‹ Des principes de l'écriture phonétique et des moyens d'arriver à une écriture universelleChapitre 27 sur 65 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

DE LA DISTINCTION A FAIRE ENTRE LES CARACTÈRES COMMUNS AUX SONS DE TOUTES LES LANGUES ET LES CARACTÈRES PARTICULIERS AUX SONS DÉ CERTAINES LANGUES.

Des explications qui précédent, il suit que les langues considérées exclusivement au point de vue des sons qui les composent, renferment certains éléments communs, identiques dans chacune d'entre elles, et certains éléments spéciaux et particuliers à telle ou telle langue.

Dans la première catégorie se place tout ce qui a trait à la différence de valeur des sons : c’est la partie commune, parce qu’elle est invariable de sa nature, de toutes les langues parlées; dans la seconde se place tout ce qui a trait à la différence de qualité des sons : c’est la partie mobile et changeante des langues, partie susceptible d'être modifiée, dans chacune d'elles, arbitrairement et à l'infini.

Les éléments fixes, communs à toutes les langues parlées, c’est-à-dire ceux qui reposent sur les différences de valeur entre les sons, sont, comme nous l’avons dit, incomparablement plus importants que les éléments qui ont pour base les différences de qualité des sons. Nous répéterons encor que ces dernières différences, offrant bien moins de précision, de certitude, et par suite de commodité que les premières, n'ont étéemployées qu'accessoirement dans la formation des langues; et plus celles-ci vont se perfectionnant, plus l’influence et l'emploi des différences de qualité ou nuances des sons vont s'y amoindrissant, et laissaut une prépondérance presque exclusive aux différences de valeur. Cet effet se produit sans système arrêté, par la seule supériorité de l’usage du premier procédé sur le second, et par le besoin qn'éprouvent les peuples, sans s’en rendre compte, de donner au langage d’autant plus de clarté qu’il doit exprimer un plus grand nombre d'idées et de notions compliquées et délicates à saisir. La langue se met ainsi comme d’ellemême au niveau des progrès de la science et de la civilisation. |

Chez les peuples sauvages,où elle ne correspond qu'à des besoins et à des idées boruées, elle ne comprend qu’un petit nombre de sons de valeur différente.On cite des peuplades de l'Amérique, de l'Afrique, de l’Océanie surtout qui, sur les 36 que

CHAP. XIV. DE LA DISTINCTION DES SONS, ETC. 109 nous avons indiquées, n en prononcentpas plus de 12ou 15.Certains linguistes soutiennent,ilestvrai, queles langues del’Océaniecomprenaientautretois plus de sons qu'aujourd'hui (1); mais en admettant l'exactitude de cette proposition, ce serait là une exception qui ne tirerait pas à conséquence; car il résulterait de ces mêmes explications des linguistes que lesidiômes des sauvages océaniens, empruntés à une langue plus riche en sons, se seraient appauvris parce que ces sons n'étaient “plus nécessaires aux idées que ces peuplades sauvages avaient à exprimer; d’où la paresse les aurait conduits à abandonner certains sons superflus.

Il n’en reste pas moins vrai qu’en règle générale, le nombre des sons de valeur différente correspond, dans chaque langue, à la multiplicité et à la délicatesse des idées qu’elle doit exprimer, et que dès lors les langues des peuples sauvages sont moins riches en sons de valeur différente, que les langues des peuples civilisés.

En revanche, les différences de qualité jouent souvent un grand rôle dans ces langues primitives.

Mais à mesure qu’un peuple se civilise, sa langue s'enrichit de sons nouveaux quant à leur valeur, sons jusque là ignorés ou délaissés par lui,

(1) V. M. Max Müller (Leçons sur la science du HN 20 trad. Harris et Perrot, p. 156 et 157),

dont il inaugure spontanément l’emploi, ou qu'il emprunte le plus souvent à d’autres peunles. En même temps, les différences de qualité ne correspondant plus à la netteté que les idées exigent dans le langage, s’atténuent peu à peu, et finissent par disparaître. Les sons de même valeur, mais de qualité différente, qui se distinguaient autrefois les uns des autres, arrivent à se confondre ; leur prononciation et leur signification deviennent les mêmes. C’est ainsi que les langues des peuples les plus civilisés admettent à peine quelques nuances des plus marquées et s’appliquant, comme l'accent et l’aspiration, non pas à un seul son, mais à toute une catégorie de sons.

La langue qui est arrivée sur ce point au résultat le plus complet, est certainement la langue française. Elle à tellement rejeté l'emploi des différences de qualité, quelles qu’elles fussent, que c'est à peine si quelques-unes se font encore sentir faiblement dans la prononciation, et ont quelque influence sur la signification des mots.

En ce moment même, les dernières nuances qui caractérisaient notre langue, la distinction de certaines voyelles en longues et brèves, la prononciation particulière des {{ mouillées, conservée encore dans l’italien et dans l'espagnol, achèvent de se perdre. La langue française offre donc l'exemple d’une langue où les sons se prononcent sauf quelques exceptions de plus en plus rares,

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