SIGNES PROPOSÉS POUR RBPRÉSENTER LES DIFFÉRENTS SONS DU LANGAGE
Les principes que nous venons d'établir peuvent être sauvegardés, quels que soient les signes adoptés, pourvu que ces signes se divisent bien nettement en signes principaux ou lettres, et signes accessoires ; correspondant, les premiers aux sons principaux; les autres, aux nuances du langage.
Cependant, la préférence donnée à tels ou tels signes est loin d’être indifférente, en ce qui con-
cerne la vulgarisation rapide d'une écriture nouvelle. Si l'on choisit des signes tout nouveaux, il est à craindre que la difficulté et les frais résultant de la nécessité d'apprendre ces signes, et de les substituer aux anciens dans l'imprimerie, n’arrêtent la réforme ; il est d'autant plus facile et naturel de se servir de signes déjà employés, que l’alphabet romain, celui qui est incomparablement le plus répandu, est également, au point de vue calligraphique et typographique, un des plus clairs, des plus élégants et des plus parfaits qu’on puisse imaginer. Aussi, les réformateurs s’accordent-ils, en général, pour déclarer qu'il convient de prendre l'alphabet romain pour base de tout nouveau système d'écriture. Ils ajoutent avec raison, qu'il serait bon de donner toujours la même forme à chacun des signes qui le composent, de supprimer notamment les formes de lettres gothiques ou autres analogues, de ramener les lettres dites majuscules à n'être que des lettres ordinaires amplifiées, s’il est nécessaire, et de rapprocher, autant que possible, la forme de l’écriture manuscrite, de celle de l'écriture imprimée. Toutes ces données sont parfaitement sages et judicieuses,
I s’agit done d'arriver, en nous conformant aux principes exposés dans le chapitre précédent, à un alphabet aussi peu différent que possible de l'alphabet romain.
CHAP. XVI. SIGNES PROPOSÉS. 127 Pour les trois premières voyelles claires, il n'y aurait aucune raison de changer les lettres aujourd’hui employées : a, o ete; pour représenter la quatrième, nous proposerions, en l'absence de signe particulier dans l’alphabet français, la lettre grecque € (1).
Pour les huit voyelles pleines ou nasales, il faudrait nécessairement inventer huit lettres nouvelles, puisqu'il n’en existe aucune, dans l’alphabet romain, qui y corresponde. Elles y sont représentées, ou par les mémes lettres que Îles voyelles claires, ou par ces lettres surmontées d’un accent, ou suivies d'une autre lettre. Ces différents systèmes sont également contraires aux principes que nous avons exposés, spécialement celui des accents, quoiqu'il ait été adopté par plusieurs réformateurs (2). Cette destination donnée aux accents offre, en effet, l’inconvé-
(1) C’est celle que propose aussi Féline (v, son Dictionnaire, etc., p. 37).
(2) Féline (Dictionnaire, etc., p. 39) indique les voyelles pleines par la lettre qui représente la voyelle claire, surmontée de l’accent circonflexe ; il indique les voyelles nasales par la même lettre, avec un petit trait horizontal au-dessous. Il représente | n nasale, qu’il rattache aux sons g etc (v. les notes de la p. 101), par un g surmonté du même trait horizontal. Ce trait horizontal, placé au-dessous de
la lettre 1, lui sert encore à indiquer le son des {! mouillées,
nient capital de représenter des différences de valeur, comme s'il s'agissait de simples différences de qualité. |
Bien que la forme à donner aux nouvelles lettres destinées à représenter les voyelles pleines et les voyelles nasales, soit surtout de la compétence des professeurs d'écriture et des imprimeurs, je pense qu'elle ne devrait pas s’éloigner trop sensiblement de la forme des voyelles claires. Les trois sons compris dans chacune des quatre séries que forment les voyelles proprement dites, ont entre eux la plus grande affinité, au point que les oreilles peu délicates ont souvent peine à saisir en quoi consiste la différence qui les sépare, et c'est là la cause pour laquelle, jusqu'ici, la même lettre a, en général, servi, dans toutes les langues, à représenter deux ou plusieurs d’entre eux. Il pourrait donc sembler choquant qu'aux sons appartenant à une même série, correspon-— dissent des lettres très-différentes les unes des autres; et il convient, au contraire, de représenter ces sons très-voisins, par des lettres présentant également entre elles une grande analogie. La transition d'une écriture à l'autre serait ainsi moins brusque et partant plus facile.
On pourrait donc conserver, pour représenter les lettres nleines et nasales, les lettres mêmes qui servent à représenter les voyelles claires, en les modifiant seulement au moyen d'une légère
CHAP. XVI. SIGNES PROPOSÉS. 129 addition ; par exemple, un petit trait superposé à la lettre, et incliné de gauche à droite pour les voyelles pleines (à, à, à, ë), et de droite à gauche pour les voyelles nasales (4, 6, é, €). Il va de soi que ce trait devrait faire corps avec la lettre, afin qu'on ne le prît pas pour un signe accessoire.
La première voyelle-consonne est représentée, dans les langues qui s’écrivent avec l'alphabet romain, tantôt par deux lettres, comme dans le français, ou, ou dans l’anglais, 00; tantôt par la lettre &#. Mais cette même lettre représente, dans l'écriture française, un son différent, celui de la voyelle-consonne qui suit, et à laquelle ne correspondaucune autre lettre. On pourrait lui conserver cette | destination, et représenter la première voyelle-consonne par le signe s (1) qui a longtemps servi, comme abréviation des lettres ou, à l'indiquer dans les anciens manuscrits. Les deux autres voyelles-consonnes seraient alors représentées par les lettres « et i; cette dernière ne conserverait pas le point qui la surmonte, et qui, détaché du corps de la lettre, ferait croire à tort qu'elle est surchargée d’un signe accessoire. Si l’on trouvait que l’i sans point fait confusion avec l’u, on pourrait l’en distinguer par une légère
(1) Féline (v. la note de la p. 77) propose de représenter le son ou par à, en le considérant comme le son grave au fort de l’u. C’est là une erreur ou une concession singulière de la part d’un esprit aussi judicieux.
modification, en le bouclant, par exemple, sur la ligne inférieure de l'écriture, ou de toute autre manière.
Un signe, qui pourrait être le tréma (::) désormais sans autre application, indiquerait les cas où ces voyelles prendraient le son-consonne.
Les deux premières et les deux dernières liquides pourraient être également représentées par les lettres actuellement en usage : m, n, L, r, La troisième seruit indiquée par la même lettre que la seconde, surmontée du signe nasal uni au corps de la lettre (ri).
Pour les quatre muettes de la première série, on pourrait conserver les lettres actuelles : 00, DT.
Parmi les lettres de la seconde série, trois seulement sont représentées dans notre alphabet actuel; la douce x, la douce comprimée 3, et la forte s. On pourrait les conserver en enlevant le point qui surmonte le 7, et remplacer, pour la forte comprimée, les deux lettres ch, par la lettre À qui n’a plus d’autre emploi, puisque l'aspiration qu’elle représente dans la plupart des langues, et l'arrêt ou détachement qu’elle représente dans la langue française quand elle n’est pas muette, ne sont que des nuances des sons, et doivent dès lors être désignées par de simples signes accessoires. |
Pour les deux muettes que la langue française
possède, dans chacune des deux dernières séries, on pourrait également conserver les lettres actuelles : d, t, g, c, et prendre, pour représenter les deux comprimées : dans la troisième série, le delta, à et le thêta, 6 grecs, qui correspondent déjà dans la langue grecque, aux deux comprimées de cette série, et dans la quatrième, les lettres get k qui deviennent désormais sans äutre application.
Nous donnons à la page suivante, conformément aux indications qui précdent, le tableau des lettres qui serviraient à représenter les sons de valeur différente que peut émettre l'appareil vocal de l’homme, et dont la réunion forme le langage.