‹ Des principes de l'écriture phonétique et des moyens d'arriver à une écriture universelleChapitre 45 sur 65 · CHAP. XXI. AVANTAGES PRATIQUES, ETC · texte numérisé non relu

CHAP. XXI. AVANTAGES PRATIQUES, ETC

lement illettrés serait aujourd'hui beaucoup moindre et ne comprendrait aucun de ceux qui auraient fréquenté l’école. Ceux-là, en effet, n'étant ni arrêtés, ni rebutés par les difficultés et les bizarreries de l'orthographe, prendraient goût à l’instruction, retiendraient aisément des règles dont la logique donnerait satisfaction à leur esprit, et arriveraient très-promptement à savoir lire et écrire.

Nous ne croyons pas exagérer en prédisant qu au lieu de deux ou trois ans exigés en moyenne aujourd'hui pour l’obtention de ce résultat, une seule année suffirait amplement. Dans les bonnes écoles où les enfants apprennent déjà à lire couramment en une année, ils apprendraient en trois ou quatre mois. On profiterait de cette avance pour donner aux enfants une instruction supplémentaire, pour leur enseigner un peu plus de grammaire, d'histoire, de géographie, de sciences ; toutes notions qui leur donnant le désir et la possibilité de s’instruire davantage encore, les pousseraient à continuer à se livrer à l'étude au sortir de l’école, et à cultiver les connaissances qu'ils auraient acquises ; ils le feraient d'autant plus volontiers, que ces occupations leur seraient de beaucoup facilitées par la simplification de l'orthographe. Ainsi, on ne trouverait plus, pour ainsi dire, un seul individu ayant fréquenté l’école qui ne conservût,

par la suite, l'instruction qu'il y aurait reçue, et qui ne sût lire et écrire couramment avec une orthographe presque correcte.

Ceux qui, plus intelligents, retiennent ces notions dans l’état actuel de l'orthographe, accroitraient de beaucoup le cercle de leurs connaissances,

Enfin, on peut espérer que la facilité et la certitude avec laquelle les enfants apprendraient à lire et à écrire détermineraient les derniers parents, qui conservent leurs enfants chez eux au lieu de les envoyer à l’école, à abandonner cette pratique ; ce qui rendrait d'autant plus aisé l’établissement si désirable de l'instruction primaire obligatoire.

1! résulterait donc certainement de l’adoption d'un système logique d'écriture, une élévation marquée de l'instruction primaire ; et ce résultat profondément démocratique répond trop bien au courant général des idées reçues, pour que nous insistions plus longuement surles avantages de tout genre qu'il présenterait.

Il n’est pas jusqu'aux jeunes gens appelés à recevoir une instruction plus complète, chez lesquels le niveau moyen des connaissances ne doive s'élever sensiblement si on simplifie l’orthographe.

Que de temps ne perdent-ils pas aujourd'hui, non-seulement à apprendre à lire et à écrire,

CHAP. XXI. AVANTAGES PRATIQUES, ETC. 179 mais encore à retenir les éléments d’une orthographe dont on ne se pénètre que par l’usage et l'habitude ? Avec une écriture et une orthographe logiques, exigeant seulement la connaissance de quelques règles simples et faciles à apprendre, ils parviendraient beaucoup plus tôt à acquérir ces connaissances premières, et consacreraient le temps qu’ils économiseraient ainsi à des études supplémentaires, à celle, par exemple, des langues vivantes, qu'on se plaint de voir beaucoup trop négligée. De sorte qu’à tous les degrés de l'enseignement, la réforme de l'écriture produirait une heureuse augmentation dans la qualité et dans l’étendue de l'instruction, et multiplierait les rapports qui peuveutexister entre les hommes, soit par les lettres missives, soit par les écrits 1mprimés.

Si, de l'influence de cette réforme sur les rapports des Français entre eux, nous passons à son influence sur les rapports entre Français et étrangers, nous aurons deux hypothèses à examiner : selon que les nations étrangères réformeraient leur écriture sur les mêmes bases que les Français, ou qu'ils la laisseraient subsister telle qu’elle est,

Prenons d’abord ce preinier cas.

Les langues étrangères offriraient toujours les mêmes difficultés aux Français ; mais la langue française deviendrait beaucoup plus aisée à ap-

prendre pour les étrangers. L'étude de notre langue comprend, comme celle de toutes les langues, quatre éléments principaux : les mots, la grammaire, la prononciation, l'orthographe. De ces quatre éléments, il en est deux qui, dans la langue française, n’offrent pas de difficultés particulières : ce sont les mots et la prononciation ; et deux qui offrent, au contraire, des difficultés trèsardues : ce sont la grammaire et l’orthographe. Cette dernière notamment fait le désespoir des étrangers; elle est pour eux un épouvantail, et en arrête un grand nombre dans le désir qu'ils auraient d'apprendre notre langue. Or la réforme de l'écriture supprime, ou à peu près, toutes les bizarreries qui constituent la difficulté de notre orthographe, et ne laisse subsister que quelques règles assez simples, quelques exigences de la langue, dont la grammaire donnerait aisément la clé. Si aujourd’hui, malgré les difficultés qu'offre son étude, la langue française a été et est encore si répandue, que serait-ce si la priucipale de ces difficultés avait disparu? La langue française deviendrait définitivement, on peut l’espérer, une sorte de langue scientifique universelle, et servirait de moyen de communication ordinaire non-seulement entre Français et étrangers, mais encore entre étrangers ne parlant pas la même langue.

Supposons maintenant que les nations étran-

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