CHAP. XXI. AVANTAGES PRATIQUES, ETC
gères adoptent peu à peu la même écriture raisonnée, que nous aurions introduite chez nous. Alors, les facilités données aux étrangers pour apprendre la langue française, deviendraient réciproques pour les Français qui apprendraient les langues étrangères, et permettraient d'étudier couramment certaines de ces langues aujourd’hui presque inabordables. Car si, dès à présent, comme nous avons déjà eu occasion de le dire (voir p. 119), les langues italienne et espagnole n'offrent que peu de difficultés au point de vue de la lecture et de l'écriture ; les difficultés augmentent sensiblement pour la langue anglaise, à cause de son orthographe sans règles ni principes, pour les langues allemande, russe et grecque, à cause des caractères différents et moins distincts que les nôtres, surtout dans l’écriture manuscrite, qu’elles emploient. La difficulté devient presque insurmontable pour les langucs asiatiques : l’arabe, le persan, l’arménien, l’indoustani, le malais, le chinois, dont les écritures sont encore bien plus différentes de la nôtre et de plus fort défectueuses. Beaucoup de ceux même qui parviennent à parler ces langues, ne savent jamais ni les lire, ni les écrire, et sont réduits à se servir de l'intermédiaire de traducteurs pour comprendre les lettres qu’ils reçoivent, et y répondre.
Avec une même écriture basée sur des principes
raisonnés, on retrouverait dans chacune de ces langues des lettres connues, employées de la même manière que dans la langue française.
Quatre lettres nouvelles, quatre à cinq signes accessoires nécessaires dans chacune des langues européennes, huit ou dix signes nécessaires pour les nuances plus nombreuses des langues orientales, s’'apprendraient aisément, et on n'aurait, pour savoir la langue qu’on désirerait non-seulement parler, mais encore lire et écrire couramment, qu’à y ajouter la connaissance des mots, de la grammaire et de la prononciation de cette langœue. C'est encore beaucoup, et les langues ne s’apprendraient certes pas toutes seules et sans travail; mais il n'en est pas moins vrai qu'une énorme difficulté, celle qui arrête et rebute le plus d'individus dans une pareille étude, serait écartée.
Nous ne nous étendrons pas plus longtemps sur les avantages de la réforme de l'écriture ; ces avantages sont incontestables et évidents par euxmêmes ; il suffit de les mentionner pour en faire sentir toute la portée. Nous allons aborder main tenant l'examen des inconvénients plus ou moin réels que présenterait celte même réforme.