‹ Des principes de l'écriture phonétique et des moyens d'arriver à une écriture universelleChapitre 26 sur 65 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

Nous répéterons ici, en le développant, ce que nous avons dit des différences de qualité ou

(1) Féline (Dictionnaire, etc., p. 35) classe les consonnes en huit séries : 1° p, b, m; 2 t, d, nr; 3k, g, gn; 4° 1, Dar T om 025s,z;70j,ch; 80-r. Les cinq premières comprenuent, d’après lui, une forte, une douce et une moyenne ; les 6e et 7° seulement une forte et une douce, et la 8° rien qu’une forte. Cette classification, comme il est facile de le voir au premier coup d’œil, pèche par plusieurs points. Son défaut capital tient à ce que les comprimées se trouvent éloignées des douces et des fortes, auxquelles elles se rattachent évidemment et remplacées par des moyennes qui ne s’y rattachent nullement. Comment comprendre, par exemple, que y soit la moyenne

de 1.

nuances des sons. Nous appelons ainsi les modifications que le jeu des organes de l'appareil vocal, et particulièrement des poumons et du larynx, fait subir à la qualité d’un son, mais sans en altérer la valeur. Dès lors, l’essence du son n’en reste pas moins la même; car le son ne saurait perdre son caractère propre et distinctif, parce qu'il passe du grave à l’aigu, du fort au faible, du rude au doux. :

On comprend qu’en principe les différences de qualité, à raison de leur peu de précision, ne figurent point comme éléments constitutifs dans la composition du langage. Il est difficile, en effet, puisqu'elles varient du plus au moins à l'infini, de déterminer la limite fixe où l’on conviendra que la signification du son changera, et cette difficulté a dû naturellement conduire à en faire rejeter l'emploi.

Ce n’est point cependant là une règle sans exception. Quelques nuances fortement marquées, auxquelles l’usage général a imprimé, chez certains peuples, une fixité relative, entrent comme éléments secondaires, et parfois comme éléments fort importants, dans la composition du langage. La langue française n’en offre, il est vrai, que bien peu d'exemples. Mais il n’en est pas de même dans toutes les langues, et, sans nous étendre sur les différentes nuances qui concourent accessoirement à leur formation, et qui sont, dit-on, fort

nombreuses chez certains peuples sauvages, les Indiens de l'Amérique, les Hottentots, les Cafres, et, en généra), les populations de l'Afrique australe, nous nous bornerons à parler, à titre d'exemple, de deux nuances très-répandues, et employées particulièrement dans les langues des peuples qui nous environnent : l'accent et l’aspiration.

L'accent consiste dans une élévation marquée de la voix sur certaines syllabes qui se prononcent plus fortement et plus longuement que les autres. L'accent existe dans presque toutes les langues. Dans la langue française même, on a remarqué que la voix s'élève légèrement sur la dernière syllabe de chaque mot, ou sur l’avant-dernière quand la dernière a pour voyelle un e muet. Mais, cette élévation n’a aucune influence sur la signification des mots; elle est d’ailleurs si peu sensible, qu’elle demande, pour être observée, la plus grande attention. Aussi les étrangers, qui ont en général un accent beaucoup plus prononcé que le nôtre, reprochent-ils à la langue française parlée, avec quelque raison, d'être singulièrement monotone.

L'accent est notamment très-appréciable dans les quatre langues parlées par les populations qui nous avoisinent : l'espagnol, l'italien, l’allemand et l’anglais. Dans ces deux dernières langues, et surtout en anglais, l'accent est tellement

prononcé, que les syllabes non accentuées disparaissent presque dans la rapidité de la prononciation, et que l'oreille des étrangers a la plus grande peine à les saisir. La nécessité de nous conformer à cette prononciation nouvelle pour nous, est l’un des plus grands obstacles que nous rencontrions dans l'étude et dans la pratique des langues étrangères.

C’est encore une véritable accentuation qui, sous un autre nom, forme la base de la versification dans presque toutes les langues étrangères. Les syllabes, suivant qu’elles sont plus ou moins accentuées, reçoivent en poésie le nom de longues ou de brèves, et ce sont certaines combinaisons de longues et de brèves, connues sous le nom de pieds, dont l'agencement forme et caractérise les différentes espèces de vers. Dans certaines lanvues, les syllabes accentuées en prose ne le sont pas toujours, ou du moins ne sont pas toujours considérées comme telles, en poésie, et réciproquement. On distingue alors deux sortes d’accents : l'accent tonique et l'accent prosodique.

La versification française, privée de cette base fondamentale, ne s'appuie que sur l’alignement régulier des syllabes, la coupe du vers ou césure, et la rime.

L’aspiration (1) est une nuance brusque et

(1) L’aspiration est souvent indiquée dans les écritures européennes par la lettre h. Mais c’est à tort que Müller

heurtée, qu'on communique à un son en s’arrêtant un instant avant son émission, et en lançant cette émission au moyen d’une forte expiration. Pas plus que l'accent, l'aspiration véritable n'existe dans la langue française ; tel n’est point, en effet, le caractère qui a fait donner le nom d’aspirées à certaines syllabes initiales commençant par une h, non moins improprement dite aspirée (1). La seule particularité qu’offrent ces syllabes, est de ne point se lier avec la consonne finale des mots qui les précèdent. Des deux caractères dont la réunion forme l'aspiration, nous n’en trouvons ici qu’un seul, et c’est le moins

(Physiologie, trad.Jourdan, t. II, p.243) ne sachant où ranger cette lettre, en fait une consonne continue d’un genre particulier, insusceptible d’intonation ; et que Magendie (Physiologie, t. I, p. 317, de la 4° édit.) la range parmises prolongées.Segond (Mémoire sur la parole, inséré dans les Archives générales de médecine de 1847, 4° série, t. XIV, p. 350) la classe parmi les consonnes soutenues. Féline luimême (Dictionnaire, etc., p. 35) fait un son particulier de l’h aspirée des Bas-Bretons ; M. Fournié (Physiologie de la voix et de la parole , p. 731) appelle l'h une consonne glottique. M. Picot (Tableau phonétique, etc., inséré dans la Revue de linguistique, p. 363 et suiv.) fait de l'h aspirée une consonue laryngienne.

* (1) C’est donc à tort que Gerdy (Physiologie, p. 781) fait une consonne aspirée de l’h de hallebarde. Féline (Dictionnaire, etc,, p. 35) s’est mieux rendu compte du caractère de l’h dite aspirée dans la langue française,

essentiel, l'arrêt; l'effort d'expiration n'existe pas.

Dans plusieurs langues, au contraire, l'aspiration, surtout appliquée aux voyelles, est fort employée. Nous citerons comme exemples l'allemand et l'anglais. En allemand, l’aspiration est rude et bien marquée. En anglais, les gens peu lettrés aspirent fortement; ceux qui parlent avec affectation aspirent à peine ; ceux qui prononcent correctement, et c’est là un des principaux signes auxquels on les reconnaît, et dont ils se font honneur comme dénotant de l'instruction et du goût, aspirent d’une manière modérée.

L’aspiration des consonnes est beaucoup plus rare que celle des voyelles ; il ne faudrait cependant pas croire qu'elle n’existe pas : certaines langues, et surtout les langues orientales, en fournissent des exemples remarquables. Nous citerons entre autres la langue arménienne, où il existe, indépendammentdu p (p) et du # (4) ordinaires, un p (fr) et un t ({4) très-fortement aspirés.

Comme je ne cherche ici qu’à faire bien comprendre en quoi consistent les différences de qualité ou nuances des sons, je me bornerai aux exemples qui viennent d’être indiqués, et qui me paraissent suffire à ma démonstration ; je me garderai d'entreprendre d’énumérer toutes les nuances; ce serait une tâche à la fois impos-

sible et inutile. Je m'expliquerai seulement, à la suite du tableau des sons qu'emploient les principales langues parlées, tableau qui termine cet ouvrage, sur les nuances qui sont usitées dans ces langues.

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