ORIGINE ET MODIFICATIONS SUCCESSIVES DE L'ÉCRITURE
L'homme n'a pas seulement une intelligence infiniment supérieure à celle des autres animaux; il possède également des facultés physiques particulières et propres à lui permettre de faire valoir cette intelligence. Parmi ces facultés, la principale est assurément celle de la parole.
Ce n’est point que les animauxen soient, comme on l’a dit quelquefois, totalement dépourvus. Mais tandis que leur appareil vocal ne peut émettre qu'un petit nombre de sons, toujours .plus .ou moins confus, l'appareil vocal de l’homme, beau-
coup plus parfait, lui permet d'articuler un grand
nombre de sons nets et distincts, dont la réunion et la répétition se prêtent à des combinaisons infinies (1). Aussi l’homme dut-il tout d’abord employer un instrument aussi merveilleux à la destination pour laquelle il semble fait, c’est à-dire à
exprimer ses pensées et à se faire comprendre de
ses semblables.Nous partageons pleinementsur ce point l’opinion développée par M. Renan (2), que le langage est inné et naturel à l’homme; qu'aussitôt que deux ou plusieurs hommes, quelle qu'ait été leur origine, se trouvèrent en présence l’un de l’autre, ils se parlèrent, et inventèrent, ou plutôt employèrent le langage, et que ce langage contint en germe, dès l’origine, les divers éléments qui le composent encore aujourd’hui (3).
Mais, ce que nous venons de dire du langage, on ne l’a jamais soutenu et on ne saurait le soutenir de l'écriture, au moins de l'écriture phonétique.
Il existe en effet deux sortes d'écriture : l’éeri-
(1) Gerdy (Physiologie, page 790) a calculé qu’avec 12 voyelles et 22 consonnes, on peut former 8,712 syllabes.
(2) De l’origine du langage (notamment chap. [IT).
(3) Beaucoup d'écrivains considèrent la faculté du langage conme étant celle qui distingue principalement, pour ne pas dire exclusivement, l’homme des autres animaux, V. M. Topinard (Anthropologie; p. 168), et M. Hove- Lacque (Traité de linguistique, p, 26).