‹ Des principes de l'écriture phonétique et des moyens d'arriver à une écriture universelleChapitre 37 sur 65 · DEUXIEME CATÉGORIE. MUETTES · texte numérisé non relu

DEUXIEME CATÉGORIE. MUETTES

Série b Série z Série d Série g

ouces b Z d es oucescomprimées v j Co) q Fortes p S t C Fortescomprimées f h ÿ k

Il serait bon, pour plus de régularité, de changer le nom des consonnes, et de les appeler toutes du nom du son qu’elles représentent, lorsqu'elles sont suivies de la première voyelle ou voyelle a (1). On aurait ainsi : ma, na, ra, la, ra, ba, va, pa, fa, za, ja, sa, ha, ds, da, ta, 6a, ga, qa, ca, ka.

Quant aux différences de tonte il ne serait pas difficile d'inventer, pour chaque langue, quelques signes accessoires propres à représenter celles qui peuvent s’y rencontrer, avec une fréquence et une importance qui nécessitent leur reproduction dans la langue écrite.

Pour la langue française, cette reproduction des nuances serait des plus simples; les nuances y sont, en général, si peu marquées, qu'il serait bien difficile, pour la plupart d’entre elles, de les déterminer avec exactitude; on l’a essayé bien souvent, sans jamais s’accorder à ce sujet. Il n'en est que deux ou trois qui, en raison de leur fixité ou de l'influence qu’elles exercent sur le sens des

(1) C’é tait l'opinion de Féline (Dictionnaire etc., p. 35); néanmoins cédant au désir contraire exprimé par ses collaborateurs, il appelle chaque consonne du nom du son qu'elle représente, lorsqu'elle est suivie de la voyelle e (muet) : pe, be, me, etc. Cette modification est sans importance. Ce qui importe, c’est que le nom de chaque consonne soit formé de cette consonne, suivie d’une voyelle toujours la mème.

mots, mériteraient d’être reproduites ; le mieux serait, pour les autres, de ne point les représenter, et de laisser à l’usage le soin de les apprendre à ceux qui veulent lire correctement notre langue (1).

La première nuance qui mérite d’être prise en considération, est celle que représente, dans notre orthographe actuelle, l’k improprement dite aspirée. Elle devrait être remplacée, dans les mots francais où elle se rencontre, par un signe qui pourrait avoir Ja forme d’une virgule ou esprit doux des grecs (), et surmonterait la première voyelle du mot. On pourrait appeler ce signe, signe de détachement; il indiquerait simplement que la voyelle initiale qu’il surmonte, ne se lie pas aux dernières lettres du mot précédent.

Une autre nuance, qu'il conviendrait également de représenter, est l’allongement de certaines voyelles, non pas de toutes les voyelles

(1) Pour les voyelles, Féline (Dictionnaire, etc, p. 27), pense également que les différences de qualité sont si peu sensibles en français, qu'il vaut mieux ne pas les reproduire par l’écriture. Il applique particulièrement ce principe aux voyelles longues et brèves. Mais par une erreur singulière, il voit des consonnes longues, là où la même consonne se répète,et se prononce deux fois, comme dans le mot illégal. Il indique ces prétendues consonnes longues, par un signe allongatif, en forme d’accent aigu, placé après la lettre (il'égal). (V. Dictionnaire, etc., p. 317).

| CHAP. XVI. SIGNES PROPOSÉS. 135 qu'on appelle improprement longues, mais de celles qui le sont véritablement. Ainsi, les voyelles des mots bât, rôt, ci-git, quoique surmontées d’un accent circonflexe et qualifiées longues, ne sont pas plus longues que les voyelles des mots bas, héros, logis.

Il n'existe dans la langue française, à moins de noter, comme quelques-uns essaient de le faire, des nuances imperceptibles, que très-peu de voyelles méritant le nom de longues. On peut citer comme tel les sons cable, par opposition à cas, faite, par opposition à fait, büche, par opposition à bw. Encore cet allongement de la voyelle, dû la plupart du temps à l’e muet qui la suit, paraîtil avoir été autrefois beaucoup plus marqué qu'il ne l'est aujourd'hui. La nuance qui caractérisait les voyelles longues tend à se perdre. On peut néanmoins, tant qu'elle subsistera, la représenter dans l'écriture, et prendre dans ce but le signe connu sous le nom d’accent circonflexe (°), et qu'on appellerait signe d’allongement. On écrirait donc de la manière suivante les mots que nous avons indiqués tout à l'heure à titre d'exemple : câble, fête, bûhe.

Il serait bon enfin de distinguer les cas où la voyelle e, correspondant à notre e muet actuel, peut se supprimer dans la rapidité de la prononciation, des cas où, correspondant aux lettres eu, elle doit obligatoirement se prononcer. Le plus

logique serait de distinguer, par un signe spécial, le premier des deux cas ; mais, commeilest infiniment plus fréquent que le second, peut être vaudrait-1l mieux, pour ne point trop surcharger de signes accessoires l'écriture française, distinguer, au contraire, par un signe spécial, qui pourrait être un point (*),les cas où la voyelle & doit obligatoirement se prononcer. Ainsi, on écrirait malheureux : malërëz, et Malebranche : Malshrähe.

Il subsiste encore dans la langue française quelques autres nuances, mais tellement secondaires, qu'il conviendrait, je le crois, de les négliger. Ainsi, les L dites mouillées, dans bail, paille, famille, se prononçaient autrefois et se prononcent encore quelquefois aujourd’hui comme ll en espagnol, gl ou gl en italien, c’est-à-dire li, en faisant sonner l’? d’une manière très-douce. Cette prononciation est indiquée comme étant la seule correcte par M. Littré (1). Mais elle est devenue si rare, surtout à Paris, qu'on peut la considérer comme perdue, et admettre désormais comme correcte la prononciation vulgaire ÿ.

L’alphabet applicable à la langue française, se composerait donc des 15 voyelles et des 17 consonnes qui y sont usitées, soit en tout 32lettres, et de 3 signes accessoires.

(1) Dictionnaire de la langue française, complément de la préface, p. LIX.

CHAP. XVI. SIGNES PROPOSÉS. 137 Le système d’alphabet qui vient d’être présenté, et qui consiste à modifier aussi peu que possible l’alphabet romain, à paru insuffisant à certains auteurs. Ces auteurs contestent le mérite de cet alphabet, surtout au point de vue théorique. Ils reconnaissent qu'il se prête mieux que tout autre à la transformation des écritures actuelles en une écriture commune à toutes les langues. Mais, prenant pour point de départ les principes d’une logique rigoureuse, et le désir de rendre aussi clair et aussi démonstratif que possible, le nouvel alphabet à substituer à l’ancien, ils voudraient que les lettres correspondissent avec plus de symétrie aux calégories et aux séries de sons qu’elles sont destinées à représenter. Ils signalent particulièrement ce qu'offre de défectueux, à ce point de vue, dans l’alphabet romain, la forme des consonnes, et ils proposent de substituer aux caractères romains des signes tout nouveaux.

Nous jugeons inutile de reproduire ces conceptions plus ou moins ingénieuses, combinées de manière que les lettres appartenant à chaque classe, à chaque catégorie, à chaque groupe et à chaque série, offrent des différences caractéristiques et des analogies qui frappent l’œil, et établissent dans l'écriture une symétrie semplable à celle que notre oreille constate lorsque nous étudions la classification des sons dans la langue parlée.

Nousne croyons pas, quant ànous, que cetavantage soit de nature à compenser les inconvénients pratiques qui résulteraient de l'abandon de l’alphabet romain. Il est d’ailleurs à remarquer que l'affinité des liquides, ou même l’affinité des muettes de la même série, n’est pas assez apparente pour se reconnaître à l’auditior tout d’abord et sans étude, comme celle des voyelles proprement dites de chaque série, et ne rend nullement choquante leur représentation par des lettres très-différentes. C’est donc se donner une peine non justifiée que de rechercher une trop grande symétrie dans la représentation par l'écriture des différentes catégories, groupes et séries de con— sonnes.

Du reste, nous répéterons encore que la question des lettres ou signes à employer pour représenter les différents sons du langage, est plutôt du ressort de la typographie et de la calligraphie que de la linguistique. C’est à ces sciences à rechercher le système d'écriture le plus logique etle plus commode à la fois, et notamment à voir si la forme des lettres pourrait être assez durable, et échapper assez sûrement aux caprices de la mode, pour qu'on prît la peine de la proportionner aux différences symétriques qu'offrent les sons de la langue parlée. La combinaison que nous avons présentée n’a d'autre but que de servir d'exemple et d’éclaircissement à nos démonstrations générales:

Can dm à =;

Nous avons voulu prouver qu’il est pratiquement très-facile de trouver une écriture convenable pour représenter les différents sons que peut émettre l'appareil vocal de l’homme. Nous ne tenons pas plus à l’une qu’à l’autre, pourvu que celle qui sera adoptéesatisfasse à ce principe, de représenter chacun des sons de valeur différente, par une lettre différente, et les différences de qualité des sons, par des signes accessoires.

Si donc, dans le cours de nos explications nous nous servons, pour nos démonstrations pratiques, des lettres et signes compris dans le tableau que nous avons dressé, nous ne voulons par là, en aucune façon, lui donner la prééminence sur toute autre ; nous l'avons adopté surtout parce que, se rapprochant davantage des lettres actuellement en usage, et étant par suite de nature à donner moins de travail supplémentaire à l’esprit du lecteur, il lui permettra de mieux saisir les développements dans lesquels il figurera comme auxiliaire.

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