C. — Différentes places et nombre des césures
Il y a à ce point de vue trois sortes de césure : i° celle unique, ayanl aussi une place unique au milieu ou près du milieu du vers ; 20 celle double placée symétriquement des deux côtés ; 3° celle située dans la première moitié de manière à rendre la seconde inutile, c'est-à-dire r la césure dimélrique ; 20 celle trimétrique, et 3" celle basique.
La césure dimélrique est, au point de vue de la place, la césure classique; elle divise le vers en deux parties égales, ou sensiblement égales; par exemple, en lalin dans levers iambique l'égalité est exacte; au contraire, dans l'hexamètre elle n'est qu'approximative, elle a lieu après deux pieds et demi et non après les trois premiers pieds.
Dans la versification française classique, cette césure est complète, en ce sens que, comme nous l'avons dit, elle est à la fois psychologique, lexicologique et phonétique, mais elle ne se trouve pas toujours exactement au milieu du vers ; elle occupe bien cette place dans l'alexandrin, mais elle ne l'a dans le décasyllabe que depuis la période tout-à-fait contemporaine, la formule 5 -(- 5 était entièrement inconnue, ou suivait la formule k -f- 6, quelquefois mais rarement celle 6 -|- 4. Dans les deux cas, le vers se trouve ainsi partagé en deux parties inégales. Depuis longtemps il n'y a plus de césure dans l'octosyllabe, mare à l'origine, il en existait une exactement médiane après la quatrième syllabe. Au-dessus de douze syllabes, le vers n'est plus usité et l'établissement d'une césure ne peut y être que raisonné et volonlaire
Dans les vers à nombre de syllabes impair, la césure ne peut être exactement médiane. Celui de neuf syllabes peut être césure ou bicésuré, nous examinerons plus loin le dernier cas. Dans le premier, la césure ne peut être médiane ; par exemple, le vers de neuf syllabes doit suivre la formule 4 -j- 5 ou celle 5 — f- 4. Dans des vers peu usités, ceux de n, i3, i5 syllabes, même si on ne les bicésurepas,la césure ne peut non plus tomber juste au milieu; par exemple, celui de n syllabes doit suivre l'une des formules 5 -f 6 ou 6 -j- 5, en s'approchant le plus possible du milieu. Cependant il peut s'en éloigner et admettre celles 4 -f- 7 ou 3 -f- 8, mais alors la césure devient basique. De même, le vers de i3 syllabes suit les formules médianes 6 -f- 7 ou 7 -\- 6, ou même la formule basique 5-)- 8.
L'efïet poétique n'est pas exactement le même dans la coupure dimétrique exacte et dans celle approximative, même dans les cas où la première est impossible. La césure partage le temps du vers en deux parties égales, ceci est important à retenir, même lorsque le nombre des syllabes est inégal dans chacune des deux parties, il en résulte que les syllabes plus nombreuses doivent se prononcer plus vite. Par exemple, dans cette strophe de vers de 9 syllabes, formule 5 -f- 4
Quittons ce vieux monde — où tout est vieux, Où le soleil las — n'est plus joyeux.
Viens.' Je sens des lar-mes dans mes yeux Quand passe un nua-ge sur ma tête.
Richepin).
Remarquons en passant que dans les deux derniers vers la césure est purement phonétique, tandis que dans les deux premiers elle est lexicologique, et même psychologique. Mais ce n'est pas ce qui nous intéresse en ce moment.
Le premier hémistiche renfermante/a^ de syllabes que le second, doit se prononcer plus vite, et le second, au contraire, et par la raison inverse, plus lentement. Par conséquent, à partir du milieu, la scansion se ralentit. Or, les notes les plus vives expriment l'action ; les plus lentes, la mélancolie et la tristesse ; ce contraste est plus remarquable dans la succession de l'un à l'autre, le ralentissement a plus d'effet que la lenteur continue, c'est le passage nécessaire de la joie relative à une tristesse plus profonde
L'effet contraire a lieu quand c'est le second hémistiche qui contient
plus de syllabes que le premier ; ou plutôt l'effet total ne diffère pas, c'est l'expression d'un sentiment triste, mais il est plus doux.
Le cœur est triste — et le ciel lui-même Met son chagrin — sur notre chagrin ; Il n'est là haut — nul Dieu qui nous aime. Comme ici-bas — nous n'aimons plus rien .
Dans le vers classique d'une certaine étendue, par exemple, dans l'alexandrin, la césure principale ne suffit pas à toutes les fonctions de la césure. Sans doute, c'est elle qui a soudé les deux petits vers en un plus grand, mais elle sert aussi à établir un repos nécessaire, un équilibre intérieur. Or. à ce dernier point de vue, un seul repos ne satisfait pas complètement. Nous verrons ailleurs que la plupart des versifications non romanes établissent une alternance continue entre les arsis et les thesis, entre les syllabes accentuées et les non accentuées, ce qui constitue les pieds. Il en résulte une grande harmonie rythmique. Le franrais et les autres langues romanes, en général, sont privées de ce moyen. L'accent joue un rôle, mais seulement à la fin du vers et à l'hémistiche. Ces places sont bien éloignées l'une de l'autre ; il ne frappe dans l'alexandrin que la 6' et la 12* syllabes. Dans les intervalles ne doit-on pas rencontrer d'autres accents qui créeront des césures secondaires?
On en trouve, en effet, et ces césures secondaires existent dans l'alexandrin français. Il y en a une dans chaque hémistiche , de telle sorte que le vers se trouve partagé en quatre parties. Mais ces quatre parties ne sont pas égales entre elles, parce que les césures secondaires n'ont pas de place fixe.
Cependant Becq de Foucquières prétend qu'en faisant abstraction du nombre des syllabes, les quatre parties du vers ainsi formées ont une durée de temps égale ; seulement elles contiennent chacune un nombre différent de syllabes, ce qui varie le mouvement.
Par exemple dans ce vers très classique.
Je crains Dieu — cher Aimer = et n'ai point — d'autre crainte.
Voilà bien réellement quatre membres égaux ; à la fin de chacun d'eux se trouve une syllabe accentuée, tandis qu'il n'y en a point d'autres ailleurs, ou s'il y en a une crains, son accent a été effacé, même en prose, par 1 entraînement du régime direct étroitement lié. Chaque
partie se prononce dans le même espace de temps, dans chaque partie la fin accentuée en prend cependant un peu plus que les syllabes précédentes, mais comme elle existe dans chaque membre, l'égalité respective n'est pas altérée.
Mais cette coupe n'est pas uniforme, et souvent chacune de ces parties renferme un nombre de syllabes inégal. Dans cet autre vers de Racine.
Je l'ai perdu — les dieux = m'en ont ravi — l'usage.
on trouve la séquence (4 + 2) -f- (4 -f- 2) = 12.
Les deux hémistiches ont un nombre égal de syllabes, mais dans l'un d'eux la distribution est inégale. Selon Becq de Foucquières, la division égale du temps ne serait pas altérée, mais il y aurait des quarts de vers renfermant plus de syllabes les uns que les autres, et par conséquent les syllabes plus nombreuses doivent se prononcer plus vite. Il construit tout un système très ingénieux à l'appui.
Ce système est vrai, au moins sensiblement.
Les quatre parties se prononcent dans des temps presque égaux ; l'égalité absolue de temps n'est complète cependant que d'hémistiche à hémistiche. Mais chaque hémistiche renferme bien deux syllabes accentuées, la place de la première est libre, ce qui donne plus de variété, et les syllabes accentuées prennent beaucoup plus de temps dans la prononciation que les syllabes non accentuées. Le premier accent de chaque hémistiche forme, quoique sa place soit variable, un nouveau repos qui consolide l'équilibre du vers. L'alexandrin français dans un sens est donc un tétramètre, mais 1 expression ne serait pas tout-à-fait juste, car les césures secondaires sont loin d'être identiques aux césures principales, elles portent l'accent tonique moins long que l'accent rythmique: ce sont des sous-césures.
Il serait cependant possible d'avoir un alexandrin absolument tétramètre, et les classiques du XVII" siècle s'en approchent souvent. Le vers précité de Racine.
Je crains Dieu — cher Abner — el n'ai point — d'autre crainte.
en est la parfaite réalisation : c'est bien un alexandrin divisé en quatre : il n'est pas employé d'une manière continue, parce qu'il en résulterait une grande monotonie, mais cet emploi pourrait produire aussi des eflets particuliers, lorsque la monotonie est requise par le sujet.
Le bonheur — n'a jamais — nullité — mu maison Ni V amour — et mon hâte — est hélas ! — la raison.
Ce que cette coupure nette peut avoir de saccadé disparaîtrait si de temps en temps on substituait à la césure psychologique une césure purement phonétique.
Ses regards — sont tournés — rers la dou — ee lumière Et son à — me tranquille — attend Cheu—re dernière.
Avec cette modilication on obtiendrait un alexandrin tétramètre très mélodieux. La césure enjambante placée à la sous-césure n'aurait même pas les inconvénients par nous signalés de celle située à la césure principale.
La césure trimétrique. c'est-à-dire double et placée dans chacune des parties extrêmes du vers et non au milieu est, en français, d invention a«sez récente. Elle remplace la césure unique, accompagnée ou non de deux césures secondaires ; quelquefois les trois parties du vers sont égales, quelquefois elles sont inégales quand au nombre de syllabes. On peut en trouver un prototype dans certains hexamètres latins qui contiennent non plus une seule césure penthémimère, mais à la fois deux césures, l'une trihémimère et l'autre hépthémimère.
Si l'on se reporte à la fonction d'appui, qui est une de celles de la césure, il est facile de comprendre qu'au lieu de placer un étai au milieu du vers on peut en mettre deux, l'un à son tiers et l'autre aux deux tiers, et que ce double étai sera même ainsi plus solide que l'unique ; du reste, en général, dans l'alexandrin au moins, les parties seront égales, et dans l'hexamètre latin presque égales.
Formo$am — resonare doces — Amaryllida sylvas.
Si l'on tient compte des équivalences de quantité Et
Vivre casqué — suer — Vête — (jeter Vhiver.
Dans ce dernier exemple, il existe encore un repos à l'hémistiche.
C'est que la production du trimètre français ne s'est pas faite directement, mais par l'intermédiaire de l'harmonie discordante romantique que nous avons décrite plus haut.
Mais on est parvenu à supprimer ce demi-repos d'hémistiche et à obtenir le trimètre pur.
Vivre casqué — dur , farouche , être — inexorable.
Telle est la césure trimétrique dans l'alexandrin ; elle y est en concurrence avec la césure dimétrique et par conséquent aussi celle tétramétrique.
Elle a l'avantage de donner plus de vivacité au vers qui se divise en trois au lieu de se diviser en quatre, chaque fraction du temps comprend ainsi en thèse un plus grand nombre de syllabes. Mais il a aussi l'inconvénient de trop diviser à des places régulières, et si l'alexandrin dimètre dans sa forme classique fiait par être monotone, le trimètre toujours employé ne l'est pas moins, et comme il coupe plus souvent le rythme, il le rend plus heurté, aussi nous verrons bientôt qu'on l'emploie en l'alternant avec le dimètre. Cette alternance donne une grande variété.
Cependant on diminuerait cette impression du rythme un peu saccadé du trimètre, en substituant de temps en temps à la césure psychologique celle purement phonétique, surtout à la seconde place, car à la première une césure complète est nécessaire comme base.
Le vers de neuf syllabes a aussi la concurrence entre la césure dimétrique et les césures trimétriques.et ce sont même celles-ci qui sont les plus usuelles. Les exemples en sont bien connus. La birésure a l'inconvénient de trop couper le vers ; mais on peut supprimer la seconde, ou la remplacer par une purement phonétique ; c'est le système de la césure basique.
Il en est de même des vers supérieurs à l'alexandrin, et même pour eux c'est la double césure qui est la plus usitée.
Le vers de onze syllabes peut suivre les formules suivantes : 3 -j- 4 -f- 4, ou 4 + 3+4, ou 4 + 4 + 3.
Le vers de i3 syllabes suit les formules : 3 + 5 + 5, ou 5 + 3 + 5, ou 5 + 5 + 3, ou 4 + 5+4. ou 4 + 4+5.
Le vers de i4 syllabes suit les formules 4 + 5 + 5, ou 5 + 4 + 5 ou 5 + 5 + 4.
Ces formules multiples viennent de ce que ces vers ne peuvent se diviser également ; cependant le vers de i4 syllabes peut être unicésuré avec la formule 7+7.
Le vers de i5 pieds ne suit qu'une seule formule, il se divise régulièrement en trois parties égales : 5 + 5 + 5.
C'est le carillon — ce sera demain — le grand jour dejête.
Le vers de 16 pieds se divise naturellement en k parties, chacune de 4 syllabes.
C'est le matin — le frais matin — quand la lumière — encor sommeille.
L'équilibre de ce dernier vers est même très stable.
La troisième césure est la césure basique. Voici sa genèse. Nous avons vu que, lorsque le vers a deux césures, la seconde peut être atténuée, et devenir une simple césure phonétique. C'est ce qu'on observe surtout dans le vers de 9 syllabes, où les deux césures sont trop rapprochées, ce qui donne une certaine dureté.
C'est le ciel—, sa chaleur, — sa lumière
(césure entière).
C'est le ciel — et sa dou — ce lumière.
césure entière et phonétique.
C'est le ciel — cercle resplendissant.
césure basique.
La césure basique est beaucoup plus fréquente encore dans les vers à nombre de syllabes impair de 11, i3 syllabes et au-dessus. Cependant elle n'équivaut jamais à la double césure et soutient difficilement un vers aussi étendu.
Nous devons maintenant étudier la correspondance entre les césures des différents vers.
D. — Correspondance entre les césures de vers à vers
La symétrie entre les différents vers est un élément du rythme, mais à condition de ne pas être absolue et de permettre la variété. Dans l'alexandrin classique lui-même, si toutes les césures principales sont à la même place, il n'en est pas ainsi des césures secondaires, ce qui empêche la monotonie. Mais c'est le vers romantique qui a établi dans l'alexandrin l'asymétrie des césures; le vers dimètre est précédé ou suivi d'un vers trimètre, ce qui varie la rapidité, car le second est beaucoup plus vif que le premier. Une suite de vers ainsi variés par la césure ne paraît jamais longue. On peut obtenir aussi des effets
particuliers en faisant concorder le mouvement du rythme avec celui de la pensée.
Ce n'est pas seulement pour l'alexandrin que ce mélange est possible. En ce qui concerne le décasyllabe, la poésie italienne fait alterner la formule A -f- 6 avec celle 6 -^- 4, et on l'a essayé aussi chez nous. On pourrait même, quoique nous n'en ayons pas vu d'exemple, faire alterner avec elles la formule 5 -f- 5.
Avec ces alternances il serait possible d'obtenir des césures croisées, comme à la fin des vers des rimes croisées. Par exemple, la suite des vers serait a) 4 -f-4 -}- 4 ; b) 6 -j-6 ; c) 4 -j- 4 4- 4 ,dj 6 -f- 6; on peut en juger par les exemples suivants :
Voici la nuit — et le sommeil — et puis le rêve .'
On a tout oublié — les bonheurs et les maux,
Ce que le jour — a commencé — rien ne l'achève,
Et les cœurs d'aujourd'hui, — demain seront nouveaux.
De même dans le décasyllabe :
La fleur ce matin — enfin est éclose Dans mon jardin — repose au jond d'un nid Ce petit oiseau — dont la gorge rose Chante à la fleur — lorsque Dieu le bénit.
Il y aurait là certainement une ressource pour le poète qui veut varier les effets.
E. — Fonctions diverses de la césure
Ces fonctions sont au nombre de quatre. D'abord elle sert de suture entre deux petits vers réunis en un grand, c'est même là son origine, nous l'avons suffisamment décrite, a° elle divise le temps total du vers et sous-te?nps égaux, 3° elle donne au vers un point d'appui, un centre de gravité, 4° elle lui imprime le mouvement interne ; ce qui revient à dire que sa fonction est i° unifiante, 2° temporale, 3° pondérante, 4° dynamique.
Au point de vue de la division du temps, nous avons déjà remarqué que la césure principale divise toujours le temps du vers en soustemps égaux, quand bien même chacune des parties comprendrait un nombre inégal de syllabes. En latin et en grec, au contraire, elle ne le
mesure pas; elle est remplacée dans cette fonction par le pied proprement dit, avec son arsis et sa thesis.
La fonction d'équilibre peut être remplie par la césure simplement phonétique ; d'ailleurs l'équilibre peut être plus ou moins stable, toutes les césures ne le fournissent pas au même degré. Ce repos peut d'ailleurs résulter du silence, ou de l'insistance, ou de l'insistance suivie du silence.
Quant au mouvement que donne la césure et qui varie suivant ses places différentes, il est le résultat de la division du temps par le nombre des syllabes. Ce mouvement peut d'ailleurs être produit par la césure psychologique, ou par celle lexicologique, ou par celle phonique.
Enfin elle contribue à constituer le vers intérieur ou isolé, en formant en lui deux parties symétriques ; autrement un vers ne pourrait exister sans un second lui répondant par la rime ou par un dessin intérieur symétrique.
Parmi ces fonctions, la plus remarquable actuellement c'est celle du repos et par conséquent de l'équilibre du vers. Il faut bien distinguer les deux sortes de repos, l'un fourni par la césure psychologique ou lexicologique, l'autre par la césure phonétique. Le premier se réalise par un silence, ce qui exige une fin de mot, le second par une simple insistance. Le dernier repos paraît singulier. Comment peuton se reposer sans s'arrêter? On se repose aussi en ralentissant le pas et même en restant debout. La prononciation, si elle demeure sur la même syllabe, se défatigue, elle repart ensuite allègrement pour attaquer les mots qui suivent, surtout lorsqu'elle reprend par une syllabe atone ou muette. Il y a un grand avantage rythmique à varier les deux sortes de repos.
F. — Evolution, élimination ou maintien de la césure
L'évolution dans le passé résulte de ce que nous avons déjà exposé. La première césure, la plus complète, du reste, a été en français celle psychologique, correspondant d'ailleurs à l'antique état du parallélisme ; le sens, le son, le mol, tout s'arrête à la fois dans un repos unique, c'est la césure classique. Puis, sous l'action de l'école romantique, la césure médiane de l'alexandrin devient lexicologique ; on doit s'arrêter à la fin d'un mot, mais ce mot n'a pas besoin de terminer
une pensée; il existe bien ailleurs dans le vers des césures psychologiques, mais comme elles n'ont pas de place fixe, elles ne sont pas de véritables césures. Cependant quelques-unes se fixent, par exemple, dans l'alexandrin après la quatrième et la huitième syllabe ; le trimètre est né, mais cependant la césure lexicologique demeure au milieu, puis finit par disparaître.
L'évolution n'est pas terminée. Le vers se resserre de plus en plus, de telle sorte que les interstices entre ses diverses parties s'effacent. Avec la coupe trimétrique, la suture médiane a même perdu sa trace. On va se contenter de césures phonétiques : c'est-à-dire que le repos par insistance va remplacer le repos par silence. Nous ne pouvons qu'approuver cette substitution, elle rend le vers mieux rythmé, surtout lorsqu'il y a une alternance entre tous ces genres de césure. Nous croyons que cette substitution ira s'étendant de plus en plus et que la versification française imitera sur ce point la versification italienne.
Faut-il aller plus loin et supprimer toute césure comme surannée, le vers n'ayant plus besoin de son appui"?
Une école contemporaine le prétend et de fait supprime toute césure dans ses vers ; c'est l'école dite décadente.
Par exemple ces vers de 1 1 syllabes de Verlaine.
4 4~ 7 Ce poète — dans un désolé silence