‹ Des principes de la versification françaiseChapitre 30 sur 97 · MÉCANISME ET ROLE RYTHMIQUE DE L'ASSONANCE · texte numérisé non relu

MÉCANISME ET ROLE RYTHMIQUE DE L'ASSONANCE

Nous examinerons successivement :

i° L'assonance amorphe ou mécanique ; a" L'assonance en fonction psychologique ; 3° L'assonance en fonction rythmique.

a). — Assonance amorphe ou mécanique.

C'est dans les langues celtiques que cette assonance semble s'être le plus développée.

Kn Irlandais, elle ne consiste pas en une seule voyelle, elle est syllabique souvent et même bi-syllabique : on peut même rimer de trois syllabes cabir-labir\ sualîg-dualig ; c'est alors l'assonance pleine, elle est défective lorsqu'elle ne comprend que la voyelle, mais elle exige alors que les consonnes précédentes soient du même ordre ; dans ces conditions, elle touche de près à l'allitération.

D'autre part, elle est initiale ou finale, suivant qu'elle affecte le commencement ou la fin des mots ; elle peut même être médiane.

L'assonance initiale alors elle ressemble à l'allitération par sa place) se fait entre un mot du premier hémistiche et un autre du second, alors elle s'appelle opposée, eilejoue un rôle de création et est un moyen de rythme.

Ou elle a lieu entre deux mots du même hémistiche . et alors elle s'appelle unie.

L'assonance finale se fait d'autre part, soit à la fin de deux vers, soit à celle de chaque hémistiche : la première s'appelle copulative, et la seconde opposée. Cette dernière est constitutive du vers. L'assonance copulative peut être continuée pendant plusieurs vers. Enfin l'assonance peut se trouver entre plusieurs mots à des places variables : elle s'appelle al^»rs latérale.

L'assonance finale imparfaite consiste dans une voyelle seule, plus une consonne du même ordre Elle peut n'exister que dans le pénultième.

Enfin, l'assonance médiane consiste à faire assoner la syllabe du milieu d'un mot avec la syllabe finale d'un autre.

L'assonance véritablement mécanique, c'est l'assonance latérale.

Voici quelques exemples :

Assonance médiane.

Cler o gam arfVr a ar firent • Cathi annuwiaf gw ei mofiant Cerdd arwag ddiilcm a ganant Cehvvdd bob amser a arferant.

Assonance latérale.

i ayawc cynhorawc m en y de\hci Diffu/i ymlaen bun med a dalh. i

Les assonances wc-wc et un-un sont médianes: celles en hti sont copulatives

En latin l'assonance mécanique est très rare, cela vient de ce qu'on en a fait emploi pour un usage poétique.

Il en est de même en ancien français et eu français moderne.

J"ignore le déclin d'une lele sa chère

Et la guerre sortaii — du pli de sa narine.

Tandis que pour l'allitération nous trouverons des cas nombreux d'amorphisme.

b) — Assonance de parallélisme.

Il s'agit d'unir deux incises ou deux mots, soit synonymes, soit antithétiques, au moyen d'une assonance, en général, terminale, de même que nous verrons qu'on peut les unir par une allitération initiale.

C'est ce- qui a lieu dans de nombreux proverbes français où les deux incises assonent entre elles. Du reste, tantôt ces deux incises sont courtes et ressemblent à des hémistiches, tantôt elles sont longues et ressemblent à des vers.

Voici quelques exemples :

A bon chat — bon rat.

Quand il fait beau — prends ton manteau. Promettre sans donner — c'est à fol contenter.

Premier levé — premier chausse.

Nul vice — sans supplice.

Nulle maison — sans croix et passion.

Mieux vaut un préseni — que deux attend". Les plus riches — sont les plus chicnes.

c) — Assonance rythmique.

Il s'agit soit de réunir deux vers en un seul au moyen d'une assonance établie à la fin de chacun d'eux, soit d'unir ainsi deux hémistiches en les faisant rimer ensemble, soit de faire rimer avec un hémistiche du vers suivant, soit enfin d'établir dans un premier hémistiche une ou deux assonances médianes auxquelles répond une assonance du second.

Le premier résultat est celui que nous rencontrons dans la vieille chanson de geste où la rime a précédé l'assonance. Ce n'est même pa

ro

entre deux vers seulement que l'assonance établit un lien, mais entre un nombre indéfini de vers constituant une laisse, c'est ce qu on peut observer dans la chanson de Roland.

Ces assonances sont d'ailleurs très faibles ; traître assone avec entreprise, avec occire, même avec quinze ; 17 commun suffit. Plus assonne avec lui ; contraire rime avec large, ce qui semble supposer la prononciation contraire, sanglenle rime avec enseigne.

Voici des exemples :

Quand il vous mendet qu'oiez merci de lui. Péchiez fereit ki dune li fesist plus

Et ailleurs :

Tante lauste i ad e fraite e sanglente, Tant gurfanun rumput e tante enseigne /

Souvent on a par l'assonance fait rimer entre eux les deux hémistiches, alors on peut penser que ces deux hémistiches étaient d'abord deux vers séparés.

Mais cette interprétation est impossible quand le procédé n'est pas employé dans tous les vers, comme en anglais dans ces vers de Schelley.

1 bring fresh sh oxuers — for the thursty Jlowers

From the sects and the streams.

I bear light shade — for the leaves when laid

In their noonday dreams.

Le vieux français en a fait le même usage.

An un florii — vergier jolii

L'autre jor m'en eutroie :

Dame choisi — leis son mari

Ki forment la chastoie, Se li ai dii — Vilains floris

La dame simple et coie J'ai bel amin — coente et joli

A cui mes cuer s'otroie.

Et dans la poésie moderne chez Victor Hugo.

Qui jouait de la flûte — au fond du crépuscule. . . Pour ce songeur velu — fait de fange et d'azur. . . . Qu'il était dénonce — par la caille et le geai. . . Soleil, je viens te voir pour la dernière lois, (Racime,

La meute de Diane aboya sur YEta. (Hugo).

Dans un distique entier

J'ai cru de ce péri/ — devoir vous avertir, Déjà même Hippolyte — est tout prêt à partir.

Ailleurs c'est l'hémistiche du premier vers qui assone avec celui du second.

On trouve déjà ce mode dans les niebelungen.

Uns ist in alten maeren — wunders vil geseit Von helden lobebaeren — von gruozer Kuonheit

Chaque hémistiche est peut-être un petit vers, et il n'y avait qu'une rime croisée ordinaire.

Mais sans cette interprétation possible, ce système se retrouve dans la rime brisée du français.

Chacun doit regarder — selon droit de nature. Son propre bien garder — ou trop se dénature En la sainte Ecriture — avons ample sermon De la judicature — en sage Salomon. . . . Ma Muse se moquant — parsemait ses écrits De sel le plus piquant, pour vaincre les esprits.

Mais le but rythmique de l'assonance est surtout d'établir une correspondance entre les deux hémistiches en plaçant dans la première un ou deux mots assonant avec un mot du second. On obtient ainsi un résultat analogue à celui donné par l'allitération dans le vieux vers germanique.

Et par moments, avec l'encens les cœurs, les vœux. . . . Interroger le nid, questionner le souffle. . . . On eût dit qu'il ivembiait . — tant cV'tai< ravissant .... Son œil lassi/eirait — la nuit comme une flamme. . . Nuit et jour poursuivant — les belles formes blanches. .. Et grâce au ciel mes mains ne sont point criminelles.

Ici l'assonance est double.

Si l'eau murmurait : j'aime — il le prenait au mot.

Il en est de même, et l'assonance est embrassante dans les vers suivants :

Mes yeux le retrouvaient dans les traits de son père. . . . La meute de Diane — aboya sur YEta. . . . Et croirez-vous toujours - un farouche scrupule. . . . Aimez-uoijs ? — De l'amour — j'ai toutes les fureurs. . . . Avril avec Tellus. — pris en flagrant délit.

Nous devons faire ici une remarque importante.

Becq de Foucquières a très bien étudié l'allitération et l'assonance et en a observé, très délicatement les effets poétiques, mais son étude donne lieu à une critique ; on lui reproche d'avoir, sous la suggestion de son système, vu des effets là où il n'y en a pas, au moins aperçu des effets poétiques. Ce reproche est mérité, en effet, parce que cet auteur n'a pas pensé que l'assonance pouvait, sans être attribuée au hasard, avoir un effet autre que celui poétique. En réalité, elle a, en outre, l'effet rythmique d'unir les deux hémistiches, comme le faisait, mais plus régulièrement, l'ancienne rythmique germanique. Alors il n'est pas nécessaire qu'il y ait harmonie imitative, ni concordance de tel son avec tel sentiment ; la répétition de la même assonance dans chaque hémistiche suffit.

Ouelquefois celte correspondance s'établit entre un vers et le vers suivant, ou plus exactement, entre un hémistiche et l'hémistiche de même place du vers suivant.

Et déplus il était — voleur, l'aventurier, Hercule l'alla prendre au fond de son terrier. Dans mes lâches soupirs — d'autant plus méprisable, Qu'un long amas d'honneur — rend Thésée excusable.

Plus souvent existe l'assonance ordinaire, mais qui se prolonge pendant plusieurs vers.

l'ourlant. }<> te t'ai- grâce — ayant ri. je te rends A ton antre, à ton lac à tes bois murmurants . . . . J'ai cru de ce péril devoir vous avertir, Déjà même Hippolyle est tout prêt à partir.

Accablant vos enjants d'un empire odieux

Commande au plus beau sang de la Grèce et des dieux

Ouverture du puits, de l'infini sans bornes

Cercle horrible où le Cbien fuit près de Capricorne.

On peut en accumuler un grand nombre, Becq de Foucquières signale une sériede six vers dans Iphigenie qui assonent sur Yi et qui commencent par celui ci.

Si du crime d'Hélène on punit la Jamille

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