comprimées j et ch, dans les gutturales et la douce x et la forte s, dans les dentales. Müller (Physiologie, trad. Jourdan, t. Il, p. 241, 244 et 245) les nomme soutenues orales; Magendie (Physiologie, t. I, p. 317 de la 4° édit.), prolongées ; Gerdy (Physiologie, p. 784), linguales antérieures sifflantes. M. Fournié (Physiologie de ia voix et de la parole, p. 731) range les deux comprimées ch et j parmi ses linguo-palatines moyennes, la forte et la douce s et z, parmi ses linguo-palatines antérieures, M. Picot (Tableau phonétique, etc., inséré dans la Revue de linguistique, t. VI, p. 363 et suiv.) range les deux comprimées j et ch parmi les palatales, la douce et la forte : et s, parmi les dentales.

langues étrangères, notamment dans la langue anglaise, où elles sont représentées toutes deux par les lettres t. Lu langue et les dents, surtout les dents supérieures, jouent le principal rôle dans l'articulation de ces quatre muettes. C’est pourquoi on les appelle en général dentales (1). Cette dénomination manque de précision; car les dents

(1) Müller (Physiologie, trad. Jourdan, t. II, p. 240), range la douce d et la forte { parmi les muettes explosives. Il fait des deux comprimées, th anglais, d et 8 grec (p. 241) une modification de l’s. Il est vrai que beaucoup d’étrangers et même d’Anglais prononcent ces consonnes mollement, de façon qu’elles ne sont dans leur bouche que des z et des s avec une nuance pius sifflante. Mais lorsque ces sons sont articulés fermement et correctement, ils sont bien, comme nous l’indiquons, des comprimées appartenant à la 3° série. Aussi est-il à remarquer que presque tous les Orientaux, lorsqu'ils essaient de parler anglais et ne peuvent articuler ces sons, les prononcent dett, et non pasz et s. Ils disent dat et non pas zat, pour that,ting etnon pas sing pour thing. Magendie (Physiologie, t. 1, p.316 de 4° édit.) nomme les muettes de cettesérie dentales (d, t) et (p. 317) prolongées (th). Gerdy (Physiologie, p. 784) range le det le t avec l’L et l’r dans sa classe des linguales antérieures muettes. M. Fournié (Physiologie de la voix et de la parole, p. 731) range la douce d et la forte { parmi ses linguo-palatines antérieures. Son tableau ne comprend pas les deux comprimées. Eichhoff (Parallèle des langues de l’Europe et de l'Inde, p. 47) et M. Picot (Tableau phonétique, inséré dans la Revue de linguistique, t. VI, p. 363 et suiv.), rangent les quatre corsonnes de la série parmi les dentales.

tant inférieures que supérieures, servent également à l'articulation de la série précédente, qui aurait ainsi plus de droit au titre de dentale que la troisième, où la douce et la forte peuvent s’articuler à l’aide des dents supérieures seulement.

La quatrième et dernière série n’est également représentée dans la langue française que par la douce g (dur, devant a, o, u), et la forte c (dur). Mais, les deux comprimées existent dans un grand nombre de langues (1) (comme l'indique le tableau que nous donnons à la fin du volume), notamment dans la langue allemande, où elles sont représentées : la douce comprimée par g ou ch (doux), et la forte par g ou ch (dur). Ces quatre muettes, fort rudes, s’articulent en appuyant la langue contre le palais, particulièrement contre le milieu de la voûte du palais, et en la retirant brusquement. Le nom qui leur conviendrait le mieux en raison de cette

(1) Müller (Physiologie, trad. Jourdan, t. II, p. 241) compte trois espèces de comprimées de cette série : 1° le g ou ch (allemand) doux, comme dans ledig (vide), lieblich (aimable); £°le g ou ch (allemand) dur, usité aussi parmi les Polonais comme dans tag (jour), suchen (chercher) ; 3° enfin le ch plus dur encore des Suisses, Tyroliens, Hollandais, Hébreux (la lettre Kheth ñ), Arabes (la lettre Kha #), Bohémiens. Ce dernier ch n’est autre que le ch dur avec une nuance plus rude.

Ce son est l’un de ceux qui sont le plus diversifiés par des nuances très-sensibles chez chacun des peuples qui l'emploient.

prononciation, s’il fallait leur en donner un qui y fût relatif, serait celui de palatales (1), qui aurait cependant le défaut de s’appliquer également aux quatre dernières liquides.

Cependant, les grammairiens les nomment généralement gutturales. Cette dernière expression est inexacte, en ce qu'elle tendrait à faire croire que le gosier ou larynx joue un rôle particulier dans leur articulation, tandis qu'au point de vue de - la valeur des sons, qui est seule à considérer ici, il n'en joue pas plus que dans les autres articulations. L'erreur des grammairiens, qui ont introduit cette expression, vient de ce que les

(1) Müller (P hysioiogie, trad. Jourdan, p. 242) range le g et le c parmi ses muettes explosives, et (p. 241) les comprimées parmi ses soutenues orales. Magendie (P hysiologie, t. I, p. 316 de la 4° édit.) appelle le g et le c gutturales et (p. 316) range la forte comprimée (x espagnol) parmi ses prolongées. Gerdy (Physiologie, p. 785) nomme les trois premières muettes de la série linguales, et la forte comprimée palatale. M. Fournié (Physiologie de la voix et de la parole, p. 731) les appelle linguo-palatines postérieures ; M. Picot (Tableau phonétique, etc., inséré dans la Revue de linguistique, p. 363 et suiv.) appelle les deux comprimées gutturales, et range la douce et la forte parmi les palatales. Les Orientalistes, et aussi Féline (Dictionnaire, etc., p. 34) admettent en principe deux sortes de g et dec. Ces sons se prononcent en effet, dans certaines langues asiatiques, de deux manières Gifférentes. Mais cette différence de prononciation ne tient qu’à la qualité et non à la valeur du son.

muettes de la quatrième série, s’articulant avec difficulté,exigenten généralune plus grande quantité d’air, et par suite, de plus grands efforts du larynx, que les autres sons. Mais encore une fois et pas plus ici qu'ailleurs le larynx n’a d’influence directe sur la valeur du son : il ne fait que fournir aux organes de la parole, iei à la langue et au palais, l’air nécessaire à l’articulation du son. L'expression gutturale doit donc être rejetée.

On voit, d'après les explications dans lesquelles nous sommes entrés, qu’il est bien difficile, pour ne pas dire impossible, de trouver des noms qui s'appliquent exactement à chacune des quatre séries de muettes, soit qu on tire ces noms de la participation de tel ou tel organe de l’appareil vocal à l'émission des sons appartenant à la même série, soit qu’on les tire de la nature ou dela valeur de ces sons (1). Nous croyons que le mieux serait de les indiquer, comme aussi les quatre séries de voyelles proprement dites, par le premier sun de chaque série, àsavoir la voyelle claire dans un cas, la consonne douce dans l’autre. On aurait ainsi les séries a, o, é, e, et Les séries b, z, d, g.

Il est à remarquer que, dans la prononciation, il est toujours facile d’articuler une douce suivie

(1) C’est ce que reconnaît Müller (Physiologie, trad. Jourdan, t. II, p. 237 et 238).

d’une douce, une forte suivie d’une forte ; mais très-difficile, et souvent impossible, d’allier une douce à une forte, et réciproquement. Les douces comprimées peuvent s’allier entre elles ; elles s’allent également aux douces et même aux fortes, mais avec beaucoup plus de difficulté. Cette difficulté augmente encore quand on veut allier une douce comprimée à une forte comprimée. De même, les fortes comprimées s’allient bien aux autres fortes comprimées, moins bien aux fortes, aux douces, et surtout aux douces comprimées; le tout à charge de réciprocité (1).

Nous devons faire remarquer que beaucoup d'auteurs rattachent les liquides aux diverses séries de muettes (2), d’après les analogies qu'offre la disposition de l’appareil vocal nécessaire pour l'articulation de chaque üiquide, et pour celle des muettes de telle ou telle série. Cette méthode vicieuse en ce que le classement doit avoir pour base la nature des sons et l'impression qu'ils font

(1) Eichhoff (Parallèle des langues del'Europe et de l'Inde, p.49 et 50) appelle ces combinaisons des consonnes mixtes, et en donne le tableau à peu près complet. V aussi Gerdy (Physiologie, p. 782).

(2) V. notes des p. 88 et 101 et plus particulièrement Segond (Mémoire sur la parole, inséré dans les Archives générales de médecine de 1847, 4° série, t. XIV, p. 353 et suiv.) et M. Max Müller (Leçon sur la science du langage, trad, Harris et Perrot, p. 180).

sur l'oreille, non les causes qui les produisent, conduit ici à des résultats tout à faitinacceptables. La nature du son des liquides indique, comme nous l'avons dit, qu'elles doivent être rangées dans une même classe, et distinguées ainsi de toutes les autres muettes.

Nous devons également mentionner, en vue de la combattre, l’opinion exprimée par certains auteurs,même du plus grand mérite (1), qu’il convient de considérer comme des consonnes distinctes, et d'ajouter au nombre de celles que nous avons indiquées, les doubles consonnes usitées dans beaucoup de langues, comme le son tch (qui s’écrit en anglais ch, en allemand et en italien c doux), dj (qui s'écrit en anglais j et en italien gi).

Nous répéterons à l’égard de ces doubles consonnes, Ce que nons avons dit (p. 81) à l'égard des doubles voyelles habituellement réunies dans certaines langues étrangères. Malgré la rapidité de la prononciation, les doubles consonnes n’en comprennent pas moins deux sons distincts. Seulement l’un d'eux, ou parfois tous les deux, sont extrêmement brefs. Mais, ce n’est 1à qu’une modification dans la qualité et non dans la valeur du son. Il y aurait donc erreur à considérer, soit les deux sons réunis, soit l’un des deux, comme con-

(1) V. spécialement Max Müller (Leçons sur la science du langage, trad. Harris et Perrot, p. 177 et 178).

stüituant une nouvelle consonne distincte des 21 consonnes que nous avons énumérées.

En résumé, le tableau complet des 21 consonnes nous offre :

Une première catégorie composée de 5 liquides dont une liquide nasale ;

Une seconde catégorie composée de 16 muettes divisées en quatre séries, composées chacune de quatre sons : une douce, une douce comprimée, une forte, une forte comprimée (1).

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