‹ Des principes de l'écriture phonétique et des moyens d'arriver à une écriture universelleChapitre 35 sur 65 · CHAP. XV. DE LA DISTINCTION DES SIGNES, ETC · texte numérisé non relu

CHAP. XV. DE LA DISTINCTION DES SIGNES, ETC

tiples, nous le remplacerons, quand il s’agira de désigner les signes destinés à représenter les différences de qualité des sons, par l’expression : signe accessoire, ou simplement signe.

Nous n'avons pas besoin de démontrer que, dans une écriture correcte, chaque son de valeur différente doit être représenté par une lettre différente et par une seule, toujours la même. Le vice des écritures actuelles, où la même lettre représente souvent différents sons, tandis qu à l'inverse, le même son peut être représenté par plusieurs lettres différentes, ou ne peut l'être que par la combinaison de deux ou trois lettres réunies, à été signalé par tous ceux qui se sont occupés de la question de la réforme de l'écriture, comme l’un des vices qui justifient le plus cette réforme, et qu’elle doit faire radicalement disparaître.

Le rôle des lettres étant ainsi bien fixé, elles ne doivent jamais en sortir, et servir, comme il arrive dans presque toutes les écritures actuelles, à représenter de simples différences de qualité. Autrement, il n’y aurait plus de symétrie entre les sons qui composent le langage, et l'écriture qui sert à les reproduire. Si deux sons de même valeur, mais diversement nuancés, étaient représentés par deux lettres différentes, on serait porté à s’imaginer qu’ils sont de valeur différente, et on verrait ainsi se perpétuer la confusion re-

grettable qui existe actuellement dans presque tous les esprits, entre les différences de valeur et les différences de qualité des sons ; tandis que la distinction radicale de ces deux éléments du langage, nous paraît devoir être la base essentelle de tout bon système d'écriture.

Quant aux nuances, qui ne modifient pas la valeur, c'est-à-dire l’essence même du son, mais simplement sa qualité, elles ne sauraient être mieux représentées que par des signes accessoires, placés près des lettres, mais ne faisant pas corps avec elles, et laissant subsister dans son intégrité la forme ordinaire de celles-ci. Ce système d'écriture s'adapte à la représentation du langage avec une symétrie parfaite : il indique aux yeux, autant qu'il est possible, que le son, bien que modifié dans sa qualité, conserve cependant l’élément essentiel qui constitue son caractère propre, ou en d’autres termes, conserve sa valeur.

Il y a également lieu d'indiquer par un simple signe accessoire qu'une voyelle-consonne prend le son consonne; car cette circonstance ne modifie que le mode d’articulation du son, sans en changer la valeur propre.

Par les mêmes raisons qui viennent d'être exposées, les signes accessoires, destinés à représenter les différences de qualité, ne doivent jamais être employés, comme ils le sont fréquem-

ment dans les écritures actuelles, pour indiquer des différences de valeur.

L'écriture, ainsi organisée, peint le langage aussi exactement qu'on peut le désirer. A l’élément général et commun à tous les peuples, qui constitue le fond de chaque langue, correspond la partie essentielle de l'écriture, les lettres, qui peuvent et doivent être les mêmes pour toutes les langues. À l'élément accessoire et variable du langage, correspondent des signes également accessoires et variables suivant les particularités d’intonation propres à chaque langue.

Page 1