‹ Des principes de l'écriture phonétique et des moyens d'arriver à une écriture universelleChapitre 4 sur 65 · MÉTHODE SUIVIE PAR L'AUTEUR ET PLAN DE L'OUVRAGE · texte numérisé non relu

MÉTHODE SUIVIE PAR L'AUTEUR ET PLAN DE L'OUVRAGE

Amené à mon tour à m'occuper de la question de la réforme de l'orthographe et des moyens d'arriver à une écriture universelle, j’ai consacré à son examen un travail continu et persévérant ; et je n’ai négligé, depuis une quinzaine d’années, aucune des occasions qni m'ont été offertes de l’approfondir. J’en ai étudié successivement et minutieusement toutes les parties, et d’une manière plus spéciale celles qui restent le plus controversées.

La méthode générale que j'ai suivie, après Marle et Féline, est à peu près celle qu'indique Destutt de Tracy, en commentant et en dévelop-

pant en ces termes la disposition testamentaire de Volney :

« Pour une langue comme -pour mille, la difficulté consiste à bien saisir toutes les modifications appréciables de la voix humaine, et à les représenter chacune, toujours par un caractère convenable qui lui soit propre, et qui ne serve jamais à une autre. Or, si le problème était bien résolu pour une seule langue, il le serait par cela même pour toutes, sauf le hesoin d'ajouter un petit nombre d’autres caractères, à mesure qu’il se trouverait dars les différentes langues quelques articulations et quelques voix qui ne seraient pas en usage dans celle qui aurait servi de premier type. Or, cela ne serait ni bien fréquent ni bien difficile. Par toutes ces raisons, je pense que pour remplir les intentions du testateur, quand même, contre mon opinion, il n'aurait eu d'autre désir que celui de faciliter l'étude des langues orientales, il faudrait commencer à demander aux concurrents pour le prix, de composer un alphabet pour une seule langue quelconque; or, comme nous sommes Français, je serais d'avis de commencer par la langue française; car, il n’y a que les nationaux, et encore pas tous, qui sont de justes appréciateurs des nuances fines qui distinguent les différentes articulations et les différents sons de leur langue. On mettrait donc pour le moment hors de concours les étrangers, ou plutôt on pourrait les

exhorter à faire pour leur propre langue le même travail que nous sur la nôtre. »

La première question à examiner pour rechercher les lois qui doivent régir l'écriture est celle de l'origine et des modifications successives de l'écriture; puis vient la question capitale de la détermination des différents sons qui composent les langues parlées, de leur nature, de leur nombre, de leur classification et de leur emploi. C’est surtout pour l'étude de cette question qu'il m'a paru utile, comme à Destutt de Tracy, de considérer d’abord une seule langue, et de choisir de préférence la langue française. La méthode différente suivie par les orientalistes, et consistant à prendre tout d'abord pour champ d’études plusieurs langues que l’on compare entre elles, n’aboutit qu’à compliquer encore un examen déjà bien difficile par lui-même, et à altérer la netteté des idées sur le rôle essentiel des sons dans le langage. Aussi n’arrivent-ils, lorsqu'ils essaient de les déterminer, qu'à des résultats incertains et confus. Les grammairiens, surtout Féline, procèdent, en opérant sur une seule langue et en concentrant toute leur attention sur les sons qu'ils y rencontrent, avec beaucoup plus de sûreté, quoiqu’on puisse leur reprocher, à l'inverse des orientalistes, de trop spécialiser le champ de leurs observations, et de pécher par défaut de classification et de généralisation.

J’ai donc fait porter d'abord mes recherches sur la langue française ; j'en ai déterminé et analysé rigoureusement les différents sons ; puis j'ai fait le même travail sur les sons des principales langues étrangères ; et après une comparaison minutieuse de ces sons avec ceux la langue française, j'ai cherché à fixer définitivement le rôle de tous les sons qui entrent dans la composition du langage.

J'ai, dans ce but, utilisé spécialement, après en avoir pris une connaissance aussi approfondie que possible, les ouvrages des orientalistes, et des sgrammairiens, entre autres lesouvrages cités plus haut, et accessoirement les ouvrages spéciaux sur la grammaire et la prononciation des langues étrangères.

J’ai aussi consulté avec soin les travaux des physiologistes (1) sur la voix et la parole. On y rencontre des données dont les grammairiens onttrop négligé jusqu'ici de tenir compte, et que les orientalistes ont, au contraire, étudiées avec fruit (2).

(1) Spécialement Dutrochet (Mémoire pour servir à l'histoire anatomique et physiologique des végétaux et des animaux), Müller (Physiologie), Magendie (Physiologie), Gerdy (Physiologie), Segond (Mémoire sur la parole, inséré dans les Archives générales de médecine de 1847, 4° série, t. XIV, p. 340), Longet (Physiologie, fascicule 3, Voix et parole, sens en général), Béclard (Physiologie), Edouard Fournié (Physiologie de la voix et de la parole).

\2) V. spécialement M. Max Müller (Lectures on the science of langage),

Sans doute, les physiologistes se préoccupent, en général, exclusivement, du mécanisme et du jeu de l’ensemble des organes au moyen desquels nous parlons, ou appareil vocal de l’homme, et du mode d’articulation des sons qu'il émet ; cette préoccupation a pour effet de les empêcher de déterminer, avec certitude et précision, l’impression que chaque son cause sur l'oreille, et par suite, le rôle qu'il est appelé à jouer dans le langage. Mais leurs travaux n’en contiennent pas moins des observations pleines de justesse, et des théories propres à servir d'éléments précieux pour l’exacte fixation et classification des sons. Aussi, les ai-je mis grandement à profit pour cette fixation et classification (1).

Pour ne point trop surcharger mes notes je ne citerai parmi les ouvrages étrangers que la Physiologie de Müller etles Leçons sur la science du langage de M. Max Müller, d’abord parce que ce sont à mes yeux, les plus importants, ensuite parce qu'il en a paru des traductions françaises. C’est même à ces traductions que je renverrai le lecteur pour la plus grande commodité de ceux qui'ne sauraient pas l'allemand ou l'anglais. Quant à ceux qui connaissent ces langues, je les engage à se reporter aux ouvrages originaux, spécialement à la 8° édition de l’ouvrage de M. Max Müller.

(1) Gerdy (Physiologie, p. 792) traite fort bien ce point et remarque que les données physiologiques, spécialement appliquées au nombre des voyelles et des consonnes simples que la parole humaine peut prononcer, peuvent seules et doivent dans un temps donné, amener l’établissement d’un alphabet universel:

Enfin, j'ai contrôlé ces données par une série d'expériences auxquelles je me suis livré tant sur mon propre appareil vocal, que sur celui de plusieurs Français et étrangers qui ont bien voulu, dans ce but, me prêter leur concours. J’ai pu ainsi reconnaître, par l’application pratique, la nature propre des différents sons parlés, les décomposer, les combiner, et me rendre compte, aussi sûrement que possible, du rôle de chacun en particu- Lier dans le langage.

L'emploi de tous ces moyens m'a conduit à des constatations et à un système qui me semblent être l’expression des véritables principes de la matière. Je n’oserais cependant affirmer, malgré les soins minutieux que j'ai pris pour me garantir de toute erreur, que je n’en aie pas commis quelqu'une, sinon dans la méthode etdans l’ensemble, au moins dans les détails de la classification des sons. Destutt de Tracy avait bien raison de dire : « Il n'y a que les natiouaux, et encore pas tous, qui sont de justes appréciateurs des nuances fines qui distinguent les différentes articulations et les différents sons de leur langue, » etc. Il est difficile de s’imaginer, à moins d’en avoir fait une expérience personnelle, combien d’hésitations on éprouve pour la détermination et le classement de certains sons; tant nos idées en cette matière sont faussées par les vices de notre orthographe et l'habitude que nous avons prise dès l’enfance,

et à laquelle nous ne pouvons renoncer qu’à grande peine, d'identifier les sons avec les signes écrits qui servent à les représenter. Notre juste perception de la nature des sons se trouve par là tellement oblitérée, que ce n’est souvent qu’après une longue étude et des essais répétés, que nous parvenons à découvrir l’inexactitude de telle opinion préconçue que nous nous étions accoutumés à considérer comme hors de toute contestation.

Je suis cependant, si je ne m’abuse, arrivé, en ce qui concerne la langue française, à une fixation à peu près irréprochable des sons qui la composent. Quant aux autres langues, j'ai dû me borner à des notions plus générales, laissant le soin de déterminer exactement la nature de certains des sons qu’elles emploient, à ceux qui ont parlé ces langues dès leur enfance, et qui sont seuls capables de faire cette détermination avec succés.

D'ailleurs, cette question d'application des principes posés, malgré les difficultés pratiques qu'elle présente, n’est rien auprès de la question même de principe et de méthode. Cette dernière, une fois résolue, donne la clé de la première qui devient simplement une œuvre de temps et de patience. Aussi, est-ce surtout la question de principe et de méthode que je me suis attaché à résoudre, et n'est-ce qu’à titre d'exemple et de dé-

CHAP. II. MÉTHODE SUIVIE PAR L'AUTEUR, ETC. 21 monstration de l'exactitude des principes auxquels je suis arrivé, que j'ai poussé mes recherches jusqu'à l'application pratique de ces principes, particulièrement en ce qui concerne la langue française.

C’est de même surtout à titre d'exemple et de démonstration que j'ai dû dire quelques mots d’une question qui, pour être essentiellement pratique, n’en a pas moins son importance, la question des caractères les plus propres à représenter les différents sons que peut émettre l'appareil vocal de l'homme.

Mais, 1l est une question que j'ai dû, au contraire, approfondir avec un soin tout particulier. Il ne suffit pas, en effet, d’avoir reconnu et classé les sons dont se compose une langue, et d’être convenu des caractères destinés à représenter ces sons, pour que le problème de sa transcription au moyen d'une écriture nouvelle, soit résolue. Cette transcription ne doit affecter, selon moi, que l’écriture et non la langue. Or, dans toutes les lanvues, il est certains détails de l'écriture, certaines irrégularités même de l’orthographe, qui ont avec la langue un rapport tellement intime, qu'ils font pour ainsi dire corps avec elle, qu'ils forment comme une partie de son essence, et qu’à ce titre ils doivent être respectés et conservés dans l’ecriture réformée.

Mais, comment reconnaitre les éléments des

écritures actuelles, qui tiennent au génie de la langue, et les distinguer de ceux qui, dus simplement au hasard ou à une orthographe vicieuse et sans raison d’être, peuvent être impunément modifiés ?

Là encore, je me suis trouvé en présence des opinions et des systèmes les plus divergents, et j'ai dû me préoccuper avant tout des principes et de la méthode à suivre. Après avoir exposé ceux auxquels m'a conduit une longue et consciencieuse étude, j'en ai fait l'application seulement à la langue française, cette application me paraissant suffire à la démonstration de mon système. Quant aux autres langues, le même travail ne peut être fait pour chacune d'elles, que par un homme connaissant à fond leur grammaire etleur littérature. C'est une œuvre qui exige, on le comprendra sans peine, beaucoup de science, de tact et d'attention, mais qui, lorsqu'on est bieu pénétré des principes à appliquer, constitue surtout une œuvre de patience, et ne présente pas de difficultés insurmontables.

Enfin, j'ai, pour terminer cet ouvrage, présenté un tableau des avantages et des inconvénients qu'offrirait la transcription de la langue française au moyen d’une écriture nouvelle, basée sur des principesscientifiquementarrètés,etpar un aperçu des meilleurs moyens pratiques de. vulgraiser cette nouvelle écriture en France. Les idées que

ve — à “isa M ts

CHAP. III. MÉTHODE SUIVIE PAR L'AUTEUR, ETC. 23 contiennent ce tableau et cet aperçu ne me sont pas personnelles; elles ne diffèrent pas, quant au fond, des idées déjà exposées par nombre d’auteurs sur le même sujet. Mais j'ai cru utile de les reproduire, afin d’être complet, et de traiter sans lacune toutes les questions, comme aussi de répondre à toutes les objections, que soulève l’im-

portant problème de la transformation pratique des écritures actuelles.

SORT NX SL A LA OMNERE di, à pal a 1e 6 4 Men datup di ht “da ae Di 1718: MRUTIEIEE he #1 RDS 1 pl 8 Rif

DO SE r Li LEZ rat eus te)

Page 1